‹ Troyes et ses environsChapitre 2 sur 7 · IM · texte numérisé non relu

IM

Cet artiste se fit une réputation corn me peintre de Heurs. Membre de l'Académie de peinture (4679), il a laissé des œuvres estimées,

GocHUi (Nicolas).

Le graveur Thoirnassîn f^t son maître. Il cultiva,

outre la gravure, la peinture tt ic dessin. 11 grava beaucoup de maîtres flamands. La famille des Gochin resta fidèle aux Beaux-Arts. De Nicolas descendait le graveur du roi Louis XVL

Pbiquet (Jacques).

Gendre de Tortebat, qui avait épousé la fille de Vouét, Frîquet acquit surtout la réputation de peintre savant. Conseiller de l'Académie de peinture et professeur d'à-

natomie appliquée aux Beaux-Aris, il ne parait pas qu'il ait beaucoup produit. En i7i2, un le nommait Friquet

de Vaurose.

PaILLOT BB MONTABEAT.

Descendant d'une ancienne famille» Paillot de Monta> tabert commença la peinture sous David, mais c'est

cominc auteur du Traité complet de la Peinture^ et de plusieurs ouvrages didactiques, qu'il s'est fait surtout un nom justement célèbre. Malgré la perte de la vue, Tartiste-auteur n'en cultiva pas moins les Beaux-Arts jusqu'à la fin.

ÂHifAVD (François).

i78S-lS46.

L'artiste et l'archéologue vont de pair. M. Arnaud fut

un peintre de talent, comme l'attestent plusieurs de ses tabk'iuix et de ses portraits. Mais Télève de Gros et de David a rendu surtout de grands services aux Beaux- Arts en formant de bons élèves, et à Thistoire monumentale par la publication du Voyage archéologique dans l'ancien diocèse de Troyes, livre excellent qui ne laisse à désirer, outre quelques compléments, que plus de méthode et de clarté,

Gauthier (Martin-Pierre).

Architecte, membre de l'Institut, auteur d'un ouvrage important sur les monuments de Gênes, M. Gauthier éleva plusieurs constructions où le mérite artistique est î?ubordonné à celui de l'appropriation. Il a bâti l'Iiôpital de la Riboisière , à Paris ; la Halle aux blés de Troyes, et Thospice de refuge de Saint-Nicolas, dans la même ville, œuvre malheureuse par la faute surtout des entrepreneurs, et qui conduisit l'architecte à Sainte- Pélagie, en exécution d'un jugement de responsabilité. C'est sous le coup de la contrainte par corps que M. Gauthier succomba en peu de jours.

SiMAET (Pierre-Gharies).

Dans la force de l'âge et de Texpaiision de son puissant talent, Simart a succombé aux suites d'un accident vulgaire, — d'une chute de voiture. — Il était membre de l'Institut et officier de la Légion d'honneur. Quoique brusquement interrompue, son œuvre est con* sidérable. Fervent admirateur de la statuaire grecque, Simart ramena à cet idéal tout ce qui sortît de son ciseau. C'est son défaut, c'est aussi sa grande qualité. La sculpture est restée avec lui dans les domaines élevés

du grand art, ^eulemeilit elle n*a paâ leë conditions qui ont fait du David (d'Angers) le sculpteur fiancniR patexcellence. Simart était un Grec du temps de Périclè». Presque tous mûulagea de tes œuvres sont au Musée de Troues*

Sous ce titre viennent se gfonper plusieurs noms recommandables par le talenti l'utilité, uue valeur incontestée ; mais il n'eu est guère, sauf deux, Larrivey et te célèbre îngénieuivmécaDlcieii Gambey, qui aient aoquis une renommée assez retentissante pour être popu* laires en dehors du cercle de la localités

Voici rapideiiicnl les noms et les titres des personnages qui appartiennent à celte catégorie de célébrités :

Le douzième siècle fournit deux noms, celui de Pierre (iOKiBstoB, doyen de la cathédrale, savant auteur d'une Eistùria seholmtim, et celui de Salomon RAdcti, cé*

lèbre rabbin, qui a laissé de nombreux écrits dogmatiques.

Gbbestien {de Troyes), poëte et romancier; Jbak {de Troyes)^ greffier de rHôteMe^Tille de Paris, auteur de la Chronique Seandaleutei appartiennent au xiv« siècle et au XT«.

Durant la période de la Renaissance, il faut cttèr :

Pierre de Larrivey, chanoine de Saint-Étienne, traducteur et auteur dramatique, dont les comédies, écho du théâtre italien, sont très-recherchées;

Français Le Dughat, auteur de poésies latines ;

Jean Pisserat, auteur de spirituelles poésies fian-

çaises, d'apologues ingénieux, et qui profi»f?«a le çoîirs d'Ëloquence au Collège de France. Jean Passerai fat le coUaborateur de Pierre Pitbou et de lU^n au poëme burlesque écrit «outre la Ligue» sous le nom de Saiir0 Ménippëe;

JSicoîas Caxusat, chuiioiiie, auteur de travaux historiques et bc^iograpliiqueâ, la plupart en latin;

Le jésuite CiissiEr, qui devintconfësseurdeLouisXIH, et eoviposa divers ouvrages de scbdiettique et de religion.

Sous Louis XIV, viennent :

Nicolas Des Guerhois, auteur de la Saincteté Chrestienne;

Lecoihtb, oratorîen, auteur à* Annales Eeelésiastir

Eustache LeiNOble, \ersificateur aventureux, assez fécond ;

L'fivssQUE DE LA RAYALLiiBB, réputattou locale due à des travaux d'histoire et de topo^apbîe, et à Féditioa de quelques ouvrages.

Dans le siècle dernier se présente :

Pierre Gboslet, auteur des Éphémérîêes Troyennes, des Mêmùires sur les Troyms célèbres, de dissertations,

de relations de voyage, d'opuscules narquois et sardoniques.

Après lui vient, mais à un titre bien différent, ajour tons à un degré inférieur, M. Ghabbornbt, né à Troyes, en 4733. n devint recteur de l'Université de Paris. C'est

une renommée sinon surfaite, du moins en dehors des conditions qui maintiennent un nom au catalogue des biographies. M. Gharbonnet, fonctionnaire excellent, honorable, lettré, a surtout fait des discours officiels,

-Tôle genre le plus périssable de littérature, et que ne cul*

tive guère la postérité.

La date de 4770 nous fournit un nom militaire, celui du général baron Gauthebiit, qui gagna tous ses grades h la pointe de Tëpée, et garda, dans sa haute position,

la bonhomie et la simplicité du plus modeste bourgeois. Il était fils d'un boulanger, et il aimait à le dire en face des flagorneurs, pour leur imposer silence. Le général Gautherin fut un soldat de fortune dans toute Tétendue de rcxpressîon : aventureux, téméraire, d'un savoir très-élémentaire, il suppléa à tout ce qui lui manquait à force de courage. Il mourut en 4849.

GiMBEY (François).

Fils d'un horloger de Troyes, apprenti horloger luimême, puis mécanicicu, Gambey, par un de ces privilèges qui n'appartiennent qu'au génie, apprit et devina ce qu'on ne lui avait pas montré. Il végétait obscurément à Paris, travaillant en chambre pour un fournisseur de l'Académie des Sciences , lorsque le célèbre astronome François Arago le prit sous son patronage et le mit en lumière. Devenu le premier des ingénieurs constructeurs d'instruments astronomiques, Gambey fut nommé membre de l'Académie des Sciences, et re« çut de tous les gouvernements des distinctions honorifiques. Le cercle mural de Gambey est à la fois un chefd'œuvre et un eifort de génie.

mmn immi, mum ei uvils.

ESQUISSES TOPOGRAPUIQUES, ARCH£OI06IQDE8 £T PITTORESQUES.

Au lieu de ranger les monuments par catégories et

d'en faire une série de monographies isolées, nous croyons devoir prendre un parti moins méthodique peut-être, m?iis plus élastique et plus varié.

Si le lecteur veut bien nous suivre à travers la ville, et pénétrer avec nous dans tous les quartiers, il n'aura pas seulement une suite de cadres isolés sous les yeux; il aura rhistoire de la ville entière.

Où l'histoire, la chronique et l'archéologie ne laisseront rîen à glaner, nous passerons.

Où quelque fait important, curieux ou bizarre se sera accompli, on rapprendra sur place. Si un détail qu'une classiQcation étroite et trop absolue aurait condamné à l'oubli se présente, il sera signalé.

Ne fût-ce d'ailleurs qu'au point de vue des inductions, des constrates, des souvenirs que les habita* tlons privées peuvent fournir, la promenade ne manquera pas d'intérêt. Presque toujours, il existe entre les maisons et les édifices publics d'une ville ancienne une corrélation plus ou moins intime, car le muyenâge, dont les temps modernes sont plus directement les héritiers qu'on ne le suppose, groupait les industries,

les classes et les professions, autour des établissements et des édifices qui étaient leurs centres naturels. Les mesures de police, écho des habitudes, des mœurs ou des nécessités, érigeaient souvent en obligation générale une tendance d'autant plus naturelle qu'elle était la conséquence des communaatés et des corporations, ce lien puissant qui préservait l'individu de l'isolement. Les particularités ne manquent pas dintérôt, car une fois constatées elles expliquent et commentent ce qui sans elles serait une bizarrerie ou im problème.

Lorsqu'au contraire c'est un contraste qui caractérise le monument et ses destinations par rapport à son entourage, il en naît une sorte d'énigme qu'il n'est pas êm iMéfét de péaëtver.

Nous entondonsbîen éviter îa jBrtosc e! la diss^tatîOft, et ne pas faire faire trop longtemps antichambre au lecteur; les proportions de ce petit livre nous obligeât d'ailleurs à la sobriété. Oans tous les cas, on aura toujours fa faculté d'aliandonner Phfstoriograplie pour s'en tenir aux grandes stations principales que réclament les monuments importants.

Cette explication donnée, nous commençons l'excursion par la porte de Paris, autrefois de Belfhiy.

Porte est maintenant uae autiphrase, car la rue débouche sur une surface déblayée, où verdoient des gazons et fleurissent des arbustey. Cette entrée souriante éiait encore, en ^ 822, d'un aspect fort rébarbatif. C'était une succession de voûtes fermées à l'extérieur par w corps de logis flanqué de tours.

En avanti se dressait une terrasse ou cavalier qui obstruait l'mtrée du faubourg. Sn dedans, s'élevait une tour où était placé le Beffroi, qui, par corruptiou, fit donner à la iiurte, le nom de Delfroy. En ^858, la base des tours, qui plongeaient jusqu'au fond du fossé, a été

enfouie dans les terFassemeats actuels. A droite, en ^ant rue d,e Belfroy, est la ruelle de la Vie<mté. Totttee côté de la rue est relativement moderne, car

l'emplacement jusqu'à l'église Saint-Nicolas, était occupé par le cliàtcau de la Vicomté, l'un des truis de la ville. A partir de ^1400, et surtout de 1524, date du grand incLiidie qui ravagea le Quartier-Haut, le château céda graduellement la place à des maisojiisetà des jardins. Dans la ruelle de la Vicomté se retrouvent encore des vestiges 'du ch&teau féodal, réduits à un fragment de mur.

De la Yuv Je Hellroy à la place de la Bounetcrie, précédemmeiit çaarché au blé, riutrefois du minage (marché), au xm siècle, marché aux meules, il n'y a rien de particulier à constater. Le sommet de la place est occupé par 14 halle à la bonneterie et Téglise Saint* Nieolas,

BALU A LA BORIÎBTBRIB.

Aprèa avoir iMigtemps possédé 4es }iaUes industrielles, occupées par plus de vingt colonies étrangères, la ville n'en avait même plus pour ahriter et grouper les fabricants. Les tisserands et les bonnetiers colportiienl leurs marchandises de magasin h magasin, ou les d4^ftiQ£^( d^ns des maisons particulières.

Pi^r rw^dier aux inconvénients 4'un état de choses était ma cause de temps perdu, de débats et 4%Cj9rtttudes aor les cours, et donnait naissance à des industries interlopes préjudiciables surtout aux fisJ>rl» iianty, la ville se décida eufin àfaire conslruii c une halle,

LVtlifice fut livré au public en 1837.

Ce n'est pas un monument, mais son utilité et la VUlgWté âe fics destinations l'en dispensent.

ta fiiçade est percée é^vae série d'arcades en plein cinire. Un surbanssemeai te eomUe, disposé en lanterne» éclaire

— so-

les parties supérieures. Cabinets, comptoirs et magasins d*échaolillons, telle est en quelques mots la disposition de IMntérieur. L'emplacement où s'élève la halle à la bonneterie Ait occupé, jusqu'en i6B6, par trois hôtelleries : ÏEcu de Bourgogne, le Bon Laboureur et la Pomme de Fin, incendiées le i*' septembre i686« ea même temps que rhôtel du Muiel doni le nom eilste encore, et cinquante maisons des rues de Saini-Nieolas, de la Pierre et de la Glé-de-Bois.

Rappelons que l'empereur d'AllemagnCt Joseph II, deseen* dit au Hulel, le 6 août 1781.

C'est par l'abside que Saint-Nicolas se présente dans l'intérieur de la ville.

Cette église était autrefois la chapelle de la Vicomté.

Détruite en 4524, elle fut rebâtie et agrandie, depuis 1526 jusqu'à 1600, au moyen du produit de quêtes et d'emprunts stimulés par des indulgences qu'accorda le pape Clément VII aux bienfaiteurs de TEglise.

Plusieurs paroissiens se muiUrèrent généreux. L'un d'eux, Michel Oudin, qui avait fait le pèlerinage de Paieiiine, fit construire le calvaire et le sépulcre sur un plan rapporté de Jérusalem.

Des artistes célèbres de TËcoIc de Troyes ont contribué à la décoration de Saint-Nicolas; il faut citer les noms de Christophe Molut et de Gentil, sculpteurs; de Chabouillé, sculpteur en bois; de Nicolas Cordonnier, peintre verrier, et deFauiciioi, architecte du portail sud.

Du côté occidental, Saint-Nicolas, qui s'appuyait au rempart, n'avait pas de portail ; c'était dans l'axe de la rue longeant la façade au midi que s'ouvrait rancienne porte d'Auxerre. Depuis la démolition du rempart et de la porte, M. Fléchey, architecte de la ville, a exécuté des travaux qui donnent maintenant une entrée priuci-

SAlNTNICOLAS-AU-CaATB^U.

^ pale h Textrémîté de la nef. Les dispositions anciennes ont été combinées de façon à créer un portail sinon ré*

gulier, au moins d'une apparence assez monumentale (4858-OOj.

L'extérieur de Saint*Nicolas se recommande par ses deux portes latérales; celle du nord est une composition ogiysle qni iodiqne rantérlorité de son exécution; c'est le gothique arrivé à sa dernière expression. Deux contreforts» reliés an sommet par une comiclie k maigre profil, soutiennent le dé> part détone archivolte li accolades montant au milieu d'un champ de meneaux appliqués. Au-dessous des festons trilobés qui se découpent sous l'archirolie, s'ouvre une fenêtre ogivée flanquée de deux niches, dont la bordure est également festonnée. A l'appui de la fenêtre aboutit le socle que portent les contrecourbes placées sur les reins du cintre surbaissé qui constitue rentrée. Aux ébrasements, aux rampants, aux dais, aux pilastres, s'épanouissent les végctâlioiis et les bestiaires coulournés qui marqueut la ciécadence du style oi^ival.

La porte sud, excculce par Faulchol, est de cet antique de fantaisie qui en use h son aise avec les règles classiques, et donne à la Renaissance son originalité. Unc'supcrposition de pilastres doriques et ioniques portant fronton compose Tensemble du oiotif.

DétaUs : Une porte en plein-cintre avec une clé-console; au-dessus, une fenêtre partagée par l'arbre et les bras d*ttne croix h bénitier; aux parties libres de la surface, niches bordées d^un double guillochis et surmontées de cartouches; h rentabiement du res*de-chau8sée, belle frise de canaux, de têtes de bœuf enguirlandées et de rosaces.

L'intérieur est intéressant à plusieurs titres.

Trois nefs (pas de iranssepls), fenêtres ogivées du siylc flamboyant garnies de meneaux plcin-cinlre, à la nef et au chœur, de meneaux prismatiques aux bas-côtés; à deux voûtes des bas-côtés au chœur : deux dés en ml- de-lampe ornées de trilobcs^ statues aux piliers, stylo de la Keuaissance.

A r«nlrcc des basses-ndj à droite, haul et large esc^ilicr conduisaol au Calvaire; à gauche un sépulcre rayé de pilastres-, àla frise, iii^trumenls d<; la Passion ; surle sépulcre, un dais à colonnes abrilatil un Chiisl ressuscité de proportions colossales i au calvaire qui traverse la largeur de l'église daos la partie supérieure, un Eccè homo. Les deux statues sont de Ccniil. Au mur de Tautel, uao |;raade peioture morale défigurée.

Les viiraux, dont qtielques-uos d'u&e belle eitéeuUon, soDt ^ partie inco[i)plets.

On voit à la nef: l' Adoration (Us bergers — hs Mages — les Quatre Docteurs — un Trait d€ la. vie desaiïiie Amiaet la Vierge — la Fie de sainte /t7i7i6 et la Résurrection,

Au bas côté droit, deux grisailles ; les Mimcki duk Christ ^ l'Histoire de Tobie.

Aux vitraux polyc^brômes : la Ugende de saM Claude Ut Généalogie de la Fierge.

Au bas côté gauche, la Légende de l'Hostie (belle grisaille) — les BéiUitudes^ très-beau vitrail en six panneaux ; è la partie liâule de la sixième feDétre, la Vie de saint Roch,

04i aaini Jérôme sculpté, une jolie cave baptisoiale de la Renaiasaoce, ane belle cbaire à prêcher reprodaisaat ia lé« géode de saint Nicolas, et quelques tableaux iotéressaots août les principaux objets mobiliers à signaler*

Sur la place de la Bonneterie, qni était bordée antreft>i8 d'un grand nombre d'hôtelleries, se trouvaient, à gauche, l'hôpital Saint^Bemard et sa ehap^e que remplace l'hôtel de France.

D'abord asile pour les voyageurs, puis refïige de filles repenties, l'hôpital Saint-Bernard cessa d'être un établissement religieux vers 4750.

Au milieu de rancien pavé naguère si inégal, îa ville et les habitants du quartier ont fait établir un jardin en 4858.

L'aspect des arbustes et du gazon est assurémani

plu9 agréable que celui des anciens ornements de la plaee' vers le commencement du xvi^ siècle, dans le hftut du marché, était uq pilori hexagone domiaé par un tourillon ; plus bas se dressait une potence ; enfin, en arrivant au carrefour que forment au bas de la place les rues du Dauphin, de Notre-Dame et la place de la Banque, s'élevait un troisième appareil qui servait À Texposition des condamnés.

