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LES ÉGLISES

DU XVr AU XIX' SIKCLE

Saint-Pantaléon. — Saint-Nicolas. — Saint-Nizier. — L'Abbaye de Saint-Martin-ès- Aires. — Le Temple protestant. — Saint-Martin-ès- Vignes. — Sainte-Savine.

En revenant sur ses pas par la rue Turenne, on rencontre l'église Saint-Pantaléon, si avantageusement enchâssée entre la ruelle moyenâgeuse de la Synagogue, souvenir de l'ancien Ghetto, les pimpantes tourelles de l'hôtel de Vauluisant et le pittoresque quartier formé par les rues du Marché-aux-Noix, de Vauluisant et Charles-Fichot.

Cette église a remplacé un ancien oratoire en bois devenu insuffisant. On y travaillait depuis sept ans quand l'incendie de 1524 détruisit les premiers travaux. Mais la paroisse était riche, on se remit à Tœuvre aussitôt et il se fit comme un concours de rivalités entre les grands seigneurs et les riches marchands pour parer le nouveau sanctuaire. A vrai dire, ce bel élan dura peu et, une fois nantis de chapelles privées qui

flattaient leur orgueil, les donateurs parurent peu se soucier de terminer l'édifice qui resta plus d'un siècle inachevé. Ce ne fut qu'à la fin du xvir siècle et notamment en 1676, où les demoiselles Sorel, mercières, donnèrent sept mille livres, que le transept et la nef furent élevés à la hauteur du chœur et les fenêtres hautes dotées de vitraux. Malgré ce temps d'arrêt, Saint-Pantaléon, qui a eu la bonne fortune de reconquérir la plupart des trésors artistiques que la Révolution en avait retirés, est resté à coup sûr l'église la plus riche en chefs-d'œuvre et en curiosités de toute espèce. C'est un véritable musée : retables, statues, tableaux, verrières, tout s'y presse et s'y accumule avec une abondance qui frappe d'autant plus l'étranger que celui-ci n'est pas suffisamment préparé à ce spectacle par le dehors de l'édifice. Le chevet, qu'on a reconstruit à plat, comme à Saint-Jean et à Saint-Nicolas, pour le conformer à l'alignement de la rue, porte quelques belles niches gothiques sous une abside renaissance à contreforts ornés de consoles et de vases, et offre seul, avec le petit portail sud, d'un gothique charmant, quelque intérêt. La porte nord, renaissance, est murée et, par surcroît, lamentablement dégradée. Quant au portail principal, érigé de 1735 à 1745, après qu'on eut encore agrandi la nef d'une travée, c'est une lourde et froide maçonnerie, d'ordres dorique et ionique, que ne rachètent nullement les deux informes bâtisses dont on l'a flanquée pour servir de sacristie et de loge du sacristain. Le clocher octogonal, tronqué, s'élève sur son flanc droit. Mais, dès qu'on a poussé la porte, le charme opère. On se trouve au seuil d'une nef très haute dont les piliers ondulés présentent la perspective peu banale d'un double rang superposé de statues qui alternent avec de grands tableaux. Au-dessous des fenêtres, une galerie contourne tout l'édifice et, de là, des pilastres à chapiteaux composites montent jusqu'à la voûte qui est en bois et d'où descend, au sanctuaire, un long pendentif très fouillé. N'étaient les arcades en tiers-point de la nef, on se croirait dans une église d'Italie.

Et de fait, on peut étudier à Saint-Pantaléon la sculpture locale et y suivre ses transformations successives, au moins pendant le cours du xvr siècle. L'art primitif, à dire vrai, n'y a que peu de représentants ; presque seules, se rattachent à la grande famille des naïves madones champenoises, la Vierge de la chapelle du chevet sud et une autre, plus petite, toute couverte de dorure, et d'ailleurs d'une grâce affable et touchante, qu'on a rapportée dans le retable de la chapelle Saint-Jacques. Plus nombreuses, par contre, sont les œuvres de transition, telle la Sainte Barbe tenant un livre, du deuxième pilier à droite, le Saint Nicolas du

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chœur, de si expressive physionomie, le Saint Grégoire le Grand et le Saint Joseph endormi, que le pittoresque de son costume classe encore, pensons nous, parmi ces œuvres « inventées » où Taine voyait avec enthousiasme l'expression d'un idéal propre au terroir.

l'Iiuto !.. Brunull.

Intérieur de Saint-Pantaléon. A droite, statue de Saint-Jacques.

Viennent ensuite les statues qui appartiennent franchement à l'art de la Renaissance.

Les plus belles sont l'œuvre du Florentin Dominique. Né en 1501 ou 1506, Dominique Riconucci, ou Rinuccini, ou encore Ricoveri (lui-même a orthographié son nom de vingt manières) travaillait dès 1537 à Fontai-

nebleau en compagnie de Troyens vagabonds, Halins, Julyot, d'autres encore, sous les ordres du Primatice, qui l'envoya à Troyes en 1544 prendre possession en son nom de l'abbaye de Saint-Martin-ès-Aires que le roi lui avait donnée en commende. Il y resta, y maria ses filles, dont une à Gabriel Favereau, qui termina la cathédrale, et, fixé sur Saint- Pantaléon dont il fut vingt-deux ans le paroissien, la légende veut qu'il y soit enterré, bas côté nord, sous une dalle gravée de deux ciseaux en sautoir. Toujours est-il qu'à Troyes, Dominique besogna activement, tant pour l'entrée de Henri II en 1548 que pour le jubé de Saint-Etienne. Entre temps, il alla en 1550 à-Joinville élever le somptueux tombeau de Claude de Guise.

