CATHÉDRALE
L'histoire de la cathédrale de Troyes est, à proprement parler, Thistoire du efaristianisine et de ses déver loppements dans la ville.
Les premiers habitants convertis par saint Savinien se réunissaient dans une maison particulière qui porta le nom de CJtapdle du Sauveur. C'est sur son cipplacemcnt quo s'élève rédifice actuel.
Ce n'est guère ([n'a?! commenceineat du ive siècle, lors de l'autorisation donnée par Constantin aux chrétiens d'ouvrir des temples, (ju'on peut fixer l'existence à titre publie de la cathédrale de Troyes. On ne sait rien de l'édifice gallo-romain, si ce n'est par le témoignajge de quelques pierres qui figurent dans les assises des deux piles d'angle de la chapelle consacrée à la Vierge. En restaurant les absidioles, dans le cours de 1850 et 185^, l'architecte mit à jour de beaux fragments d'entablement gallo-romaiu. retaillés à l'envers an xfîi* siècle, et placés dans les tambours de enlonnes et les parements de la chapelle. TJnc eon?liiu tiuu souterraine, également antique, fut retrouvée par le travers du même endroit. Dans la cour de i'évôché, derrière la sacristie, des fragments de fresques, des objets de cuivre et de bronze, divers échantiUons de céramique mélangés à des tisons furent rencontrés dans les fouilles pratiquées pour asseoir les fondations d'une sacristie nouvelle. Beux couches bien distinctes, de même sorte, prouvent deux incendies; la nature des objets date de plus liaut que l'entreprise exécutée au ix« siècle (870), par révêquc Ottulphe, 36» évôque de Troyes.
Détruite pendant rinvasion nonaande, la nouvelle cathédrale ne ae releva que pour brûler à la ûn du
même siècle.
En 080, Milon, 43'éYêque, entreprit d'élover un monument plus durable. Mais Tincendie, qui depuis l'origine avait ruiné successivement les édifices antérieurs» n'épargna pas non plus Tœuvre du x« siècle. Le grand Incendie de 4 4 8S compromit tellement lap construction, qu'au commencement du siècle suivant (4208) l'évêque Hervée dut se déterminer à entreprendre une nouvdle cathédrale. Ce qu'il y a de certain, c'est que beaucoup de matériaux primitifs avaient successivement pris place dans cette chronologie architecturale, puisqu'on a retrouvé dans les siibstructions et les absidioles des pierres et des murs qui portent sur eux le certificat de leur date.
L'évéque Hervée passe pour Tauteur du plan de son église, tradition très-admissible, puisque le clergé était alors h la tête du mouvement agricole, industriel, artistique et littéraire.
De 1208 à 1223, les chapelles dr Tabside ei le sanctuaire furent à peu pr^<; achevés, et des verrières y fureot placées. Des quêtes et des dons volontaires en avaient fait les frais. En 1227, un accident enlrava la conlinualion des havaux. Tous les historiens le meitent au compte d'un tourbillon qui aurait cndoniniagé le rond-point. Sans nier le coup de vent qui a pour lui une bulle de Grégoire IX, datée de 4229, et dans laquelle le mal est un peu surfait, il ne faut pas lui donner pins d'importance qu'il n'en mérite. La vériiable cause (le 1 aeeidenl était un vice de coustniciion. En eiïet, en faisant démolir les parties hautes du chœur, l'arcîiifecie constata une reprise des arcs-boutaols, faite dès ^origine, et l'interception de quelques passages dans Tépaisseur des piles. Les premiers constructeurs avaient mal calculé le point de poussée à contrebuier. En réparant le dommage, on changea l'épaulemeot, et par surcroît de pré-
caution, on renforça les piles en bonchant les passages. Le tourbillon ne fut donc réellement qn'ane cause secondaire. La chute se fut produite pins tard, dans d'autres conditions.
Il faut bien admettre que les ressources manquèrent pour poursuiYre l'œuvre si rapidement conduite par Hcrvée, trop rapidement peul*étre» car les fondations trahissaient, avant la reprise en sons-œuvre effecluée de iSSO à 1851» une prë- ' eîpitatlon ei une économie incroyables. Toutes les substructions se composaient de petits moellons de craie noyés dans un mortier de terre jaune argileuse.
Le chœur ne fut achevé qu'au commencement du xiv* aiède» époque de Tentreprise des transsepts et de leur achèvement.
Les années 1343, i364| 1383» 1394, sont marquées par des dons et des marchés passés pour Texécution de la nef. On jugera de la lenteur des travaux par une date. Ce ne fut qtt*en 1492 que cette nef, tà péniblement poursuivie, fut fer^ mée par le pignçn ocddenlal. il avait fallu près de deux cents ans pour arriver à ce résultat.
Les dates principales de cette chronologie archilect^r :1e, pendant le xv* siède, sont 1413, 1430, 4450, 1472, 1482.
An XVI* siècle on s'occupa du grand portail actuel. U fut commencé en avril 1506, 1611, 1319, 1350, sont les dates capitales des travaux ou de leurs changements de direction. On déploya certainement plus d'activité au portail qu^aux nefs. Mais la tour en voie de construction, dès la fin du xvi* siècle, ne s^exhaussa que très-lentement. U faut arriver à 1640 pour en voir le quasi achèvement.
De compte fait, 432 années se sont écoulées avant que la cathédrale devint ce qti'elle est, c^esl^-dire un monument incomplet, attendant encore depuis plus.de deux cents ans sa seconde tour, qui probablement ne sera jamais faite.
Cette construction de si longue baleine est une véritable épopée en pierre de taille, semée dVcidents, d'appréhentiens, de réparations, de reprises, dans lesquels les tempêtes ne jouent pas le moindre réle.
Nous allons en raconter brièvement les principaux épisodes.
On connaît les effets du tourbillon de 1227; ils furent ré-
parét par révéque Nicolas de Brie, qui de 1253 à 1 269 poussa acUTcmcDi les travaux du cbœur. Le pape Urbain lY accorda des indulgeucea, donna de l'argent el des dimea pour facililér el activer les travaux.
L^évêque lean d'Auxois a attaché son nom à l'achèvetnent du chœur et des transsepts (1514).
leau d'Auxois II, en i543, donna la coupe de 40 arpents de bois de haute futaie pour contribuer aux travaux de la nef.
Maître Thimart, maçon (i\sez architecte), fut chargé» en moyennant trois gros et demi pendant Tété, et trots gros pendant l'hiver, de la conduite des travaux.
Le i5 août 1365, nouveau tourbillon qui renverse le vieux clocher, endommage le bâtiment et les maisons voisines. L'événement eut assez de retentissement pour que Charles V s'en occupât.
En 1381, on réparait les combles et les charpentes. Noua disvons mentionner une etpértise de Droet de Bammartin (1379-80) qui inspecta k construction, et particnlièretnent la rose méridionale.
€e fut en 1382 que Henri Nardan et Henri de Braxellea, payés à raison de cinq sous par jour, passèrent marché poar là Construction d*un jubé, après que Henri de Bruxelles fol sorti vainqueiu* d*on concours public où ses projets avaient été exposés à côté de ceux d'un nommé Michelin, maître maçon.
Le 22 avril 1383, Tévéque Pierre d^Ârds posa la première pierre de ce jubé, qui fut achevé en 1400. On le voyait encore en 1790.
En 1385, coup de foudre; en 1390, chute de la charpente du comble; un chanoine, Ëtîenne Gilbert, donna cent livrea. poul^ aider à réparer le dommage. Les bois du voisinage dlles-au-tfont fournirent les matériaux de la nouvelle charpente.
Le pavage en dalles de Lézinnes fut confié, en 1394, Henri de Bruxelles, Phelizot, Mignard et Jean de Fontaines, lean de Nantes reçut du Chapitre la mission de refaire le clocher ébranlé par Touragan de 1365. G^était en 1413.
On voit, par le marché, que la valeur de Targeni commen-
Digitif ed by Gopgle
çait à baisser, car Tenirepreneur était gagé k'neaî sous par Jour. Malgré son traité, Jean de Nantes abandonna Tentreprise. Les bois rais à l'eau ne furent employés et dressés que par son fils, en 1430.
Cependant, en 4éS6, Véréqne Êttennejde Givry donnait vingt liTres applicables à raehàrement du clocher, et rete* nait vingt sous à chacun des chanoines pour le même objet* Dès le début de Tentreprise, les abbés de Saint-Loup et de Montiéramey avaient fourni une partie des bois nécessaires.
Enfin, arrive la dédicace solennelle sons le vocable de saint Pierre et de saint Paul, de Téglise entreprise depuis 221 ans. L'évôquc était Jean Léguisc; la date de cet acte mémorable est le 9 jaillet 1429.
Les prévisions qui avaient déterminé la visite de Droêt de Dammartin, en 4379, se réalisèrent en 1472. Le pignon du portail septentrional, sur la rue de la Cité, dut être épaulé par des contreforts à cause du surplomb qui menaçait d*entraîner la chute du parement.
Une statue de saint Michel vint, au mois do mai ^ 192, couronner le pignon lerminal de la grande oef.
En 1196, les voûtes de la nef ciaienl achevées, et ia ville conlribiiail à la dépense pour 121 livres.
En 1499, ia municipalité faisait les liais d'uue par lie des vitraux.
L'évéque Louis Raguier présida aux travaux de hi liii du XV* siècle. Son neveu Louis aUacba son nom au j orlail, ei prit les mesures les plus larges pour créer à l'œuvre des i essources sufiisanles. Les mandemeuls, les qncios, les appels produisirent assez d'aii^cut pour qu'on pùl cspeiei que rien u'enii dvcrail la marche de l'entreprise.
Ou commença en 1508.
En 1510, au pass ig ' de Louis XU, fut levée une difficulté de voirie qui nieriariùl !e poi lail d'allcruioieiiienls indéfinis. Le roi, dans d»;» lei'.res-paienies du mois d'avril, s'étend avec compiaisance sm- le mérite des travaux commences.
Martin Gambiche de Beauvais, auteur des projets, du 2)ou7'tjaict, comme on disait alors, était h la téle de l'entreprise, à des conditions fort modestes pour le talent dont Il a laissé une si remarquable preuve. Quarante sous par
semaine, son loyer^ un pain de prébende, résumaient ses honoraires. En la satisfaction causée par la brillante décoration du portail valut à Martin €ambiche une gratification de huit écus d'or. Néanmoins, en 1619^ cet architecte abandonna probablement la conduite des travaux, car on stipula avec Jean de Soissons, qui le remplaça dans la même année, qu^il ne pourrait quitter l'entreprise avant son achèvement.
Le marché avait excepté naïvement le cas de mort.
Ce fut vers 1535, pendant la direction de Jean de Solssons, que Ton refit la rose du pignon sud. Le chanoine Jacques Turquaro contribua à la dépense.
l£ilgré la clause du marché, Jean de Soissons quitta l'entreprise.
En 1550, Jean BalUy, un des anciens auxiliaires de Gambiche, succéda à Jean de Soissons. U travailla à la tour et consolida le clocher.
Quelques années après, en 1559, le 19 août, Jean fiailly étant mort, le Chapitre honora sa mémoire en lui accordant un caveau qui existe encore, au troisième pilier de la nef du côté droit. Ballly avait cessé de travailler en 155i| ainsi que le prouve la date inscrite sous la corniche de la tour, dans le voisinage des trois croissants de Diane de Poitiers* On ne s'en aperçoit que trop bien d'ailleurs, en regardant plus haut.
Nous n'en avons pas encore fini avec les événements qui dramatisent l'histoire de la construction.
' Le clocher, dont l'aiguille s'élançait dans les nues k plus de 108 mètres de hauteur, ne pouvait manquer d'avoir de nombreux démêlés avec l'électricité. 1556,1579, 1618, 1640, 1697, sont caractérisés psr des coups de tonnerre plot ou moins désastreux ; mais, en 1700, un orage eut des conséquences effroyables.
Dans la nuit du 7 au 8 octobre, le fiuide électrique embrasa le sommet du clocher. Malgré les efforts tentés au début de l'incendie, la flamme gagna de proche en proche, el bientôt Taiguille qui planait au-dessus de la ville ressembla à une torche ardente dont les lueurs grandissantes jetaient au loin de sinistres clartés.
Ed trois heures le clocher, jusqu'à sa base, était consumé. Les plombs et les cloches en fusion paralysaient toutes les tentatives. Stimulé par Tardeur des métaux qui ruisselaient comme une lave, le feu embrasa du même coup les quatre divisions du grand comble. Les sommets du monument, enflammés à la fois, n'étaient plus qu'une vaste fournaise. En moins d'une heure tout était détruit jusqu'au niveau du babu de comble. De la haute toiture et du hardi clocher, il ne restait plus que des tisons et des cendres. Cependant, la tour et les voûtes résistèrent. On comprend, toutefois, combien leur solidité dut être compromise, et l'efTet que le feu dal produire sur les maçonneries supérieures. On en a pu juger pendant les démolUions nécessitées par les travaux de reprise.
Le lendemain, la grande statue de saint Michel posée à la pointe du pignon tomba du célé de Téglise, creva une voûte et écrasa trois ouvriers. Les verrières n'eurent pas moins à souffrir que les maçonneries.
Dans toute la ville, l'événement produisit une sensation de stupeur, et lorsque le 20 octobre, quelques Jours après l'incendie, une procession générale ayant à sa tôle François Le Bouihilier Chavigny, ancien évéque de Troyes, et son neveu titulaire de l'évéché, Denis-François Le Bouthiller, une scène émouvante se produisit sur le parvis de la cathé* draie. La foule qui suivait le cortège interrompit la cérémonie par des exclamations douloureuses.
Le désastre ne resta pas longtemps sans réparation. Louis XIV accorda des secours, l'abbé de Glairvaux donna des bois de charpente» le marquis de Mesgrigny, les chartreux de Troyes et la population fournirent des ressources en argent.
