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NT

§ 439. Vers le milieu du dernier siècle, Courtanvaux observa la formation d’une substance odorante très- volatile dans la distillation des acétates.

Chenevix, considérant cette substance comme un éther, essaya de la dédoubler au moyen de la potasse; mais, n’y pouvant parvenir, il en conclut que c’était une substance de nature spéciale et lui donna le nom û' esprit pyroacétique.

M. Dumas en fit connaître, le premier, la composition et, par la détermination de sa densité de vapeur, en établit la formule.

M. Robert Kane, dans un long travail renfermant des faits intéressants, conclut de ses recherches que l’acétone est un alcool et lui donna le nom à' alcool mésiüquc.

M. Chancel rapprocha, le premier, cette substance de l’aldéhyde et la considéra comme une sorte d’éther méthylique de ce composé.

Williamson, peu de temps après, fit connaître les acétones mixtes qui prennent naissance dans la distillation de deux sels calcaires employés à équivalents égaux (acétate et butyrate, acétate et valérate, etc.), et démontra que les éléments constitutifs de ces diverses acétones, et par suite de l’acétone elle-méme, résultent de a molécules différentes ou identiques qui se sont soudées, l’une fournissant, au moment où l’équilibre de cetle molécule complexe se rompt, la partie oxygénée du radical, l’autre la partie hydrocarbonée. C’est ce que démontrent les deux

DiniîiïHfi by Googli

ACÉTONE.

V‘(]ualion6 suivantes :

C*H’0’ I ^ ^ 0 -t- I pjjj,

C'*11*0’ I ^ ® ^ ® > ^CaO •+- j Q8 JJ9 '

Les expériences suivantes contribuèrent à corroborer l’idée qui consiste à considérer les acétones comme des aldéhydes substituées. C’est ainsi que Staedler démontra d'abord que l’acétone, de même que les aldéhydes, est susceptible de s’unir aux bisulfites alcalins, et, plus tard, qu’elle se comporte avec l’ammoniaque, le sulfhydrate d’ammoniaque, le mélange d’ammoniaque et de sulfure de carbone absolument à la manière de l’aldéhyde. Enfin la formation de l’acide acétonique exactement semblable à celle de l’acide formobenzoïlique, et les phénomènes signalés par M. Friedel, relativement à l’action du perchlorure de phosphore sur l’acétone, ne laissèrent plus le moindre doute sur la véritable nature des acétones.

La synthèse de l’acétone a été réalisée, pour la première fois, par MM. Pebal et Freund, en faisant réagir le zinc méthyle sur le chlorure d’acétyle. En effet, on a

C'IFO’

C'IFO’, Cl + Zn, C’H’ = ZnCl -t- vA» *

C^ Ir

Cette expérience est, comme on le voit, la démonstration directe de l’hypothèse de Chancel.

M. Friedel opéra postérieurement la synthèse de l’acétone en faisant agir le chloracétène sur l’alcool méthylique sodé. En effet, on a

CMFCl H- C’H’NaO’ = Na Cl -+- C‘1F(C’H’)0L

§ 440. Quant à la préparation de l’acétone, elle est des plus simples. On introduit dans une cornue de terre ou de verre recouverte d’un lut de l’acétate de chaux bien desséché, puis on élève progressivement sa température jusqu’au rouge sombre. La décomposition du sel étant complète, la cornue renferme du carbonate de chaux, tandis qu’il s’est rassemblé dans le réci-

ACÉTONE.

pient, qu’il faut refroidir avec soin, un liquide limpide, odorant, présentant une couleur légèrement brunâtre. Ce produit brut est additionné de chlorure de calcium qui s’empare de l’eau qui a pris également naissance dans la distillation de l’acélate.

Après une digestion de quelques heures, on distille au bainmarie en ne recueillant que les produits qui passent au-dessous de 6 o degrés. Une seconde digestion sur du chlorure de calcium, suivie d’une nouvelle rectification, fournit un produit pur.

On obtient, dans l’industrie de l’aniline, des quantités considérables d’acétone, lorsqu’on distille le mélange d’acétate de fer et d’aniline provenant de l’action du fer et de l’acide acétique sur la nitrobenzine.

L’acétone prend encore naissance lorsqu’on fait passer des vapeurs d'acide acétique à travers un tube de porcelaine chauffé au rouge sombre.

Dans la distillation de l’acétate de chaux même le plus pur, il ne se produit pas uniquement de l’acétone : il se formerait en même temps de la méihylacétone et de \ éihyUtcétnne . On sait, en outre, par le travail de Kane, qu’il se forme un produit beaucoup moins volatil auquel il donna le nom de ihmmsinc.

