‹ Troyes et ses environsChapitre 5 sur 7 · NOUVEL ABATTOIR · texte numérisé non relu

NOUVEL ABATTOIR

L'endroit où l'on a construit cet établissement s'appelait le Fort-Bouy, La rue qui y aboutit a conservé

ce nom qui n'est qu'une corruption de four Bouy. S'il est probable qu'il y avait là un four banal, il est certain que bien avant qu'il n'existât une villa galloromaine se trouvait sur la place. Les fouilles pratiquées pour asseoir les fondations de l'abattoir, dans le cours de 4855, ont amené la découverte d'un pavage en mosaïque dont les fragments sont déposés au Musée.

L'abattoir, ouvert le 7 mars IbijS, fait lioimeur au présent aux dépens du passé. Il a été construit par M. Fléchey, ar-

chilccic de la ville.

Il ivy ;i aucune coniparaisoa afaire enlrele nouvel abattoir et le hangar, Hanqué de huttes décorées du nom d'écuries, qui composent l'ancienne écoicherie de Jaitlard. Les bâtimeuls nouveaux ont une .ipparem e monnmcnlaleque nous nous gar. dorons bien de l)làrner : lantd'édUices modernes incriienlun reproche oppo>é! Un grand pavillon placéau centre dr rentrée, entre deux grilles, masque la vue de l'axe du grand pignon sous lequel les bouchers font leur besogne. Sous cette cuns- Iruclion s'écheiooueDt les chambres de chaque boucher. La grande allée en dallage, desservant le passage, s*égoulie dans un cours d'eau qui se jette à la Seine. Le sol des chambres, couvert de dalles en pente, se nettoie au moyen de robinets qui chassent les immondices au dehors. Les dépendances sont cooslruîtes avec soin. L'ensemble réunit les conditions désirables d'hygiène et de commodité. On peut seulement critiquer raligiiemeni donné sur le quai, a la clôture de l'abattoir, car il interrompt la circulation sur la rive droite de la Seine.

Le retour de l'ancien rempart nous amène à rentrée de la rue Saint-Jacques, que commandait encore il y a peu d'années, une porte militaire d'un beau caractère, et qu'on a eu la malheureuse idée de démolir. Il en sera question au tour de la ville.

De cette porte jusqu'au bras de la rivière des Cailles, s'étend un quartier d'une origiue relativement moderue, ou

pluiot Uoilt les conditions primitives onl été modifiées. Thibault IV, poiisaaiit reuceinlft de la ville an delà de la porte des Cailles qui commandait le cours d'eau, expio^jiia une partie des jardins et des vignes dépendant du couvent des Âugusiiuh de Saint-Martin ès-Aires. En 1239, i! indcniiiisa les religieux eu leur douuaiii la pôclie des fossés qu'il venait de faire creuser. A cette époque, Tendroii annexé à l'enceinte se nommait le Clos-de-Saint-Martin, indication signi- (ii aiive. Le prolon^^cmcnl de la voie publique, de la porte aux Cailles jusqu'à la porte Saint-Ja( (juos, appela naturellemciii une double ligne de maisons qui devint la rue Saint- Jacques. Il est probable que l'incendie de 1524, en refoulant dans le quariier-bas une pariie de la population du quartierhaut, aida à compléter le caractère urbain de la nouvelle rue. C'est ce qui a causé une erreur admise jusqu'à la publication d'un remarquable niéniuirc de M. Corrard de Brebao, sur les enceintes et les foriificaiious de Troyes, à savoir que la rue Saint-Jacques ne lut créée qu'au commeapement du XVI» siècle (!}.

C'est (!oi)( sur Tancien territoire de l'abbaye de Saiol- Martin que se trouve le tracé de la rue. Son nom lui vient du prieuré do Saint-Jacques auquel, plus tard, se substituèrent les Mathurins ou Triuilaires du faubourg.

COUVERT DU $ACRé-COBUR BT ORPHBLINAT DB

SAIKT-MAETIK-ÈS-AIRES.

Ces deux établissements remplacent l'abbaye royale de Saint-Martin-ès-Aires , doiît la <Usiijnatiorî rurale rappelle l'ancienne topographie. Dans renceinte de l'orphelinat, on retrouve la maison de Tabbé et le cloitre des religieux. L'église du monastère placée au nord-ouest a été démolie. Elle s'élevait sur le tombeau de saint Loup , le grand évêque qui préserva Troyes des dévastations d'Attila.

(I) Mémoires de Ut Société d'agrictdture de t'Auhe, ifM.

