OBSERVATION V
Arlcle goître exophtalmique du dictionnaire Dechambre p. 572.
Une femme atteinte de goître exophtalmique avec : insOMnie se plaignait de cauchemars insupportables ; il lui sem-
blait voir une foule d'objets lumineux d'apparence vague.
qui, ‘pendant la nuit s’agitaient autour de son lit; bientôt
- ces objets prenaient des contours déterminés et devenaient des formes humaines ; aux hallucinations de la vue se joignaient des hallucinations de l’ouie ; au milieu de l'obscurité elle entendait distinctement des voix qui l’appelaient et la jetaient dans dans une angoisse inexprimable, Cette malade, fort intelligente, exprimait parfaitement ses impressions suCcessives. Au début, elle sentait qu'il s'agissait de purs cauchemars et n'y! faisait point attention ; puis elle avait conscience que son cerveau se prenait et qu'elle n'avait plus d'empire sur elle-même ; le lendemain, elle était encore sous l'influence de cette idée fixe et restait persuadée qu'elle allait perdre là raison. Ces accidents durèrent une quinzaine de jours et disparurent
Dans l'observation V de la thèse de Brunet (1), les trou-
bles psychiques débutèrent en même temps que les pre-.
miers symptômes du goître exophtalmique.Le sommeil était très agité ; la malade avait des cauchemars terrifiants : elle voyait des loups et des chiens enragés, les membres de sa famille morts. Ces rêves l’'épouvantaient à tel point que non seulement elle se réveillait en. sursaut, mais que toute la journée jelle restait sous leur pénible impression. Les trou-
bles psychiques cessèrent avec l'amélioration du goître exophtalmique.
.Parrhon et Marbe citent un cas où les troubles psychiques se traduisent par une irrascibilité exagérée, des rêves pénibles, des hallucinations à caractère terrifiant.
(1) Bruner. Thèse Paris, 1883. |
OBsERvATION VI
(PARRHON &T MaRBE, Encéphale 1906 p. 463).
Il s’agit d’une jeune fille de 21 ans, dont les parents ne présentent pas de manifesfations pathologiques appréciables. il en a été de même pour ses grands-pères et ses grands-mères. Mais on trouve par contre, de nombreux troubles morbides chez les collatéraux de la ligne paternelle. C’est ainsi qu'une sœur. du père s’est suicidée en se jetant dans l’eau, On dit qu’elle était folle. Une autre sœur présente des crises de baïllements et très superstitieuse. Un frère (du père), est alcoolique, un autre bien que déjà âgé, et marié incapable d’apprendre un métier quelconque ou de trouver une occupation. C’est sa femme qui l’entretient. Celle-ci est normale, mais «lle donna naissance à un monstre, Les cousins et les cousines de la malade (du côté paternel), présentent des grands stigmates de dégénérescence psychologique.
En ce qui concerne la’ malade elle-même, nous notons ce qui suit: son corps thyroïde s’est hypertrophié depuis huit ans. Elle a été menstruée à l’âge de 13 ans. Les règles étaient abondantes et duraient quatre jours. C’est depuis cette époque que la malade présente des palpitations et est devenue très irritable, entrant en colère aux moindres contrariétés.
Quand elle était encore à l’école, il lui arrivait souvent d’être obligée de s'arrêter en route à cause de ses palpitations violentes. Quand elle était examinée, elle était prise ‘de trembiement et de paipitations et l'émotion l’empêchait de répondre De même elle ne pouvait jouer du piano à cause de l’émotion, Elle sentait sa gorge se sécher, un trouble dans les yeux, sa vue se voilait et elle ne voyait plus. La malade sentait de même comme un nœud dans la gorge qui l’empêchait de manger. Elle a suivi sans succès plusieurs traitements € en 1905, elle subit la résection bilatérale du sympathique cervical. ;
Dans l’observation prise par l’un de nous en 1904, nous trouvons signalés les détails suivants : le corps thyroïde est hypertrophié ; la circonférence du cou: 345 millimètres. Les amygdales sont également hypertrophiées. La mal:de pré
Dalmas. 4.
sesnte une tachycardie manifeste ainsi que des palpitations violentes. Les membres supérieurs présentent un tremblement fin et à oscillations rapides.
