‹ Troubles oculaires de la malariaChapitre 11 sur 16 · Chapitre Premier. — Ischémie de la rétine et du nerf · texte numérisé non relu

Chapitre Premier. — Ischémie de la rétine et du nerf

optique.

Cette lésion semble n’avoir pas été indiquée souvent comme cause de troubles visuels dans les fié vres intermittentes. C’est Maurice Raynaud qui a le premier appelé l’attention sur ce sujet. En 1874, il publia un travail complémentaire de sa thèse sur l’asphyxie locale des extrémités, et il donna une observation d’un malarique atteint d’asphyxie symétrique des membres et en même temps de troubles oculaires intermittents qu’à l’aide de l’ophtalmoscope, il put rattacher à un spasme momentané des vaisseaux. Moursou (1880), qui observa aussi la gangrène des extrémités dans la fièvre intermittente, nota une fois son association avec une amblyopie de

rœil droit. Il pense pouvoir , comme Maurice Raynaud, rattacher ces spasmes des vaisseaux (dans les extrémités comme dans la rétine) à une irritation, par des amas de pigments, des portions grises de la moelle épinière qui tiennent l’innervation vasomotrice sous leur dépendance. Dans l’espèce, ce sont les nerfs grands sympathiques du cou qui seraient intéressés.

Ramorino (1877) rapporte deux cas d’ischémie des vaisseaux rétiniens guéris par le bisulfate de quinine. Cette ischémie se traduisant par des accès d’amaurose transitoire, survenant à époque fixe depuis des mois, était marquée à l’ophtalmoscope par l’aspect pâle des papilles, les artères étaient filiformes, blanchâtres, les Veines à peine perceptibles. D’autres observateurs ont noté au contraire que les veines étaient engorgées (Fontan). Dans lecas de Ramorino, le' visage et les oreilles étaient hyperhémiés au moment de la plus grande ischémie rétinienne.

L’accès était accompagné de cercles lumineux irisés dans le centre du champ visuel ; dans l’intervalle des accès, pas d’anomalie ophtalmoscopique. La quinine guérit rapidement ces symptômes.

Enfin, Decren (1886) parle d’un ecclésiastique atteint subitement, au milieu d’accès paludéens, d’amblyopie double ayant réduit au tiers sa force visuelle. Légère nyctalopie, mais pas de rétrécissement du champ visuel. Les papilles étaient anémiées. La guérison s’obtint très vite par la quinine.

Raynaud.

Obs. XIV (Maurice Raynau^d) (l'ésuraée par Moursou), •— Malaria; Asphyxie locale des extrémités ; Amblyopie iniermittenle ; Guérison.

L..., âgé de 59 ans, a eu en 1836 des fièvres intermittentes en Afrique, dont il ne s’est jamais ressenti depuis. De 1871 à 1872 divers accidents d’asphyxie locale surviennent (main gauche et deux pieds) procédant par accès intermittents, sans aucune périodicité, et durant de une à deux heures. Enfin des troubles de la vision, liés directement, selon le malade, à son asphyxie des extrémités, se manifestent vers le mois de février. « Le malade affirme que sa vue est bonne aux deux yeux pendant l’année, mais que pendant la période qui suit, et tandis que les doigts reviennent progressivement à leur coloration normale, la vue, surtout celle de l’œil gauche, devient trouble et confuse, pour s’éclaircir de nouveau au • moment où surviendra un nouvel accès. »

« Le refroidissement avec cyanose des extrémités ne coïncidait pas avec les troubles visuels ; ils alternaient avec une parfaite régularité, de telle façon que la diminution de ces phénomènes annonçait à coup sùr l’apparition de l’autre, et cela plusieurs fois dans la même journée, et les' choses ont persisté ainsi pendant plusieurs mois. »

L’observation ophtalmoscopique pendant le asphyxi-

que des extrémités, fait voir l'artère centrale de la rétine et les artères qui en naissent sous des contours plus clairs, avec une diminution de calibre, et par moments, avec des sortes d’étranglements partiels. La papille est d’une teinte très claire, les veines sont le siège de battements très remar quables. <

Au contraire, pendant la cyanose des extrémités, on constate que les battements veineux sont moins forts, que les

artères, sans avoir leur calibre normal, présentent par places des étranglements fugaces, qui les rendent filiformes.

Les courants continus descendants sur la colonne vertébrale (la région cilio-spinale, centre des vaso-moteurs de l’œil, comprise) amènent la guérison successive de tous ces accidents par cessation progressive de l’irritation des cellules excito-motrices de la moelle.

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