En 17(H>, rédifice était remis dans son ancien état, sauf les voûtés du chœur qu*on ne répara qu^en 1708 et en i7S0, mais d'une manière insuffisante. A ces travaux se rattache le nom de Tarehilecte Feuillet.
Les imparfaites réparations efl'ectuées après l'incendie de 1700 n'étaient qo*un expédient provisoire. On en eut la preuve en 1840. Le 14 décembre, les liens de fer du pignon sod se rompirent brusquement; un écartement se prodol»t
sur toute la haateor; la façade se crevassa. Dans le cours de 1S4I, on entreprit de le rétablir à Taide de crédits alloués par le gouvernement. 1^ première pierre de celle construciiori fut solenncllcmeni posée par Mgr de Séguin desHons» 95« cvéqne de Troyes. Les plans et les devis du projet furent dressés par M. Boucher, archifeclc du déparlement. Coni* mencé en 1842, terminé en 1844, le nouveau pignon a'olfre malheureosemeDt aucune des conditions Indispensables aux restaurations. L'arcbttecte a copié les rayons cl les dispositions de la rose septentrionale de la façon la plus malheureuse. La portion des voûtes qu'il a retenue pèche par la projection des courbes. Les meneaux de la rose sont assujettis, on, pluiôt, doublés par une antiature deferqu^on n*a même pas dissimulée. Les tailles de la sculpture laissent à rcgretier autant leur iudécisiou archéologique que l'imperfection du travail matériel. Pour augmenter les regrets, on a |)lacé à la rose une verrière à tons durs, dont le regard éperdu ne peut supporter les rayonnements. Cependant, il faut reconnaître que Tarchilecte, étranger jusque-là à Tart du moyen ùge, et servi par des auxiliaires et des ouvriers inexpérimentés, a au moins le mérite de la tentative, ei a obtenu un résultai d^ensemble qui n'est pas sans valeur. Mieux inspiré qu'un devancier, auteur du trisle sup* port des orgues, il a compris à un moment, ou le comprendre n'était pas vulgaire, qu'un monument ogival ne pouvait être restauré dans les données de Tanlique.
Aujourd'hui riiistoire du njoiiuaieni, ses accidents et les vices originaires constatés (hns le cours de ce sommaire, ont successivement trouvé leurs témoignages. Depuis 1849, M. Eugèue Millei , architecte diocésain, a tour h tour retenu toutes les chajjcllc^ Tabside depuis les fondations jusqu'aux voûtes, roLdiisiniit les bàliments et 1 escalier du irésor, épaulé et repris en sons œuvre le pignon nord qui pousse toujours au vide. Il a démon le d abord, et pile à pile, tontes les travées du chœur, refait la voûte centrale des transsepis. relevé le chœur jusqu'aux voûtes qui sont en cours d'exécution, puis jeté les iondcmcats d'une sacristie (lu côté de révê( hé. En 1859, les contreforts du rond-point ont été couronnés d'édicules et de pyramidions
do premier et du beaa siècle de Togive; ils remplacent rancien amorlissemeQL appaorrl du XIY* siècle. Les ares-boultDts originaires désorganisés sont en reprise comme les voûtes.
Dans ce travail, aassi délicat qae considérable, rarcbitecte restime, réemploie, purge l'édifice des plomtis, des additions, de tous les parasites qui B*él aient établis dans le monument, à la suite de réparations sommaires et insuffisantes. 11 ne crée des compléments que lorsque le monument et son caractère les réclament. Tous les Tieax matériaux en état de reprendre leur place sont utilisés arec scrupule. Le trésor, ses grilles, ses décorations, la grille commencée du cùié nord de la Cité, le retour des chapelles à leur arrangement et à leur caractère primitif, sont autant de preuves d'un talent et d'une science qui placent Tartiste sur la même ligne que le constructeur inconnu du xin* siècle, que les Thimart, les Nardan, les Henri de Bruielles, Martin Gambiclie et Jean de Soissons. Uu maître du xiii* siède ne retrouverait à redire ni à Tensemble, ni aux détails. Une restauration comme celle qui s'achève diminue singulièrement les regrets provoqués par sa nécessité.
L'histoire de la cathédrale, son histoire vivante, humaine, pendant les six siècles qui se sont égrenés, génération à génération, sous SCS voûtes, est plus curieuse encore que celle de ses pierres.
Sans remonter aux temps gallo-romains, entourés d*uu crépuscule que la science ne parviendra jamais à dissiper, et Cil s ( Il lenanl au moyen-âge, que de causes d'étounemenl, que de singularités cl de bizarreries dans les usages, dans les coniumcs, dans toutes les manifestations de la croyance et des mœurs, rieu (lue dans le cadre étroit de la cathédrale!
Avant de former ce Cliapiirc important par la science, l'auiui iié, la puissance et les privilège» de toute sorte, les frères de la callicdrale furent des religieux assujettis à une règle.
Dispersés et appauvris par l'invasion iioiauaiHle, ils futeul réduits à exercer des métiers et à se faire Irafiquauls. L'é- Têque Manassès remédia eux conséquences de celte péuurie en constituant un domaine religieux.
Partagés à la liu du XI* siècle, les biens du Chapitre favo-
risèrent un relAchemeiil qui ne disparut que sous rinÛucuce des mesures prises par l'év que liaiton.
La vie coniinnne, qui reneouirail tanl d^obstacles dans tous les Chapitres, ne pui êire mainlenue dans les cloîtres capitulaires. Chaque chanoine eut hieniôt soo hôtel séparé dans Taucien quartier claustral; mais ùu moment où l'individu se substitua à la comiHunauté, les a))us se multiplièrent.
L*évêque Manassès (il 80) eut besoin d'une bulle du pape Luce 111 pour expulser du quartier des chanoines les marchaâjds, les tripots, les cabarets et les lilles de joie qui s'y étaient installés. Toute location cl touie habitation de laie furent formellemeui prohibées, i.es clianoines qui s'étaient déchargés du soin de dire les offices sur des pr -ires salariés, durent reprendre raccomjtlissement régulier de. leura fonctions. Cela ne les empêchai i jtas toutefois d'avoir une part directe aux charges municipales qui iie leur furent intei dites qu'au XVI*' siècle. Curieux détail qu'on ne trouve aujourd'hui que dans les assemblées financières, les chanoines recevaient des jetons de présence aux oOices. Sans ces jetons ou méreaux,ils ne pouvaient participer aux distributions manuelles aflèdées à chaque office. Ce contrôle, transformé plus tard au moyen d*une leuille de présence, se perpétua jusqu'à la suppression révolutionnaire du Chapitre.
Naturellement les ehaboines araient juridiction. Leur tribunal eecléslaslique, qui comprenait non-seulement la disdpline, mais dont la compétence s*étendait aux matières temporelles, était résumé dans la personne d'un prévôt« Les jus« tidables de cette institution, dont les analogues se retrouvent au moyen^ftge dans presque toutes les branches des services publics, dans toutes communautés privilégiées, étaient les chanoines, et les prêtres de la vitié et du dehors qui relevaient du Chapitre. Par ordre de prépodérance, se rangeaient ainsi les dignilalies : Prévôt — Doyen — Grand- Ârehidlacre Grand-Chantre et Sous-Chantre. (Nous passons sur d'autres fonctions dVdre Inférieur.) Les maîtres des écoles relevant de la cathédrale et les clercs du chœnr dépendaient de la juridiction du grand-chantre. Un officiai, un syndic-promoteur et un greffier, composaient ce qu*on pourrait appeler le Parquet du Chapitre.
La portée juridique du tribunal capitulaire ressort avec éclat d'un arrél du Parlement de Paris* saisi par les juges des Grands-Jours de Troyes en 1378.
Jean de Renneval, prévdt de Troyes, ayant fait mettre à la question plusieurs clercs revendiqués par la justice ecclésiastique, fut condamné par le Parlement à se rendre à la cathédrale, le jour de la Toussainl» dépouillé des attributs de sa dignité. 11 devait porter procca^nnellement un plat émargent da poids de quatre marcs» surmonté d'une torche de cire, et, dans la nef, en présence de Tévêque, des dignitaires et des clercs torturés, faire amende honorable. La cérémonie accomplie, le plat déposé sur Tautel devait ensuite être suspendu à Tun des piliers du chœur. L'expiation s*accompIit de point en point. Le plat du prévôt de Renneval resta depuis 1381, en témoignage de rexéculion de Tarrét, exposé dans le sanctuaire.
Cette scène, si bien en liarmonie avec les habitudes du moyeu-àge, nous amène à signaler quelques coutumes étranges ou burlesques dont les mœurs expliquent seules l'existence ; aujourd'hui elles constitueraient la plupart un scandale du ressort de la police correctionnelle.
La plus curieuse était, sans contredit, la Fête du Pape des Fous.
Jusqu'en 1445, pendant Poctave et les fêtes de Noël, les vicaires de la catliédrale procédaient entre eux à l'élection d'un archevêque ou d*un pape des fous, qui était porté sur l'autel des reliques au bruit d'uu Te Dmm. Crosse et milré, comme un évéque, cet élu^ véritable caricature épiscopale, donnait la bénédiction à la foule assemblée au bruit des cloches. L'église devenait alors un pandemonium dont les plus excentriques folies du mardirgras moderne ne sauraient donner nne idée. Des gens déguisés en fous» en femmes, masqués, noircis, et dans des costumes qui ne se piquaient guère de chasteté, chantaient des couplets obscènes, exécutaient, ce qu'on nomme aujourd'hui dans l'argot d'atelier, des charges, des farces à étonner par leur licence, les pitres les plus aguerris du vieux Pont-Neuf, et des foires en plein vent. On copiait les allures et la figure des plus haut placés dans toutes les hiérarchies, sans en excepter le
véritable évéquc lui-inônic. On n'oserait pas dire ce qui se passait pendant ia mascarade dont l'église était le théâtre.
Lejawr des Innocents, les enfants de chœur nommaient, à leur tour, on des leurs à ce burlesque épiscopat, et le scandale recommençait aux premières vêpres. Les chanoines étaient tributaires des acteurs de la féte, et, ce qui donne la mesure de la popularité dont elle jouissait, un comte de GKaropagne consentit un impôt gracieux au profit du pape. Le domaine roy ai, héritier des comtes, le paya jnsqu^à la Révolution ; on avait bien depuis plus de trois cents ans &up* primé la fête, mais on avait conservé Timpôt.
11 ne faut pas croire que ce que jious disons soit exagéré. L'évéquc Jean Léguibé, après avoir prohibé et flétri ia coutume» obtint, le i7 avril 4445» des lettres-patentes de Charles VII, qui caractérisent ainsi la fête des fous :
» En laquelle foisant iceux gens d'église par irrévérence » et dérision de Dieu nostre créateur, et son saint et divin » oifice, tant és églises et leurs saints, comme dehors et n mesmemeot durant le divin office plusieurs grants Inso-. » lences, dérisions, spectacle publies de leurs corps dégui- » sèment) en usant d'habits indécents... comme d^iablts et X vêtements de fols, de gens d'armes et aultres habits sécu- » liersy et les aulcuns usant d'habits et vêtements de feounes, » aulcuns de faulx visages» etc. »
La Féte de l'Âne, sans êire aussi scandaleuse, ii*ctait pas moins choquante. Au lien dire Vite missa est, un diacre imitait les braiciiicuis d'uu âue, on mémoire de la fuite en Eg)pie.
Aux matines du jour de Pâques, il y avait la représenta^ tion des trois Maries; avant les vêpres, l'évéquc cl les chanoines, è tour de rôle, jouaient à la balle et îi la toupie, après quoi les assistants buvaient du vin rouge et du vin blanc en mangeant des pommes et des oublies que bénissait l'évêque.
Le jour des Rameaux, pendant la procession, le clergé, en arrivant ati pont de la Girouarde^ près de rHètelrDieu, jetait des oublies à Tassistance.
Àla Pentecôte, les enfants de chœur lâchaient un pigeoo blanc,, symbole du Saint-Esprit^ et des oiseaux dansTé^se,
le lu ut entreiuélc de Ûeurs; au moins dans ce cas, Taliégorie
élail gracieuse.
T! n*en était pas de même de h Diablerie de la Vengeance de JesuS'C/irist, ei de celle de saint Loup, grossières affabulations dans le goût de la F('ie drs Fous.
Il faut citer, au moins comme une bingularilé, les ablutions quotidiennes des chanoines pendant le carême. Tieize femmes versaient chaque jour de l'eau de ros-e fournie par le prieur de l'hôpital Saint-Niculas sur les niaius des chanoines as^istanis. Celte cérémonie élait une fondation qui se perpétua jusqu'à la Révolution.
Certes, si l'on appréciait ce qui se passait aulreiois, ^ certains jours, dans les cgnses, sous l'influence des habitudes et des idées actuelles, on aurait une opinion très-médiocre de la piété pourtant incontestable de nos ancêtres. Mais il De faut pas oublier que le peuple, au moyen âge, était p'ein d'enipoi tements en apparence contradictoires, et qu'il apportait, dans t( nies ses actions, le mélange de grossièreté, de crédulité, d'enfaïuiilai^c, et les passions qu'on rcucuiui c aux époques encore primitives. La légende poétisait d'un côté ce que la superstition oblitérait dç r.uiiKi. On était crédule, mais croyant ; on cour.tit sas aux héi cliques en même temps qu'on donnait de beaux exemples de charité et de iVaierniié chrétiennes. Le sentiment de la hiérarchie et de la subordination élail vivace, ce qui n'empêchait ni les émeutes, ni les troubles, ni les insurrections. L'existence agitée et militante que la féodalité avait faite aux populations donnait Tessor à toutes les passions violentes. La rase et la naïveté, le dévergondage et Tesprit de mèlhode, la dérision et le respect, Pignorance et le sayoir, le viee et la Torta, formaient des composés qui ne peuvent s^expliquer que par les milieux et par les dates.