Plus ‘intéressants sont les troubles psychiques présentés par cette malade. Nous notons d'abord une irritabilité exagéré .La malade rentre en colère aux moindres contrariétés et adresse des DArOÉES violentes à ceux: qui l'ont fâchée. Cet état psychique s'accompagne d’une Congestion du visage, d’une: sensation de bouffée de chaleur qui lui monte dans la tête, ainsi que de la sensation d’étouffement. Elle présente en même temps des palpitations et un tremblement de tout son corps. Sa parole est également. tremblante. Pour se calmer, ellé se couche et après quelque temps, elle présente une crisé de baillement qui souvent dure de quinze à vingt minutes. Dans le lit, elle se sent souvent sur le point de s’évanouir.
La malade est très ambitieuse, égoiste, malicieuse. Elle tient toujours à faire dominer ses désirs et que les autres. fassent ce qu elle veut, ce qu’elle obtient d’ailleurs facilement, car les siens cherchent à Iui épargner les colères.
La malade présente encoré des phobies multiples, cest ainsi qu'ellé a peur de rester seule dans une chambre, parce: que quelqu'un pourrait venir la tuer ou bien quand sa sœûür sort, elle a peur que cette dernière ne s'évanouisse dans la rue.
Ces phobies ont fait leur apparition il y a deux ans à la suite d’un traumatisme psychique. La malade s’est effrayée à cause de lindisposition de l’une de ses' sœurs. Elle a poussé un cri et est tombée sans connaissance. C’est depuis cet accident que la maladé a commencé ‘à présenter les phobies. :
La malade présente des naticmations visuelles. Elle voit des ombres d'hommes qui l’effrayent. Ces hallucinations sont presque continuelles et se produisent surtout quand la malade change la direction du regard ou quand un objet quelconque se déplace. Alors, la malade effrayée commence à pleurer, elle présente des palpitations. Puis le calme revient et elle se rend compte de l’irréalité de ses apparitions.
Ses rêves sont d'habitude pénibles. Elle voit des imorts, elle croit se suicider ou bien elle voit des animaux qui lui font peur. Parfois elle rêve sur les événements sensationnels qu elle a lus dans la journée.
En 1905, la malade subit la résection bilatérale du sym-
Eee
pathique cervical. L'opération fut pratiquée en deux fois.
Pendant la chloroformisation elle dit avoir vu un grand animal cornu qui lui chuchotait à l’oreille : « Que tu me donnes, que je te donne ». Elle entendit un bruit de « tic, tic ». Fbe vit enfin un ciel étoilé puis s’endormit,
Après la seconde opération elle commença à avoir des crises de pleurs. Elle pleurait— dit-elle parce qu’elle se sentait mal, comme près de s’évanouir et de suffoquer. Après l'opération les palpitations, la sensation de chaleur, le tremblement, les crises de diarrhée qu’elle présentait de temps en temps disparurent.
Elle eut après l'opération des menstruations supplémentaires. Puis cette fonction s’est améliorée. Les règles tiennent trois jours ( au lieu de quatre ) et ne sont plus douloureuses.
En ce qui concerne l’état psychique, celui-ci ne s’améliora pas au moins d’une façon notable après l’opération. Pendant les deux premiers mois qui suivirent celle-ci la malade se sentait poussée à casser, à briser les objèts, mais elle s’arrétait avant de le faire. En même temps elle continuait à présenter des rêves pénibles à contenus semblables à ceux déjà signalés. Elle présentait encore des hallucinations psychomotrices.
Elle sentait.un ver qui partant de l'abdomen lui montait vers le dos, puis dans dans la tête et quNlui disait : « Donnez-moi à manger ». La malade se mettait alors à manger, mais la voix ne se taisait pas.
Elle présentait aussi des hallucinations visiuelles terrifiantes. Elle voyait un bouc qui la menaçait avec les cornes et montait même sur elle, Elle luttait avec lui, le repoussait mais il revenait et ainsi de suite La malade effrayée commençait à pleurer et s’en allait chez sa mère mais elle ne présentait plus les palpitations,
Elle présente encore les phobies, C’est ainsi qu’elle se demande parfois avec angoisse si quelqu'un des siens ne vient pas de succomber. Elle a peur que si les hallucinations présenfes disparaissent, d’autres viennent les remplacer. Elle continue encore à présenter une grande émotivité.
Un jour en retournant chez elle , elle eut la sensation que sa fête était vide, que son corps était mou, elle ne ne se sentait plus et se secouait pour se convaincre qu'elle a encore son cœur, La malade se fatigue facilement, bien qu'elle puisse travailler longtemps si le travail est facile. ’
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L'examen de la malade se fait difficilement. Elle n'est pas capable de fixer son attention, elle est instable et la malade ne pouvant suivre dans l’ordre le récit de sa maladie parle en même temps des faits anciens et de son état actuel.