La mnltiplication des épouvantails juridiques dépasse iûiUe cro^ce. Ainsi, la place de la Banque, où se trouvaient naguère l'Ëtape-au-Yin, et dans des temps plus éloignés, le marché à la paille, avait à côté du tpuill qui eu occupe le centre, un pilori important.

Surjette place, au lieu occupé par la banque et la maison voisine, s'élevaient la prévôté et la halle aux fh aps. Sur la gauche, le long de la rue des Groi&eUes, était l'hôtel de la Couronne, où la tradition place l'habitation dlsaheau de Bavière et de Charles VI| peadant leur séjour à Tro^, en 4420.

Revenons au carrefour, et prenons la rue du Daufhin.

Dans cette voie, nommée très-anciennement de Saint- Pantaléon, à cause de l'église, puis du Dauphin, nom d'une hôtellerie, on voit à l'angle de la rue Synagogue, au'fic» S, une maison très-importante, et dont les dépendaaees anciennes se prolongent dans la cour voisine. On oroit qu'elle occupe remplacement de IW eienne Synagogue. Ses escaliers en encorbellement, ses galeries et ses dispositions qui signalent une construction de la Renaissance, méritent qu'on pénètre dans l'intérieur de la cour. On y trouve l'ensemhle d'une de ces curieuses et grandioses habitatioiis d'autrefois qui vont disparaissant tous les jours.

11 y «vait beaucoup de drapiers dans cette rue qui ^ borde le «hevet de l'église Saint-Pantaléon.

Longeons la rue Synagogue; elle aboutit au parvis

de IVi^^liiC, qui a en face d'elle l'ancien hùtel UoYauluisant. Ces deux monuments valent la peine d'être signalés et décrits.

BGL18B SAlNT-PANTALiON*

L'emplacement de l'église et ses abords ont été transformés à la suite de Tincendie de 4524.

Chapelle en bois de proportions étroites, Saint-Pantaléon s'élevait, dès avant le xm© siècle, sur les dépendances de riiùLel de Yauluisant. Quand on la reconstruisit, on en agrandit les proportions : il paraît que ce n'était pas sans beisoui, car le 7 juillet 4522 on faisait une descente sur place pour aviser à des moyens d'élargissement, que deux ans plus tard fournit Tincendie.

Des dons volontaires, encouragés par des indulgences, procurèrent les ressources nécessaires à la reconstniotien. Dn reste, les paroissiens de Saint-Pantaléon étaient généralement riches; la famille Molé comptait dans le nombre plusieurs de ses membres, dont l'un fut maire de Troyes, en 4550. Les demoiselles Sorel, marchandes épicières, se signalèrent en 4572 par un don qui représente aujourd'hui une somme énorme; elles donnèrent, assure Gourtalon, dans sa Topographie^ plus de soixantedix mille livres pour faire achever les parties hautes et la toiture du grand comble. Malgré les libéraliLes dont la prodigue ornementation de l'intérieur donne une haute idée, il est à croire que, vers la fin de l'achèvement des gros travaux, les ressources se restreignirent, car la grande voûte fut établie en bois. On ne peut croire à une préoccupation de statique, car les contre* forts, qui ne sont que le prolongement des murs de refend entre lesquels sont établies les chapelles des

basses-nefs, ont assez de force pour conirebuter la poossée de voûtes en pierre.

Quoiqu'il en soit, le chevet et ses retours furent construits rapidement. En ^527, on gravait au-dessous de la corniche, probablement destinée à servir de plain pied à une galerie extérieure, une inscription commémorative et invitatoire qu'on peut lire encore du côté de la rue du Dauphin. Cette inscription, composée en latin, rappelle la ruine de sept édifices religieux causée par l'incendie de 1524, et invite les fidèles à concourir à l'achèvenient de l'édifice.

Saint-Pantaîf^oa est doublement une (Buvre de transition; Tart ogival s'y combine avec celui de la Renaissance dans les parties anciennes, et la Renaissance, à son tour, s'y présente à son origine et h son déclin.

L'église est conslruile <ur le plan d'un carré long; elle occupe une longueur de 58 mèlres, partagée en six travées sur 19 mètres 50 de large. Sa hauteur à la grande voûle est de 22 uiètrcs 70 C( iiiimètres. Sur le pian carré du chevet, el soutenue par des contreforts ioniques et des arcs boutants, s'élève circulai rement la grande uef qui, à son retour du cAté du portail, est restée interrompue vers la quatrième travée. Ce fait prouve encore le manque de ressources dont ou vient d'afoir Tindice au sujet des voûtes.

Le grand portailtdontrexècutiondansle style Louis XlV-XVy s*éloigne tant de celle du cbeyet, est indigne du reste de la construction ; c^est une sorte de grand paravent dorique à fronton auquel un amortissement dntré ionique vient se superposer.

La peUte porte méridionale avec son cintre surbaissé et ses contre-court»es encadrant une niche, ses pilastres, ses applications de meneaux en trilobés dans le cadre de hi montée, le tout ùrné de dais, de crocbels, de rinceaux, est encore une cenvre où Ton retrouve Tart ogIvaL

Celle du nord, an contraire, appartient complètement à la Renaissance. Un cintre sous entablement est dominé par un

portique trinitalre frooloq^é» ioni JVc o^^ottral ott 4>oeopé par uoe statoe moUlée,

L'tDtérieur de cette peiiieégli^, qOi édaieuQ luxe reA&arf «able de mlptares, de figures^ de niches, de reladbles leiiiUéi par le «letaa, serait pkis alirayaat encore ei l'on déàarassalt la nef des tidl>leanK de Garey qn\ beucbent les parties mpérlewei Mi Mrées. Quelque eensacvés an patrea eaint P|iaialéQn; qttei|iue ^Mrtdenent^OBfiés par ie peiutre, ces taMcaux smieni m\w% placéç Mmsco qu'à féglise où le manque de surfaces a obli|;é de ie^ suspendre aux dépens du jour, de la vue et de la perspocUvc, graves iucoavéûienls aggravés par Fétroitcsse de la nef. t'ombre du peintre ne protesterait pas contre !a nouvelle destination.

Six iravées partagent la longueur de Saiiil-Pantaléon. Ogivales iu#qu à la ^ierie formée par une lai ge coruichc, elles se terminent en plein-cin^re à la claire-voie. Les Loloimes poiycyllDdriques à la pariie iuiéneure se creusent de cannelures au-dessus de la galerie, et se couronnent de chapiteaux d'un composite très indépendant. Malgré sa hardiesse^ et grâce à i'iulcnruption de la corniche, celte supcrposi!ion de deux styles n'arien tle choquant. Les meneaux des fenêtres des bas-côtés sont la phip;irt en prisme, dans des baies ogivées; ceux des parties haules, taillés carrcmeiii, sont d'accord avec leur encadremerii ; ils aifecteui le pieijn-ciotre |tt la fonne circulaire aux réseaux.

Aux bas côtés, la sculpture a prodigué toutes les finesses et toutes les hardiesses du ciseau. Huit retables, et tout parlicutièremeot celui de sainte Geueviève du côté du nord, sont à examiner ea détail. Leurs motifs d'aspect monumental semMent im prétexte à eiselures et à guillochis; lesscaljpteiuesont joué anree la pierre comme les ciseleurs et les modeleurs joaent avec le métal des bijoux et la glaise. Les cadres de seliefs, les moviiires, les canuelitrea, les coquilies, les arabestees, les rosaces, les rinceanx et Urate 3orie de laaiaiaîea'aaBS veealMsdsire se ceudoient, se snccèdenl» se sopeifeeent; «'ast k lasser la deseriptieii. ta Tariété- et la souplesse de jeeite presiiglease exécution se retniim&t dans lesMs qui «biltem les etaiaes de la jgrande ner; ee ii*eaii^ fêlions» tentons, plgneos, nerfures, eannelores»

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frises et consoles. Paniii les statues de Saînt-PantaléoD est celle de sainiJacques représenlant, à ce qu'on assure, le sculpteur Gentil qui aurait sa sépnluire à Saînl-Pantaiéon. Les plus remarquables des statues se tronvetit au calvaire. Un groupe de saint Crépin et de saint Grepinien, souvetu dessiné, a été apporté des Cordeliers ; c'est un curieux spécimen de la sculpture iroyenne au xvi« siècle.

Les vitraux les plus remarquables, sont des grisailles qui passent pour avoir été exéculces parMacadrc. Lahataillede Constantin mntrp. yiaxenve est surtout à remarquer par la Vîj3:!îour, le mouveuieiit et le pittoresTue. Citons encore la Légende de la Croix, la Conception, la Fie d$ la sainte Vierge et V Histoire de Daniel . ,

Un graml nombre de blasons de donateurs figurent dans les verrières de la grande nef. A la chaire à prêcher sont encadres quatre bas-reliefs de l)ronze représentant VEgHse ti les Ferius théologales. Ils sont de Slmart.

UOT£L D£ YÀULLISANT.

En face de Sainl-Pantaléon s'élève un charmant pavillon qui devrait s'appeler h6tei Uennequin, si le nom des anciens possesseurs de i'empiaeement n'airait pré* Talu sar celui du constructeur.

Les moines de Vauluisant au diocèse de Sens possédaient, dès le xn« siècle, un hôtel où descendaient les envoyés du couvent. On y emmagasinait les redevances en nature, on y percevait les revenus, en un mot tous les înt<''rèts du couvent à Troyes avaient pour centre rhôtei possédé par les religieux. Cet hôtel occupait une grande surface, car c'était sur une de ses dépendances qu'on avait élevé la petite ^ise primitive de Saint-Pan«* taléon. Mais dès le xt« siècle, sott ^e les religfieux n'eussent plus d'intérêts sérieux à Troyes, soit que le» \ bâtiments fussent devenus inutiles, l'hôtel de Vauluisant lut démembré, loué à emphytéose, puis aliéqé.

L'incendie de i 524 ayant fait place nette, une portion du terrain fut cédée par les frères Molé et Jean Dorîgoy, alors propriétaires, pour rétablissement de Téglise. La place, les rues latérales à Saint-Pantaléon et ses dégagements sont dus à l'événement.

Ce fut en ^564, qu'Antoine Hennequin fit construire rélégant monument dont nous nous occupons.

Plusieurs familles considérables de Troyes possédèrent riîôtel Vauluisant, et lui donnèrent leur nom pendant la durée de leur possession ; dans le nombre se trouvèrent les Goiffart, les Lespinette, et surtout les de Mesgrigny, membres d'une famille qui depuis les croisades a occupé les plus hautes positions dans Tadministration militaire et politique de la Champagne. Vers les derniers temps, l'importance de la famille et sa longue possession avaient à peu près fait oublier les moines de Vauluisant. Mais les mutations successives qui suivirent la dépossession des de Mesgrigny ûrent revivre le vieux nom historique.

Riea à dire des parties de l'hôtel construites par Jean de Uesgrigny^ du temps de Louis XIV : tout Tintèrét est eoncentré dans le pavillon élevé du temps de Charles IX| dans son corps de logis à double perron, rayé de pilastres, décoré d*une . iUse frootonnée, d'une balustrade de galerie couronnée d'une Incarne à double baie sous fronton, et flanqué de tourelles où pyrnnildent deux épis de plomb très-curieux. La grande salle du rez-de-cbanssée possède une belle cheminée décorée de colonnes corinthiennes» et des boiseries peintes où sont représentés des sujets mythologiques, des fleurs ei des chasses.

Le quartier de Saînt-Pantaléon, profondément modifié par rincendie de 15:24, possède encore les restes du couvent des Ursulincs, dans la rue de ce nom. L'édifice, occupé par un peiibiouuat, n*a d'autre intérêt que celui de témoigner de rexistence de ce couvent, Pun des moins anciens de Troyes ;

il remonte au règne de Louis Xlil* Cèiait une succursale «le Ja maison établie à Cliàtillon*$ur*Seine. La diapelle a été détruite, quand, en 1779, les religieuses se furent établies dans Tancicn couvent des Antonins, au liiubourg Saint- Martin»

Dans la rue de Groneels, qui se raccorde avec celle du Daupbin» se trouvent i'bétel de Cbapelaines et la caserne de rOratoire.

HOT£L DË CHAPELAIMES.

C'est une construction de la seconde moitié du xyi« sîèric. Sa façade a pour décorations principales, au premier étage, une série d'encadrements de fenêtres composés de pilastres à demi-colonnes sous fronton, et portés par des appuis à consoles. Une galerie régnant sur toute la longueur du bahu de comble est entrecoupée de pilastres et garnie debalustres. Le rez*de-chauâsée, d'une grande simplicité, n'a que des pilastres. A Tangle druit est une niclie rcnfeniiaiil autrefois une de ces figures symboliques ou religieuses gardiennes du domicile, que prodiguaient les habitants. Dans les murailles, du côté du pignon, on distingue l'appareil brique et pierre, en échiquier, qu'on trouve si fréquemment employé dans les constructions civiles du xv« et du xTie siècles.

La famille de Ghapelaines, à laquelle appartenait cette habitation, et qui Tavait fait construire à la place

de riiôtel de Glairvaux, avait L'tabli. dans la pièce principale , une cheminée monumculale décorée Je basreliefs d'une très-brillante exécution. Cette cheminée a été donnée au Musée de Troycs.

Le baron de Ghapeiaines, capitaine de la milice bourgeoise en 4586, vit son hôtel pillé par des émeutiera recrutés surtout parmi les drapiers et les tisserands, soulevés à Toccasion d'un impOt établi sur les métiers.

Louis XIU descendit, ie 23 Janvier H29, dans Tliôtel de Louis {jaigentier» alors bailli de Troyes. Ce fut dans eette maison que logea l'empereur d'Autrkhe François C'était eu '1814, lors de l'invasion.

B y tint une conférence avec Alexandre Ic^de Russie et le roi de Prusse^ Prédéria-GuiUaume HL

CASERNE DB L'ORATOIRB.

Construite de 4849 à 1850, cette caserne, qui peut contenir de H à 4,200 hoinmos. s'élève sur remplacement de l'ancien couvent l'Oratoire et du boulevard de la Tour-Boileau, dont il sera question dans la revue du tour d« vUl^^ Elle n'a d'uutre prétention que celle de répondre h sa destination. Il e(^t été à soubaiter, seulement, qu'on n'en eût pas fait une sorte 4^ barricade qui obstrue le i etour de la promenade.

Oratoriens, ces célèbres adversaires des Jésuites, et dont plusieurs ont été populaires mémo pendant 1^ révolution de 4702, n'étaient à Troyeg que depuis 4648. Ils avaient remplacé le pprsonnel de l'hôpital Saintr Esprit, établi depui» 4447. lies religieui^ Iwpitaliars du Saiot-Éspi^ttt de lion^ellier, s'étaient ^bcéf en «et endroU à la auite de la destruction de leur maison d'origine, qui avait été ruinée pendant la guerre anglaise. Cette muisoa Ot^it située, à-mur eontv<? la pprte

dç Qroncels..

«-^ COmUHDUW DU TMPLS*

1*68 qui composent le rimm ^mvf^ entre la voie de Croncels, Saint'Pantaléon, Saint-Niçolas et la

caserne de l'Oratoire, méritent qu ou s'en occupe à un titre p4rticuUer, ç^r elicè f'^ppoUent un passé dont

elles n'ont pas encore perdu l'empreinte* Dans ce quar* fier, où les maisons sont généralement basses, mesquines ou pauvrement bâties, il n'y a aucun monument, aucun établissement à signaler.

La rue âu C^fer al- Rouge, comme celle du Boi<? de Fincennes, doit son nom à une en-peigne. Il y avait beaucoup d'auberges. La rue de la Clé de Bois, dont le nom moderne ne signale rien qu*iin objet extérieur, enseigne ou décoration, s'appelrnt auparavant de Montpellier, à cause des marchands de cette ville qui y possédaient une iinlle; c'était aussi le quartier des marcJiauds espagnoIS| qui vendat^t surtout des maroquins.

Les anciens instrumenis des tondeurs de drap, les form^ oat laissé leur nom à la rue demi-circulaire qui vient déboH.eher sur la place de Saint-Paotaléon. On y vendait ou on y filbriquait les cise^iix des toudears.

Une dea voies qui venaieot tomber dans la rna des Farces, kme de Fanm iveson nom, plusieurs ftos diaiiga comme fieM dea enseignes, d'une hdteUeirio ou d'uaa habitatbMi Hi'ticafière.

La rué de La Pierre est soas un vocable Industriel. Il y avait, gQua les comtes et pendant le moyen-àge, an atâHer banal oà les fabricants devaient, à charge de redevaaee, iiire presser les tdles de coton sons une pierre d'un gros volume, qui se mancBuviait probablement comme les plateformes des pressoirs. Ce foulage avjdt en vue les résultais que donnent aujourd'hui Tapprét et les cylindres.

La rue des Pigeons devait son baptême à quelque circoostance locale : enseigne ou pîg''""fi'G''-

Lame de Bom^bereau, doni la désignation, hélas, s'étendait au-delà de la petite me qui h porte, ne rappelle pas un terrain fangeux ou une me malpropre. Elle paraît avoir été connue sous le nom de Bourdeau; mais bourbe ou bourdeau, sa racine n'a rien de séduisani; dans les deux cas, il faudrait le secours du lalin pour dire ce qui se passait dans cet ancien quartier, envabi jadis par la prostitution.

La rue des McU^Parla/nts ou des Mauvaises-ParoleSt digue

▼oisine de Bourbcreau, longeait sonraolsement TOraloire, pour grifBHlier au rempart. Elle parait avoir été une dépeadance do quartier de Boorbereau» pour les mœurs comme pour la topographie.

Avant de quitter la rue de Cronccls, nommons mais ne montrons pas ta rue de TEau-Bénite, jadis désignée par un composé cyniquement énergique, qui n'avait rien à démêler avec les choses vénérables. Les mœurs du quartier avaient provoqué cette flétrissante qualiftcation. On prétend qu*un accident vint modifier heureusement Tanclen nom. Une religieuse serait tombée dans le puits qui avait motivé l'appellation originaire « et en aurait engendré le changement. C'est du moins la verrion des chroniqueurs de ce vieux quartier, où se trouvaient des tripots» on Jeu de paume et des établissements de prostitution rivaux de ceux de Bourbereao.

Essentiellement commerçante, la rue du Temple, qui s^embrancbe sur le quartier de doncels» fut, jusqu'à Tépoque de la révolution , peuplée de comptoirs appartenant à des commerces de diverses natures. Il y avait des marchands drapiers de Reims. On y trouvait aussi une caserne des Suisses, au numéro 36. Cette maison faisait partie de l'ancienne et vaste hôtellerie de la Tête-Noire, qui avait son entrée rue de la Limace. Du reste, la rue du Temple possédait de nombreuses auberges, comme d'ailleurs beaucoup de rues, ce qui donne la mesure du mouvement dont Troyes était în centre.

