Régis, Précis de psychiatrie, p
2. « Le malade cherche à s'isoler, il répond lentement et par monosyllabes, ou il garde un mutisme absolu ». Corre, p. 253.
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Chez certains trypanosomés, l'affaiblissement intellectuel se fait progressivement et peut être suivi de mois en mois. Il aboutit rapidement, en quelques années, à une démence complète et incurable, évidente. L'évolution vers cette diminution définitive de l'être psychique se fait le plus souvent à travers des phénomènes se produisant très irrégulièrement et consistant en états de stupeur mélancolique et d'agitation ou au milieu de délires ordinairement peu systématisés, car l'affaiblissement mental des trypanosomés ne permet guère leur formation. Cependant, on rencontre très souvent chez les trypanosomés du délire des grandeurs et aussi du délire de persécution dû à des hallucinations visuelles et nocturnes, et parfois auditives.
A la période avancée de la maladie du sommeil, l'automatisme mental règne en maître. Négligé, malpropre, inconscient, sans mémoire, sans souvenirs, indifférent à tout ce qu'on peut lui dire, à tout ce qu'on peut faire autour de lui, inerte, mais cependant capable d'une inpulsion au vol, à la violence, à l'homicide, plus rarement au suicide, le trypanosomé présente une « disssolution de la personnalité au point de vue intellectuel, moral et affectif » et ses actes, comme son langage, sont « absurdes, mobiles, contradictoires, incohérents ». Versant des larmes ou éclatant d'un rire spasmodique, il raconte des récits imaginaires, amasse des ordures, des chiffons, et des vieux bouts de papier, mange de la terre. (Ouabissou, obs. 291) avale des pelures d'ananas ou des débris de manioc souillés de poussières (Manienga Maurice). Toujours prêt à tomber, se tenant à peine debout, le malade s'achemine rapidement vers la période terminale qui est l'état gâteux caractérisé avec l'hébétude la plus complète de la physionomie, par des contractures, des tremblements, de l'incontinence des matières fécales et des urines. Le malade tombe dans le coma, et la mort survient par cachexie ou bien le trypanosomé est enlevé soit à la suite d'une affection intercurrente, soit même à la suite d'ictus cérébraux (attaques, congestions).
Les ictus « dus sans doute à des poussées infectieuses ou autotoxiques secondaires » peuvent paraître plusieurs fois dans le cours de la trypanosomiase, mais de préférence à la dernière période et sous la forme épileptiforme. Ils sont constamment suivis d'une aggravation sensible des symptômes et parfois même de mort.
Formes maniaques, mélancoliques, circulaires. Mégalomanie. Délire des grandeurs
Sur le fond démentiel trypanosomiasique se greffent, avec plus ou moins de fréquence, divers types de psyciioses, des états délirants accessoires et surajoutés qui peuvent s'associer, exister simultanément, apparaître et disparaître une ou plusieurs fois. Ils sont inconstants et variables, et ne constituent pas toujours des types cliniques bien définis. On peut cependant admettre :
1° Des états maniaques et mégalomaniaques s'accompagnant de suractivité, d'excitation, de violence, de délire des grandeurs.
2° Des états mélancoliques ordinairement légers s'accompagnant de délire triste (personne ne les aime, disent les malades), et pouvant, tantôt, s'associer et se combiner au délire des grandeurs, tantôt en être indépendant. Ces deux états peuvent parfois se succéder d'un instant à l'autre très irrégulièrement et d'une façon rapide (Marius Issaci, Manienga Maurice).
3" Des état mélancolico-maniaques donnent lieu à une sorte de folie cyclique ou circulaire dans laquelle les deux délires des grandeurs ou de mélancolie se succèdent d'une façon lente, mais régulière et périodique (Kinga, obs. 72).
Dans tous ces cas, l'attitude, l'aspect, le ton affectif se modifient à chacune de ces deux périodes, et les malades présentent dans l'une ou dans l'autre un contraste frappant.