A cette époque, il jouit à Troyes d'une vogue sans égale et la haute taxe d'impositions qu'il paie en 1552 (12 livres tournois) dit assez sa prospérité et ses profits. A la fois sculpteur, peintre et ornemaniste, on peut encore juger de la valeur de son talent par les dessins et les gravures qu'il a laissés.

On peut plus sûrement l'apprécier dans celles de ses œuvres de Saint- Pantaléon dont l'authenticité n'e^t pas douteuse, et tout d'abord dans le célèbre Saint Jacques qui décorait jadis le retable de la chapelle de ce nom et qu'on a placé après la Révolution au premier pilier droit de la nef. Une tradition, rapportée par Grosley, prétend y voir l'auto-portrait de l'artiste. Peu importe. Même dépourvue de cette plus-value documentaire, cette statue suffit par elle-même à commander une admiration qui passe ce débat. Assis dans une attitude à la fois noble et aisée, le saint, reconnaissable au chapeau de pèlerin qui pend sur ses épaules, tient d'une main un livre sur son genou et s'appuie de l'autre sur son siège, en inclinant légèrement à gauche sa tète aux cheveux divisés, encadrée d'une barbe courte et fine. La figure est belle et pure, un peu fade et douceâtre, avec ce quelque chose d'impersonnel qui va devenir le critérium des œuvres nouvelles. Mais l'ensemble rappelle la pose du Julien de Médicis de la Sacristie de Florence, avec plus de grâce et moins de force, il est vrai, et l'on y sent la main d'un maître dans la façon tout ensemble souple et solide dont sont traités les muscles et les étoffes.

Non moins remarquables sont les deux autres statues, la Foi et la Charité^ placées sur les piliers du sanctuaire et que Dominique avait taillées pour le jubé de Saint-Étienne. La Foi^ représentée tenant un calice et un crucifix, est une allégorie assez banale. La Charité, de beaucoup supérieure, est personnifiée par une jeune femme portant sur son bras gauche un nourrisson qui se jette avec une amusante avidité

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sur son sein, tandis qu'un autre enfant se cache en jouant dans les plis de sa robe et qu'un troisième, vers lequel elle se penche en souriant, manifeste par une gymnastique significative un vif désir de prendre sa part du festin. Amusant trio qui rappelle avec bonheur les bambinos anecdotiques des grands maîtres italiens et qu'ennoblit de sa grâce exquise la suave figure qui donne son nom au groupe et où l'on retrouve, comme pour la Foi, dans les lignes rondes du cou assez long sous la tête plutôt petite, le galbe michelangesque, adouci par un talent moins fougueux et humanisé par une émotion tendre.

Devant ce groupe harmonieux et charmant on ne s'étonne plus de l'engouement, pour ce genre nouveau, des contemporains saturés sinon las des rudes images chères à leurs ancêtres, non plus que de l'élan qui emporta sur les traces de Dominique les imagiers de son époque, moins bien doués par malheur que le maître.

De cet esprit d'imitation dérivent évidemment les deux Saint Jean du chœur qui rappellent le Saint Jacques par leur prétention au beau style manifestée dans leurs attitudes contournées et dans la complication invraisemblable des plis qui les drapent. Avec ces images, très probablement œuvres d'atelier, nous arrivons à l'éclosion du type banal dont l'expression parfaite se trouve dans la Rencontre de saint Joachirn et de sainte Anne (bas côté nord du chœur j

et encore dans le Saint Joseph avec V enfant Jésus, dont la bizarrerie ne sauve pas la froideur.

S'il en est une, cependant, parmi toutes ces statues dérivées de l'italianisme, qui réconcilie avec l'école, c'est assurément la délicieuse Vierge de pitié placée en face de la chaire. Doucement inclinée en avant, les mains jointes, elle penche un visage plus dolent que véritablement contristé, mais d'une morbidesse et d'un charme alangui qui compensent ce que cet habile morceau comporte de trop « joli ».

l'hoto L. Brun

Saint-Pantaléon. La Charité, par Dominique Florentin.

