‹ Trouvères et troubadoursChapitre 10 sur 86 · Bartsch, II · texte numérisé non relu

Bartsch, II

de nos chansons, — ce à quoi elle n'a que peu de mérite, Famant n'est-il point là? — elle ne pardonne point la jalousie, qui trouble en effet le bonheur extra-conjugal.

Bartsch a publié un certain nombre de ces chansons de mal mariée ^

La mélodie qui les accompagne ne fait qu'augmenter leur attrait. En voici une qui nous a semblé assez caractéristique. Le texte poétique et le texte mélodique nous sont parvenus dans deux manuscrits différents : c'est dans un travail paru il y a quelques années - que nous avons songé à faire de ces deux manuscrits un rapprochement qui nous a permis de reconstituer la chanson dans son intégralité.

Modère.

^J '^- ^tf^J -i

m <^ -y-Tt

Por coi me bait mes ma - ris? Lais set

4' J J Ijj li

J ' J tf^

te! Je ne li ai rienz mes -fait Ne riens

ne li ai mes dit

Fors c'a . col lep

I. Bartsch, Romatizen ,\ ^ 21, 28, iS, 36, 38, 46, 4^, 69, etc.

'1. P. Aubry, Recherches sur les ténors français dans les motets du treizième siècle. Paris, 1907, in-8, pp. 35 et ss.

bait

mes ma

ris? Lai . set

Et cil ne mi lait dureir

Ne bone vie meneir.

Je lou ferai cous clameir,

A certes.

Por coi me bait mes maris ?

Laisette !

Or sai bien que je ferai Et coment m'an vangei'ai :

Avec mon amin geirai,

Nuette.

Por coi me bait mes maris ?

Laisette !

Un autre thème, qui est assez particulier au moyen âge et à la lyrique occidentale, est celui de la jeune nonnette, qui a assez de la vie religieuse et qui aspire à sortir du couvent. C'est

un sujet avec lequel la grivoiserie ne perd jamais ses droits et la conclusion assez fréquente de ces sortes d'histoires se trouve dans le refrain bien connu :

Je sent les doiils mais leis masenturete : Malois soit de Dieu ki me list nonnete ! ^

La nonnette qui attend un libérateur est un autre type de la mal mariée, la prise de voile étant assimilée au mariage et Jésus à l'époux.

Ce sont, on le sent, des applications exagérées de cette fameuse libertas maia, chère à Gaston Paris et selon lui compagne des beaux jours de printemps. Mais cette conséquence est assez naturelle et dans la grâce de ces chansons nous retrouvons quelque chose de la liberté mutine et licencieuse des fêtes printanières. Evitons en face d'elles de paraître offusqués dans une attitude trop rigide : les contemporains eux-mêmes n'ont pas pris au sérieux les héroïnes de ces drames en miniature.

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