I. RégIs. Précis de psychiatrie, p. i
TROUBLES PSYCHIQUES DANS LA MALADIE DU SOMMEIL 3g
heures chaudes de l'après-midi. Toute la journée il est dehors. Il passe autour du cou son ancien bissac de milicien et il s'en va. Parfois il se dirige vers le marché pour y faire des achats, prétend-il, mais le plus souvent, il n'a aucun but précis. Quand on le rencontre, au moment où il se met en route, il suffit de l'appeler par son nom pour qu'il revienne sur ses pas et tranquillement il rentre à l'hôpital.
N'Goulou (obs. 220) change constamment de domicile et s'installe successivement dans les différents villages indigènes du périmètre urbain de Brazzaville assez éloignés les uns des autres.
Le jeune Yokodjai (obs. 63), élève de l'école professionnelle de menuiserie aux travaux publics, est en promenade du matin au soir. Le jeune Mamadou-Boussa (obs. i6i) est monté une première fois, malgré la défense de son père, à bord d'un bateau jusqu'à Bangui ; une seconde fois, il a quitté sa famille pour aller a pied jusqu'à N'Bamou, et il vient de disparaître pendant huit jours au village bacongo.
Goura-Kamily (obs. 281) est en mouvement perpétuel. Au moment de la visite, elle court d'un malade à l'autre avec force gestes et de grands mouvements de bras.
Lomboutou (obs. 269) se promène partout, sans but. Il marche très vite et semble infatigable. Il rentre à sa case, il chante, il danse, il fait de la musique puis repart.
Soulé (obs. 466), complètement obnubilé, stupide, s'en va lentement en trébuchant, part en promenade, malgré son tremblement, malgré sa faiblessse extrême, malgré la difficulté qu'il éprouve à marcher.
Citons encore le cas de Sorobia (obs. 40), qui, peu de jours avant sa mort, pouvant à peine se tenir debout, est toujours à courir à travers la ville; de Mossolouka (obs. 1 5i ), qui, au moment même de son décès survenu en plein marché de Brazzaville, était en promenade malgré son état précaire de santé; de Joseph Amboa (obs. 41 5), qui fait les cent pas de long en large, « comme le blanc», disent ses camarades; de Kitengué (obs. 3i8); de Missigui (obs. 257), etc.
Lorsque les malades sont calmes, leurs fugues peuvent passer inaperçues, mais très souvent leurs allures bizarres, leur agitation automatique bruyante et désordonnée, et même violente, les désigne à l'attention de l'observateur.
Linda (obs. 418), Marins Kissaci (obs. 378), N'Goma-Malonga-Noël (obs. 428) et généralement tous les aliénés placés au pavillon spécial sous la surveillance de la police, s'échappent dès qu'ils en trouvent la possibilité. Nous les voyons arriver au laboratoire, gesticulant, réclamant, racontant des histoires qu'il nous faut malgré nous écouter. Parfois, ils
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sont furieux. Ils agitent des couteaux. Ils peuvent être dangereux. Ils adressent la parole avec une désinvolture toute spéciale au premier Européen qu'ils rencontrent et ils s'emportent très facilement si on les. dédaigne ou si on les renvoie trop brutalement.
Si les fugues des trypanosomés nous semblent, en général, être moins automatiques que celles des épileptiques dont le symptôme le plus caractéristique est l'inconscience absolue, elles peuvent cependant aussi s'accomplir très souvent sous la forme d'une impulsion brusque, instantanée et violente, et dont le malade ne garde aucun souvenir. Il marche au hasard, se livrant inconsciemment sur sa route à des extravagances, à des actes criminels.
La femme Pembé (obs. 421), mariée à un milicien habitant le cheflieu, a été rencontrée endormie aux environs de Brazzaville, en pleine campagne. Elle ne se souvient nullement de ce fait, disant qu'elle n'avait aucune raison de quitter sa maison. Elle se rappelle seulement, la nuit de sa fugue, avoir beaucoup souffert des piqûres des moustiques.
Pate-Kamara (obs. 422), garde régional, sort brusquement du camp de la milice, tel un automate, bouscule les hommes de garde et s'enfuit dans la brousse. Le lendemain, il a complètement oublié sa fugue.
Manienga Maurice (obs. iSg), Bobo (obs. 266), Marins Kissaci (obs. 378), même lorsqu'ils sont surveillés, prennent la fuite; le premier, sans souci de la pudeur, presque complètement nu ; le second, très calme et très tranquille, plutôt mélancolique, revenant sur ses pas à l'appel de son nom; le troisième frappant le policeman commis à sa garde quand il veut l'arrêter dans sa promenade. Et c'est véritablement un spectacle peu banal que de voir ce malheureux gardien lorsqu'il nous conduit au laboratoire trois ou quatre de ces individus dromomanes à examiner. Une minute d'inattention et l'un de ses malades est déjà en route vers une destination inconnue; il court à sa recherche, un second se met en marche, et il a à peine ramené les deux premiers que les deux autres sont en fuite. C'est souvent au moment où il s'y attend le moins, quand les trypanosomés paraissent allongés, somnolents, indifférents et tranquilles, que, brusquement, ils se lèvent, et automatiquement s'en vont sans but.
Il semble bien que, chez eux, c'est sous l'empire d'une propension plus ou moins soudaine, qu'arrive ce désir de mouvement.
Victor (obs. 96) est là, calme, attendant le moment où son tour arrivera d'être pesé à la bascule, quand tout à coup il quitte le laboratoire pour aller examiner les travailleurs occupés à une construction voisine. Puis il fait demi-tour, revient s'asseoir parmi ses camarades et, brusquement, se lève pour aller au fond du jardin. Tranquille cinq minutes, il