‹ Troubles Psychiques Dans Le Goitre ExophthalmiqueChapitre 16 sur 23 · SYNDROME DE BASEDOW ET MÉLANCOLIE · texte numérisé non relu

SYNDROME DE BASEDOW ET MÉLANCOLIE

Nombreux sont de même les cas où la maladie de Basedow se trouve associée à la mélancolie. Pauz (1),

PER (1) Pau. Berlin. Klinische Wochenschrift, 1865.

se te PO Die

NœrTreL (1), SOUKHANOFF, AUSTIN, DEVAY (2), STEEN, RI- CHARDSON, ont publié des faits pareils .

Pour BaALz, le trouble mental le plus fréquent dans le goître exophtalmique, c'est la mélancolie avec agitation accompagnée souvent d’hallucinations de la vue et de l’ouie. Il en est de même pour Joffroy qui, dans son premier travail sur ce sujet, admet que les troubles mentaux survenant dans la maladie de Basedow se présentent plus Een sous la forme de mé- - lancolie. \

Devay, (3), a vu un cas de mélancolie anxieuse chez

un basedowien guéri par le traitement thyroïdien en.

même temps que les symptômes physiques du goître exophtalmique disparaissent.

OBsERvATION X

A.., 45 ans, prêtre, ne présente aucun antécédent héréditaire ; sa mère a eu 12 enfants, 7 sont vivants, 5 sont morts en bas âge, de maladie indéterminée. Le malade a eu, à 14 ans, une fièvre typhoide qui a duré deux mois et demi @t a été accompagnée de délire. A 25 ans, on note une névralgie intercostale, accompagnée ou suivie (le malade ne peut préciser) de troubles de la digestion, qui était lente et pénible. Le traitement prescrit par un médecin a consisté dans une saison à Brides (Savoie).

Notre malade en revint très amélioré. L'année suivante, un retour des malaises s’améliora de la même façon. A cette époque, A... avait déjà un tremblement nerveux. De 28 à 40 ans, la santé a été relativement bonne, sauf quelques troubles de la digestion, mais à de rares intervalles.

(4) Notre Alg. Leiséh fur Psychiatrie, 1877.

{2) Sreen. Journal of mental science, p. 212, vol. LI, 1905. (3) Devay. Archives de Neurologie, 1896, p. 490.

Dalmas. 5.

Depuis cinq ans, les malaises de l'estomac, quoique moindres, ont reparu sous une autre forme ; le malade ne peut rester à jeun, sans éprouver une nee syncopale et une sensation d'angoisse fort pénible. Le malade très intelligent, prédicateur de valeur, travailleur acharné, venait d’être nommé curé d’une paroisse, où, dès le début il a été en proie à de nombreuses difficultés. Les comptes de la fabrique étaient très embrouillés ; la commune, dont une partié est française, l’autre suisse, s'était emparée, depuis de nombreuses années, des revenus de la paroisse. Notre malade a été obligé de faire des recherches dans des vieux dossiers,

de plaider, etc. Les soucis, le surmenage occasionnés par: es

embarras ont été ExCeSSITS. Après le gain du procès, il y a trois ans, les troubles de la digestion ont reparu cette fois. très accentués. Ils consistaient en dégoût de la nourriture, douleurs au creux de l’estomac et digestions fort laboriéu-ses ; ils étaient accompagnés d’un tremblement très accentué de tout le corps, plus marqué cependant aux membres. supérieurs ; l'écriture était très altérée. L'’amaigrissement avait été très rapide, 20 kilos en 3 mois. Le malade consulte alors un médecin de Genève qui lui prescrit des antiseptiques intestinaux, de la noix vomique et de la pepsine. Ce médecin remarqua la tuméfaction du corps thyroïde, à laquelle le malade n’avait apporté aucune attention et ordonne pour ce goître, une pommade iodo-iodurée. qui ne fut pas employée . Après le traitement de l'estomac, le cou avait diminué et le tremblement presque disparu ; la digestion était devenue assez. facile, l’état de vacuité de l'estomac ne déterminait plus de sensation angoissante ou syncopale. Ë ;

Cet état persista un an et demi.

Au mois d'août 1896, le malade éprouve de nouveau des. maux d'estomac, un tremblement de tout le corps et en plus des palpitations angoissantes à accès paroxystiques et

de l’insomnie. Un séjour à la montagne produisit une amé-

lioration notable de tous ces symptômes ; cependant le malade n'avait plus la même facilité de travail ; il avait des

dégoûts et déjà quelques préoccupations hypocondriaques.

