I. Li moniage Guillaume, vers 1217 et ss
pourvoyeurs de toutes les joies illicites autant qu'extra - conj ugales . Une chanson anonyme, que j'ai jadis publiée*, est le plaisant monologue d'un jongleur fort en colère contre les femmes qui arrêtent leurs maris dans les prodigalités coutumières. « Dieu ! s'écrie-t-il , ce sont les nourrices et les enfants qui causent ma mort, ce sont aussi les femmes qui sont trop fîères ! ».
L'Église et, pour mieux dire, les gens d'Église ont également blâmé ces libéralités excessives. Hors cela, il n'y a chez eux, dans leur attitude à l'endroit des jongleurs, ni intransigeance, ni fanatisme. Ils considèrent que la jonglerie est une profession parfois regrettable, mais il faut bien que chacun vive et tous les métiers sont bons, à la condition d'être honnêtement exercés. Tel est l'esprit général de la législation ecclésiastique.
Nous ne pouvons aujourd'hui que ratifier ces tendances libérales. Il est certain que, tout en évitant avec soin l'enthousiasme facile et l'exagération probable, nous pouvons, grâce au recul des âges, trouver dans le rôle de la jonglerie une certaine grandeur. C'est que les jongleurs ne se sont point contenté de chanter les poésies
I, Pierre Aubry, Un coin pittoresque de la vie artistique au XIII^ siècle. Paris, Picard, 1904.
OU légères ou courtoises des trouvères lyriques: ils ont été aussi les propagateurs des chansons de geste. A une époque où les voyages étaient pénibles et rares les voyageurs, ils ont parcouru la France dans tous les sens, parlant de la Provence aux bourgeois d'Arras et Taisant connaître aux gens de Test les chroniques normandes. Ils ont chanté toutes les gloires du pays : sur leurs lèvres sans cesse reviennent, apocryphes ou véridiques, les hauts faits de Pépin, de Garin de Monglane, de Guillaume d'Orange, de Doon de Mayence... Ils ont popularisé la figure sereine de l'empereur Charlemagne. Ils ont avec des poèmes comme le Floovent, le Fierabras , le Pèlerinage de Charlemagnej le Roland^ le Roi Louis, le Huon Chapet^ créé ce que la critique a pu depuis nommer l'épopée nationale. Eh bien, ce sont des titres suffisants, croyons-nous, pour que nous puissions estimer que, malgré l'indignité de la profession, les jongleurs ont grandement contribué à faire naître et à développer sur le sol de notre pays le sentiment de l'unité française. Ils portaient l'idée de patrie dans le fatras de leurs accessoires. Au cours de leur existence vagabonde, ils en ont çà et là déposé les germes féconds, comme les oiseaux migrateurs qui entraînent dans leur vol des semences inattendues, et par leur loyalisme
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à la cause de la dynastie capétienne > ont assuré son triomphe sur les réactions fédales. C'est pourquoi, si l'on peut dire que U en France finit par des chansons, il n'est pa in ins vrai que. d'un autre point de vue, le sentiiei» de l'unité et de la patrie française a pris » ♦•
naissance dans des chansons, et que les jfurent quelque peu les artisans de cett tion.