‹ Troubles mentaux de guerreChapitre 54 sur 95 · RÉFORME N» 1 £T RÉFORME TEMPORAIRE · texte numérisé non relu

RÉFORME N» 1 £T RÉFORME TEMPORAIRE

En ce qi>i concerne la paralysie générale, la solution adoptée a été la suivante : « réforme n" 2, sauf pour les cas exceptionnels ou un traumatisme encéphalique peut être légitimement invoqué dans l'accélération ou l'aggravation de la maladie, auxquels cas on peut appliquer un taux d'incapacité de 10 à 30 "/„. » Certains membres de la réunion ont fait une vive opposition à ce que les paralytiques généraux reçoivent une gratification, si minime fûtelle, dans un cas quelconque. Leur thèse était que la jiai-alysie générale, affection parasyphilitique dans tous les cas, dépend directement de la syphilis. Peu importerait, dans ces conditions, que les circonstances de guerre aient pu hiter ou accélérer le développement de la maladie. A dire vrai, à leur avis les circonstances de guerre ne pouvaient jouer aucun rôle. J'ai soutenu l'opinion inverse, m'elforçant, en dehors de toute doctrine, de faire prévaloir cette notion de bon sens et de justice que quelquefois, exceptionnellement, les circonstances de guerre nepouvaient pas avoir été indifférentes au développement de la maladie.

Il y a les cas de traumatisme crânien — mais il y a aussi des cas sans traumatisme. L'opinion la plus répandue est bien en effet que, si la syphilis est indispensable à l'origine de la paralysie générale, elle est par cela même suffisante, et qu'aucune autre cause déterminante ne peut être invoquée. Cette formule me paraît médicalement inexacte et pratiquement injuste. La paralysie générale n'est pas uniquement de la syphilis ; c'est de la syphilis plus quelque chose, qui nous est inconnu, mais qui n'est sans doute, ni un virus particulier, ni uniquement un terrain constitutionnellement préparé. Les traumatismes, comme Régis entre autres l'a bien montré, les surmenages physiques, intellectuels et moraux, l'insomnie, sont des éléments dont l'observation clinique ne peut méconnaître la valeur.

Ces observations avaient été retenues, elles avaient contribué à faire admettre le taux d'incapacité exceptionnel de 10 à 30 "/omais seulement dans le cas de traumatisme crânien, ce terme étant pris du reste dans le sens le plus large. Néanmoins cette conclusion était très éloignée de celle que j'avais proposée dans mon rapport, élevant le taux éventuel à 40 "/o et surtout admettant des causes déterminantes telles que le surmenage, dans les conditions que je viens d'indiquer. La Société clinique de médecine mentale et la Société de psychiatrie de Paris, dans une réunion à laquelle ont été convoqués également les chefs de centres, a rerais à l'étude cette question, le 7 juillet 1917, sur un rapport

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de Paclet, reprenant mes propres observations, et s'appuyant sur elles ainsi que sur les résultats de l'expérience acquise par lui dans ses services du front et de l'intérieur. Son autorité et celle de H. Colin ont fait adopter la formule suivante, qui doit actuellement servir de guide : <■ Pour la paralysie générale, réforme n° 2, sauf pour les cas particuliers où une enquête minutieuse aura démontré, en temps de paix et plus spécialement en temps de guerre, l'influence aggravante du service militaire. En ce cas, incapacité de 60 à 80 "/„ » .

Cette formule très libérale est entièrement justifiée, à mon avis, si elle est piise à la letti'e, c'est-à-dire si l'enquête minutieuse apporte des preuves ou tout au moins de très fortes présomptions. Comme exemple : un officier d'artillerie, qui pendant tout le printemps de 1916 est resté, sans être relevé et sans un jour de repos, dans un secteur agité de la région de Verdun. On voit ce qu'ont été ses journées et aussi ses nuits, durant lesquelles il avait en outre à faire l'eU'ort de ses calculs. Il avait, jusque-là, fait sans un accroc ses 18 mois de front. Après cet épisode prodigieux de tension nerveuse exaspérée, il devient — sans commotion immédiate et sans blessure — paralytique général. Dira-t-on que la guerre n'est pour rien dans l'éclosion des accidents ?

Bien entendu, puisque l'on accorde aux partisans de l'origine uniquement syphilitique de la paralysie générale que la syphilis y existe toujours, la constatation d'une réaction de Wassermann ne peut avoir aucune importance en ce qui concerne la réforme.

Pour l'épilepsie, la discussion s'est également élevée entre les partisans de l'épilepsie névrose fatale et ceux de l'épilepsie syndrome d'origine variable, et non immuable. A. Léri a fourni un argument précieux à la cause des épilepsies acquises en rapportantdes cas d'épilepsiede Brown-Séquard, c'est-à-dire par lésion périphérique, comme ceux de Mairet et les miens. La formule adoptée après discussion fut la suivante : « L'épilepsie dite essentielle donnera toujours lieu à la réforme no 2, sauf pour les cas exceptionnels où un traumatisme ou une infection grave pourra être invoqué dans les faits de guerre antérieurement à l'apparition du premier accident épileptique. Dans ces cas exceptionnels, réforme n« 1 avec taux d'incapacité de 10 à 80 7o »•

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