LES CHANSONS DRAMATIQUES
L'appellation, qui est de M. Jeanroy, est exacte en ce sens que les chansons dramatiques mettent trois personnages en présence, le mari, la femme et l'amant, dont un surtout est agissant, la femme : ce qui n'est point pour dire que sa conduite soit exemplaire. Ces petites pièces ne sont pas une école de moralité. Elles contiennent une telle somme d'inconscience, elles révèlent une si complète insouciance des préjugés sociaux, que, dans l'ignorance où nous sommes pour beaucoup du nom de leurs auteurs, quelques critiques misogynes ont pu se demander si ces chansons n'avaient pas été réellement composées par des femmes.
Le thème principal de ces développements est le thème de la mal mariée : thème immortel aux variations infinies dans l'art populaire de tous les pays et de tous les temps. Mais, comme on
l'a finement remarqué \ tandis que les chansons populaires sur les mariages mal assortis sont surtout satiriques et distribuent le ridicule avec impartialité sur le mari, la femme et les gens de la noce, l'œuvre médiévale se fait immorale et cynique de parti pris et le mari s'y trouve bafoué pour la seule raison qu'il est le mari. Nous apprécions la franchise de l'une de ces jeunes épousées, qui, tout cru, déclare:
Honis soit maris ki dure plus d'un mois î ^
C'est d'abord en arrière de son époux, en cachette, que la mal mariée conte sa disgrâce ; elle le fait quand elle est avec d'autres femmes ou, peut-être, avec son amant. Mais ces situations ne peuvent durer qu'un temps : il faut, tantôt plus tôt, tantôt plus tard, un dénouement.
Un beau jour, la présence du i>ilaiïi, c'est-àdire du mari, exaspère la rancune et, oubliant toute prudence, la mal mariée éclate à la face de son époux. Le pauvre homme ! Peut-il croire qu'il s'entendra jamais reprocher tant de torts ? Il est vieux avant l'âge, il est parcimonieux jusqu'à l'avarice et, par-dessus tout, il a le défaut, impardonnable au moyen âge, d'être jaloux. Une femme pardonne tout à son mari dans la morale