C'est dans l'église primiiive (570) que Sigebert, Childebert et Gestran, les trois rois mérovingiens, se réconcilièrent en jarant de leur sincérité sur les reliques du saint qui reposaient là depuis 479.

L'abbaye de Saint-Lonp prit naissance dans remplacement mime où son patron avait sa sépulture. Parmi ses abbés, on compte saint Winebault de Nogent, atdré à Troyes par réyéque Gallomagne. Après l'invasion normande^ qui avait to«t ravagé, les religieux se retirèrent en ville vers 9Hf et sinstallèrent dans remplacement qui est deveno celui de la Bibliothèque et du Musée, l/anclenne abbaye ne fut plus qu'une dépendance de la nouvelle. Cest alors qu'en 1104 les prêtres laissés à la garde de l'établissement élevé à l'ombre du tombeau de Saint-Loup devinrent des régu* Iters de Tordre de Saint-Augustin. Sous le règne de saint Louis, des religieux du Val-des-Ecoliers vinrent prendre la direction de l'abbaye (1229). Lorsqu'au xvi* siècle des abbés commenditaires se furent substitués aux abbés réguliers, un nom célèbre dans Tbistoire de la Renaissance fut inscrit par François V au catalogue de SaInt-Martin-ès-Aires. Prlmatice, le peinire-archllecie dont le souvenir se lie k la création du. palais de Fontainebleau, devint le supérieur temporel des Augusttns. Il succéda, en 1544, à l'évéque dé Troyes, Odard Hennequin, qui le premier avait joui de la mense ablmtiale; il eut pour successeur Elion d'Amoncourt, dont le riche tombeau décore Téglise de Foucfaères.

L'église de Saint-Mari in-ès-Aires fut reconstruite et décorée par les soins de Jean Thevignon, à la fin du xvi* siècle; elle a été demoliL après la Révolution. Daniel Hiane, vicaire de l'abbé Gilberi de Clioiseul, fit relever, eu 1656, les bâtiments claustraux qui tombait uL eu ruines; son œuvre fut continuée par le prieur Le Gaigneux, ei lerminLe, eu 1751), par le prieur iîoUiu. L'abbé des réguliers de Saiiil-Martin avait à sa nomination les curés de Sommery, de Neuvy- Sautour, de Sainte Maure, de Mar i ve-en-Othe et de Doches.

Les constructions^ enlrcprist s en 1C56. sont représentées par les bâtiments clnusiraux établis sur un plan carré. Au rez-de-chaussée, se déploie une paierie en pleiu-eiutre,doni cliaque jambage est décoré d'un pilastre saillant à fronton

dDtré. A l'étage est tracé un lambris sur lequel reposent les appuis des fenêtres. Ce lambris, les cadres des fenêtres et les chaînages qui séparent les ouvertures sont garnis de bossages.

Dans la galerie est une succession de voûtes d^aréte à nervures en prisme avec rosaces aui rencontres» et appuis de retombée en consoles. Les portes, qui déboucbeni sous les voûtes de la galerie, sont à frontons cintrés et li écbancrures sur entablements et pilastres. Il reste une jolie salle du XV* siècle dans le bflliment affecté k raumûoier. Oo termine une chapelle neuve en brique derrière le cloître. Cette addition, à peu près dissimulée, n'offre aucun intérél.

Dans les parties anciennes du couvent du Sacré-Cœur» on volt encore quelques fragments d'architecture du commencernent du xvu* siècle.

La section de la rue Saint- Jacques, qui ramène à la rue Girardon, de percement nouveau, et créée en môme temps que le nouvel hospice Saint-Nicolafi, commençait au Pont-des-Gailles. Ge Pont, nous Tavons dit, était commandé par une porte militaire qui subsista jusqu'en •1697. La partie centrale est en ogive, et son tablier, prolongé en plein cintre, porte au parement une Idéh cription qui mentionne Télargissement a la date de n36, sons la mairie de Louis de Mauroy. La maison no 36, qui se trouve sur la rive gauche du ruisseau des Cailles, en amout, est le lieu où naquit, le 27 juin '1806, le grand statuaire Pierre-Charles Simart, qui succomba à Paris, aux suites d'une diute de voiture, le 29 mai 1857.

La rue Girardon, pratiquée sur les dépendances de la

bibliothèque, nous conduit directement à l'abbaye de Saint-Loup. Avant d'y arriver, on rencontre à droite deux filatures de coton qui occupent l'angle de la rue et la dernière section du Fort-Bouy. La plus ancienne et la plus considérable est celle de Meldançon.

