Chapitre VI. — Choroïde. Corps vitré
Nous avons réuni dans un même chapitre les lésions de ces deux parties du globe oculaire, parce qu’elles sont si souvent associées qu’il parait difficile de séparer leur étude.
Duboué (1867) semble avoir le premier parlé d’une congestion de la choroïde ayant déterminé de
Raynaud. Il
l’amblyopie chez un paludique, amblyopie qui disparut sans traitement et soudainement.
Dan, s un mémoire sur « quelques formes d’affections intermittentes de l’oeiL », Quaglino (1871) parle d’une amblyopie glaucomateuse périodique à marche lente qui dura onze ans, ne bénéficia pas des avan^ tages ordinaires de l’iridectomie, et qui pourrait être rattachée aux lésions du paludisme.
Nous arrivons à Poncet (1878) qui range une grande partie des troubles visuels d’origine miasmatique dans les rétino-choroïdites déjà étudiées au chapitre précédent. Avec Levrier (1879), nous étudions les lésions mixtes ; il nous fait connaître une atrophie choroïdienne avec flocons du corps vitré^ et Peunoff, une chordidite avec opacité jdu corps vitré^ et iritis, puis une chordidite purulente.
Les lésions du corps vitré ont été connues par l’observation de von Kries, lequel cite un cas à’ hémorrhagie dans cet organe chez un malade qui n’eut qu’un accès de fièvre. G’êst Bull (1877) qui fit en somme la meilleure publication sur ce sujet. Schweinitz (1890) résume à peu près ainsi ce travail : Bull a vu 17 cas où il découvrit une hémorrhagie du corps vitré presque toujours dans un œil, quelquefois dans les deux, mais jamais l’effusion ne se faisait en même temps dans les deux. Presque tous les sujets avaient plus de 40 ans ; ils étaient tous des paludéens avérés.
Le sang était extravasé dans toute l l’étendue de l’humeur vitrée, et dans quelques cas rares à la par-
tie postérieure seulement. Celte hémorrhagie semble dueàlarupture des vaisseaux|choroïdiens, ou ciliaires, ou encore des vaisseaux de la gaine du nerf optique, et c’est dans la période congestive de l’accès que cet accident s’effectuerait. Le sang se résorbe lentement, mais il reste des opacités membraneuses et des aires d’atrophie choroïdienne à la périphérie du champ oculaire.
Passons rapidement sur le cas d’hémorrhagie, du corps vitré accompagnée d’iritis de Landesberg (1884) pour arriver aux deux publications successives d'e W. W. Seely (iS82 et 1885) sur V infiltration séreuse du corps vitré due à l’impaludisme chronique, ne se distinguant à l’ophlalmoscope que par un reflet blanc tout caractéristique. Dans un cas,'Seel.v obsena une névralgie sus-o/'bitaire qui disparut en même temps.^ que les phénomènes du fond de l’œil ; dans l’autre, il persista des flocons fins dans l’humeur vitrée qui changeaient de position avec les mouvements du malade.
E. W. Jones (1885) livrait aussi deux observations semblables, et Brunt (1888), un cas.
Sulzer que nous avons déjà nommé, a aussi noté la lésion de Seely; nous donnons deux de ses observations.
Gbs. XVI II. — Observations de Sulzer; In/illralinn diffuse du
corps miré.
Trois cas : Dans les deux premiers l'affection oculaire était survenue longtemps avant l’examen. »
c Tandis que dans l’un, les deux yeux avaient été frapnés de cécité pendant la nuit, à un jour d’intervalle ; dans l’autre il y eut un intervalle de plusieurs semaines entre les accidents d’un œil et de l'autre. Le premier se compliquait d’une névralgie ciliaire et sus-orbitaire très intense des deux côtés, de plus le globe oculaire était très sensible à la pression, les mouvements des deux yeux étaient limités et pénibles. Les deux malades souffraient de la forme grave de la cachexie paludéenne (anémie, teinte spéciale). L’acuité visuelle était réduite à la projection lumineuse. L’infiltration diffuse du corps vitré, qui reflétait la lumière sous forme d’un reflet tout à fait blanc, ne se résorba complètement dans aucun de ces yeux. Pendant les dix-huit mois que ces malades furent soumis à notre observation, cette lésion du corps vitré fut remplacée par des flocons mobiles en forme de toile d’araignée, entre lesquels la substance propre du corps vitré restait légèrement troublée ne laissant apparaître qu’indistinctement le fond de l’œil, tout en permettant de reconnaître la teinte blanche atrophique des papilles.
L’œil droit du premier malade devint tout à fait amaurotique, avec l’autre il comptait les doigts à une courte distance. Le second malade pouvait distinguer les doigts à 50 ou 60 centimètres quand nous le quittâmes.
« Le troisième se présenta à nous peu de jours après l’apparition des accidents oculaires. A ce moment-là son œil droit seul était atteint, présentant une infiltration diffuse et égale du segment postérieur du corps vitré. Après dilatation complète de la pupille, les parties périphériques du fond de l’œil donnaient un faible reflet rouge, l’acuité visuelle était réduite à la distinction des doigts à 20 centimètres. Quatre semaines après, l’œil gauche fut frappé d’une lésion semblable, bornée à la partie la plus postérieure du corps vitré.
Dans l’espace de trois mois, grâce à l’emploi continu du sulfate de quinine à haute dose, et d’un séjour dans les montagnes, ces infiltrations se résorbèrent totalernent des deux côtés, sans laisser de diminution de l’acuité visuelle. »
Ces lésions du corps vitré et de la choroïde peuvent donc guérir par le traitement quinique, et l’acuité visuelle redevenir normale, bien qu’il persiste parfois des traces des lésions anciennes (opacités, atrophies).
L’affection peut durer longtemps, deux mois d’après Jones, davantage dans l’observation de Seely, plus de dix-huit mois dans celle de Sulzer. Le pronostic est donc favorable.