CHAPITRE VI INTERPRÉTATION ÉMOTIONNELLE
Quand on a fait la part des causes organiques dans l'explication des accidents commotionnels, on se trouve en présence d J un très grand nombre d'accidents, paralysies, mutismes, anesthésies des sens spéciaux ou de la sensibilité générale, qui ne paraissent pas relever de cette explication. La plupart des faits que nous avons rapportés d'après nos observations personnelles rentrent dans cette catégorie.
Voici par exemple un sujet atteint d'une paralysie flasque des deux membres inférieurs et chez lequel l'examen clinique pas plus que l'évolution de la maladie ne révèlent aucun signe de lésion organique ; nous avons le droit de penser à un trouble purement fonctionnel. Nous pouvons soupçonner de même la nature purement fonctionnelle d'une surdité quand cette surdité ne paraît liée ni à une lésion du tympan ni à une commotion labyrinthique nia aucune lésion organique.
Sans doute, ces critères négatifs sont loin d'avoir toujours une valeur absolue. Dans bien des cas, le trouble que nous appelons fonctionnel peut corres-
Troubles mentaux et nerveux- de guerre
pondre à des lésions légères et passagères des centres qui ne sont pas décelables par nos procédés actuels d'investigation. A tout le moins, peut-on dire que l'échec des explications organiques nous autorise dans une certaine mesure, à faire l'essai des explications psychologiques : l'explication émotionnelle et l'explication pithiatique (1).
Les explications émotionnelles présentent les troubles de la motricité et de la sensibilité comme les conséquences de l'émotion éprouvée par le commotionné.
En l'espèce, l'émotion, ici, c'est 1* peur, et toutes les explications émotionnelles supposent connue la description de la peur.
Cette description a été souvent faite par les psychologues ou les physiologistes, notamment par Charles Darwin, C. Lange, Th. Ribot et Mosso.
La voix, nous disent-ils, devient rauque et brisée, la langue ne peut se mouvoir, et l'on devient muet d'épouvante. (Obstupui, steteruntque comae et vox faucibus haesit) (a).
(i) Le terme de pithiatique, forgé par J. fiabinski, a déjà été défini. Babinski tient un accident pour pithiatique lorsque cet accident peut être guéri par la persuasion et il admet, légitimement qu'un tel accident est le résultat d'une suggestion ou d'une autosuggestion.
(a) Ausus quin etiain voces jactare per umbram, Implevi clamore vias, mœstusque Creùsatn Necquicquam ingeminans iterumque iterumque vocavi, Quœrenti et tectis urbis sine fine furenti
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En même temps, la gorge se serre et le peaucier du cou, que Duchenne appelait le muscle de la frayeur, se contracte fortement. Les bras tombent inertes le long du corps et les jambes se dérobent, à moins que l'innervation des muscles ne persisie encore sous forme intermittente, auquel cas l'homme saisi de peur tremble, chancelle et bégaie.
Le cœur bat vite, tumultueusement, avec violence ; la respiration est oppressée et rapide, la sueur ruisselle. Bientôt arrive une prostration profonde qui va jusqu'à la défaillance.
L'attitude du corps est très caractéristique ; il tend à se faire petit, à se dissimuler ; si l'homme est debout, il rentre la tête dans les épaules qu'il remonte; s'il est couché, il se plie en deux et ramène ses genoux vers sa poitrine.
Nous ne savons pas avec autant de précision ce qui se passe du côté des sens, mais on s'accorde pour parler d'une obnubilation générale des facultés intellectuelles et de la perception en particulier ; le sujet n'entend pas ce qu'il devrait entendre, ne voit pas ce qu'il devrait voir, et il accomplit souvent ainsi les actes les plus contraires à sa conservation personnelle.
N'est-il pas intéressant de remarquer, après cette description très schématique, que la plupart des expressions de la peur semblent se retrouver, sous forme d'accidents nerveux, chez les commotionnés,
Infelix siinulacrum atque ipsius'uuibra Creusa; Visa mini ante oculos et nota major imago.
Obstupui, steteruntqu» coinae et vox faucibus haesit.