C'était dans l'origine un moulio à blé qui fut donné, en

1157, par le comte Henri I*', aux ehanoiaes de la collégiale Saint-Etienne. On le nommait alors le moulin au-dessout de la porte de VEvêque^ dont nous aYons signalé rexistence en passant au Pont-Ferré. Il resta Toué à la mouture jus* qu'en 1824, époque à laquelle la force motrice se partagea entre la farine et le coton. En 1831, dans la nuit de Noël, Fusine devint la proie des flammes. Â partir de 1832, la filature employa exclusivement la chute d'eau qui, depuis 1840, a pour auxiliaire une machine à vapeur. Dans cette usine, considérablement agrandie, il y a 5,500 broches. Un atelier de bonneterie circulaire est consacré exclusivement au classique bonnet de cotoa.

La seconde filature, qui n'existe que depuis 1812, n'avait d'aboriî pour moleur qu'un simple manège, remplacé, en 1832, par une machine à vapeur. £lie compte 2,400 broches.

BIBLIOTHÂQUB BT MUSÂB

Simple chapelle sous le nom de Notre-Dame, rétablissement primitif devint, après l'invasion normande, qui avait détruit l'abbaye de Sain t-Martin-ès- Aires, le siège de la nouvelle abbaye de Saint-Loup.

G'était.peu après 892.

D*abord chanoines sons la direction d'un prévôt, puis SÔus raiitoritè temporelle des premiers comtes de Champagne et des châtelains de Chappes, les religieux devinrent réguliers •

AugiJSlins, en même temps que les religieux de Saint-Martinès-Aires (1135). Enrichi par les comtes Hugues et Henri, le couvent devint considérable, et sa célébrité s^étendit au loin.

En 131 8, Tabbé Persin augmenu les bàlimenls claustraux, et embellit l'église. Pierre Andoillette, et surtout Nicolas 1 orjoi (de Plancy), abbés du monastère au xv* siècle, contribuèrent à la splendeur de l'établissement et à sa fortune.

Sous radiiiiiiisiraiion de Forjot, le Chapitre Sainl-Pierre, auquel le beau clocher de Tabbaye poriait ombrage, fit un de ces procès qui ne sont pas le côté le moins curieux des mœurs du Moyen Age. Les cloches furent prises à partie, sous le prétexte que la sonnerie troublait les offices, il y eut expertise, et le ChapiUc succomba. Les cloches de Saint- Loup purent souoer à leur aise aux oreilles de Messieurs de Saint- Pierre.

L'abbé Fcrjot obtint, en 4 487, la faculté d'officier pontificalemeni, crosse et niilré, et de donner Icsordres mineurs à ses religieux. Après avoir fait refaire la châsse de saint Camélien, Forjot songea à celle de saint Loup; par les soins de Papillon, célèl)re orfèvre et ciseleur de Troyes, il réussit à combiner, dans un harmonieux ensemble, une série d'émaux qui retracent les épisodes de la vie du saint (1503). Cette pièce d'orfèvrerie, qui provoquait une admiration générale, ne trouva pas grâce devant le mauvais goût du Prieur Cloquet. En 4777, l'orfèvre Rondot fut chargé de l'exécution d'une nouvelle châsse : on trouvait Tancienne démodée. Ciseleur et dessinateur habile, Rondot construisit une pièce d'orfèvrerie dans le style d'une époque où Pari religieux avait perdu son originalité.

Bn 1555, les abbés réguliers furent remplacés par des eommendataires. L^évèque Odarâ Hennequin en ouvrit la série, cumulant ainsi les deux titres à Saint-Loup et à Saint» Hartîn-ès-Aîres.

Vers la fin du règne de Henri IV, ou au commencement de celui de Louis XIll, les bâtiments claustraux furent l'objet d'une reconstruction. La besogne se fit lentement, car, en i735, on travaillait encore au bâtiment actuel.

Un symbole, dont le sens avait fini par échapper à la foule, qui n'y voyait plus qu'un spectacle grotesque, existait dans le matériel de proces»on appartenant à Saint-Loup. C'était un dragon de bronze articulé, connu sous le nom de Chair Salée. Le jour des Rogations, ce monstre, aises semblable aux chimères des gargouilles, était porté proressionnetlement. Le premier jour, on le couvrait de fleurs et Ton jetait dans sa gueule des pâtisseries et des dragées. Le deuxième

jour, sa parun; cousistailen rubans et en pompons; le troisième et dernier jour, hallenioiiis d ailes, les monvemenls de joie et les enjoliveinenls faisaient place h l'immobilité et à la niidiié. I.a Chair Salée rrnlrail niorlondue, la queue en avaiii,dansrobscui iléd'uriesacrisiie. On peiise bien que les quolibets et les criaillcries du ptiblic devaient donner aux liogaiioiis une apparence plus divcni.^sanle que religieuse. Mais rbabiiu;le est un vieux pll des mœurs qui ne s'efface que lenlcmeijt. Il fallut un refus du curé de Saint- PanlaléoD, en 1727, de laisser entrer !e dragon dans son église, pour que l'évèque en dclendit i exhibition processionnelle Vendue au poids, la Chair Salée a élé brisée. Mais son image a survécu (1). A Saini-Quiriacc '^e Provins, à Rouen et dans beaucoup de villes, on voyait des nionsires s eTiiblnbles, évidentes allégories du démon; les noms seuls difleraient.

