L'ETAT PSYCHIQUE HABITUEL DES BASEDOWIENS
| Nous décrirons dans ce chapitre les troubles psy- Me chiques simples qui sont un des symptômes les plus constants et les plus caractéristiques, à tel point qu’ ona : pu dire qu'il ny à pas de maladie de Basedow sans . troubles psychiques, . . jus ce.
= Dans sa description du goître exophtalmique Base- Aus } dow (1840), notait déjà les changements que cette affec- ê 1
tion détermine dans le caractère des malades et nofamment leur irritabilité, l’état d’excitation qui leur estha- ne bituel et il remarquait que ces sujets, avec lèurs allu-. ta res brusques, leur physionomie étrange, sont souvent 1. EL
regardés comme des fous par les gens du monde. \ Depuis lors, tous les auteurs ont insisté sur les altérations du caractère présentées par ces sujets. HE C’est surtout « le caractère des malades qui est le’ Re.
plus altéré » : ils deviennent irascibles, ingrats, très exigeants, difficiles à vivre ; ils s’'emportent au moindre retard, à la plus légère contradiction ; ils ne sont jamais satisfaits et jamais reconnaissänts.- Ils passent sans transition de la gaieté la plus enthousiaste à l’amerlume et au découragement.
En général, ils présentent une activité insolite, un besoin de déplacement, une mobilité, une instabilité qu'on ne leur connaissait pas. ; une indéfinissable agitation les tourmente ; ils ne tiennent pas en place et changent à tout instant de besogne. De taciturnes et réservés, on les voit devenir loquaces, parler avec une volubilité singulière, s’exciter en parlant.
Parfois les troubles s’accentuent : les malades ont une aversion subite pour des personnes de leur entourage immédiat, par exemple, un mari, un enfant, une sœur, aversion que rien ne justifie parfois ou que des causes futiles n'auraient point dû provoquer. Cette aversion est du reste changeante comme le caractère même des malades. Elle s’exagère à certaines périodes, par exemple au moment des crises cu des règles ct s’atténue sensiblement à d’autres moments.
La malade qui fait l’objet de notre observation, frappait son mari et menaçait ses enfants; la malade G::., de l'observation XI, avait mis à la porte de Ja maison paternelle sa fille aînée.
La dépression, la tristesse sont plus rares ; les malades continuellement préoccupés de leur maladie, deviennent taciturnes, gardent un mutisme permanent, mais dans la plupart des cas, les phénomènes d’excitation, d'irritabilité, d’instabilité sont si constants que
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TROUSSEAU ( 1 ), disait : « La maladie de Basedow est une colère perpétuelle.
Maude (2) a observé vingt personnes atteintes de goître exophtalmique et il a chez toutes trouvé des troubles psychiques. Toutes avaient de la faiblesse irritable avec ses conséquences multiples (colères, soupcons, frayeurs, insomnies, déséquilibre prolongé au moindre choc etc.), puis cette instabilité particulière que Russez REYNOLD a appélé une chorée des idées ; les idées se succèdent si rapidement qu'elles s’entrechoquent et se confondent en simulant l’incohérence. Aucun de ces malades n'avait de stigmates d'hystérie.
Les malades ont en outre de l’insomnie qui entretient et aggrave cet état d’excitation ; leur sommeil est trou-
‘blé par des cauchemars qui les réveillent en sursaut.
JoFFRoY insiste en ces termes sur les altérations du caractère au début du goître exophtalmique : « Le malade est inquiet, souvent en proie à une activité exagérée et cependant incapable d’un travail méthodique ou d’un effort cérébral prolongé. Et si un certain nombre de malades semblent affectés et jusqu'à un certain point déprimés par leur maladie, d’autres paraissent agilés. De sorte que déjà dans les premières modifications imprimées au caractère des malades par le goître exophtalmique, on retrouve une forme avec excitation et une forme avec dépression.
A côté de ces altérations de l’affectivité on peut observer certains troubles purement psychiques sur lesquels maints auteurs ont particulièrement insisté (3).
(1) Trousseau. Leçons cliniques.
(2) MauDe, Bril. inéd. Journ., 1895.
(3) PizceT-Touer. Thèse de Paris, 1895.
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Ces troubles sont d'ordre psychasténique. C'est une impossibilité absolue de fixer l'attention, une diminution notable de la volonté.
Dans presque tous les cas, «on observe de l’affaiblissement de la mémoire » : les malades confondent, brouillent les détails ; ils ne se rappellent plus le lendemain ce qu'ils ont fait la veille; ils relisent plusieurs fois quelques lignes, sans pouvoir ensuite se souvenir ce dont il s’agit dans ces lignes.
Les malades ont conscience de cet affaiblissement de la mémoire. Notre malade de l’observation XIII, nous faisail remarquer d'elle-même que sa mémoire était moins fidèle.
Bœtteau rapporte le cas d’une malade qui ne se rappelait pas, étant à l'hopital, le numéro du lit qu’elle occupait. Une institutrice très intelligente et d'un bel avenir présentait au début d'un goître éxophtalmique, un tel affaiblissement de la mémoire qu'elle ne pouvait se rappeler comme auparavant, au moment précis où cela lui était nécessaire, le passage des écrivains auxquels elle faisait allusion dans ses cours; elle conservait encore assez bien le souvenir des faits historiques, mais se souvenait mal des dates. ;
Charcot et Westphal signalent des malades chez lesquels la mémoire est si affaiblie qu'ils ne se rappellent absolument rien et que même toute lecture devient impossible, car ils oublient ce qu'ils viennent de lire
quelques lignes auparavant.
A côté de cet affaiblissement de la mémoire, on note fréquemment la fatigue rapide de l'intelligence et com-