Les fameux papetiers l e Ré avaient leurs étendoirs dans la ruelle supprimée qui poriail, qui poric encore leur nom, dans la portion survivante aboutissant dans la rue de la Pie; elle longeait les maisons n*** H et 15. C'est dans l*hôlel Duchâiel (n° 11), aujourd hui occupée par le payeur, que Napoléon 1" descendit en 181 i.

Quant au nom do la rue, il vient de la Comniandcrie de Saint Jean-du-Temple, qui existe encore à Tangîe du retour qui s'ouvre sur la rue Notre-Dame. L'ancienne chapelle de la Commanderie a été démolie lors de la révolution de 1702 : mais 1 liùtel, dont les bâtiments ne remontent qu'au siècle de Louis XI Y, subsiste encore.

Des mains des Templiers qui la tenaient de Raon!-îe» Pesant et d'Agnès, sa femme, en ii86, la Commainlerie passa en 1312 dans celles des Hospitaliers de Sainl-Jean-de- Jérusalem. Avant Pinslalhiion des Templiers, la rue se nommait de Composte^ évidente corruption de porte du Comte.

Dans la rue du Temple, peut-ôtrc la plus passante des rues deTroycs, déboucheut la rue du Pont-Baifal^ celle de la Pie^ et la rue de la Montée-des- Changes^ en face de laquelle les marchands de Provîm avaient leur halle. La maison d'angle de la Montée-deS'Chaoges, u° 26, élait Thôlel des Gandelus. Yieaoeni ensuite, les mes du Cheval-Blanc et de la Trinité.

Une enseigoe d*aQbergi8te a substiloé son Bom à celui de MasqueriB^ que portait la nie de la Pie. Fant^il snpposer que le nom ancien vient de maeeria {massaorerie on abattoir)? •

Lldée d'abattoirs privés semble prévaloir, car les boacbere do moyen^àge eurent jusqn^an xv* siècle la ftcnlté d*al»attre les bestiaux chei eux. Outre celles du quartier Sarat^Denis, il y avait des boucberies dans le quartier de la Pie et des Bons-Enfaots.

Le Cognot^aux-Bœufs, recoin perdu du voisinage, tend à maintenir la présomption dVxistence d^écordieries.

La rue du Pont-Royalj jadis des Trois-Pucellps fensoigne d'auberge), renfermait une maisou nommée des Chambres du Roi, et des élaux de bouchers apparienaiil au domaine.

Nomm^)ns, avant de pnssor outre, la nif, dts frais Cachets, indication pailanicciui décorait une taverne; celle du CJicval^ Blanc, qui doit son nom à une enseigne dont les hôtelleries abusent encore. La rue du Gbcvai-Blanc conduit au Gros- Raisin.

La dénomination provenait d'une sculpture remarq^alile qui décorait une porte de maison vers le milieu de la rue (n®6)i rarchivoUe d'un arc à conirecourbes était entourée d*un cep de vigne chargé de gros raisins. Le long des rampants gravissaient deux vend;iiigeurs. Ce quartier se nominait h Petiie-Masquerie, ou petite boucherie.

On doit admettre l'existence d'une école dans la rue des Btms'Mn/ants, car Texpression impliquait l'idée d'une réu-

rrion d'enfants studieux, par opposition avec rue des J/^rwr aïs-Garçons on des Enfants-sans-Soncï, où s' é bail aient les vauriens. Les rues à écoles, daitt beaucoup de fitks, portent le même nom.

Les derniers tondeurs etapprôteors de draps se Irouraieot

dans ce quart ier.

Revenons sur nos pas. An pjissage nous coioyons la rue de la Monié€-dcs-(]hangcs, ainsi nommée de sa direction. La grande maison d'angle (iuiii le n /Hle-chaussée a échappé aux désastres du feu, en lo^ii, se nommait l'hôtel des Gandohis.

Sous le noni visqncux de la Limace, enseigne d'une ancienne aulicige, il faut voir probablement l'escargot, ce mollusque renommé dan^^ une clis<;e de gourmets. Dans l'ouest de la France, les deux mois sont encore synonymes. Cela prouve qu'il n'y a rien de neuf, même en fait de cuisiae» La rue de la Uuace s'appela d'abord de la TUe-Noire.

HOTSt HB LA TRmnri*

Dons la rue de la Trinité, qui s'appelait aufieltoia du

Cerf, s'élève l'ancien hôtel de Mauroy, coonu d'al>ord sous le nom d'iiOtel de l'Aigle, [dixa tard, souâ celui qu'il a conservé et duiiné à la rue.

La famille de Mauroy, l'une des plus anciennes et des plus considérables de la ville, fit de cet hôtel une fondation hospitalière. Les donateurs Jean de Mauroy et Louise de Pleurs exigèrent que douze enfants, dont trois de Gbarmont^ un d'Aubeterre, deux au choix des familles de Mesgrigny et de Mauroy, et les six autres dé^gnés par les administrateurs de l'Hôtèl-Bieu, reçussent dans la maison les soins, la nourriture, l'habillement, et qu'on leur apprît un métier.

La maison, placée sous la direction dci> Triuitaîres, prit le nom d'iinjiital de la Trinité,

Elle s'ouvrit en ^ 582.

Vers 4745, la bonneterie, introduite à Troyes par

Jean Bcrthclin et d'autres administrateurs de l'hôpital, fit ses débuts à la Trinité.

Quand radministration eut cessé, après la révolution, de pratiquer directement l'apprentissage, l'ancien h6tel de l'Aigle M loué à divers particttlters. Il détint salle de danse, cabaret, ptBs atdier dedrapdrie. Il y a quel-*^ ques années, l'hôtel fût vendu, et Servit de caserne de passage. Il est maintenant le siège d'une maison de bonneterie.

Bstérieuremeat, la façade a perdo ses anelennes dispositions. C^n y a pratiqué diM Jonrs qai IW modiftèe ; mais elle enserre soâ appareil en échiquier, brique et pierre, une belle lucarne, des gargouilles, le tout du milieu du xr^ siècle. Â chaque extrémité s'éèève un pignon faisant aile. Llaile gauche, restaarée depuis quelques auaées, a perdu sa porte d'entrée qui couduisaiit 1 «ue dMpeHe préseaiettieni convertie en babliation. Une belle grile ganii les fenêtres.

Lintériim de la couf offre un véritable Ibtérét, car sa pbystonomle est aaifS analogues parmi les attires eonstruclioos «âvllfDS de la fteaaissance* Qdaure façades rémiles à angles droits boident la cour. Celle du fond» molm andenne qua les autres, doit éire une addition, car ses dispositions intérieures s'Isolent de celles des autres bfttimenis. Une tourelle quadrilaière renfermant rescaller porte encore son ancien revêtement d^irdoise.

La partie moiinmcnlale de l'hôicl est à gauche et sur la ligne interne du corps de logis en façade. Sur les deux faces, le rez-de-chaussée a pour supports des colonnes cannelées où coûtent en spirales des branches de lierre. Les chapiteaux sont de formes yariées et capricieuses.

La colonnade de gauche fait relief sur le bâlimenl et soutient la Faillie de l'étage; celle de la favadc interne, d'un plus gros module, mais du même caracicie, foru:ie galerie et porte l'étage. Sous cet abri déboucUenl les escaliers el les entrées dessci vaul i'habiiailon.

Xkke fousse galerie, divisée par quatorze colonnes eu bois

qui se superposent à celles de pierre» constitue la décoration dé rélage. L^enlrecolonnement est écaillé d'ardoise.

11 n^y a h noter à droite qu'une grande fenêtre k me* neaox en prisme rectangles. Les modifications que la cens* traction a subies à rintérieur ont détruit les arrangements anciens. 11 n'y a plus que le solivage et la charpente où Ton retrouve la main des ouvriers du xvi* siècle. Une restauralion du rez-de*cliaiissée à gauche donne une idée de ce qu'étaient les grands appartements d*autrefois. ^

Revenons à la rue du Temple; et avant de la quitter pour avancer vers celle de Notre-Dame, rappelons qiriile a été le berceau de lu iilature de coton. En -1798, la Gommanderie reçut un manège (l«jstiri(' à faire mouvoir de grands métiers qui firent jeter les hauts cris par les ûleurs a domicile. Il est bon de dire en passant que jusques là le coton Ûlé était le produit d'un travail individuel réalisé au moyen de cardes à loqiieites et de nrnll jenny (métiers anglais à la main). Le coton se vendait en bottes rue Urbain lY, le long de la façade latérale de Saint-Jean. Les noms de MM. Truelle-Lemaire et Ferrand aîné se rattachent à cette initiative^ comme celui de M. Jean Berthelin à la fabrication de la bonneterie. Les doléances des fileurs et celles des ad\ ( rsaires du tricot ont été condamnées par l'expérience.

La filature du coton compte encore une usine dans la cour Bouvin. Le bras de Seine qui coule dans le sens de la rue du Temple faisait mouvoir plusieurs roues volantes qui ont été supprimées depuis douze ou

quinze ans.

Nous voici en pleine rue Notre-Dame, la grande artère de la vente en gros et en détail.

Les nonveaulét y comptent an moins quinze maisons, la

roueoiierie cl les toiles, sept magasins, les fers, deux grands eatrepôts; la dernière fabrique de draperie occupe remplacement des f*nri en u es Aa//e.s' f/'K/^ms : les maisons de nouveautés qui s'uiendenl de l'angle de la rue du Temple celui de la rue Saini-Vincenl-dc-Paiil, ont remplacé les halles de Douai qu'occupèrent ensuite les marchands de Provins. Les halles de Provins furent iiu endiécs en 15^)5. Les provinois, qui les Icnaient h lover du chapitre de Saint-Urbain, les abandonnèrent pour n'y plus revenir, quoique le chapitre eut fait recoostruire dans 1 emplacement ve:s 4560.

Dans la rue actuelle, se trouvent les cafés du Commerce, de Fi>y, de la Paix; left hôtels Sainê Laurewi, du Commeree, quatre pharmacies, quatre maîsfnis d'horlogerie, deux grandes maisons d'épicerie, des établissements de bonneterie en détail, de confiserie, de confection, de quineailleric, de mercerie, de chapellerie, de charcuterie, de modes, de draperie^

La rue Notre-Dame a réuni, depuis i851, quatre sections autrefois distinctes.

La première, du Marché aux oignons, s'étendait du Dauphin à la Triniié ; auparavant, on la nommait rue de la Cléd'Argent à cause d'un hôiel qui faisait face à un puits du

XV* siècle, doiu rarmature en fer esl placée au Musée depu'S i839. Au xii*' Mècle, le Marché aux oignons s'appelait rue de la Draperie et de la Savelerie. Les cordonniers, qui s'y établissent èncorc, avaient le droit de prolonger la ligne de leurs échoppes jusqu ù la rue de la Pierre.

La deuxième section, de lEpiccrie, allait de la Trinité jusqu'à la rue du Temple. C'était le siège de la vente des produits levantins, qui aiiiraîenl de très-loin les chalands. La maison n" 117 possède encore de vastes cheminées et des iaboratoiies du xvi* siècle.

La place des Changes, dont il reste encore un recoin, était dans la rue de l'Epicerie. Les banquiers et les changeurs dressaient leurs échoppes dans cet endroit. En face, les marchands d'Arras avaient leur halle entre la rue de la Limace et celle de la .Mon tée-des-Ch anges; ils étalent les locataires de i'abbaye de Foicy. Sur le flanc méridional de Saint-Jean

était la place des marchands de Lucques. Avant la iia do xvii* siècle, la place clait couverte de maisons. Il y en avait une vingiaine qui furcul brûlées en 17:29, et remplacées par le groupe de maisons de pierre qui s éieud entre les rues de la Clé-d'Or ei du Coing-Coignier. Près des rues Mignard et des ( liniiLîes élail le ptnds du roi (poids public), la loge des plaids (iiibuiial), et comme de ralàûu, uu pilori. Saint- ^ Jean élaii lu chapelle des marchands.

La troisicine division de la fannerie se prolongeait seulement de la rue du ieitiple aui Grandês-ljoucheries. C'eUii le marché au foin.

La quatrième section, qui a donné son nom à l'ensemble de la rue Notre-Dame, tirait son indication du voisinage de l'abbaye.

Ou sait quels étaient les priucipaux élablisscmeuis de cette portion du quartier. Du côté de la halle étaient les fameux imprimeurs Moreau, Lecoq, Qudot. La maison d^angle près de la balle élaii la maison Lecoq. Sur la même ligne, au coin de la Peiile-Tanneric, était la maison des Ottdot. Dès le xn* siècle, on trooTait k Tlmage-Saint-Laurent une hôtellerie ; dans rancien hôtel du Petit-Louvre, aujourd'hui couvent des UrsuUues, était un arsenal; non loin de là un four établi par les* comtes de Ghampagbe ; la halle aux cuirs était aussi dans Fandenne rue de Notre-Dame, dont la justice et les censives appartenaient à Tabbaye.

La formation de cette grande artère industrielle, qui ?a de la balle k la place de la Bonneterie, mérite d^étre signalée. Au début, du temps des comtes, elle ne possédait pas de maisons. Les Changes étsient dans le même cas. liOS grandes foires de Troyes envahissaient tontes les surfaces bftties ou à peu près. Les marchands y eurent des étauz mobiles, puis des loges fixes; enfin les loges devinrent des maisons. Après la chute des grandes assises de Panden commerce forain, la rue Notre-Dame conserva jusqu^en 1756 ce qui restait des foires dégénérées de la ville de Troyes.

Quelques lignes pour les voies perpendiculaires à la rue Notre-Dame.

Les Tanneries, où subsistent encore les derniers ateliers

qui reprcsenieoi la grande indubtrie des cuirs, ont conservé qacîqnes maisons hisioriées de la Renaissance. Les tanneries de Troyes avaient in lucoup de réputation; leurs ouvriers étaient recherchés; c'est à celle corporation qu'appartenaient les Molé, bienHiiteurs de Sainl-Jacques-aux-Nonnaîns, dont ils firent construire le portail; c*est de cette « famille qu'est sorti Tillnstre iMilhieu Molé, le premier président du Parlement de Paris, si célèbre par sa fermeté, son courage et son patriotisme, au milieu des £stclions de la Fronde.

La Tv.e Saint- Plnrent-de-Po ni , qui rappelle maintenant la fondation en 1722, de la maison des sœurs Grises, par la veuve tie Nicolas Paillot, s'appelait du Sauvage, à raison d'une enseigne en relief qui représentait un sauvage peint et doré. Celte rue est historique, car c'est h la rue du Sauvage que commença le grand incendie de 1524, qui causa de si terribles désastres. Les marchands de Montauban y descendaient. Au XIII'' siècle, c'était le quartier de la corderie.

Une auberge a gardé le nom de Sauvage.

La rue de Jargondis renfermait les halles des marchands de Provins, depuis leur émigration de la rue du Temple ; ils avaient remplacé les marchands de Douai ; ces halles aboutissaient à la rue Notre-Dame comme l'indiquent les comptes du chapitre de Saint-Urbain. Il y avait aussi les halles de Jargondis et l'auberge de la Téle-Rouge qui subsistait encore il y a quelques années. Ua nonce du pape y descendit en 1788.

La place des Boucberies, couverte jusqu'en 1848 d'un établissement public en charpente, rappelle la corporation des bouchers dont il sera question à l'abattoir. Âa lien de Tétablissemenl fixe ancien, cette place reçoit maintenant des étanx mobiles servant h la vente de la viande en détail.

La rue de la Clé-d'Ort ainsi nommée à cause d'une en*> seigne, était autrefois le marché aax noix ; celle du Caing^ Coignier^ qui trahit assez clairement une de ces enseignes à double sens, comme le Puits-sans-Vin, le Cygne de la Croix, \ib Bon-Coing, s'appela d'abord rue de la Potence. Le TOisi* nage de l'appareil judiciaire du quartier avait motivé le pr mier nom.

La rue Mignard éiàii autrefois Dommée da Poids du Roi, On y trouvait l'élabHssement du même nom servant au con^ trôle des pesées du commeree. Le nom de Mignard, donné à la me depuis la révolution, n'implique pas qu'elle soit le lieu de naissance ou d'habitation du peintre : on ignore même si Mignard est né sur la paroisse, quoiqu'on ait Heu de le croire. Les maisons d'angle près du portail de Saint-Jean, et celles du voisinage, on tirant vers IcCoing-Coignier, assujettissaient leurs acquéreurs à un serment à prêter au roi dans la ville de Cliàlons. C'était le dernier vestige des prérogatives domaniales dans le quarlier.

Parmi les voies infccies et obscures qui sillonnent l'ancien emplacement des Cbanges, il n'y a guère k citer que la rue du Petit-Credo, si ce n''est à cause de son nom qui n'indique qu'un tableau ou une décoration extérieure, au moins ii cause de la loge du prévôt qui y était établie, et faisait face à 1 Élapeau-Vin {place de la Banque). Le prévôt résumait à la fois les tribunaux civils inférieurs, la police correctionnelle et la juridiction consulaire. Un pilori, marque de sa juiidiction, s'élevait en face de la rue de la Limace, près des Changes, tandis que sur la place de la Banque, près du puits, s'élevait un autre appareil du même genre, qui servit plusieurs fois aux cxéculious, surtout au xvi® siècle. On y supplicia en 1537 un larron célèbre, le noiumé Brunei dit Picard, qui fut mis en croix. En 1543, Jean du Bec, prêtre renégat, y fut brûlé ainsi que plusieurs autres individus accusés de blasphème, ou d'hérésie. Près de la loge du prévôt, était l'hôtellerie des marchands de Venise.

HALLB AUX BLÉS,— PRÉFEGTUBB.— KOTRB-DAMB*

AUX-NONNAINS. — s'-JACQUES, ETC.

Au bas de la rue Notrc-DaiiK; se trouve la lialle aux blés; derrière et en reti'aite sur le fond de la place se montre la préfecture.

Lft halle 061 située, en grande partie, gur l'emplacement de rancicn cimetière de Notre-Damc-aux-NonDakis; la pré-

fectiire n'est pas autre chose que rancieu bàliuieul coûvcqtuel de Notre-Dame, modifié et complété.

Construite par M. Hauihier, membre de Tlnstilut, la balle aux grains est iiti ^i.unl p u ;îllélogramme percé d'arcades et surmonte d'une toiture en lanternes C'est tout ce qu'ily a de plus simple. On voit par là combien la parcimonie moderne s'impose aux architectes dans les bâtiments utiles. Les anciens, au contraire, trouvaient le moyen de faire de l'art décoratif partout où ils construisaient; la vulgarité des destinations n'était pas un obstacle à leur goût pour rallégorie. Ils eussent évidemîuent trouvé le moyen de faire de U lutUe tout un poème agricole.