Les recherches de MM. Chancel, Limpricht et Fittig ont nettement établi que, dans la distillation sèche de tout sel alcalin formé par un acide monobasique, il se produit tout à la fois plusieurs aldéhydes et plusieurs acétones. C’est ainsi que, dans les produits provenant de la distillation du butyrate de chaux, on a reconnu l’existence du butyral, du méthyl et de Vëi/iylbiitrtyle, de la buiyrone, de la méthyl, de Ycthyl, du propyl et de la butylbutyrone.

Il est bien entendu que, dans toutes ces réactions, c’est l’acétone qui se rapporte à l’acide du sel qui en forme le produit principal.

§ •441. A l’état de pureté, l’acétone est un liquide incolore, très-limpide, dont la densité est de o, 8 i 4 à zéro. Elle bout à 56 degrés, sous la pression de o"’, 76 o. Un froid de — 1 5 à — i 6 degrés ne la fait pas changer d’état. Elle est inflammable et brûle avec une flamme blanche très-éclairante. Son odeur est pénétrante et éthérée, sa saveur est brûlante ; elle se dissout en toutes

ACÉTONE.

proportions dans l’eau, l’alcool et l’éther. Elle dissout facilement les matières grasses et résineuses.

Elle forme avec les bisulfites alcalins une combinaison qui ne se dissout ni dans un excès de bisulfite, ni dans l’éther. Elle est au contraire fort soluble dans l’alcool bouillant, d’où elle se sépare par le refroidissement sous la forme do cristaux. Dans beaucoup de cas on l'engage dans cette combinaison pour l’isoler d’autres substances auxquelles elle pourrait se trouver mélangée.

Les agents oxydants ne transforment pas l’acétone en un acide renfermant le même nombre d’atomes de carbone; ils en brisent la molécule et en oxydent les parties en donnant naissance aux acides acétique et formique. Telle est l’action qu’exercent l’oxyde d’argent, un mélange d’acide sulfurique et de bichromate de potasse , enfin la potasse caustique chauffée à une température d’environ 7.10 degrés.

Les aldéhydes se transformant, au contact de l’hydrogène naissant, en alcools, par suite de la fixation de 2 équivalents de ce corps simple , la transformation des acétones en alcools, et en particulier celle de l’acétone acétique, devenait e.xcessivement probable. C’est, en effet, ce qu’a prouvé M. Friedel en engendrant, à l’aide de l’acétone, un alcool qui présente exactement la composition de l’alcool propylique, mais dont les fonctions sont essentiellement différentes. Afin d’exprimer l’isomérie de ces deux composés, on désigne ce dernier sous le nom d'alcool isoprnpylique, dont nous avons résumé les principales propriétés, § 330 .

Pour opérer cette conversion, on fait agir J’amalgame de sodium sur l’acétone étendue d’une assez grande quantité d’eau qu’on a déposée dans une fiole dont le col est fermé par un bouchon que traverse un tube effilé. On ajoute l’amalgame au fur et à 'mesure, lorsque l’action du précédent se trouve épuisée. .Vu bout de quelques jours on voit so séparer, à la surface du liquide , une couche plus légère dont l’épaisseur augmente en ajoutant au liquide du carbonate de potasse solide. Ce liquide surnageant, après décantation au moyen d’un entonnoir dont l’extrémité de la douille est effilée, est séché sur du carbonate

ACÉTO^E. 8l

de potasse bien anhydre, puis soumis à la rectiGcalion ; il commence à bouillir vers 75 degrés. Il passe une grande quantité du produit de la réaction entre 80 et 90 degrés; à partir de ce point, le thermomètre monte rapidement jusqu’à iy 5 degrés. A cette température il passe une proportion notable d’un liquide visqueux qui se concrète au contact de l’eau, en s’y unissant et donnant naissance à de belles tables.

Ce produit huileux, sur lequel nous reviendrons lorsque nous parlerons tout à l’heure de l’action des métaux alcalins sur l’acétone, a reçu le nom de pinacone.

Le liquide qui a passé à la distillation entre 80 et 90 degrés renferme, indépendamment de l’alcool isopropylique qui a pris naissance, de l’eau et de l’acétone inaltérée. Un traitement au bisulfite de soude, qui forme, avec cette dernière, une combinaison solide et cristallisable, permet de s’en débarrasser. On le rectifie, ensuite on le sèche sur du carbonate de potasse sec, on lui fait enfin subir une dernière rectification. On obtient de la sorte un liquide bouillant entre 86 et 88 degrés, qui constitue l’alcool isopropylique pur.

§ 442 . Le chlore sec mis en présence de l’acétone lui enlève successivement i et 2 équivalents d’hydrogène, en donnant naissance à des produits de substitution parfaitement définis. En remplaçant le chlore gazeux par un mélange de chlorate de potasse et d’acide chlorhydrique, qui, par leur action mutuelle, mettent en liberté du chlore, on obtient des produits de substitution plus avancés.

Lorsqu’on fait agir le chlore sur l’acétone en présence des alcalis, ou, ce qui revient au même, si l’on distille cette substance avec des hypochlorites alcalins , il se produit du chloroforme.