En octobre, il est atteint de mélancolie simple, qui ne l'empêche pas d'exercer son ministère ; les travaux qu'il affectionnait ne sont plus pour lui qu’une cause d’ennui et quelque peu d’angoisse ; la mémoire est moins fidèle.

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En décembre, les troubles mélancoliques s’accentuent ; le

travail devient impossible ; le malade prend alors un congé qu’il va passer dans sa famille. Il est anxieux et a des idées de suicide auxquelles il peut encore résister. Il est soigné par un médecin dans sa famille, pendant deux mois, sans résultat. Il est alors conduit à la maison de santé de Saint- Jean de Dieu, à Lyon. Le certificat du docteur qui l’a traité est ainsi conçu : « Est atteint de délire de persécution avec hallucinations de la sensibilité générale ».

L’attitude et la physionomie du malade, à ce moment, expriment l’angoisse et l'instabilité ;il ne peut rester en place, gémit ; l'attention est diminuée; les idées. mélancoliques sont obsédantes : aussi répond-il fort mal aux questions qu’on lui pose Une de ses préoccupations est l'impossibilité de la guérison, il y revient à chaque instant . Cependant, à la suite de pressantes interrogations, il raconte qu'il a eu de nombreux ennuis, que tout 1e monde le regardait passer ; que des gens qu'il AV AIE MAS vus lui disaient dans l'oreille des reproches sur sa conduite, sur la façon avec laquelle il avait conduit son. procès, etc. Ces reproches continuaient la nuit. Sous l'influence de ces hallucinations et de l’insomnie, il est tombé dans un état de tristesse excessive qui lui fait désirer la mort. Les idées de persécution n'existent à peu près pas et ce qui domine c'est la lypémanie,

Examen physique. — Le lobe gauche du corps thyroïde est très augmenté de volume ; il forme une masse du volume d’une grosse mandarine. Il n’y a pas d’exophtalmie ; par contre, on note un tremblement qui présente les caractères suivants : tout le corps est animé d’un léger mouvement à oscillations verticales très rapides, les mains tremblent aussi et ce tremblement se fait sentir dans l'écriture. Le pouls est rapide, 120 à 130 par minute; pas de palpitations Les urines, claires et limpides, abondantes (2 litres et demi), ne contiennent ni sucre, ni albumine,

Le malade se plaint de gastralgie, l’estomac est un peu dilaté; on perçoit un clapotement qui ne dépasse pas d’un travers de doigt la ligne ombilico-costale. La constipation est habituelle et l’amaigrissement très marqué.

Eee

Le traitement prescrit est la teinture thébaïque à dose progressive depuis le 10 mars jusqu'au 10 mai, en augmentant d’un quart de centigramme par jour.

10 mai .— Le malade prend 20 centigrammes. d'extrait. thébaïque. A la visite du matin, il nous dit qu'il va beaucoup mieux, que son anxiété a disparu, alors que la veille il était aussi atteint que le jour de son entrée. Il nous avoue à ce moment ses idées de suicide, raconte son délire, ses illusions et ses hallucinations. qui n'existent plus La teinture thébaïque est continuée, mais à dose décroissante.

18 mai — L'état mental persiste bon. Suppression de l’opium. Le goître a le même volume; le pouls est moins rapide (80) L’insomnie ainsi que la polyurie ont disparu

Le malade a été pris dans la nuit de palpitations violentes avec sensation d’étouffement ayant nécessité le décubitus assis. La respiration est rapide, le corps est agité par un tremblement accentué à oscillations dans le sens de laxe du corps ; on ‘peut.les noter même sans mettre la main sur la tête du sujet ; les mains tremblent aussi, le malade a de la peine à porter un verre à sa bouche. Le pouls est très rapide (130).

Les battements du cœur sont énergiques et irréguliers, les vaisseaux du cou sont tendus ; le goître a augmenté de volume dans de notables proportions, il est pulsatile. Œdème aux membres inférieurs. Pas d’exophtalmie . Urines : ni sucre, ni albumine. Traitement bromuré.

25. — L'état mental est bon. Persistance des accès de suffocation. Insomnie très tenace. Même état du corps thyroïde.

1er ‘juin — Traitement thyroïdien, c’est-à-dire le malade absorbe en nature le corps thyroïde du mouton ; la dose est croissante ; d’abord un lobe, puis deux, en augmentant d'un lobe tous les deux jours.