La préfecture occupe le bâtiment élevé en 1778, parles soMi'^ de l'abbesse, M "" de Monlmorln, et dont M"»® Victoire de l rance, tante de Louis XVT, posa la première pierre par procuration donnée à la comtesse d'Artois, belle-sœur da roi. C'est une grande maison de pierre à deux ailes, son luxe ne peut être (Qu'une question de mobilier. Plusieurs tableaux de Natoire se troiirent dans une des grandes salles.

Quelques mots sur le couvent de Notre-Dame-aux-Non* nains, dont l'entrée principale regardait la rue Notre-Dame» et dont les abords étaient ornés de Tinévitable pUori pounro de ses accessoires.

Ce couYenl, dont rorigioe se perd dans les ténèbres de la période gallo-romaine» possédait les droits de haute, moyenne et basse jastices sur plusieurs poinis. Il avait encore le privilège de rintronisaiion des évèques lors de leur avènement, de la présentation à plusieurs cures de la banlieue, et en outre, de celles de Saint-Jacques, Saint-Pantaléott» Saint lean, Saint* Nicolas.

Dans le temps de sa plus grande spleodeiir, le monastère était r^ardé coittme patron et protecteur de la ville. Trèsflères de leurs privilèges, les abbesses ne péchaient pas gé-nèratement par excès d*humilité; prétendant ne relever que du pape, elles en usaient très-cavalièrement avec les évéques qui n'étaient pas de leur avis. Quand Tombre d*une contradiction s'élevait sur le chapitre de ses prérogatives, le couvent mettait en mouvement le persoanel Judiciaire, et quand

il fallait, par une interfention immédiate» faire acte d*aiitorlté, les moyens violents ne répugnaient pas aux religîettses, comme on le Terra à propos de saint Urbain, et comme s'en aperçoreni, en 1307, les Dominicains, voisins de Notre- Dame, qui, pour une simple question de clôture, virent leur enclos envahi par les gens du monastère, avec piques, haches et b&tons. Les condamnations Judiciaires, les défenses, les arrêts, les sentences, l'eicommunicatlon ellemême, itérative, aggravée, réaggravée, l'interdiction de i'Eglise, du cimetière et du domaine, ne calmaient que trèsimparfaitement la bouillante et altière humeur de ces religieuses hahitoèes k la domination.

Les plus curieux privilèges de Notre-Dame étaient ceux du Joyeux avènement des évêques de Troyes.

La veille de son entrée solennelle, l'évéque se rendait, monté sur une mnle ou un patd^oi, à Tabhaye de Notre- Dame.

Une fois arrivé, il menait pied à terre, et sa inonliire devenais la prupiielè tiu touveiU. En présence de l'aldjesse el des religieuses qui lui faisaient les honneurs de la iriaison, l'évéque, que Tabbesse tenait par la main, accoiuplissait diverses cérémonies,il ctaitcrossé, milré, el revêtu d'une riche chape. Puis il jurait, sur le texte des Evangiles, de respecter les droit», les libertés, les franchises, les | rivilègcs du couvent.

Après une nuit passée da;is un appartement richement meublé, et dout par parcuihèoc le Ui lui apipartt^uait désormais, révéque était levé par quatre vasbaux de l evèche surnoiijiiiés les barons de la crosse, et porté proces&ionueliemenl sur leurs épaules jusqu'à la cathédrale.

Ce cérémonial, qui semble appartenir aux lointains du moyen-âge^ s'accomplit sans interruption, el à la lettre, jusqu'en 1606. Depuis, jusqu'en 1718, date de ravènemenl de Bénigne Bossuei, qui passa outre sans autre forme de procès, les évéques se faent dispense! du cérénioaial, mais ils prêtèrent le serment. Gardiennes intrépides de leurs privilèges, les religieuses protestèrent jusqu'à ravènemenl du dernier évt^que, pour le maintien d'un droit que la révolution put seule anéantir.

A côté da cottveat, à peu près le long de la grille acloelle» et orienté oomnie Saiot Urbain, se trouvait l'élise de Saînl- Jacques^aux-Nounainsy qui servait de chapelle aux reli* gieuses, ei de paroisse au voisinage.

On y montrait la cuve baptisniale où Urbain I¥ avait été tenu sur les fonts. Le portail, construit au xv* siècle, aux frais de la famille d'où sortit le célèbre Mathieu Molé, était remarquable et populaire. On désignait Téglise sons le nom de Saint-Jacques au àeau portail.

La portion du quai qui s'étend depuis la place de la Prélecture jusqu'à la chaussée de Pécluse, a subi une profonde transformation lors de la création du canal et du bassin. Au Jieu (lu port et de ses voies latérales, se trouvaient les jardins de l'abbaye de Notre-Dame, une portion de Saint-Jacques, les jardins des Dominicains, les dépendances des maisons claustrales de Saint-Etienne, la collégiale de ce nom, le palais des comtes, relié par des terrasses et des galeries avec l'Hétel-Dieu.

Au milieu de tout cela coulait une prise d^ean dont le ^^om de ru Cordé se retrouve appliqué à la rivière do moulia de la Tour, qui représente elle-même la section Inférieure de rancien ru. Saint-Etienne, le palais des comtes, et Salnt4acques, ont disparu de 1806 à iSiS pour faire place au canal.

Le palais, qui avait Saint-Etienne pour chapelle, était la résidence habituelle des comtes, bien qu'ils eussent le château de la Tour, dont on voit encore la porte. Tout y ctaii calculé pour Tagrément ei les communications de Tîntérieur avec la collégiale, l'Hôtel-Dieu et les jardins, dont UDC pai lie était en terrasses. Dans la partie des jardins qui correspond à remplacement du port au bois, autrefois le Préau, était le lieu destiné aux combats judiciaires.

Probahlemont bàii au xii^ siècle, mais plusieurs fois remanié, le palais dos conilos, après riostallation des souverains (!c Cli.uûp.ignii à Provins, servit à la tenue des grands Jours, puis de lieu de rcceplion, ensuite, d'abri pour la foire qu'on nommait la foire du palais. On y faisait les proclamations, les publie allons politiques ; en 17552, on établit le siège de diverses justices au palais, qui subsista jusqu'à 1806, date de sa démolition.

Les anci«08 dessins ne nous ont transmis que le palais lestanré et remanié, avec des fénétres et des portes ogivales probablement d« xni« ou du xnr* siècle. L*imagination a bien de la peine à supposer, au lieu de la mobile nappe d*eau qui remplit le bassin du port, le grand corps de logis h pignons, flanqué aux angles de tourelles, soutenu par des éperons, et percé d'ogives, qui composait ce palais, dont le pei^ ron à trois faces débouchait sur la place.

Du billot destiné aux décapitations, de la collégiale Saint- Etienne, qui joignait le palais du cété du CloUre, et dont les deux tours romanes semblaient braver la lente destruction des siècles, il ne reste plus rien ; te port a tout nivelé, son lit n*a pas même gardé la trace des fondations.

A reiidroit où s'élèveut les Arcliives départementales, on voit encore les restes du couvent des Dominicains ou Jacobins, dont les sombres annales renferment bien des drames. L'intérêt qu'oiïreat les Archives, et les souvenirs qui se rattachent aux raines des Jaeobins, nécessitent une station qn'on ne regrettera pas.

AKCIKNS JACOBlJiS.-— ABClilVfiS B£PÀ&T£1IKNTALB8.

L'établissement des trères Prêcheurs ou Dominicains, connus depuis sous le nom de Jacobins, était contemporain de saint Domini(iue, fondateur de l'Ordre. Il avait été provoqué par le comte Thibault le Posthume, avant son départ pour la croisade.

L'ciDpiaceiiitiil (i une ancienne chapelle, sous le vocable de saint Paul, fut choisi par le comte pour y établir le nouveau couvent. Cette circonstance ût donner aux religieux le nom de Frères de Saint-Paul, comme l'établissement des Dominicains do Paris, dans la tue Jacob, valtit aux frères prêcheurs le nom de Jacobins.

Vas DominicaiHS de Troyes, qui avaieal trouvé de la part de la population un concours empressé, s'installèrent eu

1S3S, et leur élablissemenl s^agraodit par rjneorpôralion de plasieurs maisons de tanneurs aux dépendances de la cornmunaulé. On compta d*abord cent religieux groupés dans le conyent de Troyes, et ce nombre se inaintint pendant plus de quatre siècles. Durant sa splendeur, la maison compta des saTanis, des prédicateurs célèbres, et fournil des notabilités â l'église séculière, notamment Pierre de Villiors, confesseur de Charles V et évéque de Nevers, puis de Troyes (1375) ; Guillaume Parvi, qui occupa le môme siège (1518); Jean Glerié, général de l'Ordre, et plusieurs autres.

Les Dominicains de Troyes prirent une part très-acti?e aux résistances du clergé et des catboliqucs, à l'enconlre des doetrines luthériennes et calvinistes. Le couvent de Saint-Dominique était le siège de ce tribunal des consciences, qu'on ne peut plus ni comprendre, ni admettre, et qui a laissé de si lugubres souvenirs, sous le nom de Saint-Office ou

Inquisition.

Quoiqu'il entre quelqae exagération dans l'étendue du rôle odieux joué par l'Inquisition, il n'en est pas moins vrai (ni'il n'y a rieu ù rabattre des perséculions dont elle fut le nioltiie et riuslruiiienl. Sans aller aussi loin que le SaiiU-Oflice espagnol, rinquisition française a n:i passé de tortiirt s, de désaveux extorqués, de bûchers et de supplices (ju'on ne peut contester. Llnqiiisilioo de Tioyes a eu ses cachots, ses lorlionnairi's cl ses boiuroaux, comme les autres tribunaux du même ^etire. Seulement, quand ou apiirécie la juridiction religieuse des Dominicains, il ne faut pas l'isoler tiii niilÎL'u qui l'avait produite, cl la roiidre eviclusivemenl responsaliie de persécutions dont elle a avait pas le monopole. Us cussciil èié fort mal venus de décliner leur rôle au milieu d'une populaiiuii de magistrale ei (radiuinislraLeurs laïques, qui y menaient moins de la{ ons cl témoignaient souvent de leur ferveur par lies cxéciiiioiis sommaires, par des massacres ou des assassinats. 11 faut ajouter que les Huguenots usaient largement de représailles, l/a conehisiou de tout ceci est celle qu'il faut tirer de la guerre civile, qu'elle soit religieuse ou politique, cl des révolutions. Les passions aiuènenl les excès et les violences les plus odieuses. Certes, les susiiects du terrorisme ont été bieu autrement nombreux, el tiailéâ plus

somiiiaireineiit que les jiisiicinblcs de l'inquisition, et pourtaiu les horreurs d'alors n'ô!ent riori ^ l'idée de réforme et de justice qui a été leur point de départ.

It faut l'ajouter pour cire coinplèlemcnl véridique : Les Dominicains usèrent surtout de réloquencc et de la persuasion; ils étaient irèà-aimés et très-recherchés.

La maison de Troyes doQua asile aui religieux de Hontier* la-Celle, chassés par les Anglais pendant les guerres du XIV* siècle.

En 1766» les religieux durent céder la maison de fondation ponr le casememeni des Gardes-du-Corps de la garnison de Troyes. On les transféra dans la rue du Bourg-Neuf, où ils occupèrent les bâtiments délaissés par les Carmélites de la ville, à Teodroit où s*élève le Palais de Justice*

Quoique sécularisés depuis longtemps, les restes du clotire exbtaieni encore en 18tô, et la ehapelle n*a été démolie qo^en 4852, pour céder la place au bâtiment carré affecté aux Archives départ emenlales ; ce qni n^est pas une compensation, car le cloître et ta chapelle avaient nne valeur d'art qui manque au b&timeot neuf. Il a cependant coûté fort cher.

Il n*y a pas de frais de description k faire ponr signaler cette grande masse carrée, h toiture sans développement, flanquée de pilastres sans raison d'élre. De chaque cété du perron on a placé deux lions de pierre, d'après Barye, qui semblent vouloir mordre les visiteurs. S*II y a une idée dans la pose de ces étranges sentinelles, elle est peu hospitalière. Des sphinx eossent en une signification moins rogue et plus naturelle.

La création des archives remonie au S bnimaire an Y. Une loi prescrivit, à cette date, la réunion des archives des dts^tricts aux cbefS'lieus. Ards, Bar-sur-Aube, Nogent» Bar-sar* Seine, Ervy, centres des dépôts du département depuis 1790, versèrent leurs pièces au district de Troyes.

Voici de quoi se composent les divers eontingents qui constituent les archives actuelles :

Papiers des administrations et juridictions supprimées en 1790;

Archives des établlssemcats religieux sapprimést savoir : évéchés, ehapitre-;, couvenlg, fabriques, prieurés, etc.;

Papiers des émigrés et des condamnés à la coafisealion ;

Pièces administratives des disiricls;

Pièces administratives du défftanenient cl de ses divisions.

Les archives historiques sont représentées par le» tréis premières classes de documents.

Il y a des chartes et des coilections d'un grand intérêt aux archives de Troyes, et notamment des renseignements précieux sur la société féodale, sur les monuments, les institutions et les mœurs. L'original le plus ancien est on dl* ptoe de Gbarles-le Chauve, daté de Tan 851, et qui con* cerne Tabbaye de Moniiéramey.

Il y a plus d*un million de documents antérieurs à Tannée i789; les plus anciens qui se recommandent par Hmporlance des signataires sont des diplômes originaux des rois de France et des comtes de Champagne. 11 n^y a qu'une seule lacune dans la cbronologie qui commence à Saint- Louis et finit h Louis XVL

Parmi les autographes, on trouve les signatures de François l**, de Charles-Quint, d*Heori lY, Turgoi, Robespierre; des lettres de de Ia Vallière, de Buflbn« de Scaliger; des bulles de plusieurs papes, des chartes des comtes de Champagne.

Les archives de Troyes renferment le plus ancien registre fie papier de chiffon qui existe en France. Il vient de Pabbaye de Monttéramey, et date de 1309.

Les fonds les plus considérables et les phis curieux sont ceux de rintendanoe de Champagne, les archives des Chapitres de Saint-Pierre, de Saint-Étienne et de Saint-Urbain, des abbayes de Clairvaux, de Montier*la*Celle, de Hontléramey, de Noire-Dame-aox-Nonnains. Les papiers et la corres pondance du prince Xavier de Saxe, le dernier propriétaire du château de Ponts-sur-Seine, ont un grand intérêt politique.

Un ordre admirable règne dans ce vaste dépôt, qui r^résente, outre son Intérêt historique, une valeur vénale considérable.

Longtemps reléguées dans les greniers de la Préfecture,

puis dans ceux de la Halle aux Blés, les pièces ont enfla trouve uu asiie définitif depuis 1852. Malheureusement, les archives ont fait des pertes. Avant d'être confiées k des élèves de TEcole des Charles, elles consUtoalent un fouillis sans ordre, auquel personne ne s'intéressait, et plusieurs fols on a vendu aux papiers à la livre des documents précieux qui ont alimenté les ateliers de relietirs et les h^-pace de Tépicerie. Qaelqnes échantillons sauvés du naufrage ont permis d*eD juger.

En face et sur une parallèle avec la Préfecture corn* menée la rue Urbain lY, rue célèbre qui s'étend du |

canal jusques par delà Téglise Saint-Jean. C'était le |

qLiailicr des fabricants de bourses, d'aumônières et i d'escarcelles, dans sa partie supérieure nommée, de sa principale industrie, la Bourserie. Les boursiers vendaient sur des étaux mobiles, car en 4562 on fixait les dimensions et les alignements des étaux de la rue de la Bourserie,

I>an8 la section inférieure, nommée la rue Moyenne à cause de sa situation, étaient des merciers, des quin*

cailliers, des parfumeurs.

Dans la partie où notre itinéraire nous amène, on trouvait plusieurs hôtelleries. A l'angle de celle du Chaudron, en face de la halle aux blés, s'élevait encore une potence, cette agréable limite des justices seigneuriales, royales, capituiaires ou conventuelles. La me Moyenne, où le protestantisme parait avoir groupé ses premiers partisans, se nommait familièrement la Petite Genève, Pirmi les enseignes on voyait le Lac-d* Amour. C'est dans la maison décorée de ce jeu de mots que fut installée, en 157i, la juridiction consulaire, que le tribunal de commerce a remplacée.

COLLÉGIALE SAINT-UUBAIN,

Sur l'emplacement de l'échoppe du père de Jacques Pantaléoii, devenu pape sous le nom d'Urbain IV , s eîève cette b( llo église qui est Texpression ia plus briliante de l'art ogival de la fin duxiii« Biècle. Toutes les hardiesses et toutes les élégances semblent s'y être donné rendezrvous. Mérite exeeptionnel» parmi les églises de Troyes» Saint-Urbain a seul été construit tout entier d'un seul jet et sur un plan uniforme. — Tout entier est malheureusement trop dire. La nef et le giand portail attendent depuis bientôt six cents ans leur complément. Les projets d'achèvement existent dans les cartons de M. Viollet-Leduc, aussi habile artiste que savant architecte. Espérons qu'il pourra les exécuter.

C'est en 4262 que fut commencé l'édifice; il fUt poussé au point oii il est interrompu en moins de trente ans ; il eut été certainement achevé sans la mort

d'Urbain IV, survenue deux ans seulement après l'entreprise. Cet événement entraîna une suspension de travaux, des retards, une diminution de ressources. Sans le patriotisme du cardinal Ancber Pantaléon de Sainte-PraxèdC; neveu du pape Urbain, et troyen comme lui, l'église n'eût pu arriver au degré d'achève» ment que Ton peut constater.

Elevée sur les domaines de Notre-Dame^aux-Nonnains, la collégiale porta bientôt ombrage aux abbesses. Pendant le cours des travaux, elles firent invasion dans le chantier, dispersèrent, à main armée, les ouvriers, brisèrent les outils ou les enlevèrent. Le jour de la bénédiction, en 4268, elles souffletèrent le légat ofliciant, malgré sa qualité d'archevêque. Une excommunication s'ensuivit, mais l'intimidation qu'exerçaient les reli?

gieuses était telle que la consécration de l'église se fit seulement en 4389, près de cent ans api es l'exécution des travaux.

Il y avait, primilivement, douze chanoines à Saint- Urbain.

Philippe-le-Bel et Jeanne de Navarre comptent parmi les bienfaiteurs du Chapitre, auquel ils accordèrent la franchise pour une quantité déterminée de vin. Plus

heureux que beaucoup d'autres, ce privilège subsista

jusqu'à lâ ilévolution. Saiul-Lrbain était le siège dv. la Confrérie des peintres, des vitriers et des brodeurs

Trois nefs partagées par des traassepis et s^arrondissani en abside composeiit le pûn de Saint-Urbain. Sur celte disposition^ eommuoe à tous les monomenis de son siècle, Tarcbltecle a réalisé une conception qui réunit tous les genres de mérite : la sévérité et l'élégance, la régularité et la hardiesse; il faut ijouter qa^une puissante originalité caractérise l'easemble et les détails. La Saiaté-Ghapelle de Paris, à laquelle Saint-Urbain a été si. souvent comparé, ne permet la comparaison que dans une certalue mesure* l)*un style différent^ et d^une période de l'arC antérieure à celle qui engen« dra Saint-Urbain, la Sainte -Chapelle est on cbef-d'amvre, la eollcgiale de Troyes en est un antre.

