‹ Troyes et ProvinsChapitre 4 sur 10 · COUP U'(EIL SUR L'HISTOIRE MONUMENTALE · texte numérisé non relu

COUP U'(EIL SUR L'HISTOIRE MONUMENTALE

La peinture a des représentants qui sont légion et qui collaborent ou se succèdent de père en fils. Rien que pour le xvr siècle, on relève cent onze noms parmi lesquels ressortent, comme les plus demandés, les quatre Cochin, les quatre Passot, les dix Pothier, les cinq Cordonnier, qui couvrent les murs et les voûtes de fresques et jusqu'au fond des campagnes peuplent les autels de leurs panneaux et de leurs retables. Mais, plus encore que la peinture, le vitrail, très en faveur dès son origine, ne tarda pas à acquérir en Champagne une vogue qui devait

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La Seine, cours Jacquin.

assurer son indiscutable perfection. Pendant des siècles, ce fut à qui, seigneur fastueux, bourgeois ou marchand opulent, corporation puissante, aurait à cœur de perpétuer son nom en donnant une verrière à sa paroisse. Et, pour tous ces bienfaiteurs, d'illustres dynasties de verriers, les Lyénin, les Lutereau, les Brisetout, les Madain, les Verrat, les Macadré, les Gontier, sans parler de nombreux anonymes, ont rivalisé de verve et de maîtrise ; en sorte que, en dépit de pertes immenses, la région compte encore d'innombrables chefs-d'œuvre et revendique à bon droit une place prépondérante dans l'histoire de la peinture sur verre.

Tout ce peuple d'artisans habiles a donc fait lentement de Troyes un centre inestimable de trésors d'art, une cité exceptionnelle que les contemporains célèbrent à l'envi. Tous les voyageurs qui passent se répandent en louanges intarissables. Ce sont d'abord des pèlerins de Terre-

Sainte que conduit Denis Possot, de Coulommiers, et qui s'extasient sur les édifices et notamment sur le sépulcre et le calvaire de Saint-Nicolas. C'est le poète belge Jean Second qui, traversant la ville en 1534, la trouve « grande et splendide plus qu'aucune de France » et s'étonne qu'elle ne soit pas plus connue de ses compatriotes. C'est, en 1572, l'ambassadeur vénitien Lippomanno qui vante les rues belles et droites qui laissent voir de partout les monuments, et qui exalte particulièrement la cathédrale. A son tour, le notaire lillois Pierre Le Monnier, revenant de visiter l'Allemagne et l'Italie, est assez ému après tout ce qu'il a dû admirer outre monts pour chanter en vers les beautés de ïroyes.

Enfin, le cavalier Bernin, qui y fait un long séjour, — du moins, Grosley l'affirme, — n'hésite pas à proclamer la ville « une petite Rome ». Venant d'une telle bouche, cette parole est singulièrement significative, et, même en tenant compte de l'exubérance italienne et de l'excès de courtoisie que le célèbre sculpteur put y mettre en réponse aux civilités dont il fut l'objet, elle ne laisse pas d'affirmer une fois de plus ce fait que, sous l'ancien régime, la richesse monumentale et artistique de Troyes était assez éclatante, exceptionnelle et rare pour frapper des étrangers qui avaient à coup sûr le droit d'être quelque peu blasés sur ce point.

Ce que Bernin a pu contempler, d'ailleurs, — si l'anecdote est authentique, et il y a quelque raison d'en douter, — c'est presque uniquement le legs d'un temps déjà ancien. Les premières années du xvir siècle ont encore vu, aux monastères déjà existants, aux abbayes de Saint-Martinès-Aires, de Saint-Loup et de Notre-Dame, aux Cordeliers, aux Jacobins et aux Antonins, venir s'adjoindre de nouvelles maisons religieuses, l'Oratoire, les Ursulines, les Carmélites, les Visitandines, la Congrégation, les Lazaristes, qui toutes, selon leurs ressources plus ou moins étendues, se sont construit et décoré des cloîtres et des églises. N'importe, dès cette heure, la décadence est commencée et elle n'ira désormais qu'en s'accentuant, même sous le Grand Roi et, à plus forte raison, sous ses successeurs. Troyes appauvri, Troyes qu'accablent des dettes considérables, ne peut plus bâtir. Quarante-six ans se passent à édifier péniblement l'Hôtel de Ville, et, au xviir siècle, les mornes bâtiments de l'Hôtel-Dieu, ceux de Notre-Dame-en-l'lle et de Notre-Dame-aux- Nonnains, qu'on relève, sont, avec quelques demeures bourgeoises d'extérieur aussi insignifiant, les seuls édifices qui viennent s'ajouter au patrimoine architectural du passé.

Arrivent la Révolution et le xix" siècle. L'une et l'autre ont beaucoup détruit. Non seulement les portails de la cathédrale sont, par ordre de

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