‹ Troubles oculaires de la malariaChapitre 9 sur 16 · Chapitre IV. — Iris. Cristallin · texte numérisé non relu

Chapitre IV. — Iris. Cristallin

Iritis. — Nous parlerons d’abord des iritis doni les observations commencent à être nombreuses. C’est Staub (1835) qui décrit le premier une iritis intermittente se transformant parfois en hypopyon périodique et guérissant par la quinine.

Quagliiio (1871) rapporte une observation de Janin où il est question d’un jeune homme qui, depuis un an, avait pendant les quinze premiers jours de chaque mois un hypopyon, sans troubles de la conjonctive ni de la cornée. Puis le malade récupérait la vue et l’hypopyon revenait le mois suivant. Le quinquina seul fit cesser ces symptômes. Pennoff trouve parfois l’iritis parmi les nombreuses complications oculaires de la malaria. Mackenzie (1) publie le fait d’une iritis périodique à exacerbations tous les 7 Jours, la vue s’obscurcissait pendant 2 jours ; ces phénomènes s’apaisaient jusqu’au nouveau septénaire ;la pupille était contractée, changée de couleur, la circonférence amincie.

Grièsinger (1877) reconnaît que la congestion conjonctivale peut quelquefois donner lieu à une iritis intermittente.

Noyés , Landesberg (1884) placent la malaria parmi ses causes.

Plus près de nous, Tangeman (1888) a pu signaler un cas d’iritis périodique ne cédant pas à l’atropine, s’accompagnant de violentes douleurs avec conjonctivite et photophobie et guérissant promptement par la quinine.

Nous, avons déjà cité Motais (1889) avec sa kératite à hypopyon.

Les symptômes objectifs et fonctionnels sont ceux des iritis ordinaires ; tantôt iritis simple avec ou sans

(1) Tr. des mal. de l'œil.

synéchies antérieures, tantôt (Staub, Quaglino, Motais) iritis avec exsudations dans la chambre antérieure formant un hypopyon. Ces affections se terminent par résolution grâce au traitement anti paludéen.

Quelle est la pathogénie de ces troubles de l’iris? On a tendance à admettre, depuis longtemps, que l’iritis est toujours de cause infectieuse : « l’iritis est fonction d’état infectieux », a dit bien élégamment le professeur Lâpersonne (1). Faut-il accuser l’action directe sur le tissu si vasculaire de l’iris, de l’hématozoaire ou de ses produits, ou bien faut-il attribuer ces accidents soit à la pénétration de microbes étrangers, soit à une auto-intoxication, grâce aux produits septiques sécrétés par les agents infectieux qui pullulent dans les voies digestives des malariems ; car il existe fréquemment chez eux des troubles gastro-intestinaux; ces iritis ne relèveraient alors que fort indirectement du paludisme.

Quant à l’iritis qui s’accompagne d’hypopyon, on pourrait l’attribuer à une infection secondaire par un microbe banal ayant pénétré à la faveur d’une ulcération de la cornée passée inaperçue.

Pupilles. — Les pupilles, dans les accès intermittents, peuvent quelquefois être dilatées, insactives ou indifférentes ; ces phénomènes s’accompagnent ou non de cécité. Ces troubles pupillaires semblent de-

(1) Sur l’étiologie des iritis. — Bul. mèd. 21 févr. "1891.

voir être attribués à une détermination palustre sur le centre cilio-spihal. Nous avons pu, étant à Maison- Carrée, étudier ce fait chez une enfant de 4 ans atteinte d’hémiplégie droite, à la suite d’accès pernicieux, qui présenta de l’inégalité pupillaire et guérit parla quinine et le traitement électrique.

Ouradou, chez une femme atteinte de paraplégie à la suite d’un accès pernicieux, remarqua aussi des troubles pupillaires caractérisés par une forte dilatation qui persista plusieurs jours.

Accommodation. — A côté de ces lésions, peuvent prendre place les paralysies de l’accommodation signalées pai: Bull (1877), Pagentecher, dans l’ophtalmie et dans les troubles visuels. Manhært (1865), parle de trois cas qu’il a vus dans des fièvres tierces et quotidiennes, et guéris par la quinine.

Dans ces cas de paralysie de l’accommodation, en même temps que le muscle ciliaire qui agit sur le cristallin devient impotent, le sphincter irien est aussi paralysé et la pupille paraît alors très dilatée et immobile. C’est du moins ce qui se passe le plus généralement ; et, sans doute, dans les cas déjà cités, où les auteurs ont noté de la dilatation des pupilles, avait-on affaire à un trouble de l’accommodation. Cependant, la pupille peut se trouver dilatée ou, au contraire, très étroite, sans qu’il n’y ait rien du côté des muscles ciliaires et réciproquement.

Les symptômes fonctionnels de la paralysie de

l’accommodation sont ceux de la presbytie. Ils 'peuvent passer inaperçus chez un m3^ope.

Un symptôme fréquent dans ces troubles ciliaires es! la micropsie ; les objets semblent beaucoup plus petits et le malade fait d’incessantes’ erreurs sur leur distance.