Parmi les soixante et quelques sculptures éparses dans l'église, Tune des plus renommées est à coup sûr le groupe polychrome de V Arrestation de saint Crèpin et de saint Crépinien (bas côté sud). Sur la foi des annalistes locaux, il a été longtemps attribué à François Gentil, le contemporain, sinon le rival de Dominique, qui Taurait exécuté pour la corporation des cordonniers. Gentil, né à Troyes au commencement du xvi" siècle, mort apparemment vers 1582, semble avoir joui, en effet, d'une renommée considérable, et l'œuvre que lui attribuent Grosley et Courtalon est plus considérable encore, jusqu'à l'impossible et l'invraisemblable. Toutefois, s'il demeure certain qu'il travailla beaucoup pour nos églises, il appert aujourd'hui de l'examen des comptes de ces dernières que, par un étrange retour de la fortune, aucune des œuvres qu'on lui a jadis prêtées ne saurait être sortie de ses mains. Quoi qu'il en soit et si le groupe en question lui appartient, il en faut conclure que Gentil, bien que le collaborateur de Dominique pour les entrées royales, resta plus inaccessible que les autres à l'empreinte du maître et sut garder son génie propre et traditionnel. Ces quatre personnages, les deux saints imperturbables dans leur travail malgré la brutalité des mains qui les appréhendent au col, ces deux soudards, vigoureux sans enflure et violents sans emphase, ont été pris sur le vif et appartiennent à la catégorie de ces types créés de toutes pièces à l'aide de souvenirs et de traits cueillis sur des modèles vivants. Ils existent véritablement, ils respirent. Et, en même temps, ces figures n'ont déjà plus la raideur ni la gaucherie, quelquefois charmantes, des effigies de l'âge précédent. Si l'artiste a emprunté ici quelque chose à ses confrères d'outre-mont, c'est leur technique savante, leur souplesse et leur virtuosité, et ainsi l'œuvre demeure bien troyenne, bien autochtone, tout en présentant déjà des touches de raffinement classique qui la complètent et qui, aussi, la datent.

Tout à côté, dans une chapelle, le P. Germain, curé de Saint-Pantaléon au début du xix" siècle, a constitué, à l'aide d'emprunts prélevés sur le dépôt de sculptures que la Révolution avait installé à l'abbaye de Saint- Loup, un calvaire en rocaille peuplé de seize statues ou groupes formant une mise en scène complète de la Passion. Mise en scène quelque peu mélodramatique, mais que rachète la rareté de cette heureuse réunion de sujets concordants. Un Ecce homo, un Christ tombant sons sa croix, une Sainte Véronique, un groupe formé par Marie, Madeleine et saint Jean, une Sainte femme, un Saint Pierre pleurant son reniement, et deux Grands Prêtres, sont distribués là avec assez d'adresse et, bien que la plupart ne soient pas des chefs-d'œuvre, toutes ces

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figures, parmi lesquelles la Pictà qui domine la scène vaut mieux qu'un regard distrait, concourent à un effet d'ensemble dont on ne saurait nier l'intérêt.

Ceci est encore vrai des grands tableaux qui occupent l'intervalle des arcades. Les archéologues se plaignent qu'ils rompent la perspective, les peintres déplorent leur médiocrité. Les uns et les autres n'ont pas tout à

Saint-Pantaléon. Arrestation de saint Crépin et de saint Crépinien.

fait tort et nous convenons que la Mise an tombeau du Troyen Louis Herluyson (1667-1706) est une toile quelconque et que V Adoration des Bergers anonyme qui lui fait face reste, malgré quelques bons détails, une peinture sèche aux tètes regrettables. Mais les six autres toiles, qui représentent la Vie de saint Pantaléon, ne sont point à dédaigner. Elles ont du reste pour auteur un autre Troyen, Jacques Carrey, élève de Le Brun, né en 1647, mort en 1726, qui accompagna dans son ambassade à Constantinople M. Ollier de Nointel, ce qui explique sa connaissance des types et des costumes orientaux prodigués dans ces tableaux qu'il peignit en 1720 pour sa paroisse. Indépendamment donc de l'apport

qu'ils constituent dans l'extraordinaire richesse artistique de l'église, des raisons d'ordre en quelque sorte sentimental militent pour leur conservation.

Parmi les trente-deux toiles que compte Saint-Pantaléon, il faut citer encore une Résurrection, un Martyre de sainte Ursule, signé Monier, un Jésus che:^ Simon, un Christ aux Oliviers, attribué à Ninet de Lestin

Photo L. Brunon.

Saint-Pantaléon. Le Calvaire.

et d'une beauté d'expression peu commune, ainsi que, dans la chapelle Saint-Jacques, un panneau sur bois à revers, d'une intéressante facture, qui représente une Vision de saint Dominique, avec personnages en riches costumes de l'époque de François I", dans un paysage italien.

Cette dernière chapelle, fondée par l'opulente famille des Dorigny, est d'ailleurs la plus somptueuse de l'église, avec sa belle voûte à caissons formés de souples nervures qui laissent pendre de gracieux angelots. Deux retables de pierre s'y font face, dont le principal, à trois étages, se compose d'un entablement à huit médaillons reproduisant la Légende de saint Jacques et de panneaux décoratifs finement ciselés qui encadrent

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la niche où se trouvait autrefois la statue sculptée par Dominique. Audessus, un deuxième entablement fait soubassement à trois bas-reliefs en ronde bosse figurant des scènes de Thistoire d'Esther et de Judith, malheureusement très martelées. Enfin, la décoration se complète par un

l'hui.i L. lirunon.

