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existent toujours ; la malade les avoue en disant qu’elle voulait se tuer pour ne pas faire souffrir les siens. Ce qui domine surtout c’est la tristesse, l’inertie motrice, la paralysie de la volonté. Tout travail lui est devenu impossible, Toute proposition de travail, de lecture est repoussée. Sur ce fond de-dépression et de découragement se ‘sont greffées des crises de désespoir assez violentes. pour avoir donné lieu à plusieurs tentatives de suicide. Elle se donnait des coups, s’arrachait les cheveux, cherchait à se tuer: elle avala une aiguille pour se suicider, mais la tentative échoue et l'aiguille est sortie quelques jours après par la joue En avril 1905, son mari la prend en congé ; ‘elle était calme, mais avait besoin d’être commandée comme un enfant. Elle ne s'occupe pas. Un jour elle casse la pendule d’un coup de poing et jette une boîte à la tête de sa sœur: ce sont là des impulsions que la malade ne peut expliquer. La mémoire était diminuée : elle se rappelle tout ce qui s’est passé antérieurement à sa maladie, mais oublie ce qu’on lui dit depuis 1903, c’est ainsi qu’on lui a annoncé la mort
de son frère et qu’elle ne s’en souvient pas : elle à eu, 2 ?
du reste, à cette nouvelle une attitude absolument indifférente.
Etai actuel. — Son attention ainsi que sa volonté sont très faibles ; les hallucinations de l’ouiïe persistent. Elle est désorientée ,ne sait pas où elle est, ne se rend pas compte de sa situation, De temps en temps, elle semble présenter des hallucinations visuelles. Elle prétend voir des personnes
en apparition. :
La mémoire est très obtuse et die ne se rappelle plus la
durée de son séjour à Ville-Evrard.
Elle est incapable de suivre un interrogatoire et après quelques réponses exactes, des larmes perlent dans ses yeux et elle refuse de répondre en disant : « qu’on la fatigue, qu'on Jui fait mal »
Au point de vue affectif, on constate une diminution de ses sentiments envers sa famille et surtout une irritabilité très marquée qui se manifeste par des colères violentes, déclanchées par la moindre chose, et pendant lesquelles elle perd toute retenue et insulte le personnel du service.
Au point de vue somatique, D... se présente comme une
femme de taille moyenne, bien constituée, aux traits réguliers, chez laquelte on constate une obEsits marquée: Son cou est fort et augmente de volume; les deux lobes du corps thyroïde sont hypertrophiés ; le visage est fortement pigmenté ; des plaques symétriques de xanthelasma siègent aux deux paupières supérieurs. L’exophtalmie est double et très nette. Pas de signe de Stelwag ni de Mœbius. L'étude du. cœur ne révèle rien de bien important. Il n'y a pas de bruit de soufflé à l’auscultation des orifices. Les ‘pulsations sont de’80 par minute. Il n’y a pas d’intermittences vraies, le pouls est fort et tendu. Les urines ne renferment ni sucre, ni albumine, Er er
Le tremblement des doigts est régulier, à petites oscillations. La sensibilité dans tous ses modes est normale: Il en est de même des réflexes tendineux, cutanés et papillaires
D... présente des troubles vaso- moteurs très nets : elle a constamment de la rougeur de la face, des accès d'étouffement, des palpitations, des bouffées de chaleur, des frissons. Ses mains sont moites et elle se plaint d’une sensation de chaleur continuelle . ï
De toute cette histoire pathologique, on peut conclure que c’est un cas de mélancolie présentant des rapports avec les troubles des glandes à sécrétion interne, la ménopause par là cessation des fonctions ovariennes amenant la suppression d’un facteur important qui modérait la fonction thyroidienne. d
Osservarion XII (1)
(Personnelle).
N Dégénérescence mentale. Goître exophlalmique. Mélancolie.