Supprimée et convertie en propriété nationale, l'abbaye lie Saiot-Loop est deveoue ^ la fois Musée et Bibliothèque.

Le noyau de la eolicction d*objels d*art a élé formé en 1831, grâce am dons de plusieurs citoyens généreux et intelligents. Il comprend neuf divisions : «-Pdature»— Sculpture, — Ârebéologie et Epigraphie, — llédailles, — Etnograpbie, — Conservatoire d'industrie. — Zoologie, — Botanique, — Minéralogie.

Dans la ^ c liun des Beaux- A ris, la collection des œuvres du sculpteur Simart occupe le premier rang.

UBUOTHÈQUE.

Ou a vu que la prcnnère biblioibèque, dans laquelle le public fut admis, date de lOol, et qu'elle se trouvait au couvent des Cordelicrs doté, par le do( leur eu Sorbonne Jac ques Uenuequio, d'une imporlanie coUeelion d'ouvrages.

(1) L'iniagp de la Chair Saiée «m- trouve figurée Mir au cbapitean dil XIV* siècle, proveuant de l'aucieaiie abbaye.

liais il } avait loin de ce dépôt à celui qui rtunplit l'étage du grand corps-de-logis de l'abbaye de Saint 1 oup.

La DiblioiUeque publique actuelle n'a pas plus <le soixantecinq ansd'eiislence. Elle fui coostiluéc en 1795. La rcvolaiion eut l'heureux effet de i euuir, dans un cenii c unique, uuc foule de colleclioiis qui ulliaicul a l'clutie et aux recherches des difficultés de toute espèce. Voici de (]uelà éieiaeuis se compose le fonds de la Bibliothèque de Tioyes: — Bibliothèque de Jacques Ilennequin, donnée aux Cordclicrs en 1(551 ; — de rOraloire, donnée au collège par François Liiliou, — d'Herluison, ~ de Le m : Breyer, — do l'abbaye de Llaii vaux, formée en jïianJe paiùe de la collection du président au Parlement de Dijon Bouhier (c'est le plus riche élément du catalogue). Des deux Séminaires, — des couveuis de la Trinité, — des Chartreux, — de Moniier-la-Celle, — de Montiéramey, — des Carmélites, — de la Visitation, — des Ursulines, — de Saint- Loup, — de Foicy, — des Jacobins,

— des Capucins; de celles de la Chambre eeclésiastique, — des émigrés ou condamnés de Mesgrigny, — Feron, — Audra,

— Parent, — M"»» Hautefort de Villacerf, — Poleral, — Desréaux, ~ Jeanson de Saini-Parres,— Gaulard,— - Doublet, Gillet, — Saget, — Varin, — Feranville, — Hérault. Les conservateurs Ilerluison et M. Tabbé Hubert (484f), ont enrichi la collection en léguant à la ville leurs bil lioLljèques particulières. Chaque jour les dons du gouverueuienl, ceux des particuliers, et les acquisitions faites par la ville, augmentent les ressources de ce vaste dépôt, qui comprend plus de cent mille volumes et beaucoup de manuscrits. L'Evangéliaire de Noue-Dame-aux-Nonnains, le Psautier du comte Henri I®^, le manuscrit de prières de saint Bernard, etc., etc., constituent les curiosités historiques de cette poriiou de la Bibliothèque.

La grande salle, qui renferme la plus forte partie des dépots, possède encore un véritable trésor dans ies vitraux de Linard Gonihier, placés aux di Assis des fenêtres. Ces peintures appartenaient à la compagnie de LArquebuse, dont ils décoraient l'hôtel.

Henri IV et Louis XHl ont fourni les sujets de ces verrières, dont quelques-unes mériteraient plutôt le nom de mi-

iiialures sur verre, tant l'exécutioii en csi line, spirituGllc et minulicuse, sans qu'elle fasse perdre à l'eusemble sou caracière décoratif.

Voici, dans l'ordre actuel, la liste de ces vitraux :

Page 1