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Saint-Rémv. Le Christ de Girardon.
LES EGLISES, DU XII'" AU XVI« SIECLE
Martin de Vaux, va rejoindre les combles par une élégante galerie et au pied duquel le logement du sacristain s'allonge sur le toit du bas côté. Enfin, en 1593, sur les plans de Gérard Faulchot, « maistre maçon de
Fuulu L,. Un
Abside et minaret de l'église Saint-Jean.
Téglise Monsieur Sainct Pierre », la mode étant alors aux porches couverts — témoin celui dont on a naguère délivré Saint-Remy et qui datait de l'année suivante, — on construisit en avant du portail une sorte de narthex Renaissance, quoique flanqué au rez-de-chaussée de niches gothiques, que ne tardèrent pas à venir bloquer de hautes maisons, dont deux, à gauche, viennent d'être démolies et dont la disparition pourrait bien entraîner à brève échéance celle du porche lui-même. A l'heure
présente, tout cet ensemble est, en effet, très caduc et ruineux, mais ne manque pas d'un fort ragoût d'antiquité.
La même disparité règne à l'intérieur où, aux bas côtés, les chapiteaux les plus anciens sont ornés de crochets ou de figures d'animaux et accompagnent des clefs de voûte intéressantes comme celle qui figure saint Julien l'Hospitalier. Les grandes fenêtres, ornées de meneaux flamboyants par la restauration, sont presque toutes blanches. Quelques fragments de verrières seulement subsistent au bas côté nord.
Au sud, il faut noter trois belles compositions, la Crèche et le Baptême du Christ, la Vie de saint Jean-Baptiste, grisaille de 1536, et un superbe Jugemetit de Salomon, peuplé de plus de quarante grands personnages.
Toute la partie orientale de l'église porte l'empreinte du style en faveur lors de sa réfection. Les piliers sont de forme ondée et les voûtes du déambulatoire sont à liernes et tiercerons, avec clefs pendantes.
En 1665, les marguilliers eurent la regrettable idée de jeter bas le maître-autel orné de sculptures et de cuivres pour faire élever à sa place un gigantesque retable de style italien sur les dessins d'un architecte parisien, Noblet, sans doute Michel Noblet, directeur des bâtiments, garde général des fontaines, fils ou parent de ce Louis Noblet qui avait donné en 1624 le plan de l'Hôtel de Ville. Le maçon Madain et le sculpteur Chabouillet furent chargés de lexécution et, pour compléter la décoration, on demanda au peintre troyen Pierre Mignard, alors dans toute la gloire de sa coupole du Val-de-Grâce, deux tableaux qui lui furent payés 1.500 livres.
Ce retable est formé de deux avant-corps sur lesquels deux paires de colonnes de marbre noir à chapiteaux corinthiens de marbre blanc soutiennent un fronton circulaire coupé que domine un attique à amortissement triangulaire terminé par une croix. Des anges tenant des trompettes sont couchés sur les rampants. Dans une église de Rome ou de Naples, où le soleil l'animerait de gaîté, ce retable ne serait sans doute pas déplacé, mais ici cette interminable machine, qui guindé lourdement jusqu'aux voûtes son écran glacial et quasi funéraire, est un anachronisme fâcheux qui a de plus l'inconvénient de masquer la vaste verrière du chevet. Ce qui en sauve la tristesse, ce sont les deux tableaux de Mignard, en bas, le Baptême du Christ, en haut, le Père Eternel prononçant les paroles de l'Evangile : Hic est filius meus dilectus... Tous deux, exposés au grand jour des fenêtres, ont bien pâli, mais, si la couleur a passé, la belle ordonnance de la composition n'a pu souffrir.
LES ÉGLISES, DU XII'> AU XVI'- SIECLE
Assurément, il y a dans cette scène plus de grâce et de goût éclairé que de grandeur, mais la pose du Christ est noble et digne des grands classiques, et le geste du Précurseur d'une très heureuse simplicité. La tradition prétend que le peintre a représenté sa femme, Anna Avolara, sous les traits de l'ange brun, et sa fille, Catherine, qui fut plus tard la comtesse de Feuquières, sous ceux de l'ange blond agenouillé. Aussi bien ce tableau a dû être certainement inspiré à Mignard par une toile analogue de Sandi di Tito (aujourd'hui à la galerie Corsini à Plorence), mais ici le motif principal, débarrassé du luxe de personnages que le maître italien a placés presque tous en vedette dans sa composition, garde tout son relief et concentre, comme il sied, l'attention.
Quant au Père Eternel, barbu et chevelu, qui, les bras étendus, émerge d'un nuage dans un tumultueux envol de draperies, il rappelle incontestablement, mais avec une ampleur moins farouche, les types créés par Raphaël dans les Loges du Vatican. Pour ce dernier comme pour le précédent, on s'aperçoit que notre compatriote n'avait pas fait impunément un séjour de vingt-deux années en Italie.
La décoration de l'autel se complète d'un tabernacle en marbre, enrichi d'anges adorateurs et de cuivres ciselés et dorés dus à Girardon, qui avait exécuté ce tabernacle pour le château de Versailles. Le chœur, clos par un mur d'appui avec grille, renferme trente-deux stalles provenant de l'ancienne abbaye de Notre-Dame-aux-Nonnains. Le sanctuaire, pavé de marbre noir et blanc, est plus élevé de quatre marches.
