CONDITIONS DES TROUBLES CONFVSIONNELS
la direction dans laquelle on doit la chercher, il faut »e rappeler d'abord que les troubles confusionnels sont caractéristiques de toutes les intoxications. On peut les rencontrer, à titre épisodique, dans toutes les maladies infectieuses ou toxiques et même dans certaines affections mentales qui s'accompagnent accessoirement d'intoxication comme les mélancolies et les manies; mais on les rencontre aussi, à titre permanent, comme la manifestation principale d'une infection ou d'une intoxication sous-jacente, et c'est alors que l'on parle de confusion mentale plutôt que d'accidents confusionnels.
La mort, qui s'accompagne toujours d'accidents toxiques, s'accompagne souvent de phénomènes confusionnels, et le délire onirique de l'agonie, avec ses hallucinations plus ou moins confuses, a donné naissance à cette légende que les mourants sont des voyants qui regardent au delà du présent et de la tombe.
L'inanition, qui oblige le sujet à se nourrir de ses propres réserves et entrave l'élimination des éléments toxiques, provoque également de la confusion mentale. C'est un délire onirique d'inanition que Flaubert a décrit, en le poétisant, dans ce chapitre du défilé de la Hache, où il nous montre les mercenaires mourant de faim :
«Ceux qui étaient nés dans les villes se rappelaient des rues toutes retentissantes, des tavernes, des théâtres, des bains, et les boutiques des barbiers où l'on écoute des histoires... Les voyageurs rêvaient à des citernes, les chasseurs à leurs forêts, et, dans la somnolence qui les engourdissait, leurs pensées se heurtaient avec la netteté des songes. Des hallucinations les envahissaient tout à coup; ils cherchaient = 91 =
dans la montagne une porte pour s'enfuir et voulaient passer au travers. D'autres, croyant naviguer par une tempête, commandaient la manœuvre d'un navire, ou bien ils se reculaient épouvantés, apercevant dans les nuages des bataillons puniques. Il y en avait qui se figuraient être à des festins et qui chantaient ».
lien est ainsi dans tous les délires qui seproduisent au cours d'infections aiguës ou chroniques, dans la fièvre typhoïde par exemple, où Devaux et Logre ont étudié très heureusement les manifestations du délire de guerre (i).
Il en est encore ainsi, et pour les mêmes raisons, dans le délire alcoolique.
Souvent l'intoxication ou l'infection sont difficiles à déceler derrière les manifestations de la confusion mentale, mais l'analogie nous oblige à les admettre et à les chercher et c'est un principe accepté par les aliénistes que toute confusion mentale, onirique ou non, doit y trouver ses conditions profondes.
Nos confus sont donc très vraisemblablement des intoxiqués et, comme il est établi, d'autre part, qu'ils deviennent confus à la suite d'émotions, il est nécessaire d'admettre que les émotions exercent sur l'organisme une influence toxique. C'est bien ainsi d'ailleurs que les psychiatres conçoivent leur action lorsqu'ils l'invoquent comme une cause de confusion mentale. L'émotion s'accompagne de modifications profondes dans toutes les fonctions organiques, respiratoires, circulatoires, nutritives ; elle fait varier la pression du liquide céphalo-rachidien comme je l'ai montré avec Laignel-Lavastine (a), elle exerce une action
(i) Presse médicale, i) septembre 1915.
(a) L'Encéphale, 1914, t. I, p. 19.
CONDITIONS DES TROUBLES CONFUSIONNELS énergique sur les sécrétions des glandes externes, ou internes, comme je l'ai montré avec Malloizel (i); elle peut provoquer par là des phénomènes généralisés d'auto-intoxication, en même temps qu'elle provoque vraisemblablement une intoxication spéciale des centres cérébraux par l'épuisement et les troubles nutritifs qu'elle y détermine. Son action et ses conséquences seraient, dans ce cas, très analogues à l'action et aux conséquences de tous les surmenages cérébraux.
Enfin, quand on concède un rôle à l'ébranlement du système nerveux, ce rôle ne fût-il que préparatoire, on a le droit de penser que cet ébranlement agit par un mécanisme analogue, si l'on admet, conformément à de récentes expériences de Crile (2), que l'épuisement qui résulte d'un ébranlement organique, se traduit en définitive, comme l'épuisement émotionnel, par une acidité du sang.
On arrive ainsi, sinon à une explication phvsiologiquede la confusion mentale deguerreque nulnesaurait avoir la prétention de donner, du moins à une conception cohérente et vraisemblable, à laquelle les chapitres suivants apporteront, j'espère, quelques précisions.
Ce qu'on peut dire tout de suite c'est que la confusion mentale que nous venons d'isoler ici, pour la commodité de la description, n'est pas une maladie autonome, ayant une personnalité clinique bien établie, mais au contraire un groupement de symptômes mentaux, faisant partie d'un ensemble de troubles
(1) Journal de Psychologie, 1910, p. 6a.
(1) Recherches sur l'épuisement, Société de Biologie, février,
organiques, parmi lesquels il va falloir replacer ces symptômes pour les mieux comprendre. Ce qu'on peut ajouter c'est que, dans la plupart des accidents névropathiques qui sortent du choc émotif et de la commotion pour se sérier en une espèce de drame morbide, la confusion joue, comme nous le verrons, un rôle important et introduit une sorte d'unité. C'est assez indiquer que nous ne quittons les confus que pour les reprendre.