I. Bartsch, Romanzen, I, 33. Voir aussi I
à l'histoire de la danse pendant le moyen âge étaient à peu près négatives : l'érudition officielle et consacrée aurait cru déroger, semble-t-il, en s'intéressant aux danseurs, aux danseuses et à leur art. Aujourd'hui, nous sommes un peu mieux renseignés . Les philologues ont groupé les fragments de textes qui, dans la production littéraire des xii'' et xiii^ siècles, apportent quelques éclaircissements sur un sujet resté ineffleuré; d'autres ont proposé des hypothèses aussi ingénieuses que bien venues pour expliquer, en les transformant en scènes de ballerie mimées à plusieurs personnages, quelques chansons autrement inintelligibles. J'ai moi-même recueilli et publié les plus anciens textes de musique instrumentale au moyen âge : ce sont des compositions pour l'instrument appelé vièle au xiii^ siècle et il se trouve que ce sont en même temps des airs de danses, intitulés estampies et danses royales dans le manuscrit qui nous les a conservés ^
Tout cela est encore bien peu de chose pour reconstituer un art dont nous ne savons rien d'autre î La danse du moyen âge n'eut vraisemblablement point la grâce infiniment expressive,
I. Nous les avons publiés sous ce même titre Estampies cl danses royales (Paris, Fischbacher, 1906) transcrits en notation moderne et accompagnés du texte original en facsimilé phototypique.
ni la science des attitudes de la danse antique, elle ne paraît pas davantage avoir égalé le style, ni la perfection technique de la danse moderne ; je me la figure, à vrai dire, un peu fruste, un peu gauche, mais il est un fait, c'est qu'au temps des trouvères comme au temps des grands lyriques grecs, la danse, a été associée aux deux autres formes des arts du mouvement, la musique et la poésie. Nous pouvons croire que c'est en dansant, en formant des rondes, des caroles et des baleries^ que les contemporains de saint Louis ont chanté quelques-unes des chansons qu'aujourd'hui nous connaissons froides et sans vie, sous la lettre sèche des manuscrits. Et la danse ne semble pas alors être restée le monopole de quelques professionnels baladins, le divertissement aristocratique de la vie seigneuriale, la joie du petit nombre ; bien au coïitTâire, le goût en était répandu dans la foule, avait pénétré le peuple très profondément. Nous n'insisterions pas sur ce fait qui peut sembler d'une vérité banale, si ce n'était pour rappeler le mécontentement des gens d'Eglise, prêchant au nom de la morale, et cette comparaison si curieuse d'un prédicateur du xiii*' siècle, Jacques de Yitry, lequel parlant des femmes qui conduisent les danses, nous dit qu'elles portent au cou la clochette du diable qui les suit des yeux, comme
dans un troupeau la vache qui porte au cou une clochette renseigne le berger sur l'endroit où se trouvent ses compagnes î
Ici encore, avec ces chansons de danse, nous aurions mauvaise grâce à ne pas souscrire à la thèse de Gaston Paris. Elles semblent en être la démonstration la plus claire. Non seulement, écrit Gaston Paris, « au jour du renouveau, et particulièrement le premier mai, on allait au bois quérir le mai, on s'habillait de feuillages, on rapportait des fleurs à brassées, on ornait de fleurs les portes des maisons ; mais c'était le moment où, sur la prairie verdoyante, les jeunes filles et les jeunes femmes menaient des rondes pour ainsi dire rituelles^ ».
Ces rondes sous les arbres en fleur des vergers, aux fêtes de mai, me paraissent être un stade primitif;'- Il fut, certes, des danses moins simples : je me figure une seconde étape sur les places publiques, aux jours des réjouissances communes. Le terme dernier de cette évolution serait les danses aristocratiques dans les demeures seigneuriales : nous jetterons un coup d'oeil indiscret sur ces réunions, où le châtelain ne nous a pas conviés, mais seulement après avoir épuisé cette brève énumération et pour conclure.