Saint-Jean. Baptcme du Christ, par Pierre Mignard.
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Il ne reste malheureusement comme verrières, dans le chœur et le sanctuaire, que quelques grandes figures représentant le Baptême de Jésus entre les quatre Docteurs de V Eglise et les Vertus théologales ; elles ne peuvent que faire regretter la perte des autres, anéanties par un
ouragan en 1691 .
Le déambulatoire était autrefois peuplé de chapelles appartenant à de grandes familles. Le souvenir des de Mauroy y survit dans deux verrières qui représentent, lune, six frères de cette maison, l'autre, la Vie de saint Pierre, patron de Pierre de Mauroy, maire de Troyes en i 566.
D'autres verrières, le Martyre de sainte Agathe, les frères Dorigny, curés de Saint-Jean au xvr siècle, et surtout une immense fresque de Jean et Linard Gontier (1630) qui occupe la fenêtre du chevet, la Manne, les Noces de Cana, la Cène, Saint Julien V Hospitalier rachètent par leur splendeur la nudité des •- autres fenêtres. Chapelle
Notre-Dame des Suôrages, sous l'autel, se voit un groupe de quatre personnages, le Christ au tombeau, dont la plastique assez rude et le pathétique naïf révèlent encore le XV® siècle.
Plus intéressant en ce sens qu'il marque une date dans l'évolution de l'art sculptural troyen, apparaît le beau groupe de la Visitation, du bas côté sud, qui montre deux bourgeoises richement vêtues, de physionomie placide et amène, qui conversent en se tenant par la main; figures encore évidemment copiées sur la nature, mais où le chiffonnage et la cise-
Phutu L. Uruiiuo.
Saint-Jean. La Visitation.
LES ÉGLISES, DU XII^ AU XVI« SIÈCLE
lure des étoffes, ainsi qu'un maniérisme général encore indécis, annoncent la prépondérance imminente de la Renaissance.
Celle-ci triomphe plus ouvertement à l'autel central du chevet qui fut également commandé en 1692 à Girardon. Tout en marbre blanc, avec tabernacle à colonnes ioniques et retable à fronton triangulaire, cet autel se rehausse de sept bas-reliefs en marbre blanc provenant du précédent retable et que Girardon, les tenant en haute estime, a tenu à conserver dans son œuvre. Les trois plus importants représentent la Cène, le Lavement des pieds et le Désespoir de Judas. Au-dessous, les
Pliutu L. Itrunua.
Saint-Jean. La Cène, bas-relief de Jacques Julyot.
quatre autres figurent des scènes de la Passion. On les attribue avec beaucoup de vraisemblance à Jacques Julyot, l'un des membres les plus fameux de toute une dynastie de sculpteurs troyens et dont le nom apparaît pour la première fois dans les comptes en 151 1.
Le respect de Girardon pour l'œuvre de son devancier s'explique, car celui-ci, manifestement séduit par les grâces de l'art italien que le florentin Dominique avait importé à Troyes vers 1540, montre ici, avec des ressouvenirs évidents de son éducation originelle, des tendances marquées pour la nouvelle formule. Le décor est déjà tout italien, avec ses colonnades et ses plafonds à caissons, et les personnages ont cette impersonnalité vague des modèles d'atelier et souvent cette gesticulation excessive que le siècle suivant poussera jusqu'à l'illogisme baroque. Mais ces scènes, emportées par un mouvement tumultueux qui prend quand même le spectateur, sont exécutées d'un ciseau remarquable-
ment prestigieux et leur agrément, qu'embellit encore une foule de détails pittoresques où revit Tâme des vieux maîtres, est fait, sinon d'une émotion profonde, du moins de leur exubérance de vie et de leur luxe essentiellement décoratif.
A l'exception d'une assez bonne copie de la Cène du Titien et de deux Ninet de Lestin endommagés par une restauration ridicule, les nombreux tableaux répandus çà et là n'offrent que peu d'intérêt.
Saint-Jean a pour succursale, dans l'ancien faubourg Croncels, la minuscule chapelle Saint-Gilles, construite à la fin du xv" siècle et agrandie plus tard d'un transept. C'est un modeste édifice en bois, à flèche d'ardoises, qui a bravé, on ne sait comment, les âges et qui cache, comme une égliselte campagnarde, sa courte nef de i6 mètres de longueur dans un enclos d'arbres et de verdure. La plupart des Troyens l'ignorent et ne se doutent guère que dans ses quelques pieds carrés s'abrite un mobilier religieux dont se contenterait un plus vaste sanctuaire. Ses vitraux ne sont plus guère que des fragments disparates, mais on peut encore y admirer plusieurs triptyques sur bois dont l'un raconte la Vie de sainte Aune, une Vierge mère du xv* siècle, autre curieuse peinture sur bois, à fond d'or, et de nombreuses statues, dont deux Saint Gilles plus savoureux l'un que l'autre, et un Saint Jérôme dans sa grotte, haut-relief sur bois du xvi* siècle, aussi parfait de style que vigoureux d'exécution.
l'Ilolo Neurilein.
La rue Passcrat.