CHAPITRE V
ALDÉHYDES.
Ce qu’on entend paraldéhyde. Relations qui existent entre res corps et les alcools. — Les aldéhydes sont les intermédiaires entre les alcools et les acides. — Classification des aldéhydes en familles, à la manière des alcools :
Première famille : Aldéhyde méthylique, vinique, propyliqne.amyliqne, etc.; Deuxième famille : Aldéhyde allylique on acroléine, aldéhyde crotonique ; Cinquième famille : Aldéhyde benzoïque, cuminiqne, etc. ;
Sixième famille : Aldéhyde cinnamique.
§ 407. On a donné le nom à' aldéhyde [alcool dexhydrogenatum) au produit qui résulte de la déshydrogénation partielle de l’alcool vinique.
Chaque alcool étant susceptible de fournir, dans des conditions analogues à celles de la formation de l’aldéhyde, des composés dont les fonctions chimiques sont entièrement semblables, on a donné le nom générique if aldéhydes aux substances qui se confondent avec cette dernière par les propriétés fondamentales et qui, de même que les hydrocarbures et les alcools, forment une famille nettement définie.
C’est ainsi qu’à chaque famille d’hydrocarbures vient se rattacher une famille d’alcools et d’aldéhydes, à laquelle se relie à son tour une famille d’acides, née de la fixation de 2 molécules d’oxygène par les aldéhydes correspondantes.
Ces composés, qui sont aujourd’hui très-nombreux, tendent à se polymériser avec la plus grande facilité, soit spontanément, soit sous des influences très-faibles.
Plusieurs aldéhydes, de même que certains hydrocarbures, se rencontrent à l’état de liberté dans la nature; telles sont les
ALDÉHYDES.
aldéhydes cnminiquc (essence de cumin), cinnnmique (essence de cannelle et de cassia), benzoïque (qui prend naissance par la distillation du tourteau d’amandes amères avec de l’eau).
L’oxydation des matières albuminoïdes et gélatineuses, au moyen du mélange d’acide sulfurique et de peroxyde de manganèse ou de bichromate de potasse, donne naissance à la production des aldéhydes acétique, propionique, butyrique, benzoïque.
La distillation des substances grasses, telles que les huiles et les graisses employées dans l’économie domestique, fournit Yaldéhyde allyliquc (acrylique); celle de l’huile de ricin donne naissance à Valdéhyde œnanthylique.
Enfin la distillation d’un grand nombre de sels alcalins formés par des acides volatils (acétique, butyrique, valérique, benzoïque, etc.,) fournit, indépendamment d’acétones qui sont les produits principaux de cette décomposition, une petite quantité d’aldéhydes.
On peut employer, pour la préparation assurée de ces produits, les deux méthodes suivantes :
i" Action ménagée d’agents oxydants faibles sur les alcools, tels que le peroxyde de manganèse ou le bichromate de potasse additionné d’acide sulfurique ;
1 ° La distillation sèche d’un mélange intime de formiate dè chaux et du sel calcaire de l’acide dont on veut obtenir l’aldéhyde. Cette dernière méthode présente cet avantage, do permettre de réaliser la production des aldéhydes dont les alcools nous sont inconnus.
Sous l’influence de certains agents, et notamment de l’acide chlorhydrique, les aldéhydes peuvent se condenser avec élimination d’eau, comme nous l’apprennent les recherches de M.Kekulé. C’est ainsi que l’aldéhyde vinique peut se transformer en aldéhyde crotonique :
a^C^I'O^) = H’O’ + CH'OL
Aldéhyde vinique. Aldéhyde crotonique.
L’aldéhyde valérique donne des résultats analogues ; a(C'“H"0=) = H’O’ C»H‘'OL
Aldéhyde valérique. Aldéhyde rntylique.
ALDÊHTDBS.
D’après M. Riban, on pourrait donner naissance au même phé> nomène en faisant agir certains métaux sur les aldéhydes et plus particulièrement le sodium et le zinc.
Lorsqu’on fait usage do sodium ou d’un amalgame fortement chargé de ce métal, l’attaque se fait à la température et à la pression ordinaires ; souvent même on a besoin de refroidir les matières réagissantes.
Avec le zinc, il faut agir en vase clos, à une température de 8o à loo degrés supérieure à celle do l’aldéhyde mise en expérience.
Dans ce dernier cas, il y a souvent dégagement d’hydrogène; dans quelques circonstances, l’hydrogène mis en liberté se fixe sur les produits en formation.
Soumises à des influences oxydantes, les aldéhydes fixent a moli^ules d’oxygène et se changent en acides.
La simple exposition au contact de l’air sulBt d’ordinaire pour déterminer cette transformation.
La potasse caustique opère également la conversion des aldéhydes en acides, sous l’influence d’une température de aoo à aao degrés. Dans ce cas, il y a dégagement d’hydrogène.
Sous l’influence de l’hydrogène naissant, dégagé par l’amalgame do sodium dans une liqueur acide, les adéhydes régénèrent l’alcool qui leur a donné naissance. Si cet alcool n’est pas saturé, de nouvelles quantités d’hydrogène peuvent se fixer sur lui pour l’amener à cet état.
Ces aldéhydes s’unissent toutes aux bisulfites alcalins, avec lesquels elles forment des combinaisons parfaitement définies et cristallisables. L’addition d’un acide ou d’un alcali détruit la combinaison et met l’aldéhyde en liberté.
L’acide sulfhydrique réagit sur les aldéhydes et donne naissance à des composés qui ne diffèrent de ces derniers qu’en ce que leur oxygène s’y trouve remplacé par du soufre.
L’ammoniaque s’unit aux aldéhydes do la première famille; elle exerce une action réductrice sur celles de la cinquième, en engendrant des composés azotés de nature particulière.
Les aldéhydes réagissent toutes sur l’aniline en donnant naissance à des isomères des diamines dérivées des glycols.
Les aldéhydes de la série grasse réagissent sur les hydrocar-
ALDÉHYDES
bures de la série aromatique en présence d’un excès d’acide sulfurique au maximum de concentration , et donnent naissance, suivant M. Baeyer, à de nouveaux hydrocarbures, dont la formation est accompagnée d’une séparation d’eau. La réaction peut se formuler d’une manière générale au moyen de l’équation
Nous aurons l’occasion de citer quelques exemples de cette intéressante réaction durant le cours de ce Chapitre.
Enfin, en présence du perchlorure de phosphore, elles échangent leur oxygène contre du chlore, en proportion équivalente, formant ainsi des isomères des éthers chlorhydriques monochlorés des alcools correspondants.
Les aldéhydes correspondant aux divers alcools que nous avons étudiés forment autant de familles que ces derniers. Nous commencerons naturellement l’étude de ces composés par celle des aldéhydes de la première famille.
Nous porterons toute notre attention sur l’aldéhyde vinique, en raison des nombreuses et intéressantes recherches dont elle a été l’objet, l’histoire des autres, à quelques particularités près, s’en déduisant tout naturellement.
Nous examinerons de môme avec attention l’aldéhyde benzoïque, de la cinquième famille, qui, tout en nous retraçant les propriétés fondamentales de l’aldéhyde vinique et de ses homologues, nous présentera quelques différences importantes.
ALDÉDTDB MÉTmrtlQVB.