ViaoïLB, Entïdt, liv. II, vers 768-774.
(Enée raconte à Didon la dernière nuit de Troie).
comme si l'expression de l'émotion s'était fixée au lieu de se présenter sous la forme passagère qu'elle revêt d'ordinaire ? N'est-il pas possible, notamment, de rapprocher des manifestations de la peur, le mutisme, la gorge serrée, le tronc courbé, la paralysie des bras et des jambes, les tressaillements et les gestes d'horreur et même certaines anesthésies générales ou sensorielles.
Sans doute, il n'arrive jamais que toutes ces manifestations persistent à la fois et nous les retrouvons le plus souvent isolées sous forme de paralysie, de mutisme, de tremblements, etc., etc. ; mais, dans l'émotion initiale elle-même, il y a toujours, suivant les individus, telle ou telle manifestation qui prédomine et ce serait vraisemblablement celle-là qui persisterait.
Pourquoi persisterait-elle ? La première explication qui vient à l'esprit c'est que l'émotion persiste aussi ; peut-être un peu simplifiée mais toujours vivante, elle continuerait à s'exprimer par un geste, une attitude, une paralysie fonctionnelle.
Je suis loin d'écarter tout à fait cette explication qui peut se défendre pour quelques accidents passagers ou intermittents parmi lesquels je distinguera 1 deux cas.
Dans le premier cas, les sujets, restant pendant des heures et quelquefois pendant plusieurs jours sous la coup de l'émotion initiale, présentent, pendant cette période, les manifestations habituelles de l'émotion parmi lesquelles nous pouvons citer comme nous intéressant ici particulièrement le tremblement, l'asthénie musculaire, la faiblesse des jambes, les spasmes de la région œsophago-pharyngo-laryngée, etc , etc.
Tous les médecins psychiatres qui ont été dans la = 140 =
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Zone des armées ont eu l'occasion de voir ces expressions émotionnelles encore liées à l'émotion initiale. Dans le second cas, les sujets revivent par la mémoire, d'une façon discontinue, la scène d'où est née leur première émotion. Par exemple, Saclof. en plein délire orinique, sent ses jambes se dérober sous lui toutes les fois qu'il revoit une scène d'épouvante, probablement celle où il a été précipité, par une explosion, dans le trou qu'il creusait. Eyric qui, durant son délire, faisait souvent un geste d'effroi en regardant quelque chose dans le vide, éprouvait vraisemblablement une émotion de peur devant un spectacle qu'il ne disait pas, Crivelli est pris de tremblement toutes les fois qu'il se croit dans la tranchée sanglante où il enjambait le corps d'un de ses camarades, et Soldis tremble de même quand il a 1 hallucination du champ de bataille plein» de morts et de mourants.
On peut vraisemblablement ranger dans le même groupe les malades qui, dans un délire silencieux, regardent avec attention à droite et à gauche, en balançant la tête, comme s'ils surveillaient l'arrivée d'une torpille, et ceuxqui tressaillent de temps à autre parce qu'ils revivent sans cesse et rapidement quelque émotion pénible.
On explique quelques faits de plus en supposant que l'émotion peut devsnir subconsciente, tout en déterminant encore des mouvements ou des gestes que le sujet exécute automatiquement.
Gilbert Ballet et Rogues de Fursac ont rapporté (i) un cas intéressant qui peut s'interpréter ainsi. Le soldat Beau présente un tremblement d'intensité va-
(l) Les Psychoses commotionne lies, Paris médical, i" jan- Tier 1916. 1
riable, parfois violent, des membres supérieurs, etj 3 toutes les fois que ce tremblement atteint son maximum, Beau semblé montrer quelque chose avec ses deux index en extension. « Que montrez-vous f lui demande-t-on. — R. : Laissez-moi, je n'ai pas à en parler. — D. : Vous y pensez donc ? — R. : Oui, vous m'y faites penser. — D. : Que montrez-vous f
— R. : Je n'en sais rien, les Allemands ou des ombres; mais il n'y en a pas en ce moment. » Un peu plus tard au même examen. « — D. : En ce moment avez-vous peur ? — R. : Non. — D. : Pourquoi tremblez-vous?
