Chapitre V. — Atrophie optique
Kohn (1873) a le premier signalé une atrophie double des papilles dans la fièvre intermittente. Depuis Galezowski (1876), Levrier (1879), Bagot (1891) ont montré que l’atrophie peut succéder à des hémorrhagies du nerf optique et delà rétine ; Bull (1889) et Ed. Jones (1885) l’ont observée à la suite d’une névro-rétinite. Un cas a été rapporté par Brudenel]
Carter (1886) et par Mac Namara; enfin, Sulzer raconte que dans 8 O/q des cas de névrite optique qu’il a examinés, il s’est produit de l’atrophie partielle du nerf optique. Ed. Jones, sur 12 cas d’affection rétinienne de la malaria, n’en vit qu’un aboutir à l’atrophie.
Les symptômes observés ont été la diminution de la vision centrale avec scotome et la dyschromatopsie. L’ophtalmoscope montrait une papille blanche, terne ou opaque, comme dans les atrophies ordinaires; quelquefois il existait des traces d’anciennes hémorrhagies sur le disque optique ou sur la rétine.
La guérison de ces atrophies a pu être obtenue dans un certain nombre de cas, et si la vision ne revient pas à son acuité antérieure, du moins elle est suffisante pour permettre au malade de se conduire. L’iodure de potassiun, les injections de strychnine (1 milligramme tous les deux jours), la quinine et les courants continus à la tempe seront conseillés.
11 est arrivé que la cécité s’est montrée subitement et a persisté, comme dans uncas d’Amenitzki (1886).
Obs. XVII (Personnelle). — Atrophie optique paludéenne, consécutive à une névrite probable.
D..., 34 ans, habite l’Algérie (Blad-Guittoun) depuis 17 ans. 11 a eu, en 1875, un chancre indéterminé, mais sans accidents ultérieurs (ni roséole, ni angine, ni calvitie, etc.) 11 entre à l’hôpital civil, salle Broussais, le 14 nov.,1889 (service de M. Trabut). Il raconte qu’il a eu un accès pernicieux en septembre de cette année ; c’est la première fois qu’il a les fièvres.
Le lendemain de l’accès, il s’aperçut que sa vue avait baissé de l’œil gauche, celui ci sans altération appréciable laissait couler facilement les larmes ; la grande lumière l’éblouissait. En même temps, phosphènes, éclairs, sans douleurs. La lecture fatiguait très rapidement cet œil ; le soir et dans la demiobscurité, ce malade y voyait mieux.
Chaque accès augmentait le treuble de la vue, qui redevenait légèrement plus claire une fois l’accès passé.
Depuis le début ces phénomènes n’ont pas varié. La fièvre est irrégulière. 11 n’y a rien dans les urines ; l’alcoolisme, l’abus de tabac peuvent être éliminés ; on pense à une amaurose paludéenne, et on donne de la quinine.
L’examen ophtalmoscopique pratiqué par M. le docteur Thiébaut, indique « une légère opacité de la papille avec tendance à la sclérose, indiquant que ce malade avait dû avoir un peu de névrite. »
Malheureusement, D... quitte le service avant qu’on ait pu constater la moindre amélioration.