AUTRE D.., 45 ans, entre à l’Asile de Clermont (Oise), le 20 maï Ï mai 1908.
| ; C’est une femme de taille élevée, avec de nombreux stigmates de dégénérescence (asymétrie faciale, voûte palatine
eue (1) Observation dûe à l’obligeance de M. le docteur Borteux, médecin en Fa) chef de l'établissement.
D fr
ogivale, front petit, prognathisme des maxillaires). Dans ses antédédents héréditaires nous ne pouvons signaler aucun détail important ; elle nous dit que sa mère avait'une maladie de herisve te
Les troubles mentaux auraient débuté depuis plusieurs mois, mais c’est depuis trois semaines environ, à la suite de la perte d’une de ses filles, morte de tuberculose pulmonaire, que le caractère de la malade s'est modifié. Elle est devenue triste, ne s'occupe plus ; elle veut se suicidér tuer les petits enfants qui vivent avec elle. .
On constate une légère exophtalmie double, de la tachycardie (128 pulsations), des palpitations, du tremblement des doigts et un goître de petite dimension.
La malade est très émotive, pleure facilement, elle a des cauchemars et dort mal la nuit. Elle reconnaît avoir des accès de colère, qui lui font prendre en grippe son entourage.
Pendant le mois de mai, cet état reste sans modification. Ce qui domine, c’est l’inhibition psycho-motrice. Il faut la forcer à se lever, à prendre soin d'elle-même, à s'occuper de sa toilette, à venir à table. Elle passe sa journée dans son lit ou reste immobile sur une chaise, parlant à peine, donnant l'impression d’une très grande lassitude à la fois physique et mentale.
Au mois de juin, elle présente des alternatives d’excitation et de dépression. Elle dort mal la nuit, a des craintes, sans motif, gémit ; l’'émotivité est exagérée ; elle s’alimente mal, refuse les aliments parce qu'elle est indigne de vivre et vit dans une inaction complète.
Au point de vue affectif, il y a diminution des sentiments affectifs envers sa famille. Elle a des accès de mauvaise humeur pendant lesquels elle se met en colère contre le personnel qui la soigne.
On trouve quelques interprétations délirantes : on la regarde de travers. Elle aurait également des hallucinations de l'ouie, car elle à entendu à plusieurs reprises des voix qui l’accusent d’avoir assassiné.
Pendant le mois d'août et de septembre, il n'y eut pas d'amélioration. Elle refusait souvent de répondre aux questions posées ; les idées de culpabilité et d’indignité persistent : elle croit qu’elle a trop mangé, qu'elle est pourrie, empoi- ‘sonnée. Sur ce fond de dépression se sont greffées des crises
de désespoir assez violentes pour plusieurs tentatives de suicide.
Au mois de janvier 1909, elle traverse une période d’ agitation
avoir donné lieu à
qu elle est malade, tuberculeuse, etc. Toute proposition de
mobile sur une chaise ; ; elle pleure souvent.
aussi ».. : ù
loigne de nous et répond : «€ Oh! laissez- moi, Je ne guérirai pas ; laissez-moi vous ne me guérirez pas: ». Elle re- fuse de laisser toucher son pouls : « Oh! ça ne sert à rien, c'est inutile ; vous n’y ferez rien ». HA
La Halde n’a pas été réglée depuis : son admission à, VAsile : les MR des membres de sa famille nous “ont appris | que D... n'est plus réglée depuis le début. de : l’année 1908, époque à à laquelle ont apparu les troubles menfaux:
Oeservarion XIII A
(Personnelle).
Mélancolie. Ménopause. Goître exophtalmique.
2 F pie
| 4 S..:, blanchisseuse, âgée de 45 ans, a des antécédents héréditaires chargés. La malade a peu connu son père qui aban-
time pour aller vivre avec des maîtresses. La mère exerçait la profession de blanchisseuse ; elle fut soignée pendant trois ans à VAsile de Ville-Evrard pour des troubles mélancoliques et mourut à l’âge de ou ans à l’Asile de Saint-
Dizier.
de courte durée, RATE, Au mois d'avril 1909, elle ne veut plus manger, parce
travail, de lecture est repoussée ; elle passe sa journée im- . La mémoire est conservée : elle est bien orientée dans le temps et dans l'espace. Elle sait où elle est. « Les gens
qui sont autour de moi Re fous, nous Roue En et moi
Elle se prête difficilement à un interrogaloire minutieux, gardant un mutisme complet. Pressée de questions, ele rs’'éir
donna après quelques années de mariage sa femme légi-
Elle est allée à l’école jusqu’à 12 ans et elle sait lire.