— R. : Je ne sais pas. »
D'autre part, le malade se rappelle que, quelques
mois auparavant, au cours d'émotions et d'hallucinations terrrifiantes provoquées par un bombardement, il montrait à ses camarades des choses qui lui faisaient peur et qu'il ne voyait pas.
Il se peut que les tressaillements, les expressions d'effroi, les spasmes de la région œsophago-pharyngolaryngéeet certains tremblements relèvent parfois de cette explication et se rattachent, par un lien invisible, à une émotion devenue subconsciente ; mais il paraît bien difficile d'étendre l'interprétation à la totalité des accidents observés.
Ce que nous savons de l'émotion ne nous permet guère en effet d'admettre qu'elle puisse, présente et vivante, maintenir des expressions qui ont cette fixité et cette durée.
Un-geste, un spasme et même certains troubles sensoriels et sensitifs peuvent s'expliquer par une émotion subconsciente ou non : une paralysie et une surdité qui durent des mois et quelquefois des années ne sauraient, semble-t-il, s'expliquer de même. Une émotion est, par définition, intermittente ou passa- = 14s =
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gère et elle ne peut, comme telle, soutenir que des expressions intermittentes ou passagères.
Il va de soi, par ailleurs, qu'on ne gagnerait rien en faisant appel ici à la constitution émotive pour expliquer ce que l'émotion, consciente ou subconsciente, n'explique pas. Une constitution émotive se traduit en définitive, par une multiplicité d'émotions et, dans la mesure où elle s'exprime par des troubles musculaires ou sensitifs, elle ne peut s'exprimer que par des troubles variables dans leur intensité, intermittents ou passagers.
On a pensé lever la difficulté en admettant que l'émotion disparait effectivement en laissant des expressions qui persistent comme des armatures vides. L'explication a été proposée pour tous les accidents qui se produisent après les chocs émotifs, et ces accidents se réaliseraient immédiatement, sans que le sujet ait besoin de se les représenter à l'avance et sans qu'il sache le comment ou le pourquoi de cette cristallisation.
Le regretté Déjerine, qui a soutenu cette thèse dans toute sa rigueur, disait, en décembre 1909, devant les Société de Neurologie et de Psychiatrie réunies : « Alors que, chez le sujet normal, les manifestations (émotionnelles) ne durent pas, le sujet se rassaisissant vite, chez certains autres et en vertu de tendances le plus souvent héréditaires, très rarement acquises, elles se fixent, se cristallisent pour ainsi dire... Ce qui est certain, ajoutait-il, c'est que ces phénomènes sont primitifs, qu'ils ne sont certainement pas le résultat d'une suggestion antérieure et que c'est l'état mental du sujet qui fera qu'ils sont passageis ou durables ».
Quand l'émotion « coupe les bras ou les jambes »,
quand « elle tombe dans les jambes », les sujets font des monoplêgies, des paraplégies brachiales ou crurales ; quand elle leur coupe la parole ils font du mutisme ; quand elle les plie sur eux-mêmes en leur rentrant la tête dans les épaules, ils font de la camptocormie ; ces impressions, fixées de la sorte, persistent sous forme d'accidents divers, sans même inquiéter le maladenile préoccuper, parune sorte d'inertie neuropsychique.
A l'appui de cette interprétation réminent et regretté neurologiste apportait un certain nombre de faits intéressants mais dont aucun n'était absolument probant. Et, tout en reconnaissant que, dans ce domaine, les faits ne peuvent jamais avoir la netteté désirable, j'avoue n'en avoir pas trouvé un seul parmi ceux qui furent invoqués ce jour-là en faveur de la « cristallisation » qui ne se puisse interpréter dans un sens différent, en faveur de l'autosuggestion. La discussion reste donc ouverte sur cette étiologie des accidents sensitifs et mentaux post-émotionnels et sans vouloir reprendre ici toute la thèse pour la discuter, je voudrais simplement le confronter avec les quelques faits que j'ai eus sous les yeux.