Descriptiov. — La longueur intérieure de la cathédrale est de 117 mètres ; sa largeur, de 51 mètres 55 centimètres ; sa hauteur, sous les grandes voûtes, est de 50 mètres. Cinq nefs partagent la longueur ; au chœur, il y a douze travées, sans parler du rond-point. Entre le chœur et la nef s'étendent les traossepts ou la croisée. On compte sept travées à la nef.
Exiéricuremeni, le porinil a 55 inètres de développement i lioi iAonlal; du parvis au dôme des cloditluus eu laulerne, ! on coiïiplè 74 iiièires (222 pieds). 5h0 m arches, établies sur des niouvenienis altetijatifs de gauche à droite, et de droite à gauche, conduisent jnsquVui i^oimnct de la tour. *
FxTÉRiEUR. — l e cercle des chapelies absidales est aujourd'hui complèicineoi resiaiuc. Chacune de CCS chapelles i est construite dans Tespace compris entre les grands contreforts qui soutiennent les arcs-boutants du sanctuaire. Elles s'élèvent au nombre de six sur un pantagone épaulé par % des éperons. Sur chaque face s'ouvrent des fenêtres en lancettes sans réseau. C'est en ligne directe que se conti- * nue, du côté de la Ciié, la longue chapi Ue reliant les nbsidioles au croisillon nord. Du cûic de i'cvêchc, on trouve à l'interruption du demi-cercle le trésor el les bàiimculs de la première sacristie h[\[h sur un plan rcclangidaire. A rexcepiion de quelques variantes dans les réseaux des fenêtres, il n'y a rien a signaler de ce côlé. Le sanctuaire qui domine le cercle des petites chapelles a pour appui des contreforts à pyramidions et des arcs-bouianls ajourés en ogives. Les grandes fcnèires qui l'éclairent sont garnies de meneaux cylindriques oi^ivés portant trois roses au réseau. Seules les fenêtres du rond-point n'ont qu'une rose, à cause de leurs dimensions Un couroancmeut creoelosert de bordure an l)aliu de comble.
Vient ensuite le croisillon septentrional. C'est un portail ogivé auquel se superposent une galerie, une rose rayonnante el un pignon. l e lout s'élève en façade, entre deux contreforts extérieurs, et entre quatre contreforts sur les retours. La fin du xiii^ siècle et le commencement du xiv* ont laisse leur empreinte dans les parties anciennes, sur lesquelles se soudent les reprises exécutées de 1472 à î Hi, et les consolidations provisoires accomplies en 1852-^5. La porte à double baie sous linteau, à laquelle on arrive par un perron, s'encadre dans une voussure ogivale h sept gorges qui retombeiii sur une ligne de colonaetlcs agencées dans une arcature A celte disposition primitive s'ajuste une archivolte bordée d'un lambrequin en coup de vent, et pyramidant en contre-courbes jusqu'au plafond de la grande galerie ou tri*
hune. Ainsi que les conlreloris, cette consolidalion dccoralive est de la lin du xv^ siècle. La i^randc galerie qui nous ramène au xiv* siècle est bordée d'arcades géminées ayant à leur sommet des trèfles et des qjinti e feuilles. La rose dont les meneaux principaux atTectenl la lorme de pétales à deux cadres, entre lesquels se dessinent des entrelacs iréflés et des ogives trilobées. Les angles dn enrré où elle s'inscrit sont remplis par des cercles, f.a bordure du comble, qui répète celle du sanctuaire sur les retours, se transforme sur la face du pij^nion. Elle se compose d'une suite de quatre feuilles, î.es deux balustrades inférieures, et quelques autres détails secondaires, appartiennent au \vi' siècle; ils sont contemporains (lu 1,'rand portail. Les niches, les gorges et le tympan au portail nord élaient garnis de statues, de groupes et de bas-reliefs qui ont disparu. Au tympan était sculpté le Jugement Dernier ; dans les voussures se succédaient les Vieillards de l'Apocalypse, les Saisons; dans Tarcature des ébrasements étaient placés des statues et des sujets de TEcriture. Les nefs dans lesquelles se succèdent des constructions du XIV®, du xv« et du xvi* siècles, ont conservé, malgré les dissemblances de détail qu^on y trouve, la physionomie du type originel, dans les grandes lignes, dans les jours et dans les masses. Les modifications portent particulièrement sur la décoration. Ainsi, les meneaux dérivent du cylindre au prisme ; les réseaux des fenêtres se ramifient au lieu de tourner circulairenicnt sur des ogives comme au chœur; Aux fenêtres en lancette de l'nbside, snccèdenl dans les basses-nefs des arcs équilatéraux. Des archivoltes et des pignons les encadrent. Plus sobres, les réseaux de la clairevoie supérieure ont aussi plus de symétrie. Les pyramidions des contreforts et les balustrades décorés dans le même goût n'ont plus d'analogie avec ceux du portail nord el du sanctuaire.
Si on fait la part de quelques variantes, le côté méridional de la cathédrale présente la même physionomie. Quant au portail repris en 1842, il n'esf, comme nous Tavons dit au commencement, qu'une contrefaçon imparfaite de wn correspoodaot du nord dans les parties supérieures.
PomTAiL PRinciPAi». — Entre Tabside et le portaili il y a
luuic la différence du beau sévère, à rélégancc recherchée. La ligne joue le grand rôle à l'abside j c'est la broderie au portuil.
L'ensemble se compose de quatre contreforts ; ceux des angles sont carrés ; ceux du centre sont élevés sur un plan Circulaire. Tous ils sont couverts de niches à dais (|uî s'élâgeiit jusqu'à la naiss;»nce des tours. Le feston, la pyramide, le crochet, le prisme et le fronton s'y multiplient dans toutes les variétés. Trois portes à voussures et à double baie sont pratiquées en li e ies quatre contreforts. Au lieu de s'arréler aux ébraseinciiis sur un lambris d'arcalure ou de colonnes, la retombée des gorges et des moulures s'effectue sur un soultassemeni. Des uiches, des arabesques, des rinceaux de vigne décorent les voussures avec un luxe dans lequel on remarque surtout la hardiesse et la multiplicité des formes. L'architecte a eu soin de dater sa construction en y faisant sculpter des Hermines et des Porcs-Epics, emblèmes d'Anne de Brelagne et de Louis Xlï, et la Salamandre de François I". On les voit au trumeau de la porte principale Los deux portes secondaires ne sont qu'une réduction de la grande porte. Un dessin de pignon surmonte Tarchivolle de chaque voussure. Les rempants traversent et dépassent Tappui fleurdclysé d'une galerie qui joint la pointe ogivce des voussures. Suivant les dimensions des ouvertures, îa galerie du centre est sur un plan plus élevé que celui de chaque galerie latérale. Elle s'y relie cependant, au moyen d'escaliers pratiqués dans rcpaisseur des contreforts. ■ Une rose, avec n>eneaux en prisme qui décrivent des li£;ncs serpentines, occupe le fond de la galerie cenirale, en retraite de la saillie de la plate-forme. Cet abri en arc (il)ius a pour bordure un ornemeiii courant qui tient plus du rinceau que du lésion. Les archivoltes des trois voussures sont, au contraire, dans la donnée consacrée : le trilobé s'y découpe en lambrequin. Les parties latérales situées sur le plan de la grande rose ont le fond tle leurs galeries tapissé d'un rang de quatre grandes niches. C'est i^i îa baîus- Iratle de la plate-forme que s'arrêtent évidemment les travaux exécutés sueressivement par Canibielie et Jean de Soissons^ ce qui le prouve d'ailleurs, c'est rcxécuiioa de la
verrière placée à la grande rose par Jean 'Soudain» en 4 647» Le commencement de la ionr, qni rappeUe encore le portail, révèle des modifications de la première manière. Quant aux parties supérieures, c'est de la Renaissance de la plus médiocre conception, et qui ne se raccorde ni en hauteur ni en largeur avec la base sur laquelle elle repose.
Iif TERiEUR {jibside et Sanctuairéj. — Les chapelles de rabside dont nous avons décrit Texlérieur sont uniformé* ment ornées, sur les murs pleins^ d'une arcature ogîvée qui revient jusque dans les croisillons. A chaque fenêtre et à chaque surilsice supérieure est un encadrement à coh>nnette, avec tore en arc aigu. Les voûtes sont toutes en arête avec- nervures cylindriques en croisées d'ogive. Nous avons noté les découvertes gallo-romaines qn*ott a faites dans les fouilles. Ajoutons seulement que dans la chapelle de Notre- Dame se trouve le caveau où reposent les comtes Henri I** et Thibault Ili, transférés de la collégiale Saint-EUenne à la cathédrale, le It février 1792. Qet obscur caveau remplace les magnifiques tombes d'orfèvrerie émaillée qui renfermèrent les corps desdeui souverains jusqu'à la suppression du Chapitre. Sur le retable de marbre blanc dont le dessin a été fourni par H. Ballard, architecte, s'élève une statue de même matière due au ciseau du grand statuaire troyen Simart; elle représente une Vierge à V Enfant qui a provoqué d'assez vives discussions. Au point de vue de l'archéologie, ce retable et la figure n'ont rien à démêler ni avec l'art du xiii" siècle ni avec celui des époques postérieures. Regardés isolément, on y trouve recclectisme avee ses inconvénients. Toutefois, il n'est pas possible de nier le sentiment profond, la grâce, la chasteté et la sollicitude maternelle qui sont les attributs de la vierge Marie. Si l'artiste n'a pu donner à cette figure ni l'ampleur antique, ni la raideur solennelle et émaciée du moyen-àge, il a su lui imprimer le charme et la suavité.
Au sud du sanctuaire, et à cêté de la sacristie, l'architecte diocésain, H. Millet, a restitué, en 1852-53, rancien Trésor, naguère transformé en tribune pour Tagrément d^uo préfet de l'empire. Un escalier, dont les marches se profilent en moulures, est décoré d'une rampe à jours trilobés. Il conduit
à uac porte à linleau droit sous dessin d'arc aigu. Sous le palier se répète une porte dans le même st)le. Le trésor, comme l'indiquent ces dispositions, se compose de deux salles superposées , décorées comme les chapelles. Des grilles d'un dessin nei veux ganiissciit de leurs treillis, à formes végétales, les ouvertures extérieures.
Le chœur, encore en reconsiruclion, est déjà relevé jusqu'aux voûtes. 11 se compose de treize travées symbolisant le Christ et les douze apôtres. Chaque pile se compose de tambours de colounes. Les colonneites internes montent en faisceaux du sol aux voûtes, où leurs cyliodres interrompus par des chapiteaux reprennent le rèle de nervures. Au-dessus de la ligne des arcs des travées circule, dans tout le dévelop* pement du chœur, un trifarium ou galerie à quatre divisions entre ehaque pile. Des passages percés, dans l'épaisseur des faisceaux des colonnes, mettent en communication toutes les parties de cette galerie qui est bordée d*arcs trilobés portant trèfles* Au-dessus, dans le cadre ogival formé par les faisceaux des eolonnettes et la projection des courbes de chaque voûte, se déploie une succession non inter* rompue de grandes fenêtres dont on connaît la décoration.
Aux transsepts et à la grande nef, la triple superposition signalée au ebœur se répète et se conUaue avec différences de détail et d'exécution que nous avons Indiquées. Les chapiteaux du siècle, qui décorent les plies du chœur, sauf quelques réfections du xiV, où le type primitif s*ab4tardit, se composent de feuilles nervées et h crochets, tournant sur une corbeille cylindrique que surmonte un tailloir polygone. Plus loin, en arrivant aux transsepts, la décoration s'alourdit, les feuilles décoratives se surchargent d'expansions à profils amaigris ; c'est le chapiteau de la fin du XIV* siècle. On y retrouve encore son générateur du siècle précédent; mais dans la nef, et en se rapprochant du portail, on touche du doigt les transformations successives de la flore ogivale; on voit l'exhubérance et la fantidsie aventureuse se substituer à la sobriété et à la variété bien réglée. Les nervures passent, comme les meneaux, du cylindre au prisme ; de la croisée d'ogive aux multipflcationsdesliernes et des tiercerons. Les chapiteaux se raccourcissent, se sur-
chargent de feuillages sans symétrie, ou d'une symétrie mal comprise. En arrivant à l'entrée de la nef, on voit triompher la chicorée, et pour compléter la vulgarité de cette exhibition loaraîchère, un escargot iratne sa coquille en cheminant sur les feuilles. La succession des styles, qui se rangent luétliodiquéiiieni par dates, fait de la cathédrale un résumé complet de l'an ogival depuis sa naissance jusqu'à ba dispariiion. On Y peut faire une élude suivie de taules les architectures ei de toutes leuiâ formes, depuis le xiir siècle jusqu'au
XVUI®.
En descendant les parties hautes du chœur^ on a pu constater une fois de plus les conséquences d'une fondation défectueuse. Un surplomb de près d'un mètre existait au sanctuaire, et les voûtes, qui n'étaient plus eiaclement en équitibre« avaient cherché des points d'appui en se déformant d'une manière incroyable. C'étdt à ne pas comprendre comment elles se soutenaient.
Vitraux bt objets d^art. — Les verrières du chœur, qu'il a fallu descendre, sont d'une grande valeur archéologique, car elles remontent aux temps de la construction primitive; elles sont à teintes plates^ où la ligue de force in« dique seule les reliefs. Les principaux sujets sont des saints et des saintes, les évèques Gamier de Tralnel et Hervée» qui ont tous les deux fondé l'église : le premier, par les ressources accumulées pendant la croisade, où il remplissait les fonctions d'aumônier; le second^ par la construction. Il y a» en outre, des sujets de l'Ancien et du Nouveau Testament» saint Louis, sainte Haure,salnt Etienne, saint Frobert, lliistoire de saint Jean et celle de saint Pierre, des figures de papes, d'empereurs, Blanche de Gastille, la légende de saint Nicolas, celle de saint Savinien, et une foule de sujets secondaires qui demanderaient une trop longue énuméra-> ' tion.