Saint-Pantaléon. Histoire de Daniel et Festin de Balthasar, verrière du xvi" siècle (Fragment).

superbe vitrail remplissant toute la fenêtre et qui représente la victoire remportée sur les Maures par les Espagnols, sous la protection de saint Jacques, à Simancas, en 938. Au milieu de soldats, de grandeur naturelle, saint Jacques apparaît à cheval, tenant d'une main son étendard et de l'autre son épée, et entraînant les chrétiens à la poursuite des infidèles qui s'enfuient en mêlée tourbillonnante. Il faut voir sans doute dans cette belle grisaille, blasonnée aux armes des fondateurs, le seul spécimen

subsistant de ces grands sujets de batailles que, d'après Grosley, le verrier Macadré avait exécutés sur les cartons de Dominique et dont, selon une tradition sans grande autorité, le cardinal de Richelieu aurait offert 18.000 livres.

Même bas côté, près du chœur, la famille des Mole, dont on retrouve un peu partout le blason dans l'église, avait aussi sa chapelle. On y voit encore un dais monumental à trois étages, et sa devise, d'une philosophie un peu chagrine, « cuider déçoit », se lit à la voûte. Six clefs de voûte, d'un beau style, agrémentées de fines statuettes, en ont été détachées et fixées aux piliers qui encadrent le maître-autel. Par malheur, on les a enduites d'un badigeonnage au ripolin et à l'or chimique qui en anéantit tout l'attrait.

D'autres belles verrières du xvi" siècle se voient encore ; d'abord, au chevet nord, la Légende de la Croix^ admirable composition d'un coloris merveilleux. Puis, tout le collatéral sud du chœur est occupé par quatre grandes grisailles, traitées avec une verve et une largeur de dessin qui en font d'incomparables fresques : la Vie de la Vierge, la Passion et le Jugement dernier (1538), V Histoire de Daniel et le Festin de Baltha:^ar.

Enfin, il ne faut pas oublier de signaler les bas-reliefs en bronze de la chaire, la Foi, V Espérance, la Charité et la Religion, œuvre de jeunesse du Troyen Simart.

A quelques pas de Saint-Pantaléon on rencontre, en haut de la place de la Bonneterie, l'église Saint-Nicolas, autrefois chapelle du château de la Vicomte, reprise sur un plan plus grand au commencement du XVI' siècle et à peu près complètement disparue dans l'incendie de 1524. Moins de deux ans après, on posait la première pierre de la reconstruction, mais les travaux, auxquels collabora toute la dynastie des Faulchot, durèrent assez longtemps pour que divers styles en aient marqué les étapes.

L'architecture en est assez simple. Bâtie sur plan rectangulaire, l'église, que surmonte un moignon de clocher, n'a ni transept ni déambulatoire. Le chevet carré et l'abside, épargnés sans doute par la catastrophe, sont encore gothiques, bien que les meneaux des fenêtres hautes aient été refaits en portiques Renaissance. Gothique également le beau portail du nord dont le type, très ornemental, pullule dans la région et qui se dissimule fâcheusement en grande partie sous un tambour de bois. Sa décoration se compose essentielle-

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ment d'une archivolte, appuyée sur des piédroits à aiguilles, qui double une gorge évidée de pampres et de chimères et va s'amortir en accolade en encadrant une fenêtre coupée d'un trumeau à habitacle, sur un fond de meneaux appliqués. Mais toutes les autres fenêtres sont

Photo L. BranoD.

Portail sud de Sainl-Nicolas.

Renaissance et les arcades des nefs plein cintre à partir du chœur, tandis que des vases et des boules à facettes marquent sur le sommet des contreforts l'apport du xvir siècle.

Le contraste apparaît pleinement avec le portail méridional, élevé en 1550 par Jean Faulchot. Ce portail est à deux étages, dorique et ionique, séparés par un entablement décoré de triglyphes, de bucrànes

et de roses et encadrés de sentences en vers et de niches dont deux, en haut, abritent les statues de David et (ïlsaïe.

Un Christ, dont le pied repose dans une cuve, survit seul à une « fontaine de vie » qui coupait la fenêtre supérieure. L'ensemble ne va pas sans une grande noblesse de lignes, et la tradition rapporte que le sculpteur Girardon, dans sa vieillesse, se faisait installer dans un fauteuil en face de ce portail pour en contempler tout à son aise les harmonieuses proportions.

Ce qui est certes plus inattendu dans cette église, c'est l'espèce de loggia qui surmonte le double porche principal, lequel est moderne, et qui forme tribune à l'intérieur de l'église. Celle-ci n'avait pas d'ouverture à l'ouest autrefois et touchait au fossé du rempart où se trouvait un Jardin des Oliviers. Le vendredi-saint, on montait de ce jardin, par un double escalier dont on voit encore les voûtes, à la loggia qui renfermait un Calvaire, et l'on redescendait dans la nef sud par un autre escalier de trente marches encore existant. Ce Calvaire et le Sépulcre qui se voit au pied, à gauche de la grande nef, et qui renferme un Christ au tombeau, furent bâtis vers 1550, par un paroissien, Michel Oudin, qui avait fait le voyage de Jérusalem et rapporté le plan du Saint-Sépulcre. Le mur nord du Calvaire est couvert d'une peinture exécutée par Nicolas II Cordonnier, né à Troyes vers 1495, et qui représente un Crucifiement à multiples personnages. Une restauration impitoyable n'est pas absolument parvenue à détruire la vigueur primitive de cette fresque très vivante.

