Ibid. p
assigne Tannée 1266 comme terme dernier à la production poétique d'Aimeric de Peguilhan.
Le troubadour le plus considérable dont nous possédions les œuvres, le dernier aussi chronologiquement, GuiRAUT RiQUiER, a été, il y a quelques années, Tobjet d'une étude approfondie de la part d'un romaniste français, M. Joseph Anglade^ Ce livre est définitif, semble-t-il, mais il faut souhaiter que l'œuvre musicale de Guiraut Riquier, qui est très importante, elle aussi, puisque quarante-huit mélodies de ce troubadour nous ont été conservées, soit l'objet d'une étude sérieuse. La musique française du moyen âge compte en Guiraut Riquier un de ses maîtres les plus qualifiés.
Dans cette dernière période de la chanson en langue d'oïl au xiii^ siècle, les trouvères se présentent très nombreux. Ce sont ou de grands seigneurs ou des bourgeois du Nord.
Aux premiers l'honneur. Leur pléiade aristocratique se groupe autour de l'un de ses membres, plus élevé que les autres dans la hiérarchie féodale et supérieur aussi à tous par le talent, c'est Thibaut de Champagne, roi de Navarre.
Voyons quelques noms.
HuGUE DE LusiGNAN porta de 1208 à 1249 ^^
1. Anglade, Le troubadour Guiraut Riquier. Etude sur la décadence de l ancienne poésie provençale. Paris, 1906, in-S*^.
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titre de comte de la Marche. Les chroniqueurs contemporains nous content son rôle dans l'histoire et principalement la guerre désastreuse qu'il soutint contre Louis IX, son suzerain. Son bagage artistique est mince ; il comporte trois chansons seulement, mais c'est un régal de délicats,
Jean de Brienne, qui nous apparaît assez facilement comme le type du chevalier errant, fut successivement usufruitier du comté de Brienne, comme tuteur de son neveu ; puis, élu roi de Jérusalem ; puis, régent de ce royaume comme tuteur de sa fille ; puis, administrateur de tous les Etats de TEglise sous Grégoire IX, enfin régent de TEmpire Grec, comme tuteur du jeune Beaudoin de Courtenay. 11 mourut à Constantinople en 1237. Trois chansons nous font connaître en tant que trouvère cet aventureux seigneur.
Pierre Mauclerc, duc de Bretagne, fils de Robert II, comte de Dreux, fut, comme son nom l'indique, un clerc sans vocation et jeta bientôt le froc aux orties. 11 devint duc de Bretagne par son mariage avec la duchesse Alix, en 1212. 11 se croisa deux fois et mourut en i25o, comme il venait de s'embarquer pour revenir. Nous avons de lui sept chansons.
Thibaut, comte de Bar, Henri, duc de Bradant,
Charles, comte d'Anjou complètent sans l'épuiser la série de ces trouvères grands seigneurs, dont le maître, ai-je dit, est Thibaut de Champagne, roi de Navarre.
Ce prince était né en 1201, quelques mois après la mort de son père : le gouvernement de la province, dont il allait être le douzième comte, futconfîéàsamère, Blanche de Navarre, dont l'habile gestion sut éviter à la Champagne les pires difficultés. En 1224, le jeune comte suivit Louis VIII dans son expédition en Poitou contre la domination anglaise et assista à la reddition de la Rochelle. C'est deux ans plus tard, en août 1226, que commencent les premières difficultés de Thibaut avec le pouvoir royal, quand, au siège d'Avignon, le comte de Champagne quitta prématurément l'armée de Louis VIII pour retourner chez lui. Louis VIII s'apprêtait à aller tirer vengeance d'un congé qu'il considérait comme attentatoire à la dignité du pouvoir royal, quand en Auvergne il mourut.
Il appartient à l'histoire générale de raconter les premières années de la régence de Blanche de Castille, l'hostilité de grands vassaux, des comtes de Champagne, de Bretagne, de la Marche et de Boulogne, ligués contre une reine étrangère et un enfant de douze ans, d'apprécier la politique habile et l'esprit d'initiative de la
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reine : Thibaut comprit que la partie s'engageait mal pour lui et préféra, sans attendre la lutte à laquelle il s'était préparé, se jeter aux pieds du jeune roi, qui, sur le prudent avis de sa mère, tendit la main au comte repenlant. Celui-ci, sans grande dignité, non seulement offrit au roi des gages de sa soumission, mais lui dévoila les projets de ceux qui avaient été ses partisans (1226).
Les barons qu'il trahissait attribuèrent cette défection à l'influence toute-puissante des séductions de la reine, à la passion naissante du comte de Champagne pour la régente et les englobèrent tous deux dans leur ressentiment. La poésie contemporaine se fît l'écho de ces accusations : le trouvère Hue de la Ferté fut un des plus ardents à les soutenir.