Aux fenêtres de la nef sont rangées, sur trois rangs, des peintures consacrées & des sujets deTAnclen et du Nouveau Testament. Elles sont la plupart de la fin du xv* uède et du commencement du xvi^ Les costumes précisent exactement les règnes auxquelles elles appartiennent. L'histoire de Daniel, celle de Joseph, la Généalogie de la Vierge, l'In*
venlion de la Croix, Thistoirc de saint Sébastien, celle Je Jacob et de Tobie, sont les principaux motifs des verrières de la nef.
Parmi les vitraux des chapelles des basses-nefs, le plus curieux est sans contndii \eintraj'l du Pressoir, exécuté au couiuiencemeni du xvir siècle par Linai d Gonthier. Il est à la quatrième cbapelle du côté gauche. 11 n'y a. entre rexéculion de celle peinture cl sa dcsiinaiion, aucun rapport d'harmonie. Mais c'est nu travail d'une belle cl brillante exécution; une sorte de transporiation sur verre de la peinture sur toile. La rose du grand portail renferme le Christ el les douze apôtres de Jean Soudain (1547).
On ne saurait énuniérer les objets d'art : dalles tumulaires, tombeaux en relief, cbàsses, orfèvreries, bronzes, srnl])tiii c«, qui décoraienl l'inléricnr de la catbcdrale. La plupart des évéques, les membres des familles imporlautes, les digni= taif'es du Chapitre ovaient concouru de siècle en siècle à la forruation de cette collection artisli(|ue, où la biographie jouait le principal rôle à côlé de l'eihuugraphie. Presque chacun de ces objets résumait une histoire. Des membres de la fiinullo du célèbre Guillaume Budé, prévôt des marchands de Paris, Claude Robert, Pun des auteurs du Gallia Christiana, Odard Hennequin, grand archidiacre, Jean Railly, l un des derniers architectes du grand porlail, Guillaume de Taix, doyen de Péglise de Troyes, un abbe de Montier-la-Celle ; au xV' siècle, Nicolas de La Place el plusieurs autres ont leurs sépultures dans la nef, mais les dalles gravées qui les couvraient onl été dispersées. Il en est de inênie de la tombe de révêque Odard Hennequiu.
Dans le chœur se succédaient la tombe d'airain de Nicolas de Brie, évêque de Troyes au nnlieu du \nï« siècle ; les lombes de Jean d'Auxois, évêque de Troyes (1314); d'Henri de Poitiers, qui baltii plusieurs fois les Anglais (1570i ; de Pierre d'Arcics (1595), d FAieniie de Givry (1426), le lonibeau en cuivre de Louis Kaguier (1488) et de son neveu (1518), le monument do bronze de François Malier fl678), celui du duc Kifouard rlô i5), le inonuinenl de marbre blanc de Charles de Choiscii] Praslin, maréchal de France (1626), et de Roger, son iils, lue à la balaille de Sedan (1G41).
Dans la chapelle de Noire-Dame, où se irouveni les rcsics des comtes de Champagne, Henri 1" el Thibault III, il y avait un tombeau de bronze consacré à Févêque Hervée. Autant qu'où en peut juger par une noie de Grosley, consignée flans ses Biographies de Troyens célèbres, c'était un mol il t>giv tj, g irui de stalueltes, et sur lequel reposait la figure couchée du fondateur de la cathédrale. Ce monument fut vendu en 1778, au-dessous du prix du métal, par le Chapitre qui, malheareusement, commit souvent des actes de cette aaiore.
Une belle tapisserie, qui servait à dore le chœur pendant Iliiver, a subi le sort des monomenis comméiQoralifs, et de beaucoup d^autres objets qui avalent encore plusd'importaice historique que de valeur vénale. L^goorance et des besoins d'argent en ont fait disparaître un grand nombre, mais c'est de 1793, surtout, que datent des destructions et des pertes irréparables, entre autres, celle des tombeaux émaillcs des deux comtes. Cette constatation nous amène au trésor.
Trésor. — L'importance du trésor ne peut être déteiv minée, même en laissant une grande latitude aux apprécialions^ car chaque jour le prix des émaux «t des orfèvreries du Moyen-Age va s'augmentant. An moment de la Révolution de i792, on n'accordait guère de valeur qu'aux métaux précieux, aux antiques gcavés, aux diamants et aux pierres précieuses, et la preuve s*en trouve daos la Justification d'un agent national de la Commune, Torfèvre Rondot, accusé de détournement et de desiructiôns inutiles. 11 alléguait n'avoir brisé que a des objets des xiu*, xiv* et zv* siècles, qui n*ont • rien produit, disait-il, que d*ua genre barbare. » Or, les détournements impuliés à Torfèvre, en lingots, débris dV, d^argent, en pierreries, n'élaieni pas évalués à moins d*un million d'alors. La totalité de la valeur intrinsèque du trésor était estimée à environ deux millions. Au point de vue artistique, ce chilTrc serait peut-étie quintuple.
Ce qui a échappé au creuset et au marteau ollire encore un intérêt considérable.
Voici, par ordre chronologique, un sommaire des objets que possède encore la cathédrale :
Un coffret bysantin en ivoire, couvert de bas-reliefs. -
Le psauiier da comte Henri, manuscrit en lettres d*or sur vélin.
Deux escarcelles brodées, qu*on attribue, Tanefxu* siècle) an comte Henri, Tautre (xiii*) an comte Thibault, sauf des restaurations qui laissent des doutes sur'la date des objets.
Une collection de plus de OOpiècesémaillées du xii* siècle.
Des camées antiques.
Des diamants.
Des pierres précieuses gravées.
Des agathes.
Des rubis.
Des topazes.
Des saphirs.
Des améthystes.
Des grenats.
Des cornalines.
Des émeraudes. Le COut en très-grand nombre. Une boite est pleine de ces pierreries.
Un texte d'évaogiles, garni de pierres, sans gravure.
Un antre entouré de pierres gravées (antiques) d'une grande valeur.
Un évangéliaire du xi* siècle.
Un ancien manuscrit.
1^ crosse de révéque Hervée, son calice et sa patène, son anneau surmonté d'un saphir.
Divers objets et étoffes ayant appartenu au même évéque (xiii* siècle).
La ch&sse de -saint Loup (1503), comprenant seize pièces d'émaux, où sont représentés les épisodes de la légende du saint. Les émaux sont des fragments de l'ancien reliquaire, appliqués sur une châsse moderne.
Deux paix.
Un heurtoir de l'hôtel d'Odard Uennequin (reproduciioa
du xvi'^ siècle] (1I>27).
Un tf*xte à lames d'ar^^ent.
Une bible in-folio gothique.
Une croix d'argent renfermant du bois de la vraie croix.
Deux paix d argent et de vermeil.
Une croix processioaueUe et un ostensoir de vermeil.
Uu osleoaoir d'argent.
Une statue de la vierge, en argei^t.
Une botte à hosties de même métal.
Denx anciens éalices (argent doré).
Deux autres calices modernes, de même métal.
Trois mitres, dont une ancienne.
Une statue de saint Rocb.
Un calice, une aiguière, des burettes, une clochette et un bougeoir en vermeil, donnés par M. de La Tour du Pin, évè-
fue de Troyes.
Candélabres de bronze.
Une multitude de châsses qui n'ont pas de valeur intrio*» sèqne» et n'offrent que peu d'intérêt sous le rapport de la forme et de Texéeution.
La nomenclature qui s^arréte h la châsse de saint Loup, due originairement à Nicolas Forgeot, abbé de Saint- Loup, renferme des objets d'une valeur très-considérable, qu'on les envisage $oit sous le rapport vénal, soit sous celui de Tart ou de l'histoire. Les objets antiques et bysantins Tiennent la plupart d'Orient. Ils avaient été donnés h Garnier de Traînel, évêquc de Troyes, aumênier de Tarmée latine, après la prise de Gonstantinople.
PLACE SAINT-PIEERJS.
Notre station à la cathédrale a été longue. Mie n'a pas suffi à une description qui exigerait une monographie (4), mais elle nous parait résumer l'ensemble de
cet édiflce que des titres si nombreux signalent à l'attentioii, au respect et à l'intérêt. La place qui se déploie en face du grand portail avait naguère une physionomie claustrale en harmonie avec le monument. Sur une partie de sou développement, elle pos^
(i) Le travail le plus oomplet et le mieux étudié sur oe monament figm dans le Foyage archéologique de M. F. Arnaud (Troyes, IStS)^ onTrage ezeeUent qai n'est plus dans le oommerce.
sédait des alMrs, ces galeries couvertes dont nous avons parlé en passant devant rH6tel-de-Ville. A la sortie de la rue Saînt4iOup se dressait une potence, marque et limite des justices respectives de l^abbaye
et du Chapitre. A ce symbole inactif, qui n'était plus qu'un instrument in partibus tout-à-fait historique, le commissaireRousselin fît succéder, pendant laTerrenr, un échafaud permanent dressé sur le Parvis de la cathédrale. En -1590, la place fut le point le plus meurtrier de la lutte entre les soldats d'£ustache deMesgiigny et les ligueurs de lYoyes, parmi lesqu^ payaient de leurs personnes des chanoines et des religieux. Les andouillettes, si célèbres de la charcuterie troyenne, jouèrent un rôle important dans révcnement. Les soldats d'Euslache de Mesgrigny, en perdant du temps à touiller les cuisines des andouiilers établis près de Saint-Denis, permirent au duc de Ghevreusc de se cacher dans la cathédrale après la prise de l'évéché, où il s'était renfermé.
Le 44 juillet 1790, la municipalité, les troupes de la garnison et les fonctionnaires réunis sur la place, autour d'un autel surmonté d'uu oriflamme, prêtèrent le serment décrété par la Constituante ; le 27 février ^ 792, le cortège qui accompagnait les corps et les tombeaux des ermites dans leur émigration de Saint-Etienne, traversèrent la place; ce fut là aussi qu'on licencia, à la même époque, le régiment suisse de GasteHa, qui te^ nait garnison à Troyes. Un parc d'artillerie étrang^ s'établit, en en face de la cathédrale, et dans la . maison n« 8 s'installa le roi de Prusse.
Tous les rois de France, lors de leur entrée à Troyes, ont visité la cathédrale et traversé solennellement la place. Que de tableaux, de scènes et de costumes divers ont passé de siècle en siècle au centre de l'ancienne citél Outre les cortèges des rois, ceux des évé*
qaes à leur jayeux avènement» ^yi^c le paUmquin porté par les quatre barons de la crosse; les mascarades de la fête des fous, les représentations ^amatiques et mystiques données sur les tréteaux des comédiens du moyenâge; les fêles politiques et religieuses avec la diversité que comportent les usages et les mœurs; la réception du pape Pie VII, l'hôte forcé de l'empe^reur NapoléonI«r ; les aberrations profanatrices, qui, sous le régime conventionnel, convertirent la cathédrale en Ueu de débaur che, puis en temple de l 'Être Suprême ; les luttas ardentes de la Ligue ; en un mot , toutes les expressions actives et extérieures de l'histoire et de la chronique se sont produites sur ce parvis et dans i'édiûce.
ÉVÉCHi.
Au point de vue historique, comme sous le rapport
de la destination, l'évéché se confond avec la cathédrale.
Si l'Eglise diocésaine a son centre dans la métrn})ûle, rhomme qui pi t side à sa direction babUe à son ombre, dans le palais épiscopah
L'évèque est le représenlant d'nne puissance, qui remonte sans interruption jusqu*aux temps gallo-i^aiiis. Modiilée dans quelques applications fléculières, féodales et politiqoeSi cette puissance est la seule qui n*ait pas été allèrée dans son principe, et dans les attributs essentiels de son exercice. Elle a traversé tous les temps, bravé tons les orages» survivant à toutes les convulsions politiques^ guerrières et sociales, ei assistant impassible aux catastrophes dans lesquelles eut suc* oombé tant de dynasties et de régimes politiques*
Souvent, quand un interrègne on une impuissance du pouvoir laittait le pays sans protection et sans guide, les évéques, transformant la crosse en épée^ se sont mis à la téie des populations pour les défendre. L*évéque Anségise, luttant contre les Normands en 925, comme le raconte le
ehroniquenr Flodoard, et combattant Robert de Vermandoi8,run despremien comtes de Champagne, donoe le plus ancien exemple de ce double rôle. Gamier de Tratnel, la fois aumônier et amiral, et montant vaillammenCà Tassant de Gonslantinople, lors de la croisade de 4204, doit être cité k an titre différent. Enfin, on ne saurait oublier Henri de Poitiers, qui chassa les Anglais des environs de Troyes, et leur Uvra deux batailles suivies de deux victoires, ^ Saint-Just et k Kogent-sur-Seine (13S9).
On comprend aisément quelle était la prépondérance des évéques, et quels durent être les avantages temporels qui en résultaient, dans un temps où les papes dominaient les royaumes et les rois. En particulier, les évéques de Troyes devinrent des seigneurs féodaux dans la plus complète acception du mot. Les comtes de Champagne, malgré leur pubsance illimitée, ménageaient avec soin le pouvoir épiscopal. Henri I*% le plus grand et le plus altier des souverains champenois, nlié^ta pas, lui-même, k donner satisfaction à Tévêque et au chapitre, à propos d'une bien légère atteinte aux droits épiscopaux. Henri avait seulement foit arrêter un homme sur le bourg de Saint-Denis, qui dépendait de la juridiction de révéché. Le chapeau du comte servit de marque de réparation. Une charte de 1451 confirme le fait d'une manière authentique.
Les dons et les privilèges vinrent de tous côtés grandir successivement les domaines des évéques de Troyes. En i 1 77, le roi Louis Vil donna h Févêque Mathieu, pour lui et ses successeurs, la HUa de Saint-Lyé, des biens considérables à Anglure, Aix-en-Othe, Avant, Laines aux-Bois, Gnmery, Méry-sur-Selne. La nomendalure des fiefs, des mouvances, des domaines et des revenus épiscopaux à ajouter k ceux que donna Louis VU, ne saurait trouver place ici ; elle est considérable. La plupart des titulaires riches, du siège de Troyes, contribuèrent aussi k la grossir.
