Régis. Précis de psychiatrie, p
TROUBLES PSYCHIQUES DANS LA MALADIE DU SOMMEIL l5
science personnelle. Nous avons déjà signalé combien chez les trypanosomés l'affectivité était amoindrie
Ounda (obs. 323), milicien hospitalisé, rencontre au laboratoire, sans manifester le moindre sentiment, sa femme dont il est séparé depuis plusieurs semaines.
Manienga Maurice (obs. i3g) crie le nom de sa femme et l'appelle, mais si elle est auprès de lui par hasard il est complètement indifférent à sa présence.
La femme de Paté-Kamara nous dit que depuis que son mari est malade, il n'est plus ni aussi doux, ni aussi bon, ni aussi affectueux avec elle. Autrefois, il adorait sa fillette. Actuellement, il la gronde plus facilement et se désintéresse de ses faits et gestes.
N'Goma Malonga Noël (obs. 428] dépeint son état moral d'une manière énergique, car il dit en français : « Moi, je me fous de tout maintenant. »
Et de même que l'activité générale, elle aussi, est très diminuée, la mimique d'action, comme la mimique d'expression est réduite au minimum. Le visage ne traduit aucune émotion, aussi le faciès du trypanosomé est-il rendu de ce fait très caractéristique et spécial ^. Les cheveux terreux, les yeux éteints et bridés par un léger œdème des paupières, la figure sans expression, sans vivacité, attirent immédiatement l'attention de l'observateur perspicace ayant l'habitude de l'indigène.
Quant aux actes volontaires, ils s'accompagnent parfois d'apraxie sous sa forme surtout f<ieafozre difficile à séparer de Vagnosie Manienga Maurice, effectue des actes subjectivement logiques, c'est-à-dire que, prenant par exemple de la terre pour du tabac, il la met dans le creux de sa main et la porte à son nez. Il ramasse des tas de cailloux, des morceaux de briques, des débris et des détritus de toutes sortes, se figurant que c'est du bois avec lequel il pourra préparer du feu. Les couvercles des boîtes de conserves sont des plats dont il se servira pour sa cuisine, les vieilles paires de chaussettes, les lambeaux d'étoffes usagés, les chiffons déchirés qui traînent dans la poussière, sont pour lui de magnifiques vêtements qu'il amasse précieusement au fond d'un panier troué. Et, en effet, tandis qu'il déchire le pantalon à peu près convenable qu'on lui donne et qu'il vit complètement nu, il met autour du cou un haillon lamentable.