L'ENCÉPHALE
TRAVAIL DE L'INSTITUT PASTEUR DE BRAZZAVILLE
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KlGUBE 2
FiG. t et 2 (Obs. 422): Confusion mentale avec excitation, suGGESTiBil.itp;
ET ATTITUDES CATALEPTOÏDES.
Planchk VI
(G. Martin et Ringenbach.)
H. DKI.AKUK & Ci-, l-:niTEiiRS
l'ARIS.
repart, se promène, revient, toujours agité, toujours en mouvement.
Hospitalisé, il quitte l'hôpital, disparaît deux jours dans un village de la plaine ou dans la brousse, puis, poussé par la faim sans doute, revient à l'heure de la distribution de la ration. Nous le voyons au moment de la visite plusieurs matins de suite, puis il s'échappe.
Tizinga (obs. 267) ne peut non plus rester en place. Il arrive de l'hôpital avec ses camarades. Il patiente quelques minutes. Quand on l'appelle, il n'est plus là. Il est parti. Il reparaît, on l'examine, on note son pouls, son poids, son état de santé ; on lui ordonne d'attendre la fin de la visite pour lui donner une injection d'atoxyl qu'il accepte volontiers et qu'il réclame d'ailleurs. Au moment voulu, il a de nouveau disparu et nous le voyons réapparaître quand nous ne songeons plus à lui.
Ces deux malades sont là, à l'hôpital, calmes, allongés, en pleine période de repos, et brusquement, sans motif semble-t-il, ils se dressent comme un ressort et se mettent en marche. On leur en demande la raison : ils ne savent pas. Ils s'arrêtent, s'asseyent, pour repartir de nouveau quelques instants après. Il semblerait que le simple fait de prendre leur température provoque chez eux l'idée de fugue, car ils se lèvent et s'en vont alors qu'ils étaient paisiblement assis, dès qu'on leur place un thermomètre sous l'aisselle. On les arrête d'un appel, mais s'ils n'entendent pas, ils continuent leur marche, l'instrument sous le bras.
Joseph Kouka (obs. 413) nous était inconnu lorsqu'il apparaît un matin au laboratoire la tête recouverte de fleurs d'ibiscus et de pervenches. A la ceinture du pantalon est placée une masse de verdure derrière laquelle il disparaît. De la main droite, il s'évente d'un mauvais éventail, et, de la main gauche, il tient, appuyée sur l'épaule, sa canne, à l'extrémité de laquelle est suspendue une paire de souliers. Il danse, il chante, il fait des contorsions, puis, tandis que nous examinons le liquide de ponction de l'un de ses ganglions, s'en va. Sa présence est signalée dans les différents quartiers de la ville qu'il parcourt sans se lasser. Le lendemain il revient. On l'interroge. Il se plaint de céphalée. II demande « du médicament » et tandis que nous préparons notre seringue pour lui donner une injection d'atoxyl, il a disparu. Le lendemain, malgré une tornade violente et un orage épouvantable, il apparaît à trois reprises différentes au laboratoire, trempé par la rafale. Pendant la nuit, il est passé sous nos fenêtres criant et chantant. Il s'est rendu à l'hôpital oit il a réveillé et frappé des malades. Conduit au pavillon des aliénés, il s'échappe à plusieurs reprises. On le retrouve déambulant à travers la ville. La manie ambulatoire chez ce malade est donc diurne et nocturne. Elle commence le plus souvent par être diurne chez nos
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trypanosomés, pour devenir ensuite nocturne et elle est alors ordinairement d'un pronostic plutôt fâcheux, car cette dernière a été constatée chez la plupart de nos malades quelque temps avant leur mort. De l'observation qui précède, rapprochons celle de Makosso (obs. 454) qui, à une période très avancée de la maladie, se trouvait alité depuis plusieurs jours, quand nous le vîmes une après-midi faire le tour de notre véranda sans dire un mot, se reposer tout à coup et déposer à côté de lui une bouteille d'eau. Notre infirmier lui demande ce qu'il désire. Il se lève sans répondre, reprend sa bouteille et retourne à l'hôpital. Pendant la nuit, il s'échappait et couchait dans la brousse. Un matin, on le trouva mort aux environs de Brazzaville, dans le ravin de la Glacière.
Nous avons eu des cas où la dromomanie était exclusivement nocturne,
Tchibota (obs. 1 36), malade en très mauvais état, présentant des tremblements, de l'amaigrissement, de la faiblesse généralisée, des troubles visuels, s'aide d'un bâton pour marcher dans la journée. Il avance lentement et péniblement. Dans la nuit, il se lève en sursaut, clame le nom d'un de ses anciens amis et se promène dans les salles au milieu des malades endormis. Il pénètre dans la forêt voisine et on le trouve endormi dans un coin.
En étudiant de près les motifs de ces fugues, on voit que quelquesunes sont produites sous l'influence des idées post-oniriques, ou par la terreur causée le plus souvent par des hallucinations visuelles auxquelles le malade désire échapper.
Ainsi la femme Mavou (obs. 352) à la période ultime de la maladie est ordinairement prostrée et plongée dans un sommeil profond. Elle a des crises d'excitation et de colère pendant lesquelles elle casse tout ce qui lui tombe sous la main : verres, assiettes, etc. Elle voit des personnes mortes qui viennent la tourmenter, l'ennuyer. Elle veut s'en éloigner. Son mari, policeman, l'enferme à clef dans sa maison lorsqu'il est obligé de la quitter, aux heures de service. Or, elle enfonce la porte, s'en va, appelant au secours, effrayée, voyant des démons autour d'elle, et sort toute nue se promener. Des amis la rencontrent, lui donnent un pagne et la ramènent chez elle. Le lendemain, conduite à l'hôpital, elle demande ce qu'elle a fait, pourquoi elle n'est plus chez elle, et quel est l'endroit où elle se trouve! Mavou, hospitalisée, reste dans la journée somnolente et profondément endormie, inerte comme une masse? Tout à coup, brusquement elle se lève, s'en va, marche, tombe, se relève, puis se remet en route. Si on lui demande où elle va, elle s'arrête, l'œil fixe, le visage hébété, en gardant un mutisme absolu... La nuit, elle sort par la fenêtre (la porte étant fermée), sans dire un mot.
Son mari la retrouve quelques jours avant sa mort, en pleine brousse, à deux kilomètres de l'hôpital.
Il nous semble inutile de multiplier ces observations de dromomanie et de fugues. Ces cas très nets permettent de se demander si parmi tous les malades dont nous avons signalé la fuite dans plusieurs rapports précédents, lors de nos diverses statistiques de traitement, plusieurs n'ont pas obéi à cette dromomanie que nous venons d'étudier. Nous mettions sur le compte d'une médication trop longue à supporter, sur les douleurs causées par les injections, sur l'ennui de se présenter très régulièrement à la visite, de nombreuses défections qui, sans doute, doivent être rapportées à ce syndrome spécial. Celui-ci, chez le trypanosomé, réalise deux types principaux : le type impulsif et le type dément.