SoutcDue par des arcs-bouluols évidés et ajourés, qui buttent â des conlreforis amortis en pyramidions et en pinacles, réglise semble une véritable guipure.

Eq saillie devant les fenêtres, des archivolies ogivées, irè- Héos à leur sommet et couronnées de bouqucis, s'ujustetii daus la balustrade aérienne du eomble^ extrado^sécs [lUi des roses. Trois cercles à quatre feuilles sur trois meneaux, eu ogives a trilobés formeni les réseaux. I/'ap[)iii sculpté, évidé en galerie, porte sur une arcature trinilaire desceaduut jusqu'au larmier du soubassement.

Aux faces des transsepis, les fenêtres s'accouplent. Leur partie inférieure se perd derrière les pignons festonnés et reliés par un motif de galerie qui constituent le porche. Les

baies et les enoadicmenU des portes oflrent le môme luxe

de reliefs cl de saillies.

Au portail principal, inachevé malhcui cusemeiit, ei qui se partage en trois colrécs, est une grande page fie scuiplure dont le snjei principal et les épisodes occnpcni les distributions supérieures, el parliculièremenl le tympan de Togive. CVsl le ç^T'àiid poenie calholique du jugement dernier, avec les anges qui fout soi m hs mûris de leurs sépulcres, avec le ciel et ses joies, retifcr et ses loriurcs. Jésus-Christ, des hauteurs célestes, ju :e le monde, appelle à lui ies bons, el précipite les méchants au fond des cufers. L'exécution est médiocre, mais la composition, daos sou ensemble, est puissante.

L'enfer, syiiih dise par la gueule béante d'un dragon qui vomit des flammes, semble avoir pour fx^rfier — s! Ton veut bien excuser la liberté de Texpressiou, — un diable velu, cornu, crochu, abominable, assis au milieu de sauriens et de batraciens du plus vilain a^pect.

Un roi et une reine sont déjà dans la gueule du monstre qui attend d'autres victimes, car un diable et sa femelle tiennent prisonniers un groupe dont un roi, un évèque et un mauvais ricbe sont les principaux personnages. On voit que les seulpieuTS du moyen-Age ne flattaient pas les puissants. Dans les subdivisii ns du dessin ogival figuré au tympan sont placés des épisodes du ciel et de Teafer.

I/intérieur de Saint-Urbun, dont les voûtes à la grande nef ont été interrompues du côté du portail priucipal, est aussi ^obre de décoration que i extérieur en est prodigue. L'harmonie des lignes en est le principal mérite, on y retrouve sous un aspect diiïéreatlalégèrt^ié cl la hardiesse qui dominent les détails extérieurs el les comiuaii(U nt.

Notons ia piscine du chœur où le pape Urbain et le cardinal Ancber de Sainte-Praxede, sont représentés avec les attributs des fondateurs.

Le dallage de Saint-Urbain est couvert de tombes gravées du XIV", du w* et du xvi* siècles. Quciques uues sont d'un dessin très remarquable, mais la meilleure partie de ce qu'il en existe est couvert par des baues fixes. Juliot, sculpteur au xvi^ siècle, figure dans ce nécrologe de pierre.

De belles vorriè.es du xi\® siècle, surtout en grisailles (i'ornemenl, remplissent les fenêtres de Saint-Urbain. Nous soubailous au lecteur l'occasion d'un oITice de nuit pour qu'il puisse, d*un coup-d'œil, jug<T rnrcbilecture de la collégiale. Quand les lueurs des cnM.;es rayonnent dans Piutérieur, SaiuL-Urbain n'est plus qiriiii imtnnnse ki isque flamboyant, où !;i piètre prend la tcnuiié d nue armature de fer. On se demande en vain le secret de l'équilibre de rotte frêle archi* lecture que six siècles n'ont pu faire chanceler.

A l'endroit où s'élève le oloehcr tronqué qui domine le grand comble, on voyait, jusqu'en 1761, une flècbe élancée qui montiiit a 51 mètres au-dessus de la toiture. Un ouragan avait ébranlé celle ( liarj!onie en 1050; un coup de tonnerre, en 1761 , y causa de notables désordres qui nécessitèrent une démoli lion.

La Fabri((uc possédait une ricbe tapisserie de chœur due aux libéralités du chanoine Claude de Lirey, qui la donna en 152o. Ses dessiiis étaient consacrés au pape Urbain IV et à sa famille, et représentaient divers épisodes de la vie du Pontile.

Si on en excepte les incidents qui ont marqué la construction et la bénédiction de Saint^'Urbain, Il n'y a guère de faits notables dans Thistoire de l'ancienne collégiale. Les plus importants appartiennent aux domaines de la justice. Saint Urbain plaida pour les enfants de chœur, qui avaient droit de franchise dans les grandes et les petilefi écoles; il plaida pour les préséances prucesjîiuiiiieiies, contre le Chapitre de la cathédrale; une oiîrande du duc de Bourgogne, Philippele-Bon, qui, après avoir entendu la messe le jour de Pâques 4420, donna un mouton d'or, causa un long procès qui ne dura pas moins de neuf ans.

La possession d'une partie des dîmes de Romillysur-Seine, qui appartenait à Saint-Urbain, rappelle un fait assez curieux. Le Chapitre était grevé, comme décimateur, de robligation de distrihuer aux iiabiianis de iiomiily des pains blancs de froment, le jour de Pà-

ques, avant la messe. Chaque pain devait être de fleur de ilroment, et du poids de 42 onces.

Mentionnons, en flnissant, une particularité qui ne manque pas d'intérêt. Les marchands de Provins, qui

avaient leurs dernières liallis rue rvotrc-Dame, les délaissèrent au (Chapitre en ^352. Ce délaissement, exclusivement attribué à la décadenrn des foires, eut un motif partiriilicr et immi^fiint; ce niotif est un incendie. Dans le compte figure la dépense de réédification des maisons de l'église de Saint-Urbain, « assises en là

• rue Notre-Dame , furent les halles de Provitu ,

• qui avaient été arecs (brûlées). » La reconstruction date de 4360.

En remontant au-delk de Saint-Urbain, on rencontre à droite la rue do la Viergf*^ jusqu'à laquelle devait s'étendre le cloître de la Collégiale, si le projet d'Urbain s'était accompli. A gauche est la rue du Croc.

La rue de la Vierge, autrefois de Chausson, tire son nom d'une statuette qui était en vénération dans le quartier, et qui provoqua une émeute à la suite de profanations commises par les calvinistes. La rue du Croc, qui justifie encore si bien son nom, le motivait à cause des creux, cros de son pavé. A l'extrémité de la rue Jaillaut-Deschainets, le croc Zaniet, ancienne irapasse bourbeuse, vient à l'appui de l'interprétation.

Nous arrivons en face du développement méridional de Saint-Jean, après avoir côtoyé la rue neuve allant à l'Hôtel-de-Viile, percée vers 4564, et le cùté nord de la place des anciennes boucheries.

SAINï-JËAlf-AII-MABCBé.

Cette ancienne paroisse certifie les doimées topograpliiques qui teudeul à faire des parties de Troyes, si-

tuées au«4elà de Voppidum gallo-romain, une série de groupes, de hameaux si l'on veut, avant la création de l'enceinte féodale.

Si Ton en croit une tradition vivante encore dans un

vitrail de la Rellai.s^allCO, qui se trouve à la nef, Louisle-Bègue aurait été coaroiiiié à Saint-Jean, par le pape Jean VIII, en 878.

Dès cette époque, l'église ou chapelle Saint-Jean s'élevait sur une sorte de champ de foire, où il y avait peu de constructions fixes. Déjà les foires de Troyes étaient célèbres, et c'était la rue Notre-Dame tout entière, garnie d'échoppes ou d'étaux, qui en était le siège. Saint- ' Jean fut donc, d'abord, la paroisse des forains.

Au quatorzième siècle, l'ancien édifice, qui datait de la fin du xiic ou du commencement du xiiie siècle, fui remplacé par une construction nouvelle, et tout porte à croire que les marchands d'un quartit i , qui allait sans cesse en grandissant, firent les frais de l'entreprise. L'église était à peu près achevée en 4395.

Un événement notable, et qui a une grande importance historique, s'accomplit à Saint-Jean. Le 2 Juin 4420, Henri V, roi d'Angleterre, qui venait de signer le Traité de Troyes, dont la clause principale était rexhérédation de Charles VII, et la conversion de la France en proviiice anglaise, épousa à Saint-Jean Catherine de France, fille d'isabeau de Bavière et de Charles VT.

Déjà brûlé par les I<iormands, puis en 4488, Saint- ' Jean éprouva le même sort en 4524, lors du grand incendie qui détruisit une partie de la ville haute.

Il s'ensuivit des reconstructions de deux styles tranchés : l'un, qui appartient à la dernière époque de l'ogive; l'autre, qui s'épanouit en pleine Renaissance. Le projet de reprendre toute l'église se manifeste clairemeut par le surhaussement de la grande nef, depuis

le chevet jusqu'à l'entrée du chœur. Ce n'était pas sans motif, car les parties anciennes ont motivé des précauiions qui se trahissent par des tirans de fer à l'intérieur, et des consolidations aux: arcs^boutants.

Si réglisc Saiitt-Jean n'est pas Tuii des plus beaux édifices de Troyes» c'est assurément le plus piiloresque. I>oniince au bas-cété sud par un minaret auquel le vieux clocher élevé à Tenirée s^ert de pendant, elle offie des lignes accidentées avec lesquelles se racrorde heureusement la perspective da fond de la me. Enveloppée de maisons an o6té nord* en avant du portail, garnie d'échoppes an midi, elle donne une idée complète des habitude du moyen-5i;c, et contrnue à justifier de toutes façons sa qualîQcatioD foraine.

On y entre par un porche, à restrémité duquel on voit se dérouler rarchiteclure du xiv* siècle à son déclin. Audelà de la porte, commencent à la fois rogîve à sa dernière expression, et la Renaissance en plein triomphe* L'ogive pe»iste dans les ouvertures, mais la Renaissance sanscrit aux meneaux, et s'insinue partout o& le prisme a trop tardé. Le minaret bâti en 1565 semble proclamer la défaite de l'an ancien, et promettre les nefs que réglise attend toujours.

• Moins saisissant, mais aussi réel, le péle-méie remarqué au cOté sud se montre au côté nord, dont la porte latérêle du xiY* siècle mérite un coup-d'œil. Quoiqu^il en soit, la rangée des cinq fcDélres méridionales du bas-côté do chœur est un brillant échantillon des fantaisies élégantes qui ont marqué la chute de Tart ogival. Les feuilles, les animaux, les objets les plus étranges s'y montrent avec succès; on y voit jusqu'à une pièce de canon ! Los découpures enlrc pilastres de la galerie du minaret ne cl)0(iucni pas en se reliant aux ornements de transition de la balusirade du grand comble, qui semble hissé par l'etron d'arcs lioutanis ajourés en trilobes, et sVpaule sur des contrefont où pyrauiidenldcs dessins de pinacles.

A I iiilérieur, le mélange et la fusion se retrouvent.

Les nefs trapues du xiv* siècle qui ont vu passer le cortège d'Henri V d'Angleterre et de Catherine de France,

- lit) —

€lnirles btbesiii de Bavière, semUciK aennr d*anlicham«> bre au sancluaire qm se déploie sons la voftie surélevée apurés l'iacendie de 1524.

Parmi les verrières de différenles écoles qui reà»plisseiA les fenêtres, il faut noter celles du chevet : Episodes de la vie de Jésus Christ f la Cène^ des motifs (àeVMmngile; au bas côté sud, le Martffre de Sainte-Barbe; le Aigement de Salomon; à la nef, le Sacre de Ltmis-le-Bègue, par le pape Jean FIIÏ; dans les grandes fenêtres du chœur, les allégories de la Tempérance, de la Force, de la Prudence et de la Justice,

Le retable du matlre-aulel est un grand édlcute k fronton sur quatre colonnes, qui vient apporter sou contingent aux contrastes dont l'église abonde. Il date de Louis IIV. Le Saptémedans le Jourdain, et un Père Etemel, de Mignard, Mit encadrés dans ce retable où so trouvent des médaillons et des figurines de Girardon.

A la chapelle des fonts, le retable de pierre attribué à luliot, et plus probablement à Geo lU) qui travailla beaucoup à ^Int^Jean, est bien préférable au pompeux décor qui obstrue le fond du chœur. La sculpture de la Renaissance n^a rien prodoit de plus énergique et de plus vivant que les bas-reliefe de la Passion.

Sainl-Jeaii a malheureusement perdu, eu 1525, h couronne d'or ailribuée à Louis-le Bègue ou à Henri V d'Angleterre. On la donua pour la rauçon de François \". Le manteau de brocard qu'Henri V avait laissé, différents objeis d'art d'un grand prix, et le jubé qui dominait la nef, ont également disparu. Le jubé a été démoli en 1648. Les artistes célèbres de TEcole de Troyes ont, la plupart, travaillé à Saint-Jean : François Gentil, sculpteur; Jean Macadré, Linard et Jean Oonihier, Pisset, peintres-verriers ; Papillon, ciseleur, sont les plus connus.

En laissant à gauche le quartier des Changes, qui ne

peut être iiitéressaiU (ju aii point de vue de la malpropreté et de la sombre obscurité des ruelles qui le com-

posent, on arrive dans la me û'OrléaiUj où se groupent encore les chaudronniers.

C'était une rue industrielle, le quartier-général des

savetiers, puis, successivement, d'autres 4)rofessions.

Traversons la place de In Banque, dont il a été question, et entrons dans la rue de lu Monnaie, d'où l'ancienne Election commande l'entrée du cOlé des Cr^ settes. C'est une maison de la Renaissance, à pilastres cannelés, au rez-do*cbaus8ée, sous corniche. Un entresol est pratiqué sous la saOlie de reQcorb>ellement que soutiennent des liens décorés de pilastres. Le pignon qui couvre l'ensemble de la construction est à' peu près compkl. i^^n retraite de la façade est une tourelle carrée, décorée d'un l)el épi.

La vno de la Monnaie s appelait , dans rorigîne, rue de Puutigny, à cause de l'hôtel qu'y possédait rabl)aye de ce nom. Au xv» siècle, les moines cédèrent la place aux ateliers de la Monnaie, qui se trouvi^ient compris entre les numéros 52 et 58 de la rue.

L'hôtel des d'IntevîUe, célèbre famille de Troyes, qui compte parmi ses membres des baillis, un maître d'hôtel de François hr, un ambassadeur, des gouverneurs de province, des niilUdires de haut grade, se trouvait aux numéros 60 et 62. C'est dans l'hôtel des barous du Vouldy, rue de la Monnaie, que Louis XiV descendit en 1068. Dans ce quartier aristocratique,, on voit encore plusieurs liôtels considérables.

La rue du Chaperon^ confondue aujourd'hui avec celle de la Monnaie, possédait les halles des marchands de Rouen jno* 48 et 10), où était le fief royal du Chaperon. Le pilori du prévôt se trouvait en face, après la translation du siège de son tribunal. Dans cette maison, qui aiqiartmt à sa famille, naquit Eustaelie Le Noble, l'écrivain aventureux, dont il a été question au chapitre consacré à lu biographie.

La vente du sel s'effectuait, dans Torigine, rue du Chaperon, qu'on nomma, au xye siècle, la Vieille*

Saulnerie, puis, rue du Tabellîonnage-Saint-Etienne, à cause des tabellions de la GoIIé£?iaîe, qui y demeuraient. L'existence du trihunal du [irévôt fit que la rue du Chaperon s'appela aussi de l'Auditoire.

Tour à tour désignée sous le nom de la Filcrie (marché au ûl), de la PoulaiUerie, de la Groix-Rouge, des Ursins, la rue de Ghampeaux implique une idée rustique. Primitivement, dans les quartiers hors ville, se formër^t des enclos qui furent soudés tant hien que mal à la voirie* C'est une des raisons qui expliquent le mieux Tirrégularité des vieilles villes. Au coin, au couchant, où se trouve entre les n®* 32 et 36 de la ruelle des Chats, autrefois ruelle Maillard, était l'hôtel de la famille LtLiiisé, dont l'un des membres, évêque de Troyes, lit rendre la ville à Charles VU et à Jeanne d*Arc. Plus bas, no 26, en face de la rue conduisant à Saint-Jean, est l'hôtel des Ursins, qui mérite à tous les égards qu'on s'y arrête*

HÔT£L DES UHSIMS.

L'habitation de la famille alors bourgeoise des Juvénal était ( nnnue, dans l'origine, sous le nom d'hôtel de Champeaox. Lorsque le nom primitif et plébéien se fut embelli et allongé au moyen de la particule et du qualificatif des Ursins, l'hôtel de Ghampeaux, de Troyes, prit le même titre que celui de la maison donnée par la ville de Paris à son prévôt des marchands, Jean Ju*vénal.

Dès le quatorzième siècle, les Juvénal étaient de notables habitants de la ville de Troyes. L'un d'eux figure dans une décision de J 366, relative aux ôtages envoyés en Angleterre, pour caution de la rançon du roi

Jean. C'était probablement le père de Jean Juvénal (des Ursins), d'abord simple avocat au Parlement de Paris, ensuite prévùl des marchands, avocat-généraî, et procureur-général au Parlement de Paris. Guillaume Juvénal des Ursins, vicomte de Troycs, chancelier de France sous Charles YII; Michel Juvénal, bailli de Troyes, et échanson du roi; Jean Jnvénal, archevêque de Reims pendant le règne de Louis XI, descendaient de Jean Juvénal, qui commença l'illustration de la famille.

L'hôtel patrimonial des Juvénal fut abandonné par ses propriétaires vers la fin du xv« siècle, et brûlé en 4524, le 25 mai, quatre ans après sa reconstruction, ainsi que le constate une inscription regravée en

et que l'on peut lire sur les murs du bâtiment actuel.

La maison et ses dépeadaoees appartiennent à la première période de la Renaissance ; tout f est de grand aspect. A la hauteur du premier étage, dans le centre du corps*de-logis principal, est un joli petit oratoire à trois paos, moulant en poivrière dans un encadrement de pilastres superposés* Au sommet, trois frontons s^appliquent sur un coaronnement en lanterne décoré de baluslres. Les réseaux des fenêtres sont eu prisme* Les vitraux qui représentent le Christ en croix, et les figures des propriétaires dans Tattitode de do* Dateurs, sont d'une très-belle exécution. Au bas de la rue qui débouche sur la place de rHèleMe-Ville, les anciennes maisons faisaient retraite en galerie et servaient ainsi d'abri aux marchands.