La monochloracétoncy obtenue pour la première fois par M. Biche, en électrolysant un mélange d’acétone et d’acide chlorhydrique, est un liquide huileux dont l’action sur les yeux et la muqueuse du nez est des plus énergiques. Sa densité est de i , i 4 - Il bout entre 117 et 118 degrés. L’hydrogène naissant le transforme en acétone.

La dichlunicétone, qui s’obtient soit par l’action directe du

S2 ACÉTONB.

chlore sur l’acétone, soit par l’action d’un mélange d’acide chlorhydrique et de chlorate de potasse sur cette substance, est un liquide huileux, limpide, dont les vapeurs provoquent le larmoiement. Sa densité est de i ,a 36 . Il bout vers lao degrés.

La trichloracétone a été signalée, par M. Bouis, parmi les produits de l’action du chlore, sur de l’esprit-dc-bois brut renfermant de l’acétone. Elle se présente sous la forme de cristaux.

L’action continue du chlore sur ces cristaux fournit un produit huileux, doué de propriétés vésicantes énergiques, qui est la tétrachloracctone . Cette substance attire l’humidité de l’air et forme un hydrate cristallisable.

En faisant agir un mélange d’acide chlorhydrique et de chlorate de potasse sur les acides quinique, citrique, gallique et beaucoup d’autres substances organiques, on obtient la penlachlor- (wétonc qui, huileuse à la température ordinaire, se prend en une masse cristalline lorsqu’on la refroidit à — 5 “ environ.

Enfin \ hexnchloracétone prend naissance lorsqu’on fait agir le chlore sur unedissolution aqueuse d’acide citrique, sous l’influence des rayons solaires. C’est un liquide huileux dont l’odeur est très-irritante. Il bout vers 200 degrés et forme une combinaison cristalline avec l’eau.

En électrolysant un mélange d’acide bromhydrique et d’acétone, M. Riche a obtenu X acétone monohromàc ou mnnohroniacétonc , <]ue M. Mulder s’est procurée plus tard en faisant agir sur l’acétone une quantité de brome insuffisante. C’est un produit peu stable, que la distillation décompose partiellement en répandant des vapeurs qui irritent fortement les yeux.

Lorsqu’on chauffe l’acétone avec le brome, on obtient une acéionc téirabromée qui s’unit à 2 molécules d'eau pour former un hydrate cristallisable.

Enfin, en augmentant la proportion de brome, on obtient une acétone pentabromée qui se sépare de ses dissolutions dans l’alcool ou l’éther, sous la forme de longs prismes incolores. Elle fond à 75 degrés et se décompose à chaud, au contact de la potasse, en donnant naissance à du bromoforme.

Lorsqu’on ajoute du brome goutte à goutte à de l’acétone fortement refroidie, la couleur de ce corps disparaît après chaque

ACËTOKE.

addition; i molécule d’acétone peut fixer ainsi i molécules de brome, en produisant un corps qui présente la composition de l’alcool isopropylique dibromé

CH'Br’O’.

Ce composé, dont on doit la découverte à M. Linnemann, est très-peu stable. Il se décompose spontanément, mais lentement, à la température ordinaire, rapidement, au contraire, dès qu’on chauffe, en développant l’odeur irritante de l’acroléine. On constate, en effet, dans les produits de la distillation, la présence de cette substance, et particulièrement celle de l’épibromhydrine.

L’action de l’iode sur l’acétone est à peine connue.

§ il3. Les acides sulfurique etphosphorique réagissent à froid sur l'acétone en dégageant de la chaleur, et forment avec elle des combinaisons conjuguées. Lorsqu’on distille le mélange, il passe une huile en grande partie formée de mésitylène et d’oxyde do mésityle.

L’acido chlorhydrique réagit sur l’acétone en donnant un produit désigné par Kane sous le nom de chlorure de mésityle,. lequel, décomposé par l’ébullition avec une dissolution de potasse, fournit do l’oxyde de mésityle.

L’action du perchlorure de phosphore sur l’acétone, analogue à celle que ce réactif exerce sur l’aldéhyde ordinaire et ses divers homologues, fournit un composé qui ne diffère de l’acétone qu’en ce que les 2 atomes d’oxygène qu’elle renferme se trouvent remplacés par du chlore.

La composition de ce produit est représentée par la formule

c-’ircp.

C’est un liquide incolore qui bout à 70 degrés et dont la densité est de 1,117.

M. Friedel le désigne sous le nom de méthykhloracétol o\.\ de chlorure de mci/ij Ict/ij/ûlène ;sa formation est accompagnée de celle de l’oxychlorure de phosphore. Il se produit toujours, indépendamment de cette substance, un dégagement d’acide chlorhydrique auquel se trouve liée la formation d’un composé moins riche en chlore ayant pour formule

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