A l'autre extrémité se trouve une grande statue du Christ à la colonne que les anciens chroniqueurs ont longtemps attribuée, ainsi que le Christ ressuscitant placé sur le Sépulcre, à l'inépuisable François Gentil. Ces deux morceaux sont évidemment de la même main. Quant à appartenir à Gentil, rien ne le prouve. Si, en effet, on compare leur académisme châtié à la rudesse encore gothique du David et de VIsaïe du portail sud, les deux seules œuvres que par grand hasard on sache sorties du ciseau de l'illustre Troyen, cette assertion, à moins d'admettre que celui-ci n'ait changé sa manière, ne se peut maintenir. Leur élégance froide, leur exubérance anatomique, leur pose contournée, relèvent de cette école un peu postérieure qui subit l'influence italienne, et. si l'on ne peut leur refuser d'être beaux, c'est d'une beauté conventionnelle et fade, qui vise beaucoup plus à toucher la fibre artistique qu'à émouvoir la pitié du croyant.

Combien, certes, est plus vivant, plus pathétique et plus vrai le Christ

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fonibiuU sous sa croix qui les avoisine et dont la face tragique etTaccablement si naturel expriment si sincèrement les douleurs physiques et morales! Celui-là aussi est anonyme, mais il serait de Gentil qu'on ne saurait s'en étonner, car il est bien Troyen.

Saint-Nicolas. Le Christ à la colonne et le Christ tombant sous sa croix.

D'autres sculptures gothiques, au Calvaire, par exemple deux charmants groupes, un Donateur et une Donatrice^ accompagnés de leurs patrons et patronnes, et une naïve Sainte Agnès, exaltent encore Tantique formule, tandis que l'antithèse brillante de la nouvelle éclate dans un délicat bas-relief d'albâtre minutieusement fouillé, Scènes de la vie de saint Joachim, où se retrouve le faire du Jacques Julyot de la Cène à Saint-Jean.

ÏROYES

Et il faut encore citer parmi les nombreuses statues de l'église le Saint Bonaventurc si noble du bas de la nef, la gracieuse Notre- Dame de Lorettc, et le fier Saint Pierre du chœur.

Les verrières ont beaucoup souffert. Celles de la nef sont si restaurées qu'elles en sont neuves. Dans les chapelles absidales, décorées de belles

Pholo L. Brunon.

La chaire de Saint-Nicolas.

clefs pendantes, les Béatitudes, la Légende de saint Claude, wn Arbre de Jessé qui donne la double généalogie du Christ et de la Vierge, font regretter d'autant la disparition de leurs contemporaines ; et l'on doit en rapprocher, dans les basses nefs, une Histoire de Tobie, un Saint Yves, un saint Sébastien et une Légende de V Hostie miraculeuse, grandes grisailles que « raccoustraient » déjà Jean Soudain en 1546, Jean Macadré en 1598 et plus tard Linard Gontier, et qui, bien que moins somptueuses que celles de Saint-Pantaléon, accusent encore la bonne époque de la peinture sur verre.

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Nous ne saurions oublier la chaire, qui raconte en d'excellents et pittoresques panneaux sur bois la légende du patron de la paorgisse, et, parmi une foule de tableaux plus médiocres les uns que les autres, un

Plioto L. brunna.

L'église Saim-Nizier.

Sacre de saint Nicolas attribué à Simon Vouet, ainsi qu'un bon triptyque du XVI* siècle, le Baptême, V Eucharistie et \^ Confirmation.

Après Tincendie de 1524, une grande partie de la population sans

abri reflua vers le quartier bas, ce qui nécessita la construction de

l'église Saint-Nizier, sur l'emplacement d'une chapelle très ancienne

dédiée à saint Maur et où des reliques de l'illustre évêque de Lyon

avaient été rapportées au x' siècle par l'évèque de Troyes, Gallomagne.

Comme pour Saint-Nicolas, l'œuvre dura près d un siècle, et ainsi

s'explique qu'on y trouve, au sud, un portail flamboyant, très analogue

à celui de cette dernière église, et, au nord, un portail Renaissance,

placé sous un pignon de bois et dont les colonnes corinthiennes à guirlandes supportent un deuxième étage de pilastres couronné du traditionnel fronton triangulaire. Les trois croissants de Henri H entrelacés dans les écoinçons donnent approximativement la date de ce dernier, tandis que le portail principal, qui porte le blason de Charles IX, fut achevé en 1574. Ici, ce sont, au rezde-chaussée, quatre colonnes ioniques qui encadrent trois portes placées sous des voussures à compartiments de rosaces finement sculptées.

Au-dessus , s'élève un deuxièmeportique, corinthien, dont les fenêtres sont murées. Malheureusement, toute cette riche façade, comme les portails latéraux, est lamentablement meurtrie et comme taraudée par la dent du temps, et l'on ne peut que souhaiter que les travaux de restauration, qui s'achèvent en ce moment à l'intérieur, embrassent également cette partie de l'édifice et lui rendent sa beauté originelle. A gauche du portail se dresse une tour, bâtie de 1602 à 1619, qui rappelle, par la superposition des trois ordres classiques, celle de la Madeleine, et qui, pour un peu écourtée qu'elle soit, ne laisse pas

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Photo L. Biunon

Saint-Nizier. Martyre de saint Sébastien.