La place de V Hôtel-de- Fille fut origiuaircniont indiquée sous le nom de la Belle-Croix, à cause d'un iiionunicni de brunie élevé en 1495 dans le voisinage de rHôlel-dc-Villc, el relevé en 1585, à la suite d'un ouragan qui avait causé de nombreux dommages aux maisons et aux édiûces publics.

HÔTEL-DB-VILLB.

Jusqu'en 1496, la municipalité n'eut pas de siège fixe et définitif dont elle fût propriétaire. Elle s'assem»

bla tour à tour dans la galerie du Beffroi, aux Cordcliers, h l'hôpital du Saint-Esprit (rOraloireJ, à la salle du l{ (ti, dans Ip cliAteau des Comtes, remplacé parle caiiai. En I îi>t>. de l'Hùtel-Ûieu où elles étaient déposées, les archives municipales furent transportées au « Parlouër nouvellement bâti. »

En 4544, le Conseil de ville décida que ThOtel com* mun serait construit à neuf, mais l'exécution du projet

tut probablement ajonrnée. car, lors de l'incendie de 4524, le Conseil s'assemblait encore à l'hôtel du Beffroi, et dut se réfugier au palais des Comtes.

Quoique long-temps difiërée, la eonstruecion 8*effeetoa ee- .pendant, car, en 1566 et en 1567, les registres du Conseil mentionnent l'existence d\iue rm newfe îilani des boucheries devant l'hâtel-de^ville» On ne saurait douter «tue Tédiiee alosi désigné ne soit celui qui a précédé le b&timent act«el ; il avait pour Toisine la grande dépendance qui existe au cAté gauche. La galerie, les lucarnes, les gargouilles, les cornieb^ et tous les détails de Tappareil sont de la Renaissance. Une preuve iconographique vient cautionner notre opinion, car, après le passage d'Henri IV (1595), la compagnie de l'Arquebuse fit exécuter une verrière {voir à la Bibliothèque) représentant la station du roi devant l*bètel-de-vllle. C'est le bâtiment dont nous parions qui occupe le fond du tableau. U est décoré d^une tribune tapissée et chargée de musiciens.

Bu 1598, le Conseil, qui s'était déjù agrandi» vota Uacquisition de diverses ma^ns pour l'extension de rh6telde*vllle» et alloua une somme de cent écus aux Gordeliers, pour indemnité d'occupation.

En 1600, acquisition, de Pierre de Guilly, d'une maison occupée jusque-là à titre de bail, pour être annexée à l'bô* tel-de-vllle. Ces actes ne laissent aucun doute sur rassictte

bourg d'aller aux Etuves-auœ-Hommes même que quand il ne s'(igi8S€iU que de danser. Lessermous prenaient souvent les Bluves il partie, el^les uornimiienl stufse prastibulosds. Il est vsil qu'il iB'y commettait publiquement et'oafeptcment dt» aetes de débauche.

La gendarmerie, ensemble assez mal réussi de b&ti* ments, remplace l'ancien couvent de la Congrégation de Notre-Damey qui s'établit à Troyes en 1528. Une colonie de la maison de Vitry-le^lrançoîs forma le

noyau de la nouvelle communauté, dont les membres se consacraient à renseignemeat. La reine Aune d'Autrîche, qui se trouvait à Troyes en ^630, assista à la prise (l'habit de deux jeunes ûlles, et leur donna ellemême le voile.

Ayant l'entrée en possession ées congrégantines, la maison connue sous le nom d'Hùtel de la Licorne seiv ¥it de classes au collège fondé sous Charles IX, en pemplac6ment;des grandes écoles paroissiales. La translation du collège dans l'hôtel Pithou avait permis au couvent de reprendre l'hôtel de la Licorne. Les sœurs de la Congrégation furent dispersées en 4762, à cause de leur opposition à la bulle IJniyenitus, comme les ^œurs noires et les Carmélites de la ville l'avaient été pour la même cause en -1749. C'était dans le voisinaçje de la Licorne» mais sur le côté opposé où coulait la rivière, en face la rue du Marché^ux-Trapans» que se trouvaient les Etuves aux femmes incendiées en 4696.

La .place du Marehé-^mx-Trapans, ou aux planches, qui Ji-éveille d'autre souvenir que celui de l'ancienne tisseranderie et du marché qui s'y tenait, coudoie au passage les rues de la Grimace, du Donjon, des Etuves, maintenant confondues sous le nom du mécanicien Gambey. La Grimace était l'enseigne d'une auberge; le Donjon était une dépendance du couvent de Poicy. Quant au nom de la rue des Ecoles, il éveille un sou-*

venir du moyen-âge; c'était dans ce quartier que se tenaient les écoles de Saint-Remy,

La place actuelle de Féglise, autrefois close de murs, était le cimetière de la paroisse, fin octobre 479t, ce cimetière fut envahi par la milice bourgeoise, les hus* sards et les suisses de la garnison de Troyes, en vertu d'un ordre provoqué par les troubles de Paris.

BGL1S£ SAINT'R£11I«

L'histoire de cette paroisse n'offre que peu d'intérêt;

elle est, poiir ainsi dire, toute domestique et roule sur des prétentions, des conflits et des procès.

Le monument lui-jojême est un des moins remarquables de Troyes.

c G^est, comme nous FavoDS dit ailleuis (I), ud amas de pans de murs, de piliers où rœil cherche en vain une peu* sée d'harmonie,

» La maçonneiie a été repriBO et retenue dans pluirîeurs endroits depuis la fin du W slède, époque h laquelle remontent les plus anciennes constructions encore existantes. Les traces de ces raccords faits, sans aucune préoecnpallon des lois de Tunité, se révèlent particnlièrment du c6lé des transeepts. »

Le portai! principal, construit vers la fin du xiv* siècle, n'est qu'iuie simple porte à voussures portées sur des coloniieues en faisceau. L'cnuéc inéiidioiialp est de la même date et du même style. Les fenêtres, reprises et réparées au XV siècle, ne rappeileul la cûiibtrucùou primitive qu'au bâS-côlé du nord.

Le clocher, qui du soi à la pointe mesure 54 mètres environ, a été bàii aux frais de la paroisse, comme l'indique

(1) AUnuBdeVAube*

celte iiiâcripuon, illisible aujourd'hui, qu^oQ a gravée sur la face extérieure de la muraille :

L*an de grâce mille trois cens Qoatrevingt six de léal cens Diex joai d'april fat commencée Cette jolie tour <ffuxtét Par les magaillien de l^^glite ])iea knr doint giftoQi et ftaDèhiie*

L^intérieur de Saint-Remi a été assez maltraité ; plusieurs de ses colonnes ont été dégradées. Les anciens vitraux de Gonthier, les sculptures de Gentil et de Dominique ont disparu. Plus heureux, le beau Christ en bronze que Girardon donna à Saint-Remi, sa paroisse, a été conservé.

Le grand artiste, au milieu des séductions de sa brillante carrière, n'oublia jamais son pays, où il aimait à leveoir faire les vendanges. Deux plaques de marbre, dans la chapelle des transsepts, prouveui qu'il songea aux pauvres.

Outre le crucifix de bronze, il existe deux figures d'ange et deux médaillons de cuivre qu'on aiiribuc à Girardon. Dans la chapelle désignée sous le nom de l'artisie, est une belle toile de l'Ecole italienne : la Madeleine iepentarite. Des sujets tirés du nouveau testament décorent des panneaux sur bois, à la sacristie. C'est un spécimen de Fart aucien, curieux par la composition, par les détails, et surtout par ses naïvetés iconographiques. Il y a à Saint-Remi plusieurs tableaux de ISiaet de l'Estaing.

C'est à une confrérie établie k Saint-Remi que revient la foudatioQ (le la Belle-Croix qui se trouvait devant l'hôtei-dcvilie. Paroisse fort ancienne, cette église avait pour £uccur« sales Saiot-Frobert et Sainte-Madeleine.

GOLlAgE PITHOU.

En regard du porche de Saint-Remi, s'ouvre un portail du temps de Louis Xlll, sur lequel on lit encore l'injonction grecque :

T012 NOMOI2 HEieOY.

fit ces deux mots latins :

COLL£GIUM TE£CO-PIIflOEÀKUM.

Ces deux ioscriptienS) à l'allure macaronique, semblent mises là tout à la fois pour apprivoiser les écoliers, leur donner un conseil et leur laisser un souvenir. C'est bien renseigne qu'il fallait à la science spirituelle, plaisante, et cependant esclave des règles, comme la pratiquaient les Pasquicr, les Passerat, les Pithou et tous les hommes graves de leur temps. Érasme n'eût pas désavoué le jeu de mots grec et laUn qui s'épanouit, hélas ! pour peu de temps encore au frontispice de la maison paternelle des Mres Pithou. Bientôt les éco- Itelrs du Lycée émigreront; la grande construction qui s'élève sur l'emplacement de l'ancienne gare du chemin de fer remplacera prochainement le vieux Collège.

On a vu tout à l'heure les débuts de l'enseignement classique à l'hôtel de la Licorne En -1021, il s'installait où il se trouve encore, en vertu du testament de François Pithou, avocat, seigneur de Bierne, frère du célèbre Jurisconsulte écrivain qui occupa si dignement, aous Henri IV, les hauts emplois de la magistrature.

Le donateur, outre sa mabon, avait laissé t rétablis* sèment sa bibliothèque, ses biens de Moussey, et tout le numéraire qu'il possédait.

Sur l'avis de Louis XIII, les Frères de l'Oratoire furent charf^és de la direction du Collège. François Pithou, qui éprouvait, comme la population de Troyes, une violente antipathie contre le corps des Jésuites, avait eu le soin de stipuler leur exclusion duGoUége, à peine de nullité de ses dispositions testamentaires.

Deux prébendes de la collégiale Saint-Étienne, des

dons d'ikiinequin, docteur en Sorbonne, des pères Rhonet et Lombard, oratoriens, de Vinot, du comte de Ghastellux, et de plusieurs autres, grossirent les res-

sources de l'établissement, mais ne permirent eepen« -dant pas de maintenir la- gratuité de renseignement. En 4695, chaque élève de flmille aisée paya deux écus par an. Maintenue jusqu'en la rétribution s'éleva

alors à quati'C écus.

Après diverses modincalioiis administratives, le Collège de Troyes devint exclusivement municipal. A ce titre, il fut l'un des premiers de France. Depuis l'ancien Collège a été transformé en Lycée.

Le nom de iHthou donné à la rue où se trouve son hôtel, s'appela de la Chasse, de TStrille, du Haume; rien de particulier ne méritant d'y être signalé, péné* trons dans la rue des Bûchettes, Cette rue faisait autrefois partie du clos de ia Madeleine, un de ces groupes de maisons qui au moyen-âge constituaient des bourgs isolés dans rcnceiate; c'était autrefois le marché du menu bois. A son débouché supérieur, la rue des Bûchettes pénètre la rue Paillot de Montabert, dont le côté droit se nommait, avant ^1854, du Coq, et le côté gauche, du Domino.

La me du Coq n'a pas d'antécédents à signaler ; celle du Domino, auparavant de Châlons, possédait, au XIII' siècle, les halles de Ciiàlons et celles des marchands de Beauvais. Au xive siècle, les orfèvres de Troyes s'étaient groupés dans la rue du Domino, qui tirait son nom de l'habitation d'une famille de ce nom, dont plusieurs membres furent attachés à la Monnaie, et la plupart exercèrent la profession d'orfèvres.

Maintenant, dans toute leur longueur, les deux rués lappelleut le nom du savant auteur du i raiiê de la Peinture.

C'est encore un nom-propre, celui de M. Gharbonnet, ancien recteur de l'Université de Paris, qui décore la voie de prolongement des Bûchettes. Du reste, ce nom vecommandable a remplacé celui d'une famille an»

cienne, la famille des Lorgnes, qui occupait une haute position dans la ville. Le voisinage de l'église et des raisons de topograpliie modifièrent plusieurs fois les dénominations appliquées au quartier. On le désigna fréquemment sous le nom de rue de la Grande-École, en raison de Texistence d'uQ établissement scholaire qui relevait de la cathédrale.

Une vaste maison particulière, qui occupe Textrémité de la rue Gharbonnet et Tangle de celle des Quinze- Vingts, se recommande aux curieux, aux mêmes titres que les hôtels de Ghapelaines, des Ursins, de Vauluisant et de Mauroy. C'est l'hôtel Marisy.

HÔTBL HAEIST.

Il se compose d'un gros corps-de-logis de cette struc* ture étoffée particulière aux édifices du xvi« et du xTir> siècles. Hautes et larges fenêtres partagées par des meneaux en croix, cordon de pierre traçant la division des

étages, corniche terminale , grand portail sous voûte, murailles épaisses, vastes pièces à hauts plafonds, tel est son caractère général.

Les particularités décoratives à remarquer sont une belle grille de croisée protégeant l'une des fenêtres du re^-de-chaussée. Les mailles subissent un rétrécisse* ment proportionnel en raison de l'augmentation des risques d'escalade* La tourelle hexagone, qui occupe en encorbellement l'angle de la maison, va de pair, pour l'élégance, avec celle de l'hôtel des Ursins. Sur un cul. de-lampe mouluré, feuillagé, portant frise à figures de ronde-bosse, pose un rang de consoles dans lesquelles • s'agence le socle de six pilastres partageant le lambris. Dans chaque compartiment s'inscrivent les armes des Marisy, celles de Micheile Molé, femme de François de Marisy, les partauic flanqués de tours d'argent, et ie

•îBUJtiol n

1 1 1 aao dlsabeau de Lamprémont, mère de François iarîsy. Un groupe trînitaire de pilastres, sous enta- ^ ^lent, monte à Taplomb des pilastres du lambris;

: UB re fenêtres frontonnées et à baies carrées éclairent .*urelle. L'ornement terminal de la toiture est un hexagone à jour, sur pilastres, avec lintenux à inets. L'anglet, le cercle et le losange, sont les "*)aux éléments décoratif de la construction. ^yfgl Sffli façade intérieure, sur la cour, s'échelonnent des tris*variés d'exécution. Leurs diapiteaux sont ?ieui exemple des libertés de la Renaissanee ; les 9urs ont semé les corbeilles de figures d'anges et aux, (le pièces héraldiques et d'araLesques.

ùle\, coosirait en 1551, appartenait à la famille Malt plusieurs membres furent maires de Troyes sous {, Louis XII, François l**. Dans radministralion du \ seL rofiiee de greneltrier ; dans celle des eaux et maîtrise ; dans radmiaistration de Taumône, rolTicd de eoDseiller-trésorier ont été occupés par des Marisy. Lors de rentrée de Charles 1X« François de Marisy et Odard de Marisy portèrent deux des quatre bras du dais sous lequel le roi fut conduit.

L*hôtel de Marisy, qui a sa façade sur la rue des QtUnze- Fingts, nous amène à parler de cette rue dont les trois anciennes sections se nommaient des Gris-d^ÂrcIs, du liortierd*Or, des Quinze-Vingts. Le nom de Gris-d'Areis est nue indication indusirielle qui fixe l'endroit où l'on Tendait une étoffe qui se fabriquait à Arcis.

La rue du Mortier-d'Or, naguère de la Vieille-Saulnerie, de Gérard de Nivelle, de Golas-Vcrdcy, renfermait Tbabitation d*un membre de la famiUe de Golbert^ le célèbre ministre de Louis XIY.

Quant à la rue des QvÂnze'Fîngts, elle tirait sa désignation d*an fief de Thospice des Quinse-VIngts, qui fut confondu dans les b&timenis de Fbétel eonstmil par Christophe de

Menissou, receveur des doiaaines, et doui le Cercle lUlécaire occupe la plus grande partie.

La rue du Palais-de-Justice , qui succède à celle deà Bûchelles, couiinue la .veine arisiuci aii jue sigiialéo rues de la Monnaie, de Gliainpeaux et des Quinzo-Yingls. Son nom de Bouijg-jNcuf, qui indique une création récente au xii^ siècle, a persisté jusqu'en 1851. Au numéro 5 se trouve la maison de naissance de Pierre Grosley, le chroniqueur troyen par excellence; au 10, rancieii huicl de la famille de Vienne, qui joua un rôle iiiiporlaal peudaut la Ligue, et Iravailla aciivcraent à la reiidilion de Troyes, sous Henri IV. Antuiiie (le Vieane fut noumié, en lo92, conimiss;ùre général des guerres; sou pelil-lils dcviul licuienanl parliciilier au Châtelel de Paris; Pieire de Vienne, seigneur de Torvilllers, composa quelques pièces de vers latins, imprimées en 1666.

D'une noblesse couiestée, le commissaire général fil graver, sur la façade de sa maison, ce vers d'Horace qu^x)n peut y lire encore :

Et documenta damus quâ simus oi^igim nati.

Au n" 15, l'hôtel des Vireiois, anciens magistrats:

Au 58, la maison de M. Huez, «mire de Troyes, victime

d'un odieux assassinat, en 1789.

Plusieurs détails de maisons de pierre, dans le haut de U

rue, sont des legs de rarchitecture du kv^ siècle.

PALAfS DB JUSTICE.

Sans les souvenirs qui s'y rattachent, le Palais de Justice mériterait à peine d'être mentionné, car c'est

une construction d'une complète nullité.

Il y avait là l'hôlel de la femme du conscilltrr d*F!lat Ylgiiiec» M'n<< Marie de Mesgrigny, flUe d'Ëustacbe de MesgrIgny, qui dirigea l'expédilion de la journée deSaiot-Lamberty célèbre par les combats engagés dans les mes de Troyes. ||me vignier donna son hôtel à des Carmélites de Dieppe et de Rouen pour y fonder un couvent. Cétatt eo 1^0.

Eifelséeseii f749, h la suite des querelles proroqaées par

du premier bâtiment municipal. Du reste, nous ne preHen- (ioiis pas contester la possibilité de réunions extraordinaires du corps de ville dans d'antres endroits, même depuis la pos* session constatée à la fin du xv* siècle.

Dès 1616, la municipalité projeta la construction deTédifice aetael. Les lenteurs qui avaient marqué Texécution de rancien hôtel-de-ville se reproduisirent. Commencé en 1624, le corps- de-logis, dont Tarchiiecte Louis Noble dressa les plans et les devis, resta ébauché jusqu'en 1655. Repris k cette date, il était encore Inachevé en 1665. Enfin, confié à Tarchitecte Gottard, à partir de cette époque, il fut terminé en 1670. Certes, on n*aeeusera pas Tadministration d'alors de trop de précipitation. Mais Texcuse de sa lenteur se trouve dans le défaut de ressources. Le 15 juillet 1625, le duc de Nevers, gouverneur de Champagne et de Brie, posa la première pierre. Bn 1687, une statue en pied de Louis XIY fui placée dans la niche qui surmonte la porte. Elle fut brisée dans les premiers jours de la Révolution» et remplacée par une figure de la Liberté qu'on a coiffée d'un casque au lieu du bonnet phrygien. C'est maintenant une Minerve. Dans le cartouche, pendant Texistence de la statue de Louis XIV, se trouvait un quatrain de Santeuil, dont voici le texte :

lUe est quem totis ambit Victoria pennis.

