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LES PASTOURELLES

La pastourelle est encore une chanson de femme, mais ici la femme est toujours une bergère. On ne doit point entendre ce mot au sens de

pastoralia^ chant consacré aux choses rustiques, mais avec la signification de pastorella^ chant de bergères. Nous trouvons la pastourelle dans la poésie des troubadours et dans celle des trouvères. Le genre apparaît à une époque très ancienne : une des plus jolies de ces pastourelles est Tceuvre de Marcabru et Marcabru est un précurseur. On sait par son biographe que déjà Gercalmon, le plus ancien des troubadours, faisait des pastourelles a la usanza antiga^ à la manière ancienne. La pastourelle existait donc dans le midi de la France vers le milieu du xii° siècle. Seulement ici la femme qui chante ne chante plus dans le gynécée, elle chante en plein air, au milieu d'un champ, au bord d'une rivière, à l'orée d'un bois. Primitivement ce chant des bergères est une fleur rustique. Les érudits de nos jours se sont penchés sur cette fleur, ils l'ont cueillie et, impitoyables chercheurs, ils lui ont demandé, non pas pourquoi elle était fraîche et jolie au milieu de ses sœurs, mais pourquoi elle avait fleuri à telle place plutôt qu'à telle autre, ou encore, si elle se souvenait de la main qui l'avait semée et comment. De graves philologues d'outre-Rhin ou des esprits très ingénieux, comme Gaston Paris et A. Jeanroy, ont disséqué la pastourelle. Ils ont construit des systèmes et sur une toute petite chose ils

ont mis de grands mots. Dans ce livre, qui n'est point de science, nous n'aurons pas honte d'être moins profond et de demander seulement aux œuvres du passé ce que d'elles-mêmes elles peuvent nous apprendre.

C'est encore M. Jeanroy qui va nous préciser, excellemment, le thème ordinaire des pastourelles. (( Un chevalier, — qui n'est autre que le poète, — erre par la campagne au lever du soleil en proie à des soucis ou à des tristesses d'amour. Dans un pré ouïe long d'un sentier, il rencontre une jeune bergère, occupée ordinairement à tresser un « chapel » de fleurs ou à chanter quelque chanson, et dont la beauté le ravit. Il descend de cheval, et lui offre son amour d'une façon plus ou moins discrète. Jusqu'ici toutes les pièces se ressemblent : nos poètes ne se sont pas permis d'introduire une seule variante dans ce début consacré ;mais l'aventure peut prendre diverses tournures. Souvent, — c'est le cas le plus ordinaire, — la bergère se fait longtemps prier : elle refuse de croire à cette passion si subitement conçue et déclarée ; elle s'excuse sur l'infériorité de sa condition et la simplicité de son costume et elle renvoie le solliciteur aux femmes de sa condition, ou bien elle allègue la présence de son père qui laboure non loin de là ou celle de son ami.

(( Mais le galant chevalier a réponse à tout ; il proteste de son amour, non moins ardent que soudain ; il se répand en éloges enthousiastes de la beauté de la bergère, il s'indigne qu'elle vive aux champs, jure qu'elle mériterait d'habiter un palais, que le fils du roi serait heureux de l'avoir pour amie. Il lui propose de Femmener, de lui faire partager son château, de la combler de richesses.

« Si elle refuse, il est prêt à prendre la houlette pour vivre plus près d'elle. Souvent il n'y a pas besoin de recourir à ces fallacieuses promesses, et la vue d'un joyau, d'un « peliçon fourré », d'une «robe d'escarlate », d'un « anel d'or », suffit à rendre la belle beaucoup moins intraitable.

« Quand elle s'obstine dans son refus, le chevalier n'hésite pas à prendre de force ce qu'il ne peut obtenir par la persuasion. Il va sans dire qu'il oublie ensuite ses promesses, qu'il remonte sur son destrier et poursuit tranquillement son chemin.

« Les choses ne se passent pas toujours aussi simplement : la bergère appelle quelquefois au secours. Son père, ses frères ou son ami sortent d'un bois voisin et protègent énergiquement sa vertu. Quand le chevalier voit qu'il a affaire à forte partie, il n'hésite pas.

Lors n'oi je talent de rire, Quant irié vi le pastor...

Elle me comence à dire :

« Revenés arier, biaus sire ; Je vos otroi mon amor ! )> Mais por tôt l'or de l'empire, Ne fuisse tornés vers lor.

Bartsch, Romanzen, III, Sa, 6i

(( Quand il essaie de résister, il n'a pas toujours le dessus, et il arrive qu'il ne s'éloigne pas sans avoir reçu quelque horion, ce qu'il avoue avec une bonne grâce parfaite ^ »

Nous venons de dire que les historiens de la littérature ont exercé leur sagacité à chercher l'origine du genre. Nous ne les suivrons point dans leurs laboratoires, car une étude musicologique n'a point à entrer dans ces disputes. Quoi qu'il en soit, il est infiniment vraisemblable qu'à l'origine, la pastourelle a été le chant monologué d'une bergère, jeune fille qui voudrait un ami, jeune femme mal mariée qui soupire après un amant. A une seconde étape, nous assistons au dialogue d'une bergère et de son berger ; puis, dans cette scène rustique un élément aristocratique s'introduit avec l'arrivée du galant chevalier et, désormais, les trois personnages de

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