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d'accentuer le caractère imposant de Tédifice et de compenser la perte de son ancienne flèche, remplacée par un ridicule clocheton sans style. La couverture est encore partiellement constituée de tuiles de couleurs diverses disposées en losanges.

Dès l'entrée, on est agréablement frappé par l'ampleur des proportions générales et l'on comprend que Vauban, passant à Troyes en 1703, ait qualifié Saint-Xizier de « superbe édifice ». Le xviii® siècle a quelque peu gâté le sanctuaire en enjolivant les piliers ronds de consoles rococo et de l'inévitable « gloire » en bois doré. Mais il a respecté les vitraux, dont toutes les fenêtres, ou peu s'en faut, se pavoisent encore comme de lumineuses tapisseries bien que, depuis moins de dix ans, la malechance semble s'acharner sur cette inestimable parure de l'église.

Dans les basses nefs, en effet, les verrières, déjà plus exposées qu'ailleurs, ont été par surcroît mutilées en iqoi par un attentat anarchiste. Toutefois, les plus remarquables, au chevet, ont échappé par miracle au désastre. Citons une Léjrende de sainte Syre, un curieux Calvaire, la Légende de saint Gilles, la Légende de la Croix^ qui déroulent leurs admirables fresques à côté d'un Martyre de saint Sébastien, peuplé de grands personnages, seigneurs et reîtres PVançois I", habillés d'un vert ardent et d'un rouge généreux sur un fond rouge et bleu à grands rinceaux verts et jaunes. D'autre part, les fenêtres hautes de la nef et du chœur, qui naguère

encore n'étaient pas moins bien partagées, viennent à leur tour d'éprouver une irréparable catastrophe. Dans la nuit du 20 au 21 mai 19 10, un ouragan effroyable en a complètement arraché et pulvérisé deux, l'une dans le sanctuaire, et la plus intéressante de toutes, les Ages de V Homme, bizarre allégorie qui symbolisait des étapes de la vie humaine; l'autre, côté sud de la nef, représentant le Calvaire. Heureusement, il reste encore, pour consoler les yeux tout en ravivant les regrets, ces grandes et belles légendes qui s'appellent X Apocalypse,

photo L. Brunon.

Saint-Nizier. Christ de Pitié.

les Sacrements^ le Jugement dernier, la Passion, la Vie de saint Nimier, V Annonciation^ la Mort de la Vierge^ et enfin la Pentecôte, étincelante composition de Jean III Macadré (1613), dont les tons d'or resplendissent en gerbe ardente au fond du sanctuaire.

Au croisillon nord, V Histoire de Suzanne, très endommagée, s'encadre de la Vie de la Vierge et de la Légende de saint Nicolas, tandis quau croisillon sud, l'une des plus remarquables encore, qui rappelle les grandes luttes religieuses du xvT siècle à Troyes, la Religiofi fou-

l'Iiulo L. Urunon.

Sainl-Nizier. j^ise au tombeau.

tant aux pieds V Hérésie, fort éprouvée aussi par la tempête, se cantonne des Quatre Evangélistcs.

Saint-Nizier n'étale pas la profusion de statues des autres églises. 31ais, seul, le Christ de pitié ^ fixé à un pilier de la nef, pourrait suffire à compenser cette pénurie. Assis sur le roc du Calvaire, ceint d'un triple rang d'énormes épines, les mains et les jambes garrottées, ce Christ, d'une vigoureuse et sobre anatomie, montre, dans l'attente de la dernière torture, un visage, tout ensemble héroïque et résigné, d'une extraordinaire puissance d'expression. Nous nous trouvons devant le Christ aux cinq plaies, ainsi que l'indique l'étrange blason gravé sur son socle, sujet plus rare que VEcce homo proprement dit et qu'ici son exécution magistrale met au premier plan, avant même le groupe de la Mise au tombeau de la chapelle voisine, bien que de sérieuses qualités de facture et de touchants détails assurent à ce dernier une

LES EGLISES, DU XVI" AU XIX-^ SIECLE

place des plus honorables dans la statuaire locale du xvr siècle. Il est fâcheux qu'on ait, à côté de ce sépulcre, placé à même sur le sol une Pietà un peu antérieure, dont le réalisme douloureux mérite une autre exposition. De même on doit regretter le délabrement de la plupart des toiles semées dans l'église. Certes, le Père Éternel^ la Visitation^ la Présentation de la Vierge du Troyen Pierre Cossard (1720-1784') et

VUy.W l.. ItrUlUMl.

Cloître de Saint-Manin-ès- Aires.

les autres tableaux qui les accompagnent, n'appartiennent pas à la grande peinture, mais ce sont des œuvres du cru, empreintes de la manière propre aux artistes troyens du xvil* siècle et notamment de Ninet de Lestin, dont une Mort de la Vierge i chevet sud) vient encore attester le talent de composition, et cela suffit pour que l'amour-propre des compatriotes de Cossard s'afflige de les voir pourrir peu à peu sous l'influence de l'humidité.