Mais voici que Thibaut, mécontent de la reine qu'il poursuivait de ses vains hommages, se retourne du côté des grands vassaux . et ébauche une nouvelle ligue contre la royauté en promettant d'épouser Yolande de Bretagne. La reine fait habilement échouer ces tristes arrangements. Thibaut n'épouse plus, il reste à la reine. Deux fois trahis, les grands vassaux pénètrent en Champagne et ravagent les domaines de Thibaut, que tous ses leudataires abandonnent, que poursuivent toutes les malé-
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dictions. Ce fut en i23i seulement que Tarmée du roi parut dans le comté et permit à Thibaut de conclure avec les rebelles une paix honorable.
Sur ces entrefaites, en i234, Sanche le Fort, roi de Navarre, frère de Blanche, la mère de Thibaut, était venu à mourir. Le comte de Champagne fut proclamé roi de Navarre.
Cet accroissement de puissance fit penser à Thibaut que Theure était venue d'entrer encore en conflit avec le roi de France, auquel pourtant il avait de si grandes obligations, et sans Tagrément de Louis IX, Thibaut maria sa fille unique au fils aîné du duc de Bretagne. Le roi, à la suite de cet affront, prépara l'invasion de la Champagne : Thibaut ne l'attendit pas et , au plus vite, accourut à Vincennes solliciter son pardon.
Alors, Thibaut, que cette politique contradictoire avait rendu suspect à la fois aux grands vassaux et aux princes de la maison royale, versa dans la piété et, dégagé de toute espérance terrestre, songea au salut de son âme. Ce fut peut-être sa première pensée sincère. Il se fit le promoteur d'une nouvelle croisade (1239). Cette aventure stérile ne dura guère et, dès la fin de 1240, le comte était de retour dans ses terres. La fin de sa vie est obscure : Thibaut mourut
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en juillet i253, mais on ignore s'il décéda « à Troyes où il était comte, ou à Pampelune où il était roi ».
Il y a des trouvères sur le compte desquels nous regrettons d'avoir trop peu de renseignements précis, parce que dans leurs vers passe un soufïle d'héroïsme et de noblesse tel qu'à l'origine nous devinons une vie belle et pleine de généreux sentiments. Pour Thibaut de Champagne, au contraire, nous regrettons plutôt d'être trop bien renseignés. L'histoire dessert le poète. Nous aimerions mieux ne connaître celui-ci que par ses œuvres : elles valent mieux que l'homme ^
Le grand service que le trouvère couronné a rendu à l'histoire musicale, c'est qu'il a usé en mécène des ressources que sa haute situation lui donnait, c'est que, vraisemblablement, on lui doit d'avoir fait rédiger par les copistes à ses gages quelques-uns de ces beaux manuscrits chansonniers qui contiennent tout d'abord les œuvres du maître de céans, de Thibaut lui-même, mais aussi celles des autres trouvères et nous
I. Dans notre publication, actuellement en cours, du manuscrit 5198 de la Bibliothèque de l'Arsenal, nous donnons, transcrites en notation moderne et accompagnées d'une reproduction phototypique de Foriginal, cinquante-neuf" mélodies de Thibaut de Champagne. JNous croyons donc inutile d'en reproduire ici. On consultera en conséquence Le chansonnier de V Arsenal, Paris, Geuthner, 1909, in-4.
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font connaître un art qui constitue le plus gracieux chapitre de la musique française au moyen âge.
Pendant que les querelles des grands troublaient la France du centre, les bons bourgeois d'Arras continuaient leur existence mieux remplie par le travail, la musique et la poésie. Les trouvères d'Arras sont alors légion, Gillebert DE Berneville, Golart le Bouteillier, Ernoul Gaupain, Huitasse de Fontaine, Robert de le Pierre, Jean le Grieviler, mais « parmi tant de nébuleuses dont le ciel poétique d'Arras est constellé, Jean Bretel nous apparaît comme une étoile de première grandeur. Durant la période qui comprend les deux croisades de saint Louis, ce prince du puy d'amour, ce roi du jeu-parti fut l'àme du grand mouvement littéraire dont cette ville était le centre » ^ Plus de quarante chansons nous restent de ce trouvère. Toutefois malgré son importance, Jean Bretel était encore peu et mal connu avant que les fructueuses recherches de M. Guesnon aient établi sa véritable identité , précisé sa personnalité historique. Il résulte entre autres faits que ce trouvère mourut vers août ou septembre 12^2.
A côté de Jean Bretel, nous mettrons Adam le