‹ Troubles Psychiques Dans Le Goitre ExophthalmiqueChapitre 13 sur 23 · DÉS · texte numérisé non relu

DÉS

à pleurer, tantôt à mugir, faisait des grimaces, demandait continuellement à boire, disait à haute voix des paroles. incohérentes. |

À son entrée dans la Clinique psychiâtrique (le 21 septem-

. bre), les faits suivants ont été notés,

Le malade est de taille élevée, extrêmement maigre, d’une mauvaise constitution, ses muscles sont grêles et maigres. Le visage est bourgeonné. Les oreilles et les dents ont des. traces marquées de dégénérescence. Le signe de Grœfe se fait remarquer aux yeux. )

La glande thyroïde est augmentée de volume; quand on la palpe, un bourdonnement s’y fait entendre. La circonférence du cou au-dessus de la glande thyroïde est de 24 centimètres et de 42 centimètres à l'endroit de la plus grande saillie La dimension du cœur est augmentée ; les contractions

en sont fréquentes, jusqu'à 120 par’ minute. ; les pulsations

du cœur sont visibles à travers le thorax. L’auscultation a fait entendre un bruit systolique très marqué. Des traces d'albumine ont été constatées dans l'urine.

Le malade est faible ; il est presque incapable de se tenir sur pied, sans aide ; il reste couché. Il a Pair de ne pas: bien comprendre où il se trouve. Souvent il ne répond rien aux questions qu'on lui pose, ferme les yeux et ne regarde personne, S’irrite quand on le touche, demande souvent à boire, appelle: « maman, maman ». Il se retourne souvent d’un côté à l’autre, se parle à lui-même, se couche le visage tourné contre le mur, ou en contractant les membres. Mangea fort peu le premier jour; eut une évacuation involontaire le soir

22 septembre. Le malade ‘a mal dormi la nuit, a appelé sa mère, s’est parlé à lui même. La conscience est devenue plus lucide le matin. Il a commencé à retenir les noms des personnes qui l'entourent. Il ne sait pas quand ïil ést entré dans la Clinique, ni avec qui il y est venu Son incohérence a un caractère particulier : « Ah, bonjour, c’est vous. qui avez une barbe rousse ? Qu'est-ce que c’est? Des boutons de manche. J’ai vu une montre sur vous ; vous aviez un autre pantalon, je crois, hier. Je puis distinguer toutes les couleurs grise, verte, jaune, Paul ici a une barbe jaune et ainsi de suite. Le malade a pu définir assez exactement le temps qu'il a passé dans la Clinique des maladies

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nerveuses ; il en a nommé plusieurs médecins. Le nouvel entourage n’a presque aucune prise sur lui. Il n’a ni hallucinations, ni illusions, ni idées délirantes. Le jour suivant son incohérence eut de nouveau une empreinte assez spéciale.

Il ne parla que de ce qu'il-avait sous les yeux ; tout objet attirait son attention et il faisait tout ce qu'il avait envie de faire au moment donné. Si l'envie de chanter lui venait la nuit, il se mettait à chanter ; il cessait dès qu’on l’arrétait sans s'en formaliser aucunement. Le séjour à la C'inique ne Jui semblait pas être pénible ; il n'a pas demandé à revenir à la maison et montra en général beaucoup de bonhomie. Il était d’une humeur joviale, riait souvent, ne se préoccupait guère de sa ne qu'il traitait avec béaucoup d’étourderie.

La conscience devint ensuite plus nette de jour en jour, il commença à s'intéresser à ce qui se faisait autour de lui; commençà à lire, devint plus retenu dans sa conduite ; cessa de chanter la nuit. Il quittait de temps en, temps son lit dans

la journée et marchait par la chambre en s'appuyant sur

le bras de quelqu'un. j

Le 28 au soir, le malade fut pris subitement d’un accès convulsif ; l’écume lui sortait de la bouche et il perdit connaissance ; le tout dura 2 à 3 minutes. Le malade revint aussitôt à lui, mais pour longtemps la lucidité de sa conscience ne fut plus la même qu’elle était avant laccès. Sa conscience est devenue peu à peu plus claire dans le courant des jours suivants; mais il se plaignit encore pendant quelque temps d'avoir une difficulté à penser, ainsi qu'à retenir ce qu'il avait lu. Les forces physiques lui revinrent aussi peu à peu ; il prit de l’embonpoint, commenca à marcher lentement d’abord, et timidement, plus vite et plus librement dans la suite.

