ACIDE TARTRIQUE
vant M. Pasteur, un quatrième qui, dépourvu d’action sur la lumière polarisée, comme l’acide racémique, en différerait en ce qu’il n’est pas susceptible de se dédoubler en acides droit et gauche.
Les recherches de M. Pasteur établissent donc, do la manière la plus nette, l’existence de quatre variétés d’acides tantriques, savoir:
I® Un acide hémièdre, doué du pouvoir rotatoire à droite : c’est celui qu’on rencontre le plus ordinairement dans les végétaux ;
2 ® Un acide hémièdre, doué du pouvoir rotatoire à gauche ;
3® Un acide optiquement neutre, qu’on rencontre dans certaines variétés de raisins, lequel est susceptible de se dédoubler, dans certaines circonstances, en acides droit et gauche;
4® Enûn un acide optiquement neutre, comme le précédent, privé, comme lui, d'hémiédrie, mais en différant en ce qu’il est incapable de se dédoubler en deux autres acides.
Ces divers acides sont-ils transformables les uns dans les autres? Peut-on faire naître le pouvoir rotatoire chez un acide artificiel, entièrement inactif, créé à l’aide d’éléments purement inorganiques? On peut répondre aujourd’hui, delà manière la plus nette, à ces questions, grâce aux belles recherches de M. Jungfleisch.
D’après ce jeune chimiste, il est en effet possible d’opérer la transformation complète de l'acide droit en le maintenant, avec un peu d’eau, dans des vases fermés, à la température de 173 degrés prolongés pendant un temps suffisamment long. Dans ces conditions l'acide droit se change en un mélange d’acide racémique et d’acide inactif, dont la proportion reste sensiblement constante, même en prolongeant longtemps l’action de la chaleur en vertu d’un équilibre qui s’établit entre les proportions des corps formés, phénomènes dont la Chimie nous offre de nombreux exemples.
Sépare-t-on du résidu repris par l’eau la majeure partie de l’acide racémique au moyen de la cristallisation, et chauffe-t-on de nouveau, une nouvelle quantité d’acide racémique prend naissance, tandis qu’une quantité proportionnelle d’acide inactif disparait. De l’acide inactif pur, chauffé comme précédemment, se transformerait pareillement en acide racémique dont on augmenterait successivement la proportion, en enlevant au fur et à mesure
ACIDE TARTRIQDK.
la majeure partie de l’acide formé et recommençant l’opération.
D’une autre part, de l’acide racémique, chauffé dans les circonstances précédentes, se transforme en acide inactif, sans que, arrivé à un nouvel état d’équilibre, on on puisse augmenter la proportion, quelque prolongée que soit l’action de la chaleur. Enlève-t-on la majeure partie do l’acide inactif formé, puis recommence-t-on l’opération, une nouvelle proportion de cet acide prend naissance, et ainsi de suite, comme précédemment.
Si, au lieu d’opérer à 175 degrés, on porte la température à i 65 seulement, la proportion d’acide inactif augmente ; elle augmente encore pour la même température avec la quantité d’eau ajoutée.
Il suit de là qu’on peut aujourd’hui préparer en proportions assez considérables l’acide inactif dont M. Pasteur n’avait pu se procurer que de très-faibles quantités.
Nous laisserons de côté les détails relatifs à la séparation de l’acide inactif, que l’on trouvera dans l’excellent travail de M. Jungfleisch, pour nous occuper d’un point plus important : je veux parler de la possibilité de faire naître le pouvoir rotatoire chez une substance qui en est dépourvue par nature.
Cette question a été résolue de la manière la plus heureuse et la plus complète par M. JungHeisch, qui a démontré qu’en partant d’un acide inactif et non dédoublable, préparé à l’aide d’éléments purement inorganiques, on pouvait obtenir de l’acide racémique, et, par suite du dédoublement de ce dernier, des acides tartriques droit et gaucho.