Pour qu'elle fût discutable dans tous les cas avec la précision nécessaire, il faudrait que les prétendues expressions fussent données et fixées sous forme d'accidents aussitôt après la commotion; mais il n'en est rien ; elles leur sont pour la plupart postérieures de quelques heures, plus souvent encore de quelques jours et Déjerine lui-même, au cours de la même séance, a pris soin de nous dire qu'il ne voulait parler que des troubles se produisant instantanément après l'émotion. On comprend facilement en effet qu'il soit tout à fait impossible de contester l'existence de re-
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présentations intercalaires quand les accidents postémotionnels sont tardifs, tandis que les accidents immédiats représentent au contraire pour la doctrine des « expériences de choix ».
Or, si nous laissons de côté les accidents tardifs qui se produisent dans l'ordre neuro-musculaire et sensitif chez nos sujets, accidents dont nous essaierons d'établir tout à l'heure le caraétère pithiatique, nous en trouvons au moins deux qui paraissent s'installer souvent très vite, d'une façon presque immédiat», après les émotions et les commotions, pour persister ensuite longtemps, et sur lesquels nous pouvons discuter ; ce sont les tremblements et le mutisme.
Dans un grand nombre de cas, les tremblements restent purement émotionnels et s'accompagnent des signes psychologiques et cliniques de la constitution émotive ; nous en avons déjà parlé.
D'autres fois, les sujets atteints de tremblements émotionnels se persuadent que leur tremblement ne finira pas ; à mesure que leur tremblement émotionnel s'atténue ou disparaît, ils font du tremblement autosuggestif sans émotivité sous-jacente et tout simplement par ce qu'ils ne se croient pas capables de ne pas trembler. Nous avons donc affaire non pas à un seul phénomène qui survit passivement à l'émotion qui l'a engendré mais en réalité à deux phénomènes de nature et d'origine différentes qui se succèdent. Et tandis que la contre-suggestion est sans effet sur le premier quand elle ne l'exagère pas, elle guérit la second.
Ce qui se passe pour les aphones me paraît très analogue, encore qu'un peu plus compliqué.
Il peut y avoir et il y a, sous le coup d'une émotion, desmutismes et des aphonies purement émotionnels. En général ces accidents durent peu et il faut alors être témoin de l'émotion initiale pour les constater. J'en
p ., nwn » m , — 10
TROUBLES MENTAUX ET^NERVEVX DE'GVERRE
ai vu deux fois, la première fois chez un malade très émotif que sa femme visitait à l'hôpital de Toul et qui, ayant eu avec elle une violente dispute, se mit soudain a bredouiller etfinit par se taire tout à fait, après avoir poussé quelques cris gutturaux; la seconde fois, chez un malade également très émotif que le docteur Pactet traitait par des décharges d'électricité statique et qui, très ému par le bruit, par les éclairs et par la douleur, a perdu subitement la parole. Le premier a parlé quelques heures plus tard mais pour bégayer pendant plusieurs mois sous l'influence del'hyperémotivité, sans pouvoir être amélioré par aucune suggestion ; le second a recouvré la parole, de lui-même, au bout de 14 heures, mais après avoir traversé une période d'hyperémotivité où la voix restait étranglée. Le premier avait fait plus spécialement du mutisme et le second de l'aphonie.
Ces accidents sont, paraît-il, assez fréquents sur le front et en général très passagers ; ils relèvent de l'émotivité et rentrent dans une catégorie de troubles neuro-psychiques que nous connaissons.
D'autres fois les sujetsnousarrivent dans les centres de l'avant avec une aphonie qui dure depuis deux, trois, quatre jours ou même plus et ils écrivent qu'ils ne parlent pas parce qu'ils ont la gorge serrée. Ils parlent cependant quelques heures plus tard sous l'influence des suggestions et des légères coercitions qui seront décrites plus loin et ils déclarent alors, pour la plupart, qu'ils ont toujours la gorge serrée mais que nous leur avons fait voir qu'ils pouvaient parler en dépit de cette gêne. Il est possible dans ce cas de dissocier les processus qui se sont associés.