Indépendamment de leurs droits de justice, comme seigneurs féodaux, les évéques avaient dans Pétendue de leur diocèse» mieux que la réglementation de la discipline cléricale et le jugement des Infractions commises par les prêtres; la police religieuse atteignait les particuliers laïques»
noD-seuIement dans les'manîfestations qui inléressaieiit dîreclenicnt le calholicisrae cl son exercice, mais encore dans les actes intimes et professionnels; nous n'en citerons que dcnx exemples, d'autant plus curieux qu'ils sont en uiéine lem{is deux traits des mœurs anciennes : L'évêque Jean Lcguisé rendît, le 40 novembre 1429, une ordonnance contre les barbiers qui ne chômaient pas les fêles des Saints. Il leur enjoignit de célébrer les fêtes et les dimanches, « sauftou- » te/ois (dit l'ordonnance), le cas de nécessité où (j[uelque » seigneur de passage voudrait pou?- (juelque cause on par » honnêteté entrer dans leur boutique^ et y déposer ses » cheveuor ou sa barbe. »
Dans des temps relaiivement rapprochés, sous Henri IV, chaque dimanche, nprès la procession, on avait encore Thabitude d'excommunier ceux qui détournaient le public de moudre aux moulins du Chapitre. Bien des mnrdnnds voudraient avoir des moyens aussi puissants de mainiemr leur clientèle, et de désarmer la concurrence.
L*éducation publique n'était pns seulement dirigée, mais encore elle était réglementée par révèqiie. En 1436, Jean Léguisé dressa les statuts et les règlements des écoles de Troyes.
Rien que par ces indications prises au hasard, parmi beauroiip d'autres, on peut juger de l'éicndiie de la puissance épiscopale. L'évêque avait nalurellenieiil, comme sou chapitre, une juridictioa orgaaisée, des collecteurs et des agents de toute espèce.
L'ancien évéché n'existe plus; bâtiment d'habitation, il a forcément subi la loi des goûts de ceux qui l'ont occupé. Les plus anciennes constructions de l'évêché actuel oe remontent pas au-delà du xvi* siècle.
Le corps-de-logis du midi est percé, sur la façade qui regarde le nord, de grandes fenêtres dont plusieurs ont conservé les meneaux en prisme, qui, au xvi*^ siècle, partageaient la baie en subdivisions carrées. Les lucarnes, d'une date un peu moins ancienne, appartiennent à la Renaissance. Elles sont bordées de pilastres et surmontées de frontons.
Sur le jardin, quelques-unes des ouvertures ont elé modiliées. L'eu8end>le de la façade oiire moins d^intérét que
celni de la cour. Toutefois, il faut signaler une grande fenêtre balcoo exécutée, vers 1853, par i'arcbiiecte diocé&aio» dans le style de la Renaissance.
Dans rinlérienr du bâtiment, la seule partie des aménagemciiis qui ait échappé aux transformations est une ancienne cuisine où se déploie une de ces immenses cheminées qui donnent une si haute idée des habitudes gastronomiques de nos ancêtres et des ressources foresiières qui permettaient d'alimenter de pareils foyers. Qiiin/c pei sonnes se chaiilTei aient à Taise autour de Tâtre, qui à lui seul est ui&e pièce dans la pièce. ' ■ , -"i ■ • • ' ,
On peut regarder celte partie de révêché comme ayant servi aux conciliabules de l'évêque Carraccîole avec les Calvinistes, et de rc Irai le au duc de Chevreuse pendant Texpédition de la Saint-Lambert.
Le bâtiment en retour d'équorre, faisant face au couchant, est une consiriiction de la fin du règne de Louis XIV, du ilu coramenceraent de celui de Louis XV. L'inévitable fronton de l'époque occupe le milieu du couronnement.
La petite chapelle particulière de l'évêc^ae se rattache à ce bâtiment. Elle est de la même date. Seulement une restauration, effectuée en 1855, en a changé les arrangements primitifs. Une rose et une piscine, établies dans les do[inées de la Renaissance, ont été faites au chevet. Les murs sont décorés de peintures murales exéciuées par M. Carresse. Elles reproduisent les épisodes historiques de la vie de saint Loup. Elles sont traitées de parti pris, à teintes plates, contrairement aux habitudes des peintres de la Renaissance, qui modelaient leurs sujets aussi bien dans les fresques que dans les vitraux.
A l'angle de la petite rue de la Grosse, du côté de la j^lace^ était le tribunal ecclésiastique de TOIficialité.
La rae de la Montée-Saint'^Pierre, qui se prolonge à l'extrémité de la place, éveille plus d'un souvenir. Où
se trouve maintenant riiùtcl du Petit-Louvre, no 2, était l'hôtel de l'évêque Henri de Poitiers, au xive siè-
cle; il fut plus tard l'habitation d'Odard Hennequiii H527-44). Une belle porte à cintre surbaissé, couverte d'ornements de la Renaissance, et qui naguère possédait un heurtoir aux armes des Hennequin, conduit dans la cour de l'ancien hôtel. On trouve beaucoup dis détails de sculpture Renaissance semés sur les char* pentes. Dans rintérieur des vieux bâtiments, on constate l'existence de vestiges héraldiques du xiiie siècle. Une tourelle s'élève il l'angle d'une porte qui donne au débouché des rues du Vert-Galant et des Troîs-Petits- Ëcus. La poste aux chevaux et les premières diligences de ce siècle occupèrent cette maison historique.
En regagnant la rue de la Cité, et en poursuivant notre marche interrompue par la cathédrale, nous côtoyons le développement septentrional du monument. Le long de la nef aujourd'hui dégagée, se trouvaient au xi\« siècle des étaux à vendre le pain. Henri de Poitiers, l'évêque dont il a été question, les donna au chapitre en 4359. Aux étaux succédèrent des logeites ou petites maisons qui furent élevées pour l'habitation des ouvriers employés à la construction du portail de la cathédrale. U y en avait huit. Les trois dernières ont disparu de 4855 à 4856. Elles étaient hÂties en encorhdlement, à un seul étage surmonté d'un grand grenier. Leurs charpentes étaient décorées de profils moulurés et de culs de lamjte; aux poinçons des pignons étaient sculptées les armes de France et celles duGhapitre.
£n 4j572, la ville était propriétaire des anciennes logeites canoniales.
La section de la rue de la Cité, comprise entre le sanctuaire de Saînt-Pîerre et la rue du Port-Bouy, est
traversée à son extrémité par le r uisseau de Meldançon, que couvre un pont dans toute la traverse. C'était la limite de l'ancien Oppidum gaulois, et le point par
lequel on y entrait et on en sortait. Lepassage était commandé par la Porte de VÉvéqm; ou nommait le PonU Ferré le pont permanent sur lequel on traversait le ruisseau. L'évêque y faisait percevoir des droits de péage que la vûle de Troyes racheta 600 livres en
La tradition place au coin de la me des Godets l'ha-
bitatioii (le saiiiti" Mithic. Le culte de ceUe sainte était très-pùpulaire à Troyes. Jusqu'en 4 830, le 7 mai, date de la célébration, et dès la veille il arrivait une foule de gens des environs, et surtout des jeunes filles; ils allaient faire leurs dévotions à la châsse de la sainte, et y achetaient des tulipes qui avaient touché les reli* ques. Une foire s'était greffée sur ce pèlerinage annuel. Sn dernier lieu, on n'y vendait plus que delaferraîlle^ des pâtisseries et des sucreries. Des quadrilles se formaient sur la place pour le divertissement des gens de campagne. Cette fête, si amoindrie avant de disparaître, avait autrefois l'importance d'un pèlerinage. En ^IBOC-ie-IS, on dressa, par ordre de l'évêque René de Breslay, des procès-verbaux constatant des miracles accomplis pendant les dévotions faites à la châsse.
HOSPICE SÂIKX-MCOLAS.
Fondée par les chanoines de la cathédrale, qui d'abord y.soignèrent les malades, cet établissement hospitalier est le plus ancien de la ville.
Parmi ses bienfaiteurs se trouve l'évêque Gamier de Tralnel, l'un des croisés vainqueurs devant Gonstantinople.
En -1640, la Maison-Dieu Saint-Nicolas fut réunie aux hôpitaux et affectée aux vieillards des deux sexes, qui y fabriquaient une étoffe connue, dans l'industrie de la draperie, sous le nom de serges de Saint-Nicolas, An*
térîcurement, elle était Tasile des filles et des femmes malades, des étrangères valides ou malades, pendant leur passage. Il y a maintenant ^135 lits à l'hospice Saint-Nicolas — vulgairement nommé le Petit-Saint» Nicolas, pour distinguer l'établissement de l'église du même nom.
Les bâtiments actuels ont remplacé un amas de maisons vermouiues. En apparence, ils semblent répondre à leur destination; mais leur élivaiion, nécessitée par le périmètre de remplacement, a pour inconvénient capital de rendre les cours humides. 11 faut ajouler qu'une ciperlise a condamné les constructions à une démolition plus ou moins prochaine. Des vices, dus surtout à Tcntreprise, ont compromis le nom de l'archiiectc, M. Gauthier (de Tlnstiiut). Frappé d'une responsabilité pécuniaire, pour un défaui de surveillance, l'artiste est mort de douleur à la prison deClichy, où la contrainte par corps l'avait fait enfermer en 1855, à la requête des administrateurs des hospices, ses concitoyens!
Une série de parallélogrammes rectangles qui se pénètrent et sont enirecoiipés par six cours et un jardin, constituent l'ensemble. Au fond de la cour principale, s'élève une chapelle liée aux bâiimenls. De grandes façades unies, percées de lenûlres à baies carrées, échelonnées sur les lignes d'étage, des galeries plein cintre autour de la cour d'honneur, tel eit, en résumé, la physionomie de l'étalilis^eiuenl qui a
été élevé de 1839 à 4845. C'est de l'art économique
quoique tout cela ait coûté plus de 700,000 francs.
L'hospice Saint-Nicolas est côtoyé, sur ses quatre faces, par les rues de la Cité, de Girardou» du Fort-Bouy et du Petit Cloîire-Sainl-Pierre.
Avant d'arriver h la dernière section de la rue de la Cité (anciennement du Bœuf-Renouvelé), on irouve h gatiche la rue du Fort-Bouy, dont il sera question tout-a l'heure; à droite, est la rue des Trois-Ménétriers, qui n'était qu'une cour, il y a quelques années. Un violent incendie éclata le 21 juin 1681, près de l'hospice Saint-Nicolas ei de 1 hôtel des TroiVHéaétriers. Plusieurs maisons lurent réduites en cendres.
11 D*y a pas a noter, dans la panie haute de la Cité, antre cboie que Tancien For-rBvéque, on Tribunal dn pi^vôt et des agents Judiciaires de réTëqne.
A Taboutissant, se présente la place Saint-Nizier; c'était Fancien cimetière. Le long de ses lices de cléture circulaient des rues dont le pavé trace Tancienne limite.
SAINT-mZIBR.
L'irrégularité des percements du quartier masque le
portail et conduit en lace du côté méridioual de Saint- Nizier.
D'abord simple cliapellc sous le vocable de St-Maur, pendant les dernières années du \ f siècle, puis paroisse sous la dépendance des chanoines de la cathédrale, Saint-Nizier n'acquit d'importance qu'à la suite de l'incendie de 4524 gai rejeta une partie de la population à l'entrée de la rue Saint-Jacques^ nommée alors quartier d'Entre-éeux^Paries, On reconstruisit l'église en 43 ans (de ^535 à ^578). La tour, commencée en 1602, ne fut achevée qu'en ^1620. L'évéque Odard Hennequin dédia la nouvelle église en 4542. Des dons volontaires et le produit de quêtes réitérées procurèrent l'argent nécessaire aux travaux.
L'église Saint-Nizier, régulière dans les dispesitions générales du plan« manque de preportlon et d'ensemble en éléwlion. Les développements de Fabside, sur un tracé octogone aplati^ sont fonnés par une succession de Chapelles écrasées^ qui masquent en partie les fenêtres de la grandé nef. Souvent heurnuse, quelquefois brillante, la Ibsion de r«rt o^val avec celni delà Renaissance nM produit qu'une réunion d*éléments disparates et mal agencés. Ainsi, la toor semble une pièce rapportée; *rien' ne h rattache par les Mposîtions; les hauteurs et' les fermes avec le bas*cOté nord, dent elle occupe Paiigle occidental. Le portail, de cè^' cèté, s'enfouH entre le croisillon et la masse dsf la-four, an''
lieu de s'ouvrir sur la face des iraussepts, où sa place étail naturellement marquée. Les fenêtres de retour des croisillons, quoiqn'en ogive obliise, m peuvent occuper qu'une partie de la surface, à cause de son développement hors de proportion avec son élcvaiioii.
Le portail principal est composé d'un ordre ionique et d'un ordre corinthien, l'un sur Tautre^ c'est de la Renaissance qui a. rompu loui-à-fait avec la période ogivale.
La tour monte sur un plan carré entre quatre éperons d^angles décorés en pilastres. Chaque face se subdivise par un éperon du même genre. Deux ligues de cordons de liges ceignent la masse inférieure. Sur le second, est le dessin d'une fausse galerie appliquée ; au-dessus, et sur chaque . face, s'ouvrent deux baies d'ahat-sons en ogives gamies de meneaux carrés. Sur une maigre corniche, est la balustrade de la plateforme.
La porte nord s'ouvre entre colonnes sous un enlableuieoi qui porte un nioiif en plein-cinire avec fronton. I>ansla décoration, composée de motifs Renaissance, ou voit les croi»* sants de Diane de Poitiers.