UE NB EE
et écrire. Réglée à 12 ans, elle n'aurait pas eu de maladies graves pendant son enfance. Mariée à 23 ans, elle eut de ce premier mariage une petite fille née avant terme, à huit mois et demi. Divorcée à 31 ans, parce que son mari l'avait quittée, elle se remaria à 34 ans et n'eut pas d'enfants de ce
second mariage. Elle a continué à exercer son métier de
blanchisseuse jusqu'à 43 ans, époque à laquelle survint la ménopause à la suite d’une grande frayeur.
Le 26 février 1900, à l’âge de 43 ans, S..., est internée à Vasile de Clermont parce que dans l'espace de quelques
semaines, elle a fait quatre tentatives de suicide. Une pre-
mière fois, elle s’est jetée dans la Seine, et il y a 15 jours, dans ur puits ; elle s'était coupé une varice avec un couteau, ce qui décide la Haut à demander son placement dans un asile!
Au point de vue psychique, on constate l'existence d’hallu-
cinations de (l’ouie : elle lentend des voix qui lui disent
des mots grossiers et l’accusent d'aller le matin dans les caves, voler du linge ; elle a des idées de culpabilité, demande pardon à tout le monde, parce qu’elle est une coupable. L'émotivité est exagérée : elle pleure facilement et sans raison. Elle a eu également des hallucinations Vvisuelles nocturnes (voyait des chats ensanglantés, rêves professionnels).
Au point de vue somatique, on constate un tremblement des membres, menu, à oscillations rapides et verticales. A la partie antérieure du cou, dans la région sous-thyroïdienne existe une petite tuméfaction ovalaire, lisse, régulière, de consistance pâteuse, développée. manifestement aux dépens de la glande thyroïde et soulevée à chaque systole par les artères du cou. Le pouls est à 112 puisations Per minute et un peu irrégulier.
Pendant le mois de mars 1900, la malade est confuse, constamment inquiète, pleure sans motif. Elle va être punie des méfaits dont on l’'accuse et proteste de son innocence
Elle dort mal la nuit et se plaint de çcaucliemars.
Vers la fin de 1900, son mari la prend en congé pendant un mois, mais il la ramène à l'asile au bout de 15 jours, car il n’a pu la garder. Elle pleurait à peu près constamment se plaignait qu'on fit des allusions sur son honnêteté.
Cet état mélancolique né s’est pas amélioré jusqu'à ce (jour
et les symptômes du goître exophtalmique existent encore. Les doigts tremblent, le pouls est à 100 pulsations, par minute et le lobe droit du corps oo est manifestement hypertrophié.
HS. reste triste, nant peu à ses voisines et au per- . sonnei qui la soigne: Elle est émotive et elle tremble à l'idée : d’être interrogée par le médecin. La mémoire est un ‘peu obtuse ; les souvenirs récents sont oubliés depuis l’époque de son internement, mais les souvenirs anciens sont bien con- Servés.
Ces trois observations de mélancolie survenue à la ménopause chez des basedowiennes, nous autorisent à : admettre un rapport entre le trouble de la fonction ‘thyroïdienne et fes troubles: psychiques, conformément à la théorie soutenue par PARRHON et GOLSTEIN.
On sait que la mélancolie a été longtemps considérée comme une véritable entité morbide. Dans le récent traité de psychiâtrie publié sous la direction de M. le Professeur G. Ballet, nous la trouvons décrite comme un simple syndrome. K Kræpelin considère la plupart -des cas de mélancolie comme de simples scènes ou états morbides appartenant à la psychose maniaque dépressive.