A quelque distance à l'est de Saint-Nizier, une impasse, qui part de la rue Kléber, aboutit à un gigantesque portail que surmonte un attique

décoré de vases empanachés. C'est l'ancienne entrée de l'Abbaye royale de Saint-Martin-ès-Aires, le plus ancien monastère de la ville, fondé au IX* siècle sur l'emplacement de la primitive Abbaye de Saint-Loup et occupé plus tard par des chanoines réguliers de Saint-Augustin. Le Primatice en fut abbé commendataire de 1544 à 1566.

En 1656, les bâtiments, qui menaçaient ruine, furent en grande partie reconstruits par les soins de Tabbé Gilbert de Choiseul. A la Révolution, l'église fut abattue et il ne reste plus de l'abbaye, aujourd'hui transformée en orphelinat de jeunes filles, que les importants bâtiments conventuels, qui enclavent un beau cloître. Celui-ci, sur lequel débouchent des portes à frontons échancrés, est à voûtes d'arêtes, avec rosaces variées et nervures prismatiques retombant sur des consoles. Les arcades, plein cintre, ont des jambages doublés sur la cour d'un pilastre saillant à fronton circulaire. Les lambris des façades, les cadres et les chaînages des fenêtres sont relevés de bossages.

La chapelle, de 1861, renferme de superbes peintures sur bois parmi lesquelles VHistoirc de la Sainte Maison de Lorctte, V Histoire de saint Joachim, diverses figures de saints et, dans le sanctuaire, les quatre grands Docteurs de l'Eglise, la Nativité, le Calvaire et la Résurrection. Un très ancien bas-relief, d'une amusante gaucherie d'exécution, raconte VHistoirc de saint Jean-Baptiste.

A l'angle du boulevard Danton et du quai des Comtes de Champagne s'élève le Temple protestant, charmante petite église romane construite de 1857 à 1859, simplement décorée de peintures à motifs courants et d'un très honorable mobilier.

Dans l'ancien faubourg Saint-Martin, qui formait autrefois une commune, annexée en 1856 à la ville, se trouve la grande église Saint-Martin-ès- Vignes, commencée en 1590 et dont la construction se prolongea assez avant dans le xvir siècle. Son style, Renaissance de transition, n'offre rien de bien remarquable et elle est, de plus, plaquée d'un haut portail à linteau droit sur lequel, en 1681, le chanoine de Saint-Loup, Louis Maillet, qui se piquait d'architecture, a eu l'idée bizarre d'aligner une colonnade corinthienne supportant un fronton triangulaire. Des contreforts en contrecourbe devaient accompagner cette médiocre réminiscence du Temple de Jupiter Stator, ainsi qu'en témoigne une gravure contemporaine trop pressée, mais ils n'ont pas été exécutés. Pendent opéra interrnpta. A droite du porche, un beffroi en charpente, renfer-

LES ÉGLISES, DU XVI« AU X1X« SIÈCLE

maritale bourdon, est également resté à l'état de tronçon ; et, sur le transept, un campanile en dôme tient lieu de clocher.

L'intérieur, malgré le joli décor des grandes fenêtres qui occupent tout Tintervalle des piliers, serait d'un intérêt relatif sans la magnificence des nombreux vitraux. Sauf, en effet, dans la grande nef, toutes les fenêtres sont illustrées de verrières qui, à l'exception de quelques-unes provenant

L'église Saint-Mariin-ès-Vigiies.

de la précédente église, datent de la première moitié du XVii^ siècle et qui, timbrées du blason de plusieurs grandes familles, les Colbert, les d'Autruy, les Vignier, les Gombault, en même temps qu'elles perpétuent la générosité des donateurs, constituent d'intéressants témoignages de l'évolution du vitrail troyen à cette époque. D'abord les scènes représentées deviennent plus mouvementées, plus larges, plus vastes. Au lieu de quelques personnages juste suffisants à l'action, ici de véritables foules, quand le sujet le comporte, évoluent en plusieurs plans sous nos yeux. Il s'ensuit tout naturellement que l'artiste, pour éviter la répétition des cou-

leurs fondamentales, se voit forcé d'étendre sa palette et introduit de nouvelles teintes qui complètent et adoucissent aussi l'harmonie générale. Les figures, traitées en portraits, donnent, pour les images de donateurs, la certitude de la ressemblance et, tout compte fait, on s'aperçoit qu'on

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Pliotu L. brunou.

Saint-Mariin-ès-Vignes. L'Apocalypse, verrière de 1611 (Fragment)

a devant soi un véritable tableau sur verre où la transparence de la lumière vient renforcer l'éclat du coloris.

11 est impossible de donner la nomenclature complète de cette « galerie M, mais il faut citer de préférence, en exemple de ce que nous venons de dire, dans le bas côté nord, la Prise de Jérusalem par Titus (16 18), V Histoire d' Abraham et de Jacob (1619), avec ses donateurs, les Gillebert, superbe évocation d'une famille de riches bourgeois en sombres pour-

LES ÉGLISES. DU XVP AU XIX« SIÈCLE

points du temps de Louis XIII, la belle Légende de saint Martin et la Vie de la Vierge, ainsi que la Transfiguration, de Linard Gontier (1636), qui occupe la fenêtre orientale du croisillon.