Le malade a eu la voix réellement coupée par l'émotion et, tant qu'il reste sous le coup de cette == 146 =
Interprétation émotionnelle
émotion, il garde, dans la région de la gorge, le sentiment d'une constriction plus ou moins forte et plus ou moins continue (accident émotif), dont il se croit incapable de triompher (aphonie autosuggestive) et dont il triomphe cependant sous l'influence de nos exhortations et de notre traitement coercitif.
Quand tout sentiment de constriction a disparu, le malade peut être aphone par pure autosuggestion et rester tout à fait résigné a une impotence fonctionnelle qu'il croit absolue ; mais il est toujours curable par contre-suggestion, persuasion et légère coercition.
Je n'ai pas eu, en interrogeant les muets guéris, des renseignements aussi précis quepourles aphones, mais ces muets sont beaucoup plus rares et je les retrouverai d'ailleurs tout à l'heure. Je n'ai voulu ici que montrer par des exemples comment un accident émotif peut se transformer en accident autosuggestif et acquérir alors tous les caractères des accidents autosuggestifs, c'est-à-dire la durée, la fixité, et la curabilité spéciale.
Il est donc illégitime, à mon sens, de dire que, chez certains de nos sujets, les manifestations de l'émotion tendent à persister quand l'émotion a disparu ; c'est trop simple et cela prête à des confusions. — En fait, il y a des manifestations émotives qui persistent parce qu'une hyperémotivité acquise ou révélée les soutient, mais celles qui persistent, avec les caractères de fixité, de durée, de curabilité que nous avons dits, sont devenues autosuggestives après avoir été émotionnelles. Le phénomène, tout en gardant la même apparence extérieure, a changé de nature.
La difficulté, je le reconnais, c'est de dire à quel momentun accident cesse d'être émotionnel pourdevenir autosuggestif mais nous verrons que cette difficulté = 147 =
est la même quand il s'agit d'accidents primitivement organiques se transformant, au fur et à mesure qu'ils guérissent organiquement, en accidents autosuggestifs. Pas plus dans un cas que dans l'autre, il n'est indispensable de connaître tous les chaînons transitionnels pour affirmer qu'il y a transition ; il suffit qu'aux deux extrémités de la chaîne, nous ayons des accidents cliniquement et psychologiquement distincts, l'accident émotionnel et l'accident autosuggestif.
J'estime que cette transformation fréquente de certains accidentsémot'onnelsen accidents autosuggestifs est pour beaucoup dans la confusion qu'on fait souvent entre la constitution émotive et la constitution hystérique. En réalité, ce sont là deux constitutions, deux dispositions de l'esprit bien différentes, et l'autosuggestion, qui exige un travail plus ou moins systématique des tendances et tout au moins l'établissement d'une sorte de certitude affective, n'est pas compatible avec les émotions intenses ni avec l'hyperémotivité. Le règne de l'une ne commence guère que lorsque le règne de l'autre est achevé ou sur le point de finir.
Si ces conclusions sont vraies pour des accidents qui pouvaient, avec quelque vraisemblance, passer pour la prolongation d'accidents émotionnels immédiatement établis, à plus forte raison le seront-elles pour des accidents tardifs qu'aucun chaînon transitionnel ne rattache à des accidents émotionnels primitifs et dont nous dirons tout à l'heure l'origine hétéro ou autosuggestive.
La psychologie de tous nos malades est par ailleurs en opposition avec l'interprétation que nous combattons. Ce ne sont pas des paralytiques, des sourds, des rouets chez lesquels l'accident est venu du dehors
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et s'est imposé en vertu de leur passivité mais des malades qui se croient sourds, paralysés, muets, parce qu'ils ont rencontré une certaine difficulté lorsqu'ils ont voulu entendre, marcher et parler.
Si un certain nombre de leurs accidents fonctionnels, et notamment des accidents moteurs, ressemblent à des manifestations de la peur, ce n'est pas, comme le pensent plusieurs auteurs, parce qu'ils dérivent directement de ces manifestations, mais parce que les autosuggestions du malade peuvent en continuer quelques-unes par les processus que nous venons d'indiquer et surtout parce que la ressemblance est fatale entre des accidents fonctionnels élémentaires qui reviennent presque tous, dans l'espèce, à des paralysies ou à des anesthésies.