‹ Troubles psychiques dans la maladie du sommeil [electronic resource]Chapitre 10 sur 31 · V. Régis. Précis de psychiatrie, p. i3i · texte numérisé non relu

V. Régis. Précis de psychiatrie, p. i3i

l'encéphalè

Au ralentissement de l'activité psychique volontaire, vient s'ajouter parfois l'activité onirique sous-consciente et inconsciente. La torpeur cérébrale s'accompagne de scènes de rêves s'imposant au sujet et pouvant même constituer un véritable délire : le délire onirique. 'Nous consacrerons à son étude un paragraphe spécial auquel nous renvoyons le lecteur.

A côté de la confusion mentale simple, typique, on pourrait décrire également chez nos trypanosomés les trois variétés du professeur Régis, caractérisées par des différences dans leur degré d'acuité*.

a) Variété stupide (stupidité);

b) Variété agitée (confusion hallucinatoire aiguë) ;

c) Variété méningitique ou délire aigu.

a) Dans la première, les malades (Mavoungou iv, obs. 396, et Soulé obs. 466) sont inertes, immobiles et pensifs. Ils ne pensent pas, la conscience chez eux est absente et toute manifestation extérieure est supprimée. Si, par hasard, une perception arrive jusqu'à eux et qu'on leur demande s'ils sont tristes, ils répondent non, s'ils sont heureux, ils répondent oui. Ce sont des « trypanosomés stupides », bien différents des « trypanosomés mélancoliques ».

Cette variété, quand elle n'est pas suivie de mort, ce qui est la règle générale, conduit le malade (même après des injections d'atoxyl) à la confusion mentale chronique et à une démence rapide et précoce.

b) Nous avons observé toujours par phases (phases de début en général mais aussi au cours de la maladie) des cas bien nets d'excitation, d'agitation; les uns s'accompagnent d'hallucinations visuelles, les autres se greffent sur un état psychique si particulier, sur un tel fonds d'indifférence et d'impassibilité qu'il était impossible de les confondre avec de la manie aiguë.

c) Enfin, plusieurs de nos malades ont été emportés au milieu d'un délire aigu s'accompagnant d'attaques convulsives, d'agitation, de trémulation. Ce délire est excessivement violent : le malade brisant, renversant tout ce qui se trouve devant lui. Il ne reconnaît plus ni ses meilleurs amis, ni ses parents, ni ses chefs.

La confusion mentale trypanosomiasique peut, sous l'influence du traitement, se terminer par la guérison, et, dans certains cas, malgré les injections d'atoxyl, par la mort. Elle peut aussi aboutir à de la confusion mentale chronique*, à de la pseudo-démence marquée par la persistance,

I. RÉGIS. Précis de psychiatrie, p. 328. 2 Ibid., p. 340-341.

au milieu d'une certaine amélioration de l'état général, des principaux symptômes que nous avons déjà signalés : diminution de l'attention, modification de l'humeur, torpeur, hébétude, lenteur des processus psychiques, effacement des souvenirs, amnésie, indifférence émotionnelle et affective, troubles de coordination des idées, désorientation, troubles de compréhension, suggestibilité, troubles de langage (réponses à côté, vorbeireden), idées fixes post-oniriques, délire des grandeurs. Nous allons avoir l'occasion de revenir sur quelques-uns de ces symptômes en étudiant chez nos trypanosomés des cas de démence précoce (démence postconfusionnelle de Régis), car celle-ci est tellement près de la confusion mentale chronique qu'elle peut être considérée comme se rattachant à elle et qu'il ne nous a guère été possible de faire chez nos malades la distinction très nette entre ces deux états*.