Dans le chœur et le sanctuaire, Linard Gontier, son atelier tout au

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Saim-Martin-ès-Vignes. Mariage de saint Joachini et de sainte Anne, par Linard Gontier.

moins, peut encore revendiquer la grande grisaille de la Légende de saint Pierre (1634), la Légende de saint Jean-Baptiste, V Annonciation et le Calvaire, auxquelles la Passion et la Vocation de saint Jacques ne sont pas inférieures. Par contre, on ne sait à qui appartient rétonnante fresque de V Apocalypse du croisillon sud (1611); mais ce fut à coup sûr un maître qui brossa avec une telle verve ces panneaux débordants de vie et de couleur, où s'agite, dans des scènes impression-

nantes, une extraordinaire cohue de personnages. M. Emile Mâle a démontré que ces tableaux ont été inspirés par les immortelles estampes d'Albert Durer. Osons ajouter qu'ils n'en sont pas indignes.

Faut-il encore mentionner après cela la Légende de sainte Jules, le Credo et la Légende de la Croix du déambulatoire? Le temps, en rongeant quelque peu leurs émaux, ne leur a pas enlevé toute leur beauté. Au moins, il a respecté entièrement l'admirable Légende de sainte

l'Iiolo I.. lirunoii.

L'église Sainie-Savine.

Anne qui se voit au sud. Cette verrière, datée de 1623, plus jeune par conséquent de douze ans que V Apocalypse, passe à juste titre pour la plus splendide de toutes, et, malgré l'absence de documents précis, nous croyons qu'il faut y voir la main de Gontier. Si, en effet, indépendamment de sa perfection qui accuse le faire magistral de cet artiste, de la finesse et du relief des physionomies, de la multiplicité et de la minutie des détails, on considère la façon dont elle a été exécutée, on y constate la présence de ce nouveau mode d'enluminure appliqué aux vitraux qui répudie de plus en plus le morcellement en fragments cernés de plomb et s'applique à peindre la plus grande partie du sujet sur un fond blanc,

LES ÉGLISES, DU XVI« AU XIX« SIÈCLE

quitte à accentuer la tonalité générale par l'adjonction, au revers, d'émaux qui y répandent une teinte roussâtre et chaude aisément reconnaissable. Par surcroît, ici plus encore que dans les précédentes verrières, plus peut-être que dans les vitraux de l'Arquebuse que nous verrons à la Bibliothèque, on trouve des roses saumon, des gris tendres, des verts céla-

Ptioto L. Bruaua.

Sainte-Savine. La Passion, retable sur bois du xvie siècle (Fragment).

don, des grenats atténués, dont on n'avait pas coutume jusqu'alors de rencontrer la gamme harmonieuse mélangée aux couleurs fondamentales et qui, sans tomber dans la fadeur, concourent à composer un ensemble chatoyant et à produire cette illusion de la peinture sur toile dont nous parlions tout à l'heure. N'eût-il laissé que cette seule œuvre, Linard Gontier serait assuré d'une renommée impérissable.

Bien qu'elle forme une commune indépendante, la petite ville de

Sainte-Savine, à l'ouest de Troyes, est trop intimement soudée à cette dernière, dont elle constitue pour ainsi dire un faubourg, pour qu'on néglige de parler de son église, d'autant que le plan en parallélogramme de ce monument, sans transept, mais où la forme cruciale est seulement accusée par la surélévation des basses chapelles médianes, présente un tvpe de construction du XVI'' siècle spécial à la banlieue tro5^enne.

Ce sanctuaire a remplacé plusieurs chapelles et églises successivement bc'ities à l'endroit où, vers l'an 288, la Grecque Savine tomba morte de douleur en apprenant le martyre de son frère Savinien, qui évangélisait le pays des Tricasses. L'église s'ouvre à l'ouest par un médiocre portail Renaissance dû aux frères Baudrot qui travaillèrent à la tour de la cathédrale, et, au sud, par une simple porte en arc surbaissé ; elle n'a de fenêtres qu'aux bas côtés. A côté de verrières modernes plutôt regrettables, elle offre une assez belle série de vitraux anciens, dont notamment un Arbre de Jessé, un Saint Éloi et un Saint Nicolas, et de multiples peintures sur bois formant retables, en particulier une superbe Passion donnée par les vignerons en 1547, un triptyque de 1553, Rencontre sons la Porte Dorêe^ Naissance et Présentation de la Vierge, et un Martyre de saint Sébastien, qui comptent parmi les plus remarquables productions de la Renaissance troyenne. D'innombrables statues, plusieurs peintes et dorées, ornent les chapelles. Parmi les plus intéressantes, signalons un Saint Georges, un Saint Roch et un Saint Nicolas, sans oublier dans les autres curiosités le sarcophage mérovingien de l'évêque de Troyes Ragnégisile (631-650), constructeur de la première église, et enfin la belle chaire à panneaux sculptés du menuisier troyen Noël Fournier (1626).

l'hoto Neurdein.

La Préfecture.

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