Hic pelago, hic terris, taio sibi jura Mit Per quem leiligio tôt ab hostibas nna briiiiii|riiat. Urbs dicat antiqna velligionis «maiit.

Pendant la période terroriste, le quatrain fut remplacé par la terrible et dérisoire devise : Liberté, Egalité, Fraternité ou la Mort,

Cette inscription transitoire fut remplacée à son tour par ce distique anodin et optimiste :

Minerve ferme eulin le temple de la guerre, La justice et la paix ront régner sur la terre.

Oïl a eu le bon esprit d'effacer ces deux vers qui n'ont jamais cessé' d'être une mystification. Nous souhaitons qu'ils deviennent une vérité.

La décoration de la façade eitérieurese compose, au rezde-ctaaussée, de pilastres corinthiens sous entablement ioni-

que; à l'élâge, de colonnes en marbre noir ^ chapiteaux composites portant uo entablement corimhien. Malgré sa tournure classique, cette façade est irrégulière, témoin ses deux extrémités. La toiture en carène est surmontée d'un campanile couvert en dème.

La grande salle, restaurée depuis 18.j6, n'est pas en rapport de date avec rextérieur. À i ancien plafond à moulures on a substitué des caissons de la Renaissance; la corniche primitive a été conservée. La grande cheminée ancienne, réparée comme la salle, offre le même anachronisme. Son trumeau est orné d'un beau médaillon de marbre biaBC, sculpté par Girardon. Il représente Louis XIV; au bas on lil une inscription latine composée par Racine.

La grande cheminée du corps-de-garde, au rez-de-chaussée, a heureuseraenl échappé aux resianralions. La tablette portée par des cariatides à gaines feuiiiées, est surmontée d'un iruine.Hi Irontonué, aux armes de France ornées d'attributs militaires.

La façade intérieure de l'hôlel-de-ville se présente entre deux ailes. Sa porte en saillie, avec ses colonoes anuelées, est tout ce qu'il y a à signaler.

La chronique de l'Hôtel-de- Ville est pour ainsi dire l'histoire politique et iminîcipaie de Troyes tout entière. 11 n*est pas un événement, pas une mesure d'intérêt public depuis le xvk siècle, qui n'ait eu pour point de départ, pour aboutissant ou pour théâtre, l'édifice dont nous nous occupons.

Durant les trois siècles qui ont passé sur le monument actuel et sur celui qu'il a remplacé, que de faitâ, que de contra.-tes !

Sans s'occuper du vieux parlouër et des délibérations intérieures des officiers municipaux, û y a des événements de toute nature à relever dans le passé.

Au temps des guerres de religion, lors du passage des rois et des princes, des fêtes et des réjouissances, des manifestations de toute sorte se sont produites à rHétel-de-Ville.

Sans remonter plus loin que Charles IX, on voit à 1 occasion de son passage s'élever une pyramide iriompliale ; lorsque les publicaiions de paix, les proclaaiaiions, les appels ou les averlissements m ( liai eut en mouvement les trompeites municipales; lorsque le signal des fêtes publiques était donné paries hautbois el It s instruments soldés par le corps municipal, c'était toujours de rHôtel-de-Viiie que parlaient les premières fanfares.

Pendant cette période d'agitations passionnées qui répond à la durée de la Ligue, combien de fois rédifice municipal ne fut-il pas assailli! Les permanences imposées par la nécessite, les acclaiiiaiions de la popularité, les huées, les menaces de l'impopularité, les vivat et les malédictions, les prises de possession, l'exhibition des pouvoirs, du droit et de la force, tout ce qu'il a de vivant, d'actif, d'emporté, tout ce qui exprime la vie collective de la population, s'est fait ou a retenti dans l'enceinte actuelle.

Au temps où les passions populaires surexcilées obligeaient à ue sortir que la main sur la poignée d'une dague ou d'une épée, en 1590, le maire n'arrivait plus à l'HôleUde- Ville avec ses allures habituelles; il marchait flanqué de haltebardiers ou d'arquebusiers. En 1594, au moment où un héraut d'armes apportait au corps de ville des lettres de Henri IV, demandant sa reconnaissance en qualité de successeur légitime de Henri III, une troupe de partisans entourait l'hôtel et par ses cris arrachait une détermination favorable; elle provoquait l'envoi d'une dépuiation au roi pour prêter, au nom delà population, serment de fidélité. C'est devant le siège de la municipalité qu'Henri IV reçut le cadeau de la ville au milieu des fanfares. Les canons et les fauconneaux dans leurs jours de belle humeur tonnaient inoffensifs devant la façade; presque pas de mois ne s'écoulait sans que l'on dressât un mât entouré de fagots et de fascines auxquels on metiaii solenDellement le feu , car chaque événement, traité de paix, victoire, naissance de dauphin ou de princesse, avènement au trône, etc., amenait son feu de joie. Ce qu on a brûlé de bois de réjouissance pendant des siècles, à tous les coins de la ville, dépasse ce qo'uD pourrait imagiaer. Quaod il passe ua personnage

quelque pou haut monlé dans la hiérarchie, tout aussitôt rédifice se pomponne et fait toilette; le satin blanc brodé d'armoiries s'étend en abri ou en dais au-devant de rentrée, puis ce sont des échaf.\ndages lajii^sés, des orchestres aériens, des guiriandes, des cliapeaux de fleurs et des brauchages. Cela se faisait pour un prince, même pour un simple gouverneur de province, Lénioin le duc de Hhetelois, en 1618. Il n'est pas besoin de parler des harangues bourrées de latin, encadrées dans toutes les fleurs du jardin de la rhétorique, qui venaient s'étaler au seuil municipal; c'était une pri" rotative, une loi de réliquelte et du cérémoniaL Le formulaire l'imposait, hélas, dans des dimensions et des conditions qui ont dû, plus d'une fois, éprouverJa patience des destinataires. *

Nous venons de parler des feux de joie. Sous Louis XIV, en 1668, il y en eut un, parmi beaucoup d'autres, à l'occasion des afîaires de Bourgogne. Voici ce qui fut fait; nous citons un mémoire officiel ([ui fera voir exactement ce que c'était et comment la cérémonie se prauquait :

f Le leu fut de fagoU attachés h uiie pièce de buis, haute » d'environ 40 pieds, au haut de laquelle il y avait une re- » présenta lion (tableau) de ville, icelle pleine de saulcisr* » sons et pétards.

M Le feu fut mis en\'iron sur les sept ou Ijnit heures du soir, » par M. le mariiuis de Prasiin, comme lieulcaaiU du roy de « celte province, lequel ï^e trouva < ii cette ville;

» Le marquis de Lesguillon, bailli de Troycs.

» Lefebure, lieutenant-général. — Le procureur du roi, s> M. de la Ferté et Vigneron, maire, avec chacun un flamm beau de cire blanche.

» Fùrent tirés au-devant de l'hôtcl-de-villc les Jeux 9 d'orgues et quatre pièces de gros faulxconneaux...*. .

» Fut brûlé, ensuite du feu, deux douzaines de fusées » voilantes dans la eour de rhôtel-de-ville«....

9 Furent faicts des feux de joye dan$ toutes le»rue$,e^»

Nous passons sur les autres exploits de la pondfe à c»^ non*

Veut*on savoir eommeat on annonçait la publicatioB d*un èvèoement politique on dynasiique? Au lieu des placards

économiques qui ne dérangent qu'un ou deux coUeurs d'affiches, voici comment les choses se passaient encore on 4668, la date du feu de joie dont il vient d*ètre question :

Le gouverneur de la ville ou de la province, le corps de ville, le présîdial, les commissaires, les officiers et sousofficiers des irenle-deux compagnies de la milice bourgeoise, les notables, se formaient en groupes et parcouraient les rues au son des trompettes et des !îant-bois, cl faisaient de nombreuses stations qui commenr iient à rHôtel-de-Ville ; à chaque station, rariillerie qui suivait le cortège faisait des dé<'lKirges.

Toujours dans ie même ordre de faits, il y a des particulariiés h citer. Quand un grand personnage arrivait ou passait h Troyes, on lui portail des cadeaux dont Timporlance se réglait sur sa dignité. Il y avait souvent des comestibles, de l'argent, et toujours du vin et de l'hypocras.

Quand François Claude de France sa femme, et les princosses dji sang, durent venir à Troyes, en 1520, outre le présent du roi qui consistait ra une statue, symbole de foi, enchaînée à un cœur d'or, et en une coupe de vermeil renfermant des pièces d'or, on décida qu'il serait donné, par le corps de ville, k la reine : 12 tabliers et 24 douzaines de serviettes fines; 8 tabliers et 16 douzaines de servieiies à Madame, et ainsi en décroissant, en tabliers et en serviettes aux autres princesses : c*était bien entendu, la municipalité qui portait ses cadeaux. Quant au populaire, il avait aussi ses amuseiiicnts. Il y avait des tables où Ton donnait à boire et à manger aux passants, les jours de grande réjouissance ; on faisait également donner de grands banquets aux ambassades et aux députations de passage. Le viii d'honneur était toujours de la pailie, quelle que fiit la dignité du personnage. On mesurait la quantité des pièces à son rang. Il en était de nicnàc des cadeaux de bouche. Le côté pantagruélique de l'administraiioD municipale n'est pas le moins curieux ; le gibier, le [loisson, la volaille, les andouilleltes, les langues de mouton accompagnaient tuujoiirs les vins d'honneur. La ville, surchargée d'obligations culinaires, avait dû prendre le paitl d adjoindre à son personnel d'employés des cuisiniers cl des marmitons.

Pour un simple lé^al qui passerait aujourd'hui inaperçu, ou ne recevrait que des politesses individuelles, la Tille fit des frais considérables. C'était ea 1589, et le légat était le cardioal Cajelan. Ou I hébergca; il fut mis sous un dais aux armes papales, royales et municipales. Le clergé, la justice et le corps de sille l'iiccompagnèrenl soleuin lleineni, et Ton fit tapisser ( ouics le» rues du parcours. Six niille hommes, commandés par le cumle de Saint-Pol, étaient allés au-devant du cardinal. On ne saurait croire, au surplus, jusqu'où étaient poussés les scrupules en niaiière de cérémonial. La visite olBcieHe, eu corps, était le moindre des devoirs; on la rendait au plus mince personnage. Il suffisait d'avoir la direction d'un service ou d'une administration quelconque pour qu'aussitôt le corps de ville sortîi en costume, avec trompcltes, et ce qui s'en suit. Les dépenses de représentation, de réception ; celles qu'on taisait en cadeaux et en fêtes devaient former un gros article du budjet.

Ce qui frappe surtout dans Pensemble des actes municipaux, c'est la multiplicité et la paternité de leurs applications. Aujourd'hui tout se résume par des mesures de police, des emprunts, des constructions, Tadministration des deniers publics, et dans les circonstances critiques par des réductions de la taxe du pain, par des ateliers communaux qui trausfornieni les ouvriers sans besogne en terrassiers. Autrefois, et en ne remontant qu'à une centaine d'années, la ville aclieiait du grain, alimentait le travail en commandant des marchandises; elle établissait des maisons de santé, et pénétrait dans rintimité des classes malheureuses par une foule de moyens de soulagement. Peut-être les choses valent-elles mieux, sont elles mieux réglées et moins accessibles à l'abus, mais l'administration y a perdu le caractère qui était le ressort des anciennes municipalités. Il est vrai que ses pouvoirs ont été diminués au profit du pouvoir central.

Revenons à l*Hôlel-de-Ville.

On a entrevu un coin du tableau, le défilé des fêtes et des cérémonies, le mouvement municipal, politique et militaire. Sous le rapport judiciaire, la maison de ville a aussi ses chroniques. Là potence qui s'élevait à ses abords n*a pas tou-

jours été oisive. En 1787, on y pendait encore. A la siiite de rénieule qui éclata le ii juillet, un noniiné Kol>en y fut accroché. Les assassins du maire, M. Huez, vinrent aussi devant le perron faire amende honorable.

Nous n'avons pas besoiii d'insister sur des faits presque contemporains. Chaque changement de pouvoir amène sa manifestation à rhôtcl-de-ville. C'est ainsi que la statue de Louis XIV, celle do la République, la Fleur-de-Lys du campanile, le Coq, son rempla( ant , et les drapenux de toutes les couleurs, ont tour à tour eié ièi» s, diipo&sédés et renversés ; si bien qu^on a pris le parti de ne plus se mettre en friiis d'emblèmes.

Aujourd hui l'Hôtel-de-Ville renferme les salies d'audience du tribunal de commerce, des tribunaux de paix, du conseil des prud'hommes, les bureaux de police et de la caisse d'épargne. Les divers services de l'administration y sont également concentrés. Les archives mtinicipales sont d'une grande importance; les documents qu'elles renferment donnent une haute idée du rôl' et du rang de la ville de Troyes pendant le moyen fige et jusqn au xvii* siècle. Beaucoup d'autographes de personnages célèbres, rois, prince», hommes politiques, écrivains, artistes, etc., y sont conservés. Il y a notamment une collection de lettres de Henri IV, des lettres des chefs de la Fronde, des procès- verbaux révolutionnaires, des pièces relatives à la Ligue, sans parler de tout ce qui regarde le passé militaire de Troyes : fortifications, milice, artillerie, l'industrie, l'archéologie, le cérémonial, les fêtes publiques, etc.

En descendant la nie de l'Hôtel-de- Ville, il faut noter sur la gauche, aux numéros 66 et 68, remplacement de l'ancien théâtre, qui datait du temps où Tart dramatique, abandonnant les échafaudages en plein vent, sur lesquels on représentait les mystères, les soties, et tous les grands mélodrames fantaisistes du moyen^ge, connus sous le nom de Jeux et de Diableries, commença à se renfermer dans des cadres réguliers et à adopter

des formes littéraires déterminées. Le premier théâtre fut brûlé d'abord en 4 731, dans la nuit du 9 au 40 itvril, et une seconde fois le 7 avril 4775.

Plus bas, en fàce de Saint-Urbaîn» il y avait 4eux jeux de paume. A l'extrémité de la rue, on voyait plusieurs grandes hôtelleries.

Le quai Napoléon, où finit la Grande-Rue, s'étend sur l'emplacement des rues du Mouton-Blanc et des Bains. Le lit du canal occupe le sol du côté droit, et le quai de droite a pris la place du ru Cordé, comblé au moment de rétablissement du canal.

Entre le pont de la Salle, auquel correspond maintenant le pont tournant situé au débouché du bassin, et le pont de la Girouarde, dont la direction se retrouve dans le pont tournant conduisant à la Cité, il y avait un établissement public connu sous le nom d'£tuves-au^ Sommes.

C'était une propriété de la collégiale Saint-Etienne qui avait le privilège exclusif de tenir et de posséder des bains publics. Ces Etuves paraissent avoir succède a uii établissement gallo-romain. Elles n'ont disparu que vers la fin du siècle dernier. Depuis longtemps elles étaient sans emploi. L'usage de plus en plus développé du linge, la répugnance progressive du public pour la promiscuité des Eluves, et Passainissement graduel des villes, les avaient rendues iuutiles.

Les Etuves-auX'Hommes étaient un bâtiment de roche et de lu iiiue de 22 mètres de façade. Cinq divisions en ogive partageaient le rez-de-chaussée. Une galerie en berceau de 4 mètres de large régnait le long de la façade intécieure, un étage répétait à peu près ces dispositions.

T.es Eluves remplaçaient souvent le café, la salle de bal, le cercle, et malgré les défenses légales et ecclésiastiques, il arrivait souvent que h sépî^ration des Eluves n'empêchait pas les hommes d'aller à celles des femmes, et réciproquement. Au xv^ siècle, il fui défendu aux religieuses de Stras-

la fameuse bulle Uniyenîfus, les Carmélilcs enrent pour successeurs, en 1750, les lilles de Sa i ni- Bernard, qui ne (irenl que passer. Les Jacobins snccédèrenl aux Bernardins lors de leur prise de possession des bàlinients de la Congrégation Ils s'inslalîèretii m 176C. La Révolution les dispersa. De l'ancien couveui ei de sa clHipelle, il ne resie plus rien. Le Palais de Justice aciuel n'est qu'une maison particulière dans laquelle logea l'empereur Alexandre i*'^ de Hus^îie en i814. La rue Grosloy, ouverte eu 1796, occupe une partie des terrains du couvent.

Dès le xii* siècle, la rue Jaillani-Deschainets existait suus le aoiii de rue de Provins. Il y eut plus lard, en 1488, l'hôpital SjiîJi-Alfraliaiïi. C'ct;;ii tme fondation du comte Henri-lc-Libcral, qui avait fait le vœu de l'établir en H78. Elevé à l'enirée du faubourg $»ut-Mariin, cet hôpital fut détruit pendant la guerre anglaise. On le transféra dans la rue de Pi ovins, qui avait pris le nom de Rouai rie, à cause des ateliers de charrons, ou royers^ qui s'y trouvaient. L'hôpiia! étant devcDu sans objet, on y mit, eu 1507, des filles repenties, iroù YÎntle nom des Filles^ que la rue portait encore eu 18d1, avant celui de M. Jaillaat-Deschainets.

Plus heureux que Jean Passerai, poète spirituel et fabuliste ingénieux, que Genlil , Linard-Gonthicr et plusieurs autres, U . Jaillant figure parmi les illustrations ariistiquer, scientifiques et liitcraires, au grand livre des rues, pour avoir légué sa fortune à la ville. La reconnaissance de la municipalité est certainement louable, mais on n*eùt pas dû oublier des noms dont l'éclat rejaillit sur la cilè, et qui wtA sas titres de gloire. Au bout de la rue des Filles s^onmit li porte Saint-Antoine. La seclioD qui y aboutissait portait le nom de Croc-Zamct, de cros, creux,

La longue voie qui du sommet de la ville descend presque régulièrement jusqu'aux quais do canal, sons le nom «oiqoo de rue du Bois, portait dans la partie sapèrieiire~ celui de. Corlerie. C'était le quartier de la vente et de Tessai des ehe- MHix. Corterie vient des carraHen, eortien, espèces de vétérioêlres jufés qui mient pour missloo de signaler les vices

des animaux mis ea vente. Il y avait aussi dans la Gorterie le célèbre jeu de paume de Braque. En 1861 , une grange de la Gorterie servit de jiréche aui ealvinistes; ce fut ie premier qui réunit les dirôidents de Troyes. Dans le haut de la rue était la cour des Canons. G^ètait vraisemblablimient un arsenal.