La porte du midi est encadrée dans dem pinacles appliqués que relie une corniche joignant les couronnements, La baie de la porte se dessine en cintre déprimé ; celle de la fenêtre» qui la surmonte, est un arc ogivé à gorges, garni de ces lambrequins trilobés que nous avons si^^aalés en grand nombre. Il a pour amortissement uue accolade portant un piédestal. Dans sa montée, au centre, la fenêtre est partagée par une niche ayant pour pendants deux dispositions analogues aux pilastres. Comme dans toutes les combinaisons trinitaues du même genre, la niche centrale domine ses deux acolytes. Ce qui recommande surtout l'extérieur de Saint-Nizier, c'est la conservation de sa toiture en tuiles énxaiilées, la seule qui reste à Troyes aussi complète. Bayée de jozanges qui se pénètrent, elle brille en uuauces rouges, brunes, vertes, adroitemeiu juxta-posées.
A Tinlérieur, Saint-Nizier parait trop large; ses travées» en arcs irop ouverts, semblent faire un eûort d'enjambée. Les voûtes sont chargées de nervures en prisme, compliquées de pénétrations. Aux fenêtres, alternent des meneaux
rayonnants en prisme et le portique superposé des reetangles de la Renaissance.
Il y a de belles verrières à Saint-Nizier, k Tabside surtout. Le martyr de saint Sébastien, les légendes de sainte Hélène, de saint Gilles, de sainte Jule, décorent richement de paams fenêtres. Disséminées dans d'autres parties de Téglise, h vie de Jésus-Gbrist, l'histoire de Daniel et de Suzanne, la Passion, l'Assomption, les quatre Erangélistes, Tarbre de Jessé» etc., sont des csovres également dignes d'intérêt. La ligne et la couleur attestent l'habileté des verriers du XVI* siècle. Phisieurs tableaux, dont quelques-uns- signés de f^inet de l'Estaing, des statues médiocres, sont tout ce qui reste de Tancien mobilier de la paroisse.
Âu fond de la place irrégulière qui entoure Saint^Nizier, aux côtés nord et ouest, il y avait une grande maison délabrée qui servit successiTement d'asile pour les orphelines de la Providence, de PetitnSéminaire et d'Ëcole normale primaire.
Au sommet de la place à droite, la rue des Deux- Paroisses conduit dans un quartier peu fréquenté, habité muintenant comme autrefois par une population besogneuse. Le nom de Deux-Paroisses vient du partage des paroissiens entre Saiut-Nlzier et Saint-Aventin ; le vocable ancien de la rue était Ghardonnay qui implique une localité à terrains vagues et inhabités. Les noms bizarres de VOurdebaurg, des Trois-Merki, du Soleil, de la PUfre^'Amour, se sontefifacés sous celui de Saini^Aventin,
La Pierre-d* Amour n'est pas hélas ! le tilru d'une légende de cœur ; c'est un indice de prostitution. Les filles de joiesi nombreuses au rnoyen-âge,dans les villes de commerce, avaient im de leurs centres dans ce quartier détourné et mal habité. Les hùtellerles du vice étaient le pendant de celies des voyageurs.
Nous ne croyons pas à une galanterie municipale à l'adresse de l'intendant Pierre Damours, simple conseiller au Parlement, qui vint à Troyes après la reddition
de la ville sous Henri IV. Elle constituerait une exception aux désignations topographiques traditionnelles ou de destination si persistantes qu'elles n'ont pas céd< pour des personnages bien plus considérables. D'ailleurs c'eût été une épigramme.
VOuT de Bourg, prolongement de laPierre d'Amour, signifie littéralement : jBowc sale ou puante (Orde- Boue); on noniuiait ainsi la rue depuis le xve siècle.
Une enseigne, ou l'aspect du levant, explique le nom de Soleil ;
Les Trois-Merles étaient figurés sur une enseigne;
Quant à la rue de Saint-Aventin, elle a pour origine la sépulture du saint sur laquelle s'éleva une petite église qui occupait l'angle de la rue et du rempart
Le dernier curé de cette paroisse, l'abbé Fardeau pérît massacré en 4792, sur la place des Comtes, pour n'avoir pas plié devant les exigences de quelques misérables dont le crime resta impuni.
Les appellations de Petite et grande Courtine appli* quées à deux rues conservent le souvenir d'un appareil militaire.
Celles des Trois-^kmes et du Son^Poi^^r rappellent des hôtelleries : Ganguerie semble venir de gagnage
(mot du vocable agricole parfaitement explicable dans un quartier marécageux où les jardins occupent plus de place que les maisons). Le nom des Guilh^nets est celui d'une famille. Dans le Rognon et la Tuerie, qui qualifient en les désignant, deux voies aboutissant à l'ancien abattoir, il n'y a pas à chercher d'étymologie.
ANCIBN ABATTOIR.
Il date de 4439. On le nommait alors Ti^cor^^Aern ou la Tuerie. Sa création fut motivée par les inconvénients et l'insalubrité résultant de l'usage de tuer le bétail à
domicile. Leurs conséquences sont énergtquement re* tracées dans uu règlement du23mar844^9, quiojttribue
aux infections :
« Lti^ pestilences de mortalité et d'épidémie, advenant ê à la cité de Troyes en grande diminution du peuple t. d'iceiiê. $
Tel était en j^artie, selon les auteurs du règlement, l'effet de l'usage des bouchers de tuer les bétes en leurs hâteh. Cette coutume remplissait les rues, peu
ou point pavées alurs, de sang et de débris conompus qui \iciaiciit l'air.
Les. maîtres bouchers, qui foiraient une corporation ricbe et puissante, étaient soumis à une obligation assez ciiriouse. devaient donner chaque année à U Léproserie ^de Troyes ou Maladrerie Des-deux-£!aux, près de Bréviandes, un (diar ferré renfermant de vingtcinq à trente porcs bons et suffisants. Le charriot était conduit en gian le pompe, mais les lazzis du populaire ayant ftni par oiïusquer les bouchers, ils ne voulurent plusse plier au cérémonial. La redevance et ses forioalités furent converties en numéraire.
Les prindpales condUions d*exerciçe do 1^. prQiessioB étaient d'être Bis de mattre, de se faire admettre par la cor?. poratloD et de. prêter serment d'accomplir fidèlement les. règl^ment^.
Les bofiçfaers étalent assujettis kla-vlslte dn maître el de soi^ lieutei^aniji ils ne p9iiiiadciit.vendKequala viande abattre, écorcîiée et accoolj^ à l'abattoir. Défense jétaitfolte do vendrif alllepis qii'à la bôoqherie pu^Iiq^e, et lejicii.d?h]4iltatlon, qui était arbitraire poîir iieancoop de professioos, était imposé et déterminé par les règlements. Les boa<Aers devaient demeurer» tenir, et nourrir leurs bestiaux» tenir ei fondre leurs suifs, • dans le quartier destiné, de lémfit immé^rialf^ à la demeure des, ibeuehersy appelé quartier <M la boucherie. » V^ndrpii dont jl est quesUon est le voiupa^e d^ ià^ parolss^e Saintrliepis, efitrjQ r£y4ché, le Préau et
rAUUoir« Il y avait aussi des étaux où Ton tuait le bétail dans les Masqueries (quartier de la Pie et du Gros^Raisio}. L'approvl^ounement et le prix de la viande étaient déterminés. Les tripiers ne pouvaient, non plus, vendre que les iësues provenant de Tabattoir.
* Cest ici le cas de parler des fameuses andouillettes de Troyes, qui ont acquis une réputation presque européenne. Le 12 décembre 1566, la municipalité envoya, pour la première fois, des andouillettes à titre de cadeau à ses chargés d'affaires de Paris. On a vu qu'en 1590 les soldats d?Eus< lacbe de Hesgrigny perdirent les traces du duc de Chevreuse en cfaerchant des andouillettes dans les maisons des tripiers dii quartier Saint-Denis. Bien auparavant, Odard Hennequln (1527) avait contribué à la renommée des andouillettes de TVoyes en en envoyant à la cour de François l*', dont'il était anménier.
Les boucbers avaient la jouissance des usages et pâturages de Sancey (Saint-lulien) et de Bréviandes. Bs vendaient la viande crue à Texclusion des regrattlers, taverniersi pâtissiers et rôtisseurs.
Les faubourgs de la ^lle, malgré leur éloignement et Fenceinte fortifiée qui apportait une foule d'obstacles aux communications « n'avaient pas le droit de posséder de boucheries. On fit une exception en faveur dn faubourg Croncels, pendant la durée des guerres de religion» k compter de 5689. Cest à cette cause que remonte le nom de rue de l*Ecorcberie, donné àune des voies rurales du &uboui|^ L'exception disparut par déctsion de la Prévôté du ^Juillet
Les bénéfices d^un monopole si étendu donnaient avx maîtres bouchers une position irès-enviée. Avssl, ceux qui ne pouvaient remplir les obligations des statuts^ et voulaient , entrer dans la communauté, profltaient-lls des événements politiques pour se faire recevoir par privilège du roi. Sur les plaintes de la corporation, Henri IV, supprima dette foveer le 20 juin 1597.
Les Grandes-Boueberies, dont on a vu l'emplaeenif^nl siir. le parcours de la rue Notre^pame, étaient célèbres par la propriété prétendue mfaracnicfiise dTélre à Tabri des visftes
des moiH'hi s Oq faisail hommage à saint Loup de ce privilège Quelques esprits observateurs et praiiquesl'allribuaienl aux courants d'air du nord au midi, et surtout au jour crépusculaire qui régnait sous ies travées de rétablissement. Le fait parut assez intéressant à examiner pour que le lieutenant-général du bailliage, Morel, fit une enquête. Le 45 février 1739, il coiisiuia les ( hoses et recueillit les opinions des membres de toute la communanié, réunis sur place; mais il S^absLint de conclure. Une expi opi iaiîon, datant du âojuia 1847, a entraîné la démolition des houclieries.
Les bouchers de Troyes avaient des aunes héraldiques. Ils portaient d'azur au couperet d'argent, accompagné de trois Jleurs de lys, deux et une. L'aballoir, qui est abandonné depuis 1858, consiste dans un vaste hangar ouvert sur la rive gauche de la rivière de Jaillard; il n^offre d'autre intérêt que celui que lui donne le passé de la corporation des bouchers.
FILATURE DË JAILLABD.
La rue de Jaillard, conduisant au moulin de ce nom, explique d'elle-même la raison de son existence. Par un prolongement moitié pont, moitié chaussée, de la Grande-Oourtine, on tombe en face du Grand-Séminaire, auparavant prieuré de Notre-Dame-en-risIe.
En tête de la dérivation du bras droit de la Seine s'élève une filature de coton très-importante.
Le cours d*eau, qui ne fournit qu'une partie delà force motrice, combine son action avec celle d'une machine à vapeur. Cette fabrique, qui n'occupe pas moinsde deux cents personnes, et groupe dans son intérieur une usine à gaz d'éclairage, des ateliers de teinture, de tricots circulaires et de mécanique, a eu des commencements très-modestes.
Au xu* siècle, il n'était qa*un pauvre moulin appartenant aux rdigietises de Foiey, qui le cédèrent^ en li9l« à
révéqoe de Troyes, Haïce de Plancy. On le nommait alors le moulin du Pré-l'Evéque. L'année suivante (H92), l'évêque le transmit au Ghapilre de la cathédrale qui le posséda jusqu'à la Révolution. En 1791, ce moulin, dans lequel les clianolnes avaient fait de grandes dépenses d'amélioraiion, fut vendu ^ des particuliers. En 1826, à côté du moulin s'éleva une filature qui, graduellement agrandie, aitcignii bientôt ses proportions actuelles. Au temps de la possession des chanoines, le moulin de Jaillard était discrédité. Pour empédier les chalans de se porter ailleurs, le Chapitre prit le parti d^eicommunier ceux qui les détournaient d'y moudre. Cette application industrielle, d'une arme ecclésiastique, souleva beaucoup de récriminations et n'imposa silence ni auxraJileurs, ni aux concurrents, qui s'armèrent de l avis de Sébastien Rouillard, avocat, pour mettre leur conscience en repos. Rouillard, dans une consultation compendieuse, datée de 1610, conclut en déclarant T excommunication surannée et hors de saison.
Le moulin, de plus en plus effacé par la liialuie, a vu la iiwine rendre les armes au coton.
GaANB-séMINAIRB.
A l'extrémité de la chaussée de Notre-Dame-eû*risle, une grande surfece couverte de bâtiments, de jardins, de charmilles, et entrecoupée de cours d'eau, se montre tout-à-coup cil face du quartier des tripiers et des boyaudiers. C'est le Grand-Séminaire.
Il n'y a pas dans toute la ville, si on excepte de la comparaison quelques monastères situés dans les faubourgs, un établissement ou un hôtel d'autant d'importance.
Un Taste corps de logis avec ailes de retour, Termées en fiiçade par une grille de fer, s^ouvre et s^édaîre sur un Jardin asses vaste pour comprendre des terres arables et des cultures maraîchères.
C'était un anden marais, le marais de Cuchaud.
Uévèque Hervée permit, en 1322, aux chanoines régu-
lîcrs di! Val-des-Ecoliers d'y éiablir une maison placée sous l'invocaiion de Notre -Dame-de-rAssomplion. De là le Dom de Tendroit, et de sa situation hydrographique la désignalion d'iin Isle, qui y fut njouiée.
La réunion de l'ordre du Val-des-Ecoliers à celui des réguliers de Sainte Geneviève modifia la coDStitulioa de Faocienne comniunauié en 1653.
Ce fut sous la direction des prieurs J.-B. Pépin et Simon, son neveu, que les bâtiments d'habitation s'élevèrent et que les jardins furent plantés de charniilles, décorés de parterres, et arrosés par des canaux, « es travaux du temps de Louis XiV sont distribués gnr le pîan monastique que réclamait sa destination ; mais les I) itimenls furent retaiis eatièremeni sous Louis XV (1775). De longues galeries de clef ire en plein-cintre circulent sur les trois retours de la façadje extérieure. Le reste se compose de salles et de cellules.