25. — Le tremblement s’atténue. Les palpitations ont disparu en même temps que le sommeil est revenu ; le corps thyroïde a repris son volume antérieur.

L'état, mental est satisfaisant,

1 os

10 juillet, — Le malade sort guéri de sa psychose et de son syndrome, maladie de Basedow, conservant cependant son goître qui ne le gêne en rien.

en

Le goître exophtalmique, au point de vue de l’évolution, est assurément antérieur, à l'éclosion de la lypémanie, quoiqu'à l’époque de l'admission les symptomes en aient été très peu marqués. Deway considère cette succession de phénomènes : accès de mélancolie, maladie de Basedow, comme une forme spéciale d'un état mental propre au goître exophtalmique et il admet que la mélancolie doit être considérée comme un symptôme épisedique, aussi fréquent que la manie, de la maladie de Basedow.

OBsERVATION XI

(Personnelle).

Ménopause précoce. Hyperthyroïdie. Mélancolie anxieuse. Alternatives d’excilation et de dépression.

D., Eugénie, 45 ans, ménagère .

Les antécédents héréditaires ne présentent pas de manifestations pathologiques appréciables. Le père exerçait la profession de serrurier et mourut à 63 ans d’une affection cardiaque, Il était originaire du Dauphiné et bien que natif d’une région de goîtreux, il ne présenta aucune affection du corps thyroïde. La mère est morte à 63 ans, de congestion cérébrale. Trois frères et deux sœurs, actuellement en vie, nc présentent rien d’important à signalér.

Elevée à Vincennes elle n'aurait jamais été malade pendant son enfance. Elle sait lire et écrire. Réglée à onze ans et demi, ses règles revenaient régulièrement tous les 28 jours, et duraient quatre à cinq jours. Mariée à 26 ans, elle eut ‘ de ce maridge une fille qui vécut trois semaines et elle fit une

Pre

fausse couche. De plus, à chaque époque Liontrhelle elle.

souffrait de violentes migraines. .

La malade avait un caractère égal, n'était pas nerveuse et s’occupait avec beaucoup de soins ‘de son ménage.

‘A ,38 ans, «en janvier 1903, alors qu: elle était menstruée éruiérement jusque-là, ses règles s’arrêtèrent. brusquement

et depuis elle n'a plus jamais eu ses règles et n’a plus

souffert de l’abdomen., A la même époque, elle commença

à éprouver des battements de, cœur, qui survenaient sur-

tout après les repas et lors des fatigues ; ses yeux devien-

nent saillants et augmentent de volume. \

. Son mari constate des modifications profondes dans le caractère de sa femme, tant elles contrastent avec ses habi-

tudes antérieures : elle se plaint de cauchemars, ne s’occupe plus de son ménage et ne prépare pas le Hi Elle

est prise 2n même temps de phénomènes qu'elle n'avait jamais éprouvés auparavant. Un soir, à un repas de famille,

sans motif, elle se jette dans les bras de son mari en disant que sa voisine veut. la tuer. Dans la nuit du 1e février

1903, elle se réveille en proie à une crise d’anxiété que son mari décrit de la façon suivante : « Tout d'un coup, vers 10 heures du soir, elle est prise d'angoisse, de peur de mou-

rir, a de la peine à respirer, transpire au point de trem-

per sa chemise, a des frissons, un tremblement général ;

elle se sauve du lit, croyant que son mari allait la Mer

et on la retrouve transié de RCE dans un hangar à bicyclette ». (

Elle était triste, avait des idées de culpabilité et de sui-

. cide : elle demandait pardon à tout le monde et essaya de

se suicider en s’ouvrant les veines du poignet.

Le 3 février 1903, elle est vue en consultation par le médecin habituel de la famille qui fit le diagnostic de maladie de Basedow et à la suite de ce diagnostic elle fut internée à la maison de santé du docteur D... qui rédigea le certi: ficat suivant: « Mélancolie anxieuse avec délire hallucina-

toire, idées de culpabilité et impulsions au suicide »,

Elle resta en traitement jusqu ‘au 16 décembre 1903, époque à laquelle elle fut transférée à l’Asile de Ville-Eyrard. son état ne s'était pas modifié. On constate des hallucinations

multiples ; on obtient à grand’peine des bribes de réponse.

au milieu d’un déluge de larmes. Les idées de culpabilité

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