La rue du Bois, nommée au ziii* sSèele me du Oos-de- Troyes, puis du dosnle-Ia-Madeleine, était le marché au bois de oonstrnetlon. Il est encore remplacement fixé pour le débit du bois de corde, des cercles, des osiers, etc., etc. Les Ghartrenx du faubourg Groncels avaient une maison de ville dans la rue du Sois. En 1564, on mit dans cette rue le marché aux porcs.

éOLISB m SÀINTB-WADBLBINB.

Succursale de Saînt-Remi, cette église est assez ancienne. On manque de renseignements sur les circonstances de sa fondaliuu. On croit généralement (j^u elle existait au xie siècle.

La paroisse prit rapide m eut de l'importance, en raison de la richesse et de la haute position des familles établies dans sa circonscription.

Gette église renferme des constructions qui ont le privi^ lége de rantériorité sur tout ce que les autres édUlcesTeligieux de Troyes contiennent de plus ancien. Sans la mine des parties aboutissant au portail» ce serait jm monument d'nn grand intérêt. Pourtant, Il ne faut pas se plaindre de la dernière période ogivale, car on lui doit le jubé» la porte de déture du cimetière, et de très-beaux vitraux. On ne peut que regretter la tardive entreprise de la tour, grande masse sans reliefs où se superposent des pilastres de la Renaissance. Th>p large pour sa longueur, et écrasé par une vodte de sept mètres seulement, Tintérieur ne rachète pas . les irrégularités de Textérleur..

Le portaQ principal n*est qu^une porte à voussure cintrée de la plus vulgaire apparence. La porte septentrionale est malheureusement indescriptible; la voussure, qui dénonce h

traosition du roman h l'ogive et los ébrasemeots, ont été prorondément dégradés. La porte de Tanden cimetière, avec des élémeats eotièrement semblables à ceux de plusieurs autres constructions de la demièie époque de l'ogive, ne les imite, ui ue les copie. La même remarque peuts^appliquer k tous les monuments de la même date. Ici, la disposition con- Mste dans deux éperons lisses, avec dais ouvragés au sommet. Une porte à cintre surbaissé est percée dans la lar* geur de Tintervalle. Elle sert de support k un arc ogivé à talon^ dont l'archivolte est festonnée. Sous Tare une nicfae à dais; au-dessus, en pignon, un champ de meneaux appliqués en diagonale, au mUleu desquels montent en pointe les contrecourbes de l'arc. Le traobejoue le principal rôle dans romementation de cette Jolie porte, il borde Tarchivolte et relie les meneaux du pignon. A la montée de l'arc, sur la gauche, on voit une salamandre; sur la droite un F cou-* tonné. Le monogramme et l'attribut datent suffisamment la eoMtruction. Elle est du commencement du règne de Fran-

La nef, les ttanssepts et la première travée du chœur, appartiennent h la fin de la période romane. La galerie, qui de la première travée du chœur contourne les transsepts, est composée d^sne série d'arcs en pidn-cintre k brisure qui retombent sur des faisceaux de trois colonnes. Deux galeries se superposent an croisillon nord des transsepts; ailleurs, les arcs du zn* siècle sont à Pétat de fragments. Tout le reste de réglise a été restauré et remanié, surtout au xvi* siècle*

Le Jtt]»é, qu'on admire à bon droit, est une œuvre audadeuie et charmante, due h lean Gualde, sculpteur et ardiiteete, qui nravaillait aux murailles et aux fortifications en .même temps qu'à la Madeleine. Pour diriger les travaux du jubé, lean Gualde recevait cinq sous par Jour en Mver, et jusqu'h sept sous et au<delà pendant les jours d*élé. Mtae en tenant compte de la différence énorme entre la valeur relative de l'argent au xvi* siècle et celle qu'il a aujourdliui, on voit que le talent était modeste (1).

(1) Ân commenceuient Ju xti« siècle, un sou représentait enTiioa

Gualdc sculpta lui-même les escaliers. Parmi ses aides dans Teusi [uble de re.vécution, on trouve un nommé Nicolas Juliot, peut-èlre celui qui se fit une grande réputation, et auquel on attribue le retable des fonts de Sainl-Jeau. Mauroy sculpta les armoiries; Halevin fit trois statues. Commencé de lb08 a 1509, le jubé ne fut terminé qu'à Noël 1517, car ou y travaillait à luisir et oa le délaissait quelquefois pour d'autres travaux.

La masse ou Tambon, comme on désigne le corps du jubé dans les anciens comptes, offrait des difficultés de statique qui prouvent rhabileic du constructeur. Contrebuté entre les deux piliers du chœur, il présenie sur chaque face trois découpures en ogives avec archivolte festonnée. Au-dessus des arcs est la balustrade de la galerie. Entre chaque ogive saillit «ne niche à baldaquin pyramidantsur les piles d'épaufement. La décoration du jubé se prolonge en dais abritant des statues. Toutes les variétés de la flore sculpturale se déploient en crochets, en pédicules, en rinceaux, en bordures, le long des ogives et de leurs contrecourbes, sur les lignes des cordons. Le pilastre, la pyramide, le cintre, Togive, le fleuron, s^entrelacent et se superposent aux dais des niches avec une ^[irofusion et une adresse incomparables. C'est un bijou plutôt qu'une maçonnerie; une ciselure plutôt qu'une sculpture. L'appui est découpé en trèfles et eu fleurs-de-lys. Rica de plus aérien et de plus ^égant que i'escaiier touroanl qm conduit à l'ambon.

On comprend facilement rassuraoce posthume de Jeaa Gualde, qui fit placer sa tombe sous le jubé, < pour y attendre la résurrection sans crainte d'être cerasé, • comme le disait une épitaphe qu'on ne peut plus lire.

Heuieax artistes qui cherchaient dans Tart bien plutôt l'honneur du succès que ses profits !

11 n*y a pas moins de 57 tombes visibles à la Madeleioe i les noms des grandes familles de Vienne, Huez de Vermoiie, Poterat, Marisy, Le Uarguenat, etc., etc*» figurcût daos ee nécrologe.

Les vitfaox de la Madeleine, presque tous fort beaux, re* mutent an xv* et au x\V siècles; ils sont faciles à dater par suite de Thabitude des peintres d'alon, qui appllquaienl

Troyw. — La Madeleine. (Jubé.)

le costume comemporain aux personnages de tous les temps. L'HUtoire de saint Louis, la Légende de saint Eloiy la Passion, la Légende de Consta7itin, la Création, l'Arbre de Jesséy el divers sujets de rAncien et du Nouveau Testameal, garnissent les fenêtres. Les principaux verriers de l'Eglise ont été Jean Cornuat, Jean Soudain, Jean Macadré. CVsi à l'un de ces trois artistes qu'il faut attribuer la verrière de saint Éloi, dont les personnages portent le costume du temps de Louis XIL Ou cite encore, vers la fin du x:v** siccle (1439-60), Jean de Bar-sur Âube, qui lil probablement la verrière de saint Louis.

Jean Gualde exécuta, comme nous l'avoiis dit, le jubé de la Madeleine. Parmi ses auxiliaires était Martin de Vaux, qui fut chargé de la direction des travaux, dans lesquels la parle du cimetière est comprise (1525). Le plan géomélral du portail, payé 60 sous, fut fait par le peiulre Nicolas Cordonnier, el rexécution des iravaui lut confiée à Nicolas Mauvuisin (io5t)). Jean [[(msseau, auquel on attribue une part dans le tra^ ail, éiail sous les ordres de Mauvoisin. Une suite de dix peiites toiles représciii;uit les épisodes de la vie de sainte Madeleine, se trouve dans rintérieur de l'église. C'est l'œuvre de Jean rSicol, élève du Poussin (1675). On y retrouve un reflet de la manièie du maître.

Dans tout te reste de son parcours, la rue du Boîsm fournit plus à l'archéologie qu'un seul édifice de quel*

que intérêt. Au n© 404 est uoe jolie maison, autrefois nommée de l'Intendance, et antérieurement, en 4550, la Maison de pierre, £ile est des premiers temps de la Renaissance.

On y arrive par un escalier de pierre. Les moulures à guillochis de l'encadrement de la porte, les vases sculptés aux angles supérieurs, le profil des conilches, l'appareil en échiquier des murs, la tourelle qui monte au-dessus du coips-de-logis, enfin, la largeur des dis* positions, tout contribue à attirer l'attention. Grand quartier de la tisseranderie, la rue du Bois possédait

aussi, comme la rue d'Orléans, des ateliers de fondeurs. En face du nouveau Lycée, entre les no* 58 et 60, débouche maintenant Tancienne cour des fondeurs. On suppose que le père du sculpteur Girardon avait son atelier dans cette cour. Il demeurait plus haut, à côté du grand hôtel de la famille Quinot (n» 53), dont un des membres, fils à*nn conseiller au bailliage, devint pro* fesseur et censeur en Sorbonne, puis abbé de Beauliea« Girardon exécuta, pour Eustache Quinot, voisin de son père, plusieurs objets d'art qui ont été détruits.

La ruelle 3fauprir/7iée, qui ne justifie que trop son nom, les rues Piliiou, de la Grimace, du Lycée et de la porte de Preize, constituent les dégagements inférieurs de la rue du Bois. Avant l'établissement du canal, le terre-plain du rempart de Preize, un abreuvoir et une chaussée limitaient le bas de lame.

Il n'y a pas trente ans, la longue voie, maintenant sans originalité, qui s'étend dans toute la longueur du quartier-haut, n'était pas réduite à cette promiscuité boutiquièrc, et de petits métiers qu'on remarque entre les iiùts bourgeois qui y restent. Dès avant le jour et bien après la nuit, on y entendait la cadence à triple, note du métier des tisserands. De tous côtés les châssis de papier huilé garnissaient les ouvertures des caves. Derrière ces transparents illuminés se trouvaient des ateliers remplis d'ouvriers. Sans doute il était triste de voir des générations astreintes à subir la tiède et éner* vante température des caves, et à recevoir, tamisé en gris, un jour oblique dont les rayons du soleil n'animaient jamais les teintes. Mais on voyait vivante et importante une grande industrie que les prisons, les campagnes du Nord et quelques grands ateliers éloignés de Troyes ont enlevée. Si la fabrique avait marché au lieu de s'immobiliser, la tisseranderie ne se fut pas annihilée. Les procédés nouveaux et l'hygiène

eussent fait abandonner les caves, mais Tindi] strie fût restée. Une filature, quelques métiers et une grande maison de commerce rappellent seuls Tindustrie des tisserands.

C'est le canal qui est la frontière des deux grands quartiers deTroyes. Auparavant, c'était le ru Cordé qui en marquait les limites.

Si, dans les 4:ucs passantes, le Quartier-Bas ne difiere pas beaucoup du Quartier-Haut, il n'en est pas de même des prolongements de la partie basse. Il y a un mélange de faubourg et de ville dans Taspect. Habitants et habitudes, tout y est contraste. Dans le Quartiei^Bas se rencontrent les grandes usines, les couvents, les vieux cloîtres, les grands jardins, les hospices, les vestiges des quartiers d'adoption de certaines professions, les maisons de refuge.

Prenons la grande artère centrale du quartier, la rue de la Citéy qui commence où finissait la première enceinte, l'Oppidum gaulois* Tout d'abord on y coudoie rHôtel*Bieu-le-Gomte; mais jadis il fUlait passer sur le pont et sous la porte de laGirouarde, ou de la Giourie, indication du voisinage de la Juîverie.

HÔT£L-I>1£U-LB*C0MTS.

Fondée au commencement du xii« siècle, la Maism^ /)fi9tf-5afnf-^^«0»»6 n'acquit d'importance que lorsque le comte Henri I«r l'eût dotée, et y eut institué deux

communautés, Tune d'Augustiils, et l'autre d'Augustines. La comtesse Blauche de Navarre, et plusieurs

grands personnages, devinrent bienfaiteurs de cet ëtar blissementr

Depuis sa crcalion, et de siècle en siècle, les fonJaiions, les donations, les privilèges n'ont pas cessé de grossit la fortune des pauvres. 11 n'est peut-être pas une année, dans le eours de sept cents ans, qui ne soU marquée par quelque ceoYio au profit de rhôpiial.

Les hdpilaux de Troyes, au nombie de sept autrefois, furent réunis par arrêt du conseil d'Etat, daté du 13 avril 1630, ce qui augmenta notablement les ressources du grand HôtelrDIeu. En effet, la réunion fit disparaître des effets sans cause, c*est-àHltre les affectations inutiles'à des besoins qui n'existaient plus.

Des bàiimeots d^autrefois il ne reste plus Testige, Une réédiflcatiott commencée en i700, reprise en 1735, eonlfr* nuée en 175$, fit table rase du passé.

L*égllse subsista jusqu'en 176i . Sa démolition était prévue, car de 4738 à 1760, on avait élevé celle qu'o» voit anjour* d*bul. Louis de Mauroy, maire de Troyes, posa la première pierre du b&timent principal (1733), le duc de Pentbièvre celle de Taile gauche. On posa la merveilleuse grille de la grande foçade en 17fi0.

CTest àrintelUgence de M. Jean Ber thelin, maire de Troyes, qu'est due la reconstruction de l'Hétel-DIeu, Aidé de Bénigne Bossuet, évéqne de IVoyes, il imagina un moyen ingénieux de créer des ressouroes à radmintsiraiion hospitalière. A l'aide dfiine constitution de rentes viagères, ilréalisa un capital suffisant pour faire face à la plus grande partie de la dépense, filais comme les souscripleurs se fireni dV bord attendre, il avança de Fargeni, dirigea la comptahililé. Bientôt les reconstructions partielles de 1700 et de 1733, furent suivies d'une reprise complète. Depuis 1747 jusqu'à 1760 on ne dépensa que 248,521 francs* Les revenus de l'hospice ne contribuèrent que pour 111,650 francs. Encore Amt-H ajouter que la fabrique de bonneterie établie h l*lios^ IHce de la Trinité, pour le compte de radminlstratlon, donna dresses beaux bénéfices pour couvrir cette somme.

Au point de vue de fart, les bâtiments n^ont rien de re»

marquable que leurs dimensions et leurs appropriations. La double chapelle ne mérite pas non plus qu'on s'y arrête. Mais la grille en fer battu exécutée par Pierre Delphin, serrurier à Paris, est à elle seule un monument. Toutes les élégances du style Louis XV, avec sa grâce maniérée et ses fioritures, ont jailli sous le marteau de Tartisle serrurier. La porte dans laquelle sont concentrés tous les éléments du décor se déploie en cintre surbaissé dans une bordure de rosaces, entre deux larges supports. Le couronnement consiste (inns les armes de France qu'encadrent le collier de l'Ordre du Saint-Esprit, des volutes, des consoles, des nervures et des végétations. Au-dessus domine une croix fleuronnée. Sur les lambris latéraux sont posés les écus de Champagne et de Navarre, entoiirés de lambrequins. Les attaches supérieures des barreaux se courbent et se pénètrent en décrivant des omemcots où la fantaisie se cornbine heureusement avec la grandeur et l'harmonie nécessaires à rensemble.

La grille aKachée à la façade de l'hospice a provoqué jadis la réédition du mot de Cicéron, à propos de b p^rande épée de son gendre exigu, Lenlulus. Certes, le mérite artistique de la serrurerie de Delphin dépasse de beaucoup les résultats de l'invention de l'nrehiiecte, mais elle n'appau vrit pas pour cela la constrnr tion, loin de la rendre ridicule. L'admiration ne dépasse pas la clôture, voilà tout*

L'hospice de Troyes renferme 186 lits.

Dans son parcours, la cité rencontre les rues da P€um, des TraiS'PetitS'Écits et du Flacon.

Les enseignes du Paon, des TroU-'Maures^ de V Archede'Noéy ont tour à tour donné son nom à la rue qui garde aujourd'hui la première de ces trois désignations. Âu vf* 16 était la maison occupée par les Sœurs Régentes qui se livraient à renseignement. Elles s'établirent eu 1678, et quittèrent ia ville en 1749, h la suite des dissidences causées par la fameuse bulle Unigenitus. Le 15 octobre 1663, les députés des cantons suisses, qui allaient à la cour de touis XIV, logèrent en partie à l^hôtel des Trois-Maures.

L*hdtellerle des Trois-Petilft-Ëcus donna son nom à la rue

où il se trouvait. La porte de Janine, qni s^oumit dans Tanclen Oppidum, était à restrémité de cette rne dn côté dn Préan. Derrière le nom parlaitemeiit insigniOant de Fia* eoD, se tronTe celui de la Monnaie, qui rqipdle Tune dee plus grandes prérogatives des comtes de Champagne.

C'était dans Vendrolt qui fait face à Tancienne caserne, autrefois b6tel de Hontier-ia^Celle, que se trouvaient les aieliers des comtes. Dès le xw^ sièdOt la monnaie royale dé* serta celte me pour se fixer au Qaartier-Hant.

Les comtes de Champagne, suivant en cela les haluludes de leur époque, spéenlaient sur la fabrication des monnaies, donnaient h bail le droit de monnayer, et trouvaient on produit industriel notable dans une opération qui n*est plus aujourd'hui qu'une simple conversion du méfal en monnaie

obligatoire et à titre garanti.

Les pièces frappées à l'hôfel des Monnaies de IVoyee jouissaient d'une grande faveur, comme celles de Provins^ L'ordonnance de 1451, qui maintint la Monnaie de Troyes, supprima les Monnaies de Château-Thierry, de Sens et antres, « comme e$tani leurs mùnnaieê fausses. • On rencontre souvent dans les actes du moyen«àge des stipulations de paiement en monnaie de Troyes ou de Provins.

L*hdtel de Montier-la-Gelle, le moindre de ceux que possédait l'abbaye, après avoir servi de séminaire, de caserne, de bureau électoral, de fourneau économique, a perdu ses anciennes dispositions intérieures. Mais au dehors, sur les bonts de poutres qui saillissent dans la longueur de la petite rue de Montler-la-Celle, on voit encore une série de sculptures grotesques et gaillardes qui témoignent des libertés do langage et des habitudes d'alors, si on les juge par les hardiesses de la sculpture.

Âu bout de cette petite rue est l'ancienne paroisse Saint- Frobert, transformée en atelier. Elle n'offre d'autre intérêt que celui qui ressort de sa situation. Elle s'élève à la place d*imc des principales synagogues du grand quartier des luifs. Nombreux à Troyes, les Juifs Airent non-seulement tolérés, mais encore protégés par les comtes de Champagne; ils avaient des écoles dirigées par des rabbins renommés. L'un d'eux, Salomon Raschi, a acquis une renommée universelie

Troycs. ^ Cathédrale.

parmi lel savants et ses co-religioimaires. Dq reste, nous trouverons toiit-à-)'beure rancienne Juiverie. CooliDuoiis I parcourir rancienne voie gauloise qui aboutit h la cathédrale.

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