Devenue simple prieuré au commencement du xviii* siicle, la maison des religieux de Sainte-Geneviève fut réunie au domaine épiscopal en 4709. Bénigne Bossuel, évéque de Troyes, établit, en 1720, dans le couvent de Nolre-Dameen-l'Isle, le Grand-Séminaire et les prêtres lazaristes, ses directeurs, qui étaient alors aux Bas-Clos (faubourg Croa- • cels).
Quoique compris parmi les biens nationaux, l'ancien séminaire est revenu à sa destination primitive. La ville de Troyes, \ laquelle on l'avait cédé pour en faire une caserne, Ipansigea sur le litige élevé h propos de cette possession, de sorte que rétablissement est devenu définitivement diocésain. * ^
L'ancienne chapelle a été démolie en partie lors de lareconstruction de 1775. ïl n'en reste que les anciens transsepts. On y voit la trace de modifications qui remontent au XVI" siècle.
Entre les quatre murs de ces traiissepis, M. E. Millet, arihitecte, a établi une décoration du xiii" siècle. Les voûtes de craie ont été remplacées par des voûtes de bois. Les murs ont été percés de fenêtres en ogive aigûe. De chaque côté| dans le sens de la longueur, se rangent des colonnes annelées et reliées aux murs à moitié de i^ur élévation.
Sur leurs chapiteaux t\ crochets, couronnés de tailloirs polygones, retombent les nervures de la nouvelle voûte qui offre une section en berceau le long du passage ménagé entre les prifois et les colonnes. L'archilecle a voulu compléter cette miniature ogivale eu la couvrant de décorations polycrômes. Le résultat de la teautive est toul ea laveur des églises sans peintures.
ANGIBNNB ARQUEBUSE.
Dans l'île, àiaquelic raiicien couvent de Notre-Dame a donné son nom, se trouvent encore en partie les anciens bâtiments et les jardins de la Compagnie des Arquebusiers. Ils sont limités par le Grand-Séminaire, par le cul-de-sac nommé abusivement rue Neuve-des- Bains, par la chaussée de la Planche-Clément et le cours Saint-Jacques (ancien rempart).
Les arquebusiers ne lurent qu'une transforutaiion des arbaléiriers, connue ceux-ci étaient eux-mêmes les héritiers des anciens arcliors. Les armes avaient changé, mais les associations avaient conservé le mAme but, celui de s'exercer au maniement des armes. Dans un temps où toul se jetait dans le moule de la corporation ou de la communauté, et se réglementait avec autorisation et privilèges, les compagnies d'arthcrs, d'arbalétriers, puis d'arquebusiers, ne ponraient être constituées sur des bases différentes. An besoin, Famaleur, soumis d'ailleurs à des obllgiiiions militaires, devenait un soldat d'élite. Ces considérations avaient engendré diverses faveurs qui donnaient au titre de chevalier ou de compagnon de rarrpiebuse une importance fort recherchée. D*abord accessibles à tous les citoyens qui remplissaient les Conditions réglementaires, les compagnies de l'arquebuse, dans le dernier siècle de leur existence, ne se recrutaient plus que parmi les gens de loisir. L'exclusion des artisans prouvait dès lors que ramuscraent avait pris le pas surTutilité. 1 a transformation d s éléments militaires explique trèsbien ia dernière phase de l'institution.
Le faubourg Croueeis et les Hauto-GloSt sa dépendance, la rue de la Petite-Tannerie, le quartier Saint-Nicolas et le faubourg Saint-JacqueSy furent tour ^ tour les endroits choisis pour les exercices des arbalétriers et des archers. Quoique Louis XII ait institué des compagnies de Tarquebuse en ISOI , nous ne croyons pas que Troyes ait eu la sienne dès ce tempslà. La preuve s'en trouve dans une demande faite le 22 février 1523, par Jean llolé, seigneur de Villy-le-Maréchal, et plttrîeurs autres» afin d'être autorisés à élablir k Troyes un jeu de Tarquebuse. Sur celte demande, le 4 mars de la même année, le maire et les échevîns accordèrent k la compagnie la place qu'occupaient les arbalétriers dafavèourg Croneek^ et promirent de contribuer chaque année à la dépense des joyaux à donner en prix. Des lettres-patentes de François en date de 1525, confirment nos probabilités.
Du faubourg Croncels, et après diverses vieissitudesy la compagnie s'installa, vers 1620, dans les bâtiments qui furent élevés à la Planche-Clément. Dans le fond du jardin s*élevaitun joti pavillon de brique (style Louis XIll), qni a été démoli. L^intérèt qui pouvait s'attacher aux dispositions des jardins, à la butte sur laquelle s'élevait la perche couronnée d'un oiseau de métal, à la décoration et aux attributions de rbôtel, n'existe qu'à l'état de souvenirs. Comme toutes les autres corporations, la compagnie de Tarquebuse fut supprimée en 1790. I^es seuls, mais les plus remarquables objets qui décoraient l'hôtel de TArquebuse, sont de magnifiques vitraux exécutés par Linard Gonthîer, de 1621 3i 1624. Ils sont, maintenant, aux fenêtres de la bibliothèque publique.
La devise des arquebusiers était Bourses de Troyes ; leur surnom, les Bons Camarades, Des fêtes brillantes étaient provoquées par les luttes de tir qui s'établissaient entre les compagnies d'une même circonscription, lorsqu'on donnait nn prix général. L'adresse constituait le seul titre aux digni< tés de la compagnie. Celui qui abattait l'oiseau était proclamé Rot, S'il continuait trois fois de suite à garder sa supériorité, il devenait En^pereur, Les oificiers étalent nommés par élection. Entre autres privilèges, les dignitaires des arquebusiers jouissaient de la franchise des droits d'octroi lorsqu'ils entraient des vins. Le nombre des fûts était déter*
miné seloD l'impor tance des grades. Uq certain nombre d'exemptions du service militaire fui aassi accordé aux fa* milles des arquebusiers.
La rue, on dirait mieux la chaussée de la Planche^ Clément, — indication de l'existence d'un pont — conduit à la chaussée des huches à poisson qui encombraient le lit de la rivière en amont de Jaillard. Mais, avant d'y arriver, on croise la rue Neuve-des^ Bains, ainsi nommée de l'établissement fondé en 4768 par M. Rousselet, maître en chirurgie. Les Bains actuels sont sur le même emplacement. Le fondateur, qui avait doimé à son entreprise les garanties d'un privilège, rôvait un équivalent des établissements thermaux, au point de vue récréatif. Il avait imaginé des fêtes publiques dont le signal fût donné par un feu d'artifice. Aujourd'hui, ces bains se renferment modestement dans le cercle des baignoires et des robinets.
La chaussée des huches, aujourd'hui classée parmi les quartiers sans nom, était le centre des approvisionnements monastiques pendant le Carême. Le poisson était parqué dans des réservoirs de bois ûxés par des pieux au fond de la rivière. On en comptait plus d'une vingtaine. Ces huches firent jf^ayer plus de procès que de poisson, car le Chapitre de la cathédrale, propriétaire dos moulins de Jaillard, y voyait un obstacle au cours de l'eau . et plaidait sans cesse contre le Chapitre de Saint-Etienne, propriétaire du canal, et l'abbé de Montier-la-Celle, auxquels les huches appartenaient. Le dernier réservoir de cette espèce a été condanmé à disparaître en 4853.
Le réseau de rues, de ruelles et d'impasses compris entre le moulin de Jaillard, l'évôché et la rivière, est rancien bourg de Saint-Denis , qui causa au comte
Henri I«rle désagrément de faire réparation au Chapitre et de perdre un chapeau.
Dans la rue de la Crosse, qu'absorbe maintenant celle du Vert-Galant, Févéque avait des caves où il foisait vendre son vin. L'ensemble de rétablissement s'appe^ lait rHôtel-de-la-Crosse.
On a vu, à propos de Tancien abattoir, que les houchers. les tripiers et les boyaudiers étaient canton nés au quartier de Saint-Denis. L'église, qui occupait la place de ce nom, était la paroisse de la corporation. C'était une construction romane du xiie siècle, et dont quelques chapiteaux moulés, déposés au Musée, font singulièrement regretter la perte. La date et la valeur artistique de l'église eussent dû la préserver de la démolition. Malheureusement la suppression etTenchère ont passé par là. Au coin de la petite rue de l'Ev^ché, du côté do celle du Vert-Galant, s'élevait encore, en ^835, une tour qui faisait partie de l'ancienne enceinte gauloise.
Le PréaUj aijgourd'hui dépendance du port, nous amène sur la rive gauche du canal dont nous avons
exploré la rive droite, et nous laisse \oir à son extrémité nu ridionalele Cloître de Saint- Etienne.
Cette rue, maintenant si paisible, a eu ses jours d'agitation et d'érnotioiis militaires; les menaces de la révolution y ont aussi jeté l'alarme.
D'abord ce fut le quartier claustral afTecté aux chanoines de la collégiale du palais des Comtes. Il se fermait, pour s'isoler de la ville, à des heures réglées. C'était un rcHet des habitudes monastiques. Les chanoines y habitaient ou devaient y habiter seuls. On sait, pourtant, que peu à peu les cloîtres s'hinnanisèrent et que les rnaisous laïques finiront par s'y montrer à côté des maisons canoniales. Longtenips avant que la révolution n'eût introduit la liberté d'habitation dans tous
les qQartiersJ léÀ mœurs Idi en avaient ouvert les en*
trées.
Le comte Henri avait donné lefe terrains du cloître Saint-Etienne aux chanoines de sa collégiale ; il y avait joint des droits et des privilèges immenses dont nous rencontrons partout la trace : dans les marchés, dans les foires, sur les cours d'eau, aux bains publics, aux' étaux, dans les boutiques des fourniers, des pâtissiers, des boulangers, partout o& il y avait des redevances à toucher, on se heurtait contre quelque agent de la collégiale.
Dans le nombre des monopoles du Chapitre, il y en avait d'exorbitants. Ainsi, en /I406, un proc neur de Troyes, qui avait établi des bains chez lui, fut poursuivi pour être contraint de les supprimer, à cause du privi* lège qu'avait Saint-Ëtienne de posséder seiii des bains et des étuves publics. On comprend les efifets de la po» sitîon exceptionnelle faîte aux chanoines. Il en résultait des prétentions dominatrices qui conduisaient droit à l'abus ; à cet égard, le chapitre était sur la môme ligne que le couvent de Notre-Dame-aux-Nonnains. Il ne reculait nî devant les dangers, ni devant le scandale d'une excommunication, car, en -138^, le pape fulmina contre les chanoines à l'occasion d'une arrestation arbitraire.
La LiguBj qui avait pour chefs les notabilités catho*> liques et les corps religieux intéressés par conviction
et par opinion à aaéaiitir les doctrines protestantes, compta les chanoines de Saint-Etjenne au premier rang.
Dans cette grande lutte où la force fit souvent sa sanglante partie, les religieux troquaient le froc et Taumusse pour la cuirasse. En 1589, le chapitre de Saint- Etienne prit une attitude tout à fait militaire. Son doyen Yves-le-Tartier fut enlevé et fait prisonnier le S oc*
tobre, par les calvinistes. Dans le mémorable combat du <7 octobre -1590 {journée des barricades ou de Saint-Lambert), on retrouve le même Yves-l&-TarUer à la téte de ses chanoines, Tarquebuse à la main, sur une barricade élevée à l'entrée du cloître. L'intrépide doyen mourut en capitaine, au poste qu'il occupait, frappé par une balle royaliste.
A cette époque, le cloître était devenu une véritable place forte. Sous la seule condition de ne pas élever de barricades et de ne pas mettre l'artillerie en batterie, les chanoines furent autorisés, par le commandant de la place, à avoir chez eux des fauconneaux (canons de petit calibre).
En ns9, le cloître vit revenir les alarmes de la Ligue. Des soldats furent placés à l'entrée du cloître pour le protéger contre les tentatives de la populace ameutée contre les gens nobles et d'église qui habi-* taient le quartier. Le 14 septembre, sur une menace d'assassinat, il fallut doubler les postes du cloitre. Après l'assassinat de M. Huez, maire de Troyes, plusieurs familles quittèrent la rue et la ville.
Maintenant le cloître des chanoines a pour habitants de paisibles propriétaires, la communauté des sœurs de Bon-Secours, le couvent du Bon-Pasteur, refuge de repenties, et une dépendance du couvent de Saint-Vincent-de-Paul. La maison du Bon-Secours renferme quelques détails de sculpture et une galerie de la Renaissance; au couvent du Bon-Pasteur, M. Millet, architecte, a terminé en ^ ^50 une chapelle en bois avec tour romane en pierre. C'était dans le cloitre que de» mourait en dernier lieu la famille du baron de Ghapelaines {voir hôtel de ee nom).
PRMOIVS. — COBDBLIBRS.
Il ne nous reste plus maintenant à explorer que le côté nord-est de la ville, compris entre la rue de la Cité, le quai de Nervaux, et celui de l'Abattoir jusqu'à la rue Samt-Jacques.
Depuis la Cité jusqu'à la première écluse du canal» on marche sur remplacement de l'ancien ru Cordé dont le quai dcR Comtes a repris le lit.
La maison de détention placée à l'entrée de la rue Hennequin, — auparavant du Ghamp-des-Oiseaux, — remplace l'ancien couvent des Gordcliers qui y avait été fixé par Thibault V, en 4258, à la suite d'une translation.