L’acide tartrique dérive-t-il, en effet, de l’acide succinique retiré du succin, résine fossile qui s’est formée aux dépens de la résine existant primitivement dans les végétaux qui se .sont transformés ultérieurement on lignites, ou bien do l’acide succinique obtenu par l’action de l’acide azotique sur les corps gras? On peut toujours répondre qu’il provient de substances engendrées originairement sous l’influence do la vie et qui renfermaient peut-être le germe do ce pouvoir rotatoire.
Or on peut faire disparaître cette objection en faisant dériver cet acide sucoîniquo de l’éthylène, qui peut être obtenu luimême par l’hydrogénation de l’acétylène, qui prend, comme on
DÉRIVÉS PÏHOCÉNÉS DE I.’aCIDE TARTRIQITE. 355
sait, naissance par l’union directe du carbone et de l’iiydrogène à une température très-élevée.
Cet éthylène, en fixant 2 molécules de cyanogène, substance qui se forme pareillement à une haute température, engendre un dicyanure
CMr(C’Az)’
lequel, ainsi que nous l’avons vu §§ 65 et 644, se change, avec le concours de 4H’0^ en acide succinique.
Or ce dernier, transformé en acide dibromé, peut à son tour échanger son brome contre le résidu 110’ et donner, par suite, un produit qui n’est autre qu’un mélange d’acide racémique et d’acide inactif. Ce dernier pouvant, ainsi que nous l’avons fait voir précédemment, se changer en acide racémique dédoublablo en acide droit et gauche, il demeure bien établi qu’en partant d’éléments organiques simples on peut arriver à créer des composés doués d’une action sur la lumière polarisée, propriétés qu’on n’avait observées jusqu’à présent que chez les substances nées sous l’influence do la vie, résultat dont personne ne saurait méconnaître l’importance.
Dérives pyTogénés de V acide tartrique.
§ 674. Nous avons vu précédemment qu’en portant successivement l’acide tartrique à la température do 1 80 degrés ce dernier se transformait en acide anhydre susceptible de régénérer l’acide cristallisé par l’assimilation des éléments de l’eau. Élèvc-t-on la température jusqu’à 200, 210 degrés, la molécule de l’acide tartrique se disloque et se transforme on produits plus simples dont on doit la découverte à MM. Pelouzo.
Dans plusieurs expériences que j’ai faites dans ces dernières années en collaboration avec M. Urbain, l’acide étant chauffé d’une part entre 210 et 226 degrés, do l’autre entre 25o et 260 degrés, nous avons obtenu des poids sensiblement égaux de produits gazeux et liquides, le poids du résidu charbonneux s’élevant à 5 ou G pour 100 seulement de celui de l’acide employé. Los gaz se composaient uniquement d’oxyde de carbone et d’acide carbonique, le premier do ces gaz formant, au début de l’opéra-
356 ACIDK PARATARTRIQUE OU RACÊMIQUE.
lion, le cinquième au plus du mélange et le quart environ vers la fin, dans le cas où la température ne dépassait pas ïiü à 23 o degrés.
En opérant la distillation entre a5o et 2 G 0 degrés, la proportion d’oxyde de carbone devenait plus considérable et s’élevait jusqu’au tiers du volume du mélange gazeux.
Nous avons constaté, parmi les produits condensés dans le récipient, l’existence des acides pyrotartrique, pyruvique et acétique, le dernier quelquefois en forte proportion et, alors que la distillation était produite avec une très-grande lenteur, de l’acide formique en très-faible proportion; de plus, un produit neutre, dont l’odeur rappelle celle de l’acétone et de petites quantités d’une huile empyreumatique.
La décomposition pyrogénée peut dès lors s’expliquer au moyen de l’équation suivante :
CCH* O") = C" H* O'-h C‘ H‘ O'h G’ H*0‘h- 3 5 C»0‘.
Acide Acide Acide Acide Acide
tartrii|ue. pyrolartriqne. pyruvique. aedtique. formique.
Nous allons nous occuper dans un instant de l’étude sommaire des acides pyrotartrique et pyruvique.