Soukanoff dans un article paru en 1896 dans la Revue Neurologique cite un cas très intéressant de confusion mentale développé chez un dégénéré héréditaire.
OrsSErvATION VII \
Jeune homme, âgé de 18 ans, entré le 21 septembre 1894 dans la clinique psychiatrique de Moscou. Concernant l’hérédité les données suivantes ont été obtenues : le père et la mère du malade sont cousins germains, le père du malade était alcookique; l'oncle et la tante paternels étaient phtisiques; l’aïeul paternel a des accès de dipsomanie et était psychopathe; l’aieul maternel est phtysique; l’aïeule maternelle fut atteinte d’apoplexie. Frère d'esprit borné ; sœur nerveuse, atteinte de strabisme marqué; grand oncle paternel atteint d’une maladie mentale de même qu'une grand'tante maternelle; de deux grands oncles maternels, l’un avait des bizarreries, l’autre est mort phtisique ; deux frères de l’aïeule maternelle sont morts d'apoplexie ; un des cousins maternels était phtisique, un autre alcoolique; un des cousins germains paternels est mort phtisique\ les cinq cousins issus de germains maternels étaient atteints de psychose : l’un d’eux finit par un un suicide, le second était idiot, le troisième débile, le quatrième avait la chorée et le cinquième avait des bizarreries ; l’une des cousines issue de germain souffrit d’un goître exophtalmique, ‘une autre fut atteinte de paralysie post-diphtérique; deux d’entre elles eurent des psychoses; trois étaient simplement nerveuses, une autre encore est morte d’une maladie de cerveau.
Le malade est né à terme. Il commença à faire ses dents dans le cinquième mois de sa vie ,se mit à marcher après sa première année et commença à parler à deux lans passés. A J'âge de quatre ans il avait quelquefois le sommeil inquiet,
Re NERE
il s’agitait alors la nuit dans son lit, jetait des cris sans toutefois s’éveiller. C’est vers cette même époque que sa mère observa chez lui la sortie d’un cucurbitin de ver solitaire; après un remède anthelminthique qu'on lui donna alors, un ver solitaire fut expulsé -
Quand le malade fut dans sa cinquième année il eut une inflammation de poumons; à sept ans passés il eut la rougeole et plus tard la coqueluche; à neuf ans passésil eut un typbus qui se compliqua d’une pneumonie.
Durant son enfance il était nerveux et irritable; il n’a jamais été sujet à des accès convulsifs, mais il a toujours été maladif, très sensible au froid et à la fatigue, toussait de temps en temps, transpirait abondamment; il était d’une extrême maigreur tout en ayant un bon appétit; il souffrait quelquefois®de diarrhées et de temps à autre de nausées. Il apprit à lire et à écrire à l’âge de 7 ans et peu de temps après, il fut placé dans une école où il resta jusqu'à l’âge de 16 ans. Au sortir de l’école, notre malade travailla quelque temps -comme teneur de livres dans un dépôt d’objets métalliques. Cette besogne (e calcul et les factures), le fatiguait beaucoup ‘et en avril 1893 sa mère obtint pour lui un emploi dans une. brasserie, et, comme, il ne cessait de ressentir une faiblesse et une sorte de lassitude continuelle elle lui conseilla de boire de la bière, ce qu'il fit en en prenant une à deux. bouteillés par jour. À
Vers la fin de mai de la même année, il revint un jour à la maison dans un état d’excitalion légère, le visage rouge, et c’est alors que sa mère remarqua pour la première fois qu'il avait un goître. Elle attesta cependant qu'il s'était plaint huit jours auparavant que les cols de sa chemise lui étaient trop étroits, mais le malade attesta plus tard que le goître se produisit en un jour. Le goître était d’abord plus grand du côté droit. Le malade commença à souffrir simultanément de palpitations de cœur. En juin, juillet et août de l’année 1893 le malade ne s’est adonné à aucune occupation. Il entra en août dans un des hôpitaux de Moscou, et le 15 septembre 1893, il fut reçu dans la clinique des maladies nerveuses de Moscou où il resta jusqu'au 12 février 1894. |
A son entrée dans la Clinique des maladies nerveuses, les
faits suivants ont été notés :
Le malade est de taille au-dessus de la moyenne, de constitution faible ; il a les muscles et la couche graisseuse sous-cutanée es peu développés, SN
L’exploration du cou du mälade fait voir au niveau de
