TROISIÈME PÉRIODE
Une dernière période de floraison lyrique occupe les deux derniers tiers du siècle de saint Louis. Elle est caractérisée par une recherche de plus en plus savante et raffinée dans les combinaisons rythmiques : la strophe devient un organisme infiniment complexe, où s'enchevêtrent des types de vers très dissemblables. Ne faut-il pas faire nouveau et trouver des modèles que les autres trouvères n'ont encore ni connus, ni pratiqués ? Or, la tâche devient de plus en plus difficile, à mesure que l'on s'éloigne des origines lyriques.
Nous remarquons que le dualisme précédemment signalé se perpétue dans Fhistoire sociale : les grands seigneurs continuent à tenir leur place dans l'œuvre lyrique du xiii° siècle, cependant que dans la classe bourgeoise se répand de plus en plus le goût de la poésie et des choses de l'esprit. Mais c'est toujours dans les riches villes de TArtois et du nord de la France que ce mouvement se propage avec la plus manifeste vitalité. Là, le progrès intellectuel a marché de
Trouvères. io
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pair avec le progrès matériel, et, vraisemblablement, ce parallélisme est dû à l'influence heureuse de quelques riches Mécènes, dont nous constatons l'action si nous ignorons leurs noms.
Trois troubadours, dont les mélodies ont échappé à l'oubli, appartiennent à cette période.
Uc DE Saint-Girc ne nous a laissé que trois compositions. Ses frères avaient voulu faire de lui un clerc et l'avaient envoyé à Montpellier, pour qu'il s'instruisit dans les belles-lettres, le latin et la théologie. Mais au lieu de tout cela, l'âme de troubadour qui veillait en lui le tourna vers les sirventès et les chansons : quand il revint au foyer familial, on attendait un clerc, ce fut un jongleur qu'on reçut. Mais Uc de Saint- Cire mérita ce jugement de ses contemporains : cantos fetz de fort bonas e de bons sons^. Son nom est donc de ceux que l'histoire de la musique doit retenir.
Nous avons six chansons d'AiMERic de Pe- GUiLHAN. Pour s'être énamouré d'une belle voisine et lui dire heureusement son ardeur, il se mit à composer des chansons et continua après que le dernier feu de son amour fut éteint. L'éditeur des Biographies^, M. C. Ghabaneau,