Les cas qui restent encore, s'ils sont nettement caractérisés, c’est-à-dire s’il ne s’agit pas d'une simple forme dépressive d’une autre maladie, telle que la paralysie -générale ou la démence précoce, appartiennent à mélancolie d'involution.
Les trois observations que nous venons de donner nous semblent pouvoir êtré rapportées, avec les plus grandes chances d'être dans le vrai, à cette dernière forme de mélancolie. Le fait que nos malades n'ont pas d’autres attaques mélancoliques ou maniaques, nous fait admettre qu'il s'agit de mélancolies d'involution.
Cela dit, nous nous permettons maintenant de discuter un peu la pathogénie de celte psychose, nos cas étant peut-être de nature à jeter un peu de lumière ou au moins de mettre en discussion une nouvelle hypothèse concernant ce point de la question
I1 faut d’abord nous demander si entre le syndrome mélancolie et lhypertrophie de la fonction thyroidienne qui existe chez ces malades, il ne s'agit que d’une simple coïncidence ou s'il existe des rapports plus étroits.
C'est cette dernière alternative qui nous semble la plus probable, l'hypertrophie thyroïdienne a débuté avec
l'apparition de la ménopause et son ‘explication doit être
cherchée dans le déséquilibre apporté dans la fonction
de cette glande par la cessation de l’activité antagoniste
que lui opposaient alors les ovaires.
On sait en effet qu'il faut admettre à la suite des études
de HERTOGHE, BLONDEL, ainsi que celles de PARRHON
et GoLsTEIN qu'entre la plupart des fonctions thyroidiennes et ovariennes il existe un antagonisme manifeste. HŒNICKE a récemment exprimé une opinion semblable. ;
Or, il nous semble que les troubles psychiques qui se sont installés quelques mois après la ménopause doivent être mis également en relation avec cette dernièr'e. |
Le fait que dans l'observation XI et XII, ces troubles n'ont apparu que quelques mois après la IénOpAUSe, ne nous semble pas s'opposer à cette manière de voir, Car rien ne prouvé que la cessation des fonctions ovariennes
-et nous avons en vue ici surtout la sécrétion interne,
s'effectue brusquement.
Par contre les opinions généralement admises appuient
notre manière de voir. C’est ainsi qu'Anglade, dans l’ex- cellent article qu'il à consacré à la mélancolie dans le
Traité de pathologie mentale de M. le. Professeur Gilbert Ballet, dit que la ménopause est une époque de
prédilection pour la lypémanie et Krœæpelin dit égale-
ment que la ménopause semble donner le meilleur terrain pour la mélancolie. ù Mais ce qui caractérise la ménopause n'est que la dis-
parition de la fonction ovarienne. C’est à cette dernière cause qu'il faut donc attribuer l'apparition de la mélan-
colie. . si l'on cherche à pénétrer un peu plus ce qui se passe à cette époque, nous constatons fréquemment
certains troubles, comme l'hypertrophie de la glande
thyroïde, les palpitations, les bouffées de chaleur, l'exa- . gération de la sécrétion sudorale, tous phénomènes
qui traduisent Thyperfonction de la glande thyroïde et. qui constitue un syndrome basedowien allant des for-. mes légères ou frustes jusqu'aux formes très caractéris-
Ciques- sui LD C’est donc à une intoxication par le produit (normal ou perverti dans certains cas) de la sécrétion thyroi-
dienne que nous sommes amenés à attribuer en der-.
nière analyse les troubles morbides qui caractérisent la ménopause et nous ne voyons aucune raison plausible pour considérer les troubles psychiques comme HP exception à cette règle.
Voilà donc une des raisons pour lesquelles nous. ET Es
croyons qu'on doit établir un rapport de cause à effet dans nos trois cas et dans beaucoup d’autres, entre l’exagération ou l’altération de la fonction thyroïdienne et la genèse des froubles psychiques. Cette Taison n’est d’ailleurs pas la seule,