la glande thyroïde une tumeur à pulsations distinctes ‘ayant la forme de la glande
Cette tumeur touche la ciavicule du côté droit, atteint lapophyse mastoide en haut-et va jusqu'à la moitié de Ja partie latérale du cou en arrière. La tumeur est un peu moins grosse du côté gauche. Les deux moitièés sont réunies par un isthme qu'on aperçoit distinctement. La tumeur n’adhère ni à la peau, ni aux muscles sterno-mastoidiens, ni aux tissus sous- JAPeUE: Quand on palpe la tumeur un bruissément particulier s’y fait entendre. La mensuration de la circonférence du cou a donné les résultats suivants il Y a 36 centimètres de tour au niveau du point de la colonne vertébrale qui est située vers le milieu de la partie cervicale et de la partie supérieure de la tumeur, il y en a 38 au niveau de la portion médiane de la tumeur et 39 centimètres, au niveau de la partie inférieure ; la circonfé-
rence du cou au-dessus de la tumeur est de 32 centimètres,
la pulsation des artères carotides est très marquée du côté droit ; la tumeur a une pulsation à part qui est isochrome avec les battements du cœur et les artères radiales. Pendant l’auscultation, un bruit vasculaire et sifflant se fait entendre ; ce bruit augmente constamment avec la systole du cœur.
Système nerveux. — Dans la sphère psychique, on observe une profonde dépression, qui cède la place, à de rares. intervalles, quand le malade entre en conversation, par
exemple, à de l’excitabilité. Alors sa parole devient rapide,
et incohérente, le malade s’agite. Autrement son état mental et intellectuel n'offre rien d'anormal.
Les mouvements actifs des muscles de son visage sont normaux, à part une légère asymétrie dé la bouche Jorsqu'il découvre les gencives. Les prunelles sont un peu dilatées, mais à un point égal. Un léger tremblement se produit à la langue quand il la tire. Un léger tremblement se fait observer dans les extrémités supérieures ; il se traduit par de légers mouvements cloniques. Ainsi quand on fait étendre le bras au malade, sa main tremble et c’est aux doigts que
le tremblement est le plus marqué.
Les mouvements du corps sont normaux ; le malade marche régulièrement, les yeux fermés et les yeux ouverts. Le réflexe patellaire, les réflexes des muscles biceps, triceps, du tendon . d'Achille, les réflexes des yeux, du ventre, du crémaster, des parois abdominales sont restés intacts et ne sont pas exagérés ; Le réflexe plantaire est absent. Les troncs nerveux et les muscles ne sont pas douloureux à la pression,
L’exploration du cœur a fait constater une augmentation de ,sa dimension transversale, La matité commence depuis le bord inférieur de la troisième côte en haut et ‘va, jusqu'au bord supérieur de la sixième côte en bas ; en dehors “elle dépasse la ligne mamelonnaire d’un centimètre environ, €t atteint en dedans le milieu du sternum du côté droit, :
Le malade se plaint de palpitations de cœur ; il ressent un malaise au creux de l’estomac chaque fois qu'il a mangé ou bu et une sensation de chaleur dans la partie supérieure du corps ; il a une toux sans pituite, mais qui lui fait expectorer beauçoup de salive.
En septembre, octobre et la première moitié de novembre aucun changement considérable ne s’opéra dans l'état de santé du malade ; il toussait souvent,, transpirait abondamment, avait quelquefois le sommeil inquiet ; il était presque constamment dans un état d’agitation, se .mettait souvent
à parler avec volubilité en se pressant et en perdant presque haleine.
Au bout de quelque temps, le malade commença à se sentir plus calme et le sommeil devint meilleur ; il souffrit encore de temps en temps de diarrhée.
Le 11 septembre il fut pris d’une douleur au côté Nr il eut aussi un coryza accompagné de mal de tête ; la tem pérature monta ; il fut pris en même temps d'accès de rire irrésistibles. à - A la fin de cette journée, le malade pleura. 11 dormit mal la nuit suivante, s’agita dans son lit, se réveilla souvent, parla d’une manière incohérente.
Depuis le 17 septembre jusqu'à son entrée dans a clinique psychiâtrique, il ne se fit presque pas de changement dans l’état de la santé du malade : il restait couché tranquillement le jour, se retournait d'un côté à l'autre, la nuit soulevait ses pieds, brandissait ses bras, se mettait tantôt