Durant son séjour dans la clinique, la dimension du goître oscilla légèrement, mais en somme elle garda approximativement le « statu quo ante ». Après le rétablissement de la conscience, l’exploration de la sensibilité, fit constater une légère anesthésie à droite et sur la face externe, dans la région du tiers inférieur de la cuisse et les deux tiers supérieurs de la jambe.

Quand on questionne le malade sur l’époque de son entrée dans la Clinique psychiâtrique et sur ce qu'il a ressenti pen-

dant les premiers jours qu'il y a passés, il devient évident

qu'il ne se rappelle pas quand et avec qui ily est venu

mi ce qui lui était arrivé ; la plupart des faits lui ont échappé complètement et il ne se souvient que de certaines choses. Il ne se souvient pas d'avoir vu ni entendu quelque chose qui n’existât pas en réalité et il n’a eu à cette époque aucune idée délirante. Il dit qu'il est revenu à lui graduellement et que le retour de la conscience était accom-.. pagné de sensations désagréables. Il se souvient d’avoir ressenti alors une douleur aux yeux ét un serrement des tempes. Le 12 août, le malade quitta la Clinique et rentra chez lui.

La malade (G) qui fait l'objet de l'observation 8 raversa une période de confusion mentale très nette caractérisée par un délire onirique intense avant de vérser dans le délire de, la persécution.

Soukanoff est d'avis que dans ces cas il faut faire intervenir l’altération de la circulation cérébrale qui peut être la cause immédiate de l'affection, tandis que la dégénérescence en est une cause plus éloignée. Mais il ne faut pas, dit-il, perdre de vue que le goître est en rapport immédiat avec une affection de la glande thyroïde et- que lintoxication thyroïdienne ou mieux la saturation de l’organisme par le poison thyroidien peut aussi intervenir comme facteur étiologique dans la production de la psychose. D'ailleurs, les folies toxiques prennent souvent la forme de la confusion mentale.

Ces quelques exemples montrent qu'il s'agit à peu près invariablement de confusion, de torpeur, d'hébétude, d’onirisme, de délire hallucinatoire avec excitation, anxiété. Or ces troubles psychiques sont caractéristiques d'un état d'intoxication, caractéristiques à ce point qu'ils impliquent nécessairement pour Régis ce diagnostic pathogénique. À ce propos nous ferons remarquer combien Régis a raison quand il met les observateurs

Nb

en garde contre l'erreur qui ferait admettre une intoxication alcoolique sur la simple constatation des hallucinations terrifiantes. Celles-ci existaient en effet d’une façon très nette dans notre observation et dans laquelle on nc peul nullement faire intervenir l'alcoolisme.

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DÉLIRE DE PERSÉCUTION ET MALADIE DE BasEpow.

La coexistence de la maladie de Basedow avec un délire de persécution sysmatisé ne doit pas être très fréquente. Dans les recherches. bibliographiques que

.nous avons faites, nous avons trouvé les idées de persécu-

tions et les hallucinations signalées dans le cas de Renaut, de Dieulafoy et dans un cas de M. le Professeur Gilbert Ballet. «

Dans le cas publié par Renaut, il ne s’agit pas d'un délire systématisé et il nous semble même que ce cas pourrait tout aussi bien être rapporté à la mélancolie.

La malade devint sombre, craintive, se cachait contre son oreiller dès qu'on voulait linterroger. Elle réclama la sortie sous prétexte qu’on lui en veut dans la salle, qu’on la regarde de travers. Elle se jeta dans le Rhône le jour même de sa sortie; mais sauvée par des bateliers, elle déclara plus tard qu’elle a agi sous l'influence d’une impulsion irrésistible, les chagrins de la vie lui ayant paru. subitement insurmontables. Puis tous les troubles

(1) Renaucr. Bull. de la Soc. méd. des Hôpilaux, 1890.

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