La parésie, ou la paralysie incomplète de ces muscles, donne lieu aux phénomènes de l’asthénopie accommodative ; nul doute que nombre des cas d’amaurose sine materia signalés dans le paludisme, n’ont d’autre cause qu’un trouble accommodateur.

Dans cet ordre d’idées nous pouvons citer l’observation de Brodwell Carter (1886), lue à la Société clinique de Londres, dans laquelle il vit, à la suite d’accès de malaria,- de la dilatation des pupilles., avec diminution de l’acuité visuelle, puis de l’hypermétropie et de ^astigmatisme et|enfin de l’atrophie du nerf optique. Au bout d’un an de traitement (iodure et strychnine) le malade avait recouvré la vue.

Au lieu de paralysie, on peut trouver un spasme de l’accommodation, tel que Stillwag et Stilling en ont décrit dans la névralgie sus-orbitaire et ciliaire.

Au lieu de mydriase, on a alors du myosis ; les pupilles sont ordinairement rétrécies, quoique pas toujours ; la 'lecture devient rapidement pénible, des maux de tète surviennent, les objets sont vus plus gros ; {macrope).

Cristallin. — 11 reste à parler maintenant d’une

affection qui n’a pas été sans nous surprendre nousmême, lorsque nous l’avons vue signalée, si prévenu que nous fussions, cependant, en faveur des troubles, presque extraordinaires de la malaria. Nous voulons dire ; la cataracte.

Wehle — Intermittens larvata ophtalmica {Annales d'ocuL, 1846, t. XVIII, p. 174) — parle d’une ophtalmie spéciale des paludéens (conjonctivite guérissant sans antiphlogistiques et par la quinine) : « Si ce mal est abandonné à lui-même, il produit des exsudations de lymphe sur la cornée et dans la pupille; quelquefois le cristallin est porté en avant., devient opaque et tombe dans la chambre anlé^ rieure (l’auteur rapporte un cas de cette nature dans lequel il a fait l’extraction après la cessation des symptômes inflammatoires), et, on peut voir, en même temps, une synéchie antérieure se former ; un staphylome peut même en être la suite.

En parcourant les Annales d'oculistique de novembre 1891, nos regards sont tombés snr une note du docteur Bagot qui, sur trois caS' d’affections oculaires paludéennes, rapporte deux cataractes. Nous transcrivons exactement ces deux observations qui, ainsi que l’auteur l'avoue obligeamment, ne manquent pas d’être bien incomplètes.

Si incomplètes qu’elleS soient, cependant, elles ne doivent pas être rejetées de prime abord ; il, est possible que le paludisme ait été pour quelque chose dans le développement de ces opacités du. cristallin. Les causes des cataractes sont loin d’être entièrement

connues; l’état général du sujet est souvent accusé d’avoir occasionné des modifications dans la structure et la transparence de la lentille optique. Le paludisme, dans ces cas, a pu peut-être provoquer de la glycosurie, de l’albuminurie, de la polyuriephosphatique, etc., transitoires, et cç serait à ces complications qu’il faudrait attribuer ces cataractes. Elles ne rentreraient plus alors dans le cadre de notre travail. D’un autre côté, on connaît l’influence manifeste des troubles? de l’humeur vitrée et surtout de l’humeur aqueuse sur les altérations du cristallin. Or, nous verrons que ces deux milieux (aqueux et vitré) sont assez fréquemment le siège de désordres dans les accès et la cachexie paludiques. Par des phénomènes endo-exosmotiques, ces milieux morbides ont pu agir sur le cristallin et déterminer ces cataractes si rapides et si étonnantes.

11 serait intéressant, en Algérie, pour contrôler ces observations, de rechercher si parmi les causes des cataractes, la malaria peut être invoquée. Il n’est pas, que nous sachions, plus de cataractes dans cette colonie qu’ailleurs.

Obs. VII (Bagot).

R. S..., lo ans, mulâtre, né à, Basse-Terre, a joui d’une excellente santé jusqu’au moment où il a été pris d’une fièvre bilieuse paludéenne grave à forme comateuse, compliquée d’accidents gastro-intestinaux. Les phénomènes redoutables de l’accès paludéen durèrent de 2 à 3 jours. Immédiatement à la suite de cet accès la vue commença à se troubler, et

trois mois après on constata l’existence d’une rfowftfe cataract molle pomplète. Après l’opération et avec des lunettes appropriées, l’acuité visuelle redevint parfaite, le fond de l’œil était sain.

Obs. VIII (Bagot).

Z. B..., 16 ans, mulâtresse, née à Pointe-à-Pitre. Après de nombreux accès paludéens, elle présente au mois d’avril 1886 un accès pernicieux des plus graves avec symptômes cérébro-spinaux, perte de connaissance, convulsions, délire. Ces phénomènes, dans une plus grande intensité, se prolongèrent durant trois jours. Aussitôt après, la vue se perd progressivement, et neuf mois après la malade ne peut plus se conduire. On constate également l’existence d’une cataracte molle des deux yeux, et comme pour le cas précédent, l’acuité visuelle redevient bonne après l’opération.

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