Nous n'insisterons pas sur la difficulté de tout effort mental et intellectuel chez nos déments précoces trypanosomés, sur l'amoindrissement de leurs sentiments et de leurs affections, sur leur nonchalance, leur apathie et leur irritabilité: signalons cependantles impulsions subites, les actes extravagants et délictueux, lesjugiies se produisant avec une conscience et une lucidité plus ou moins grande, les accès de manie aiguë, les états mélancoliques [Bobo(obs. 266), Marius Issassi (obs. 373), John (obs. 458) n'aiment personne, personne ne les aime] s'accompagnant de symptômes auxquels nous avons déjà fait allusion précédemment, nous voulons parler du négativisme, de la suggestibilité et de la stéréotypie, symptômes ordinairement peu accentués et peu exagérés (formes frustes de la démence précoce -) et constituant une forme catatonique de la trypanosomiase. Le syndrome catatonique serait symptomatique, car il n'a que la valeur d'un épiphénomène transitoire, il est le plus souvent réduit à quelques-uns de ses éléments mais suffisamment nets pour avoir attiré notre attention.

Le négativisme se traduit, chez nos trypanosomés [Kitengué (obs. 3 18), Lokilo (obs. 352), Kassongo III (obs. 249), etc.] par leur refus d'obéissance à ce qu'on leur commande. Ils ne veulent pas se lever ni marcher; ils s'opposent à ce qu'on leur demande. Leur négativisme est le plus souvent momentané. Ils exécutent, après quelques instants, de façon rapide, ce qui leur a été ordonné. Ces mêmes malades, quand on les interroge sur leur famille, leur village, nous répondent : « Vous n'avez pas besoin de connaître cela », et disent à l'interprète : « Qu'estce qu'il a le docteur à me poser autant de questions, et à me demander

I. G. MoNOD. Thèse de Paris, igob. — 2. Régis. Précis de psychiatrie, p. 35 4.

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des nouvelles de ma santé, il le sait mieux que moi... Je n'ai rien à dire. »

Fano-Ken (obs. i ig), au moment où on lui dit de venir à la bascule se faire peser, répond toujours : « Attends un peu, je vais allumer ma pipe w, ou : « Je vais prendre de l'eau. » Jamais il ne se lève immédiatement quand il est assis et n'obéit directement à ce qu'on le prie de faire. La nuit, lorsqu'il commence à parler, il est impossible de le faire taire et ses camarades se plaignent du bruit qu'il fait. Il joue de la musique, il augmente son tapage et chante encore plus fort, lorsque ses voisins le prient de les laisser dormir.

Lokilo (obs. 332) tend à faire le contraire de l'acte déterminé demandé. Le jour où nous voulons le faire sortir de l'hôpital, il nous supplie de l'y laisser; le jour où nous lui proposons de rester, il demande son exeat.

Le négativisme résulte surtout d'une « perversion primitive de la volonté et de la perte presque complète du contrôle de la part du sujet sur ses propres actes ' ». Il peut déterminer de l'aboulie. Chez Bobo (obs. 266), (( la timidité, l'ennui, la gêne d'être regardé » augmentent l'exagération comme voulue de ses tics, de son attitude, occasionnent chez lui des larmes abondantes.

La suggestibilité, à l'inverse du négativisme, consiste en une docilité passive qu'on peut rapprocher de celle des cataleptiques et qui contraste chez un même individu avec sa résistance d'opposition. Dès qu'on élève la voix, ces malades obéissent; ils prennent les attitudes qu'on leur communique et exécutent tous les mouvements qu'on leur commande.

Ainsi M'Bo (obs. 3 20) gardera, jusqu'à ce qu'on lui ordonne le repos, les bras allongés, les doigts écartés, position qu'on lui avait fait prendre pour voir s'il avait du tremblement.

Paté-Kamara (obs. 422), milicien, garde de son éducation militaire une attitude raide, les yeux fixés à quelques mètres devant lui, les mains dans le rang, le petit doigt sur la couture de son pantalon. Il répond sèchement avec un timbre très net, très spécial, très articulé, s'élevant d'un ton à la fin des phrases. Il exécute tous les mouvements qu'on lui commande et reste figé, impassible, les bras en avant, les jambes écartées, dans l'attitude qui lui a été indiquée. Si l'on se place devant lui et qu'on fait un geste un peu spécial, celui de se gratter le nez, celui de boutonner ou de déboutonner son veston, par exemple, Paté-Kamara, sans avoir reçu aucun ordre verbal, a un moment d'hésitation, puis, tel un hypnotisé, imite l'acte accompli : il se gratte le nez à son tour, il boutonne ou déboutonne sa veste, etc.

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