La chapelle de la Passion, monument de la fin du xy* siècle, était d'un grand inlérék. Une salle de bibliothèque était superposée à la chapelle; le fcDétrage en ogive obtuse du rez-de-chaussée, ei les baies carrées de celui de Fétage indiquaient les différences de destination. De curieux chapiteaux, un beau retable de pierre peinte et dorée» on grand nombre de tombes consacrées à d'honorables ou dMIhistres noms, auraient d6 préserver la chapelle de la Passion de la triste subatItotioA qui s^est accomplie. En la démolissant on n*a pas eu Texcuse de la sécularisation révolutionnaire, car elle existait encore en 1855, et la raison d'utilité matérielle n'avait rien à opposer contre sa conservation. Cet édifice, à double destioation, serait précieux aujourd'hui, car on man* que de grands bâtiments publics pour une foule d'usages et de réunions. 11 semble, du reste, que les Gordeliers fussent prédestinés. En 1792 et 1795 ils servirent de prison aux suspects. Aux Gordcliers étaient les sépultures de la famille de BJauroy, de celle des Juvénal des Ursins, la tombe d'un Golbert, de la famille du ministre de Louis XIV. Dans ce nécrologe rayonne le nom de Pierre Pilhou, Tune des plus grandes figures de la galerie biographique de Troyes. Aux côtés du procureur-général au Parlement^ était son frère François, le
fondateur du collège, lean Poterat, qui introduisit à Troyes la fabrication des fotaines en 1552, reposait aussi aux Corde* . liers. Il ne faut pas omettre, en passant, une circonstance intéressante : Hennequin, docteur en Sorlionne, donna en 1651 sa bibliothèque aux Cordeliers, à la condition qu^elle serait à la disposition du public. On a bien fait de consacrer le souvenir de cette création intelligente et libérale en donnant le nom d'Hcnnequin à la rue qui fut le berceau de notre riciie bibliothèque.
Adossé au ni Corde, et occupant l'angle des quais de Nervaux cl (les Comi( s-dc-Champagnc, est un élablissemeai à double deâUualiou, c'est le temple protestant.
TBUPLB PROTESTANT.
L'histoire du protestantisme, à Troyes, est en même temps un long chapitre de 1 histoire politique et municipale.
Nous ne pouvons que résumer les principaux faits dont il a été la cause et le prétexte. On a, d'ailleurs, rencontré déjà beaucoup d'épisodes de cette histoire au courant de la topographie.
On peut fixer à 1520 la date de l'introduction du lolhérianisme à Troyes. Il débuta par des livres clandestinement distribués, par des discussions particulières, c'est-à-dire, comme débutent ks propagandes d'opinion et de croyance. L'évéque Guillaume Parvi prit le seul moyen qu'il y eût à opposer aux nouvelles idées, en veillant aux doctrines, à la discipline et aux mœurs ecclésiastiques. L*abus, Tenrichissement outré des couvenls, rigiiorancc, la dissolution, l'oubli (les préceptes religieux, la violence et la persécution ouvrirent à la Réforme une porte trop large pour qu'elle ne prît pas de grandes proi>ortions. Le mol réf or tue signiliait plutôt pour le penple une suppression des abus qu'une transformation dognialiquc.
L'évèque Guillaume Parvi réussit d'abord à préserver à peu près son diocèse des idées luthériennes^ mais Odard
HeiuieqaiD, 80d successeur, se yit en face d'une recrudescence à laquelle il opposa le même système que celui de son prédécesseur : il proclama la gratuité trop oubliée du baptême, il réforma des coutumes qui faforisaîent les récriminations, supprima tout ce qu'il put des abus qui serraient de texte aux novatettrs,alnsl qu'on en a la preuve dans un livre imprimé sous ce titre : Ze irafie et train des marehandites que les prêtres exercent en t Eglise. Un prêtre des Bssarts^ le-Vicomte, près de Sézanne, Jean Dobec, imita Luther, apostasia, se maria, et prêcba contre le catholicisme. Malgré les efforts qu'on fit pour le ramener, il persista dans son apostasie, et fut condamné an bûcher. On le dégrada publiquement le 9 Juin i545. Il fut ensuite étranglé et brûlé sur la place de l'Étape-au-Vin.
Après Luther, Calvin, et tous les hérésiarques de second ordre.
Un cordelier de Troyes, Pierre Horel» commença comme Jean Dubec, mais finit mieux. Après avoir prêché le calrinisme, il abjura et rentra dans l'ordre des Franciscains. Un marchand, nommé Jean H acey, luthérien passionné, et Jean Moreau, Timprlmeur du livre dont nous venons de parler, furent également brûlés (1549).
L'avénement à l'éplscopat de Garacciole, prince d'origine italienne, fut pour les réformés une bonne fortune. Garac^ ciole penchait visiblement du côté des idées nouvelles* Ses sermons, empreints de Inihérianîsme, soulevèrent l'indigna* tion des catholiques; il y eut une émeute et des manifesta^ tiens qui rendirent l'évéque plus circonspect. Bien lui en prit, car un jour de pendant un sermon à Saint-Jean» tout était préparé pour faire crouler une voûte sur sa tête, aux premiers mots mal sonnants.
Mats Caracdole, persévérant dansia voie où ils'étaitengagc, conférait avec les Huguenots, à l'évêché et dans une maison de la rue des Lorgnes (1 555). Son exemple enhardissait les dissi- * dents qui en i!i54 brisèrent les statues, les croix, (lui décoraient les dmetières de Notre-Dame, de Saint-Jacques et divers endroits. 11 y eut procession expiatoire. Les rigueurs Judiciaires continuèrent, mais sans aller d*abord aussi loin qu'on pourrait le supposer à la suite des supplices de Dobec,
de Moreau et de Macey. La prison éUit Tarme principale employée, mais sans résultai.
Comme de la religion catholique il avait dérivé à la doctrine de Luther, Caracciole abandonna Luther pour Calvin. En 1557, nouvelle guerre aux images, nouvelles représailles Le nombre des Calvinistes croissait toujours. La rueMoyenne, remplie de dissidents, s'appelait, parallnsion à cette circonslanctj, la Petite-Genève. Les années 1559, 1560, 15G1, sani marquées par des troubles, des piofanations, et comme loujoiirs, par île sanglantes cxôculions sommaiies. Les magistrats essayèrent vainement de maintenir la tranquillité en défendant, sous peine de la corde, aux catholiques ei aux protestants de s'injurier.
I.e premier prêche public fut ouvert dans une grange de la Corterîe aux chevaux (rue du Bois). I! y eut d'autres lieux de réunion, notamment la BuHe-aux-Archers. Cependant les désordres ooniiîiuaieul. Les catholiques et les protestants luttaient de violence, au lieu de se tolérer réciproquement. De sorte que, pendant ces temps déplorables, on ne trouve à enregistrer que des agressions et des homicides à meltre au compte des deux partis. ï^lus nonibrenx et plus puissants que les calvinistes, ayant d'ailleurs le pouvoir royal et ses oliieiers de leur côté, les catholiques ont naturelienient h leur compte un plus grand nombre d'excès. 1562 est une année remplie d'épisodes de celte terrible guerre civile qui aboutit à la Saiul-Barlhélemy.
Le 27 août 4572, le mas acre des [ ru testants commença à Tr<>yes. Les arrestations, les vi iies domiciliaires, les assassinats particuliers furent couronnés le 4 septembre par cet égorgemenl épouvantable dont ii est question à propos du château de la Tour. Anne de Vaudrey, bailli de Troycs, n'eut p;<s, en slin)ulant les assassins, la triste exc;ise d'un ordre supérieur. Au contraire, malgré Tordre reçu depuis deux jours, d'épargner et de mettre en liberté les protestants, il voulut que les massacres deïroyes devinssent le lugubre pendant de ceux de Paris. El quand les malheun iix enfermés aux prisons du château furent massacrés, il fit publier les ordres qu'il avait reçus et dissimulés, lîien autrement inspiré, l'évéque Claude de 3eaulîreinoni,loiu d'imiter son prédécesseur.
combattait l'hérésie par la persuasion ; mais arrivées au point où elles étaient, les passions n'étaient pas faciles à calmer. Il y avait trop de sang versé de pan et d'autre; les haines étaient trop profondes pour que la voix de la raison fût ècoti* tée, et pour que les partis consentissent à désarmer. La Ligue, maîtresse absolue de Troyes, fit émigrer les dissidents oa les força â dissimuler. L'Edit de Nantes eut seul le pouvoir de ramener la tranquillité, saos éteindre cepeodant le vieux levain qui entretenait les rancunes réciproques des calvinistes et des catholiques.
La révocation de i'Edit de Nantes, sous Louis XIV, ramena les persécutions, et fut le signal de cette immense émigration qui arracha à la France une foule de familles obligées de demander à l'étranger la tolérance et la liberté que leur refusait la mére-patrie. En 1685, M. de Miromesnii, intendant de Champagne , chargea son subordonné, Jean Comparût, de se transporter dans tontes les paroisses de TEleclion de Troyes, où il y avait des Réformés, pour leur donner avis de la suppressipn de l'exercice de toute religion autre que la religion catholique, apostolique et romaioe, et leur faire abjurer leurs croyances.
Jean Comparot, assisté du lieutenant do grand prévôt de Champagne, d'un exempt de la compagnie de robe courte, d'un greffier, de dix-sept archers de la maréchaussée, et de denx archers de robe courte, commenta son expédition et parcourut les localités oi\ i^idaient des protestants. Il avait été précédé par des missionnaires chargés de préparer les abjurations. Il At comparaître les réformés. Chez ceux qui refusèrent de se soumettre à FEdil, il fit des perquisitions, brûla les livres calvinistes, et leur imposa des archers comme garnisaires. Quant à ceux qui se soumirent, ils allèrent faire abjuration publique h l'Eglise. Il est nécessaire d'ajouter qu'à cette époque le nombre des protestants avait beaucoup diminué, et qu^il n'y eut pas à constater en Champagne d^équivalenis aux trop célèbres dragonnades des Cévennes.
Cent quarante-huit ans s^étaîent écoulés sans que le protestantisme eût pu reparaître publiquement, sauf deux on trois actes accidentels et presque Intimes. Cependant, il y avait à Troyes un groupe de familles dissidentes. Cette cir<*
constance, signalée à M. Gerber, pasteur d j Haut-Rhin, par un de SCS co-religionnaires, le délermÏQa ù. veriir à Troyes en novembre 1855. Ktabli rue Moyenne, n" 15, au lieu même où le calvinisme avail pris naissance au xvi* siècle, M. Gerber réunit chez lui quelques personnes, puis loua une grande salle au n° Si . Après raccoinplisseîneni des iormalités légales, la nouvelle s.dlc fut inaugurée.
Le 6 septembre 1855, le temple fut transféré a ran<.Ho des rues du Palais de-Jusiice et des Quinze-Viugis, ii^ 2. Pour la première fois, la Conanuiiioii proiestmlc s'y accomplit.
Officiellement reconnue le 6 septembre 1840, l'Eglise réformée de Troyes fut afiTiliée au consistoire de Meaux. Après la vente de la maison où ils étaient éiablis, le 1*^' décembre 1845, les protestants obtinrent de la ville l'ancien hôtel de Montier-la-Celle, rue d(i Flacon.
A M. Gerber, envoyé dans les Basses-Pyrénées, succéda M. Cabanis, confirmé par ordonnance royale du 12 août
La ville ayant besoin du petit Montier-la-Celle pour la gar nison, les protestants n'eurent momenlanément pour Ueu de réunion que Tappartement du pasteur.
A l'arrivée de M. Recordon, qui remplaça M. Cabanis, nommé dans la Lozère, le 15 juillet 1848, la salle de vente n*51, rue Moyenne, fut afTectée an culte. Six mois après, nouvelle translation rue do la Moiiinic, n°56. Après environ dix années, M. Recordon, vaudois de naissance, mais descendant d*uoe famille française exilée par les événements, parvint, h force de patience ei de volonté, à donner à ses co religionnaires un lieu de réunion définitif, à l'abri des incertitudes de la localioQ et de la hoone volonté de Padminis* Ira 11(111.
Il y a loin de la grange de l'ancienne corlerie, de la butte aux archers, des chambres et des salles dont nous avons dressé la liste, à la construction qui appartient maintenant aux calvinistes de Troyes.
Arbonncurdcs mœurs actuelles et de la tolérance administrative et religieuse qui a consacré le libre exercice des croyances, les dissidents de Troyes n'ont plus à redouter les terribles épreuves d*une autre époque. Ils pratiquent paisi-
blement et ofîicielleinenl leur culte. Le contraste est d'autant plus si^isissaut, que, par un de ces rapprochements bizarres qui sont si familiers au liasard, le temple s'élève k quelques pas du château où tant de protestants furent massuci es en 1572.
L'édifice, entrepris le décembre 4857, a été terminé le avril 1859. L'inauguration en a eu lieu le 19 mai suivant. L'ensemble des bâtiments servant au culte et a I habitation du pasteur, a coûté 95,596 fr., y compris le terrain cédé par la ville. Le gouvernement a contribué à la dépense pour 41,000 fr., la ville, pour 11,500 fr. Le surplus est resté à la charge des religionnaires.
Le temple, exécuté par MM. Boulanger et (iarrel, architectes à Troyes, est une imitation de l'art roman. Etabli sur le plan d'un carré long, percé sur chaque face latérale de quatre fenêtres étroites en plein-cintrc, rcdifioe, en façade, a une physionomie monumeiiiale. Une seule porte sous voussure, dont la baie est à îiulciui ilroil, conduit dans rintcrieur. Trois fenêtres cintrées se rangent sur la même ligne au-dessus; celle du centre, comme la porte, comme un arc supérieur à fond en damier, percé d'un oculus, s'encadre entre deiiK éperons soutenant une tour cjrrée. Cette tour, assise eu œuvre, au sommet du pignon, est percée sur chaque face de baies pleiu ciutre géminées. Une flèche ardoisée flanquée de quatre clochetons couvre la tour. Lesquelques détails décoratifs de rextérieur consistent en modillons, en moulures d'archivoltes, en petits chapiteaux. L'intérieur, subdivisé du côté de l'entrée en deux compartiments, consisle dans une grande salle sans ornements.
Tout l'ensemble de ce coin de Troyc8,depuis les Gor-
delicrs et la place de la Tour jusque par devers Saint- Probert, était l'ancien quartier des Juifs, et le nom de Ghamp-dcs-Oiseaux, donné naguère à la rue Hennequin, implique l'idée d'un endroit écarté et rustique, d'accord avec l'isolement dans lequel on parquait les Israélites.