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CHAPITRE IX

Crimes et délits dans la trypanosomiase. — Responsabilité. Expertise médico-légale

Chez les trypanosomés, les excès sont le plus souvent commis dans un tel état d'irritabilité, de fureur maniaque et d'agitation délirante, les vols sont pratiqués avec tant de niaiserie et d'inconscience que, dans ces conditions, ces actes ne laissent aucun doute sur la mentalité des coupables. Dans d'autres cas, les délits sont le résultat d'impulsions subites et ils sont complètement oubliés des malades, ils sont alors accomplis avec une insensibilité morale complète et considérés par eux comme une chose si naturelle que l'irresponsabilité des auteurs est certaine.

Destructeurs et violents, l'attention est vite attirée sur 'ces malades qui sont immédiatement surveillés. Aussi le meurtre est relativement rare, à moins que la trypanosomiase ne se complique d'hallucination ou de délire.

L'impulsivité peut se traduire par une tendance brusque instantanée au vol, à la fugue, à l'incendie, à l'homicide, au suicide, au vampirisme et dont le malade ne garde aucun souvenir. Ces trypanosomés impulsifs sont, avec les trypanosomés persécutés, les plus dangereux parmi nos aliénés.

Au cours des différents chapitres qui précèdent, nous avons décrit avec assez de détails les actes criminels des trypanosomés pour ne pas insister ici.

Nous devons cependant y ajouter l'exhibitionnisme.

Les outrages publics à la pudeur, si on peut appeler de ce nom V exhibition par nos malades de leurs organes génitaux, qui n'effarouche aucun de leurs voisins, même de sexe différent, sont, chez les trypanosomés que nous avons observés, « sans but ». Nous laissons de côté les cas de nos déments qui, par suite de la diminution de leur sens moral agissent de façon inconsciente en déchirant leur vêtement et faisant voir leur sexe, ceux de nos aliénés impulsifs qui peuvent sortir de chez eux complètement nus; mais nous voulons citer celui de N'Goma Malonga (obs. 41 3) qui, dans un moment de fureur, enlève les différents pagnes dont il était couvert et s'habille de nouveau en remettant ses vêtements autour de la ceinture, mais en ayant soin de ne pas les réunir par devant, de façon à laisser au contraire une ouverture et une large fente permettant à tous de voir ses organes. Et il se promène ainsi à l'heure de la visite au milieu des consultants hommes et femmes, en disant, gesticulant et coléreux : « Voilà! je m'en f... »

Il faut signaler dans la trypanosomiase par analogie avec celle de la paralysie générale et de la démence précoce, une période médico-légale prodromique pendant laquelle des actes extravagants, délictueux, des fugues, des crises de manie aiguë, de négativisme se produisent. Des erreurs de comptes et d'écritures, des négligences dans le service, des oublis graves sont commis qui paraissent inexplicables et même volontaires à ce stade d'invasion de la maladie, alors que le trypanosomé ne présente aucun signe clinique bien net de maladie du sommeil et que l'affaiblissement de son intelligence ne peut être apprécié d'observateurs non médecins.'

Samba Taraore (obs. Sog), milicien, paraissait en excellent état de santé quand une crise d'excitation le désigna à notre examen. Il fut trouvé trypanosomé. Ses camarades nous racontèrent alors qu'il avait,

depuis quelque temps, des allures bizarres. Il était devenu indiscipliné, il jouait beaucoup et dépensait bêtement, inutilement son argent.

Beaucoup de nos malades ambulomanes, querelleurs, en dehors de leurs crises, sont en état apparent d^excellente santé et c'est l'examen microscopique seul qui permet de poser le diagnostic certain.

Dans de nombreux cas, par délégation de l'autorité judiciaire, le médecin sera chargé d'expertises médico-légales ; il aura à examiner dans quelles conditions ont été commis des crimes, des délits, reprochés à des individus reconnus trypanosomés. Il aura à étudier la mesure dans laquelle ils sont coupables. Or, la trypanosomiase, comme tous les états pathologiques, comporte des degrés différents et variables allant de l'irresponsabilité absolue à une responsabilité plus ou moins atténuée. Louis Martin et Daré ont attiré l'attention sur la nécessité de rechercher de parti pris tous les symptômes de cette affection avant de conclure à la responsabilité de l'individu soumis à l'examen lorsque celui-ci aura séjourné dans les régions tropicales ^

Nous n'avons pas l'intention ici de passer en revue tous les cas qui pourront se présenter, mais il ressort évidemment des diverses observations que nous avons résumées au cours de cette étude qu'on ne peut rendre responsables de menaces proférées, d'actes délictueux commis (erreurs de comptabilité, vente à vil prix, coups, blessures, vols, etc.), souvent accompagnés de mensonges, des malades trypanosomés chez lesquels on trouve des stigmates très nets de confusion mentale, de démence.

Un point plus délicat est celui où un individu, accusé de vol ou de tentative d'homicide par exemple, est conduit au médecin dans un état apparent d'excellente santé, où fort, vigoureux et le regard vif, il ne présente d'autres symptômes de maladie du sommeil qu'une hypertrophie des ganglions dont la lymphe examinée au microscope renferme des trypanosomés. L'inculpé aura besoin, dans ces conditions, d'être suivi très sérieusement et de très près, car de ce qu'on a découvert chez un indigène des parasites, on ne doit pas cependant forcément en conclure par l'absolution de tous ses crimes ni en déduire sa non-culpabilité. Il appartient précisément au médecin de s'entourer de toutes les garanties nécessaires pour pousser son enquête, demander des renseignements, sur le genre de vie, les habitudes de l'individu incriminé, il doit multiplier ses interrogations et ses examens, pratiquer la ponction

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