4° Du délire onirique, des idées fixes plus ou moins systématisées surtout de persécution, des hallucinations visuelles, auditives ou olfactives, des impulsions, des obsessions.
Beaucoup de nos trypanosomés sont mégalomanes. Les uns sont fils de grands et puissants chefs, les autres possèdent dans leur village de grosses sommes d'argent, de nombreuses provisions de bouche. Eux seuls sont beaux, eux seuls sont intelligents, eux seuls sont civilisés. Leurs camarades d'hôpital sont de vulgaires « sauvages ».
Ilsarrivent parfois à la visite, couverts d'oripeaux, la tête ornée de bonnets à plumes, entourée de fleurs et de feuillages, le corps caché sous la verdure (Joseph Kouka, obs. 413 ; Manienga Maurice, obs. i3g).
Kitengué (obs. 3 18), se figure qu'un camarade jaloux de la pureté de ses formes lui a jeté un sort.
Fano-Ken (obs. 119) s'écrie à chaque instant : « Congo ! Congo
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Sale pays! Je suis de Libreville! Je ne suis pas un cochon de nègre, moi ! Les noirs de Brazzaville, ce sont des sauvages ! »
N'Goma-Malonga-Noël (obs. 428) porte, comme brassard au bras gauche, un carton rouge provenant d'une vieille boîte : « Ce sont mes galons ! Je ne suis pas un salaud de nègre ! moi ! »
Linda (obs. 418) « n'est pas le premier venu. Il possède de l'argent. Il a des poules et des cabris. Il a quitté son village pour venir à Brazzaville parce que ses compatriotes ne veulent pas le reconnaître comme chef. Son père était chef, lui aussi doit être chef ». Or, il exerce le métier de pagayeur à bord d'une pirogue.
Loumboutou (obs. 269) se prétend non seulement le grand chef de sa tribu, mais également le plus puissant personnage noir de Brazzaville : « Il a autant d'autorité que le blanc, et le blanc, dit-il est son égal, mais ne le commande pas. » Il montre de vulgaires plumes de poulet qui ornent ses instruments de musique, qu'il porte également au chapeau, et en ceinture autour de la poitrine. « C'est l'emblème de mon pouvoir ! Elles viennent de France! car j'ai beaucoup d'autorité >• criait-il aux indigènes qui passaient devant sa case. « Arrêtez-vous ! Donnez-moi en cadeau un morceau de manioc ! Si tu ne veux pas, tu peux le garder, cela m'est bien égal ! Il est indigne de moi de te chercher palabre pour si peu de chose ! » Loumboutou n'était pas méchant mais il insultait grossièrement ses compatriotes qu'il ne connaissait pas ou qui n'étaient pas de ses amis. « Ne me parle pas ! Tais-toi ! sale nègre, cochon, etc. Tu n'es pas digne de me causer. Moi je suis le plus beau de tous, plus beau que le blanc ! Moi je me baigne ! Moi je suis propre, plus propre que vous tous, qui ne vous lavez pas ! Les autres, les jours de fête, ont besoin de se mettre des vestons, des pantalons ! Moi, mon pagne suffit, car je ne suis pas riche mais je suis un grand chef. Tout le monde le sait, chacun le voit... » Et lorsqu'on lui demandait pourquoi il avait cette manie de ramasser tous les morceaux de bois qu'il rencontrait sur son chemin, et dont il faisait d'ailleurs du feu dans sa case : « Cela fatiguerait mon boy, répondait-il, mais moi je suis fort et vigoureux, je suis le plus fort... On peut m'insulter... Je ne me battrai pas ! Si je me battais, je tuerais mon adversaire, tellement je suis fort... »
Joseph Amboa (obs. 415) est un élu de Dieu « Je suis savant, dit-il, et je sais très bien parler le français... Je sais faire le boy, le cuisinier, le blanchisseur, le charpentier... Je suis chasseur aussi... » Notre infirmier qui suit les cours de l'école indigène nous raconte que Joseph Amboa est venu deux ou trois fois essayer d'apprendre à lire. On lui montre les