§ 673. On connaît deux homologues de l’acide tartrique, les acides ita et citratartrique, qui sont représentés par la formule
Le premier s’obtient, soit en décomposant par l’oxyde d’argent l’acide itabibromnpymtaririqiic , d’après M. Kekulé, soit en décomposant par l’eau l’acide qui résulte do l’accouplement des acides itaconique et hypochloreux, ainsi que l’a fait M. Wilm. Le second s’obtient, suivant M. Carius, à l’état de sel acide de potasse, en faisant bouillir avec de l’eau le rhlorocitromnlnte neutre de potasse.
Acide paratartrique ou racémiqoe.
§ 676. Ce composé, découvert par M. Kestner, se rencontre en petite quantité dans les tartres bruts d’Autriche, de Hongrie, et principalement dans ceux d’Italie.
ACIDE PYROTARTRIQÜE.
Cet acide, qui présente la même composition que l’acide tantrique, et qui forme des sels de composition parfaitement identique à celle des tartrates, se présente sous la forme de gros cristaux parfaitement limpides. Il diffcro de l’acide tarlrique par la solubilité; c’est ainsi qu’un même poids d’acide paratartriquo exige plus d’eau et d’alcool que l’acide tartriquo pour se dissoudre. Il cristallise avec 2 équivalents d’eau, qu’il perd à 100 degrés, tandis que l’acide tartrique se sépare de sa dissolution sous la forme de cristaux complètement anhydres. F.,a solution do l’acide paratartrique précipite les dissolutions d’azotate de chaux, de sulfate de chaux et de chlorure de calcium; l’acide tartrique ne précipite aucune de ces dissolutions.
Sous l’induence de la chaleur, l’acide paratartrique se comporte exactement de la même manière que l’acide tartrique.
La solution de l’acide paratartrique, contrairement à celle de l’acide tartriquo, n’exerce aucune action sur la lumière polarisée. Enfin la forme cristalline de l’aride paratartrique est essentiellement différente do celle de l’acide tartrique.
L’acide paratartrique et ses sels ne présentent pas le caractère d’hémiédrie que nous offrent l’acide tartrique et les tartrates. On l’obtient parla combinaison directe de l’acide tartrique droit avec l’acide tartrique gauche.
Nous avons fait connaître précédemment les procédés qui permettent d’en opérer le dédoublement en acides droit et gauche identiques pour la composition, si dissemblables par les propriétés.
La composition do l’acide paratartrique est représentée par la formule
CMEO”, 2 HO.
Acide pyrotartrique. (Éq. = i3o.)
§ 677 . Lorsqu’on soumet l’acide tartrique à la distillation au bain d’huile, on observe un dégagement d’acide carbonique, en même temps qu’il se condense dans le récipient de l’eau et des acides, dont la nature varie avec la température à laquelle on exposece composé. Le produit principal delà distillation de l’acide
Di^ lzcd by Gcogle
ACIDE PYRUVIQUE.
tartrique est do l’acido pyruvique : l’acide pyrotartrique no s’y rencontre qu’en quantité très-faible; celui-ci se forme, au contraire, en abondance par la distillation du tartre.
A cet effet, on remplit de tartre, jusqu’aux doux tiers, une cornue de verre au col de laquelle on adapte un récipient bitubulé; on chauffe d’abord lentement, puis graduellement on active la distillation. 11 se dégage d’abord de l’eau, de l’acide acétique et des gaz; bientôt après il se condense dans lerécipient un liquide brun, acide, accompagné d’une huile do même couleur. On continue la distillation tant qu’il se dégage du liquide. Aussitôt que celui-ci cesse de paraître, on évapore la liqueur aqueuse au bainmarie jusqu’à consistance sirupeuse, puis on l’abandonne à ellemême. Au bout de quelque temps, il se dépose de l’acide pyrotartrique en grains cristallins de couleur brune, qu’on purifie par plusieurs cristallisations.
§ 678. A l’état de pureté, l’acide pyrotartrique se présente sous la forme do prismes obliques à base rhombe, tronqués sur les arêtes latérales; il se dissout en grande quantité dans l’eau, l’alcool et l’éther. Il fond à lo degrés, bout vers 190 degrés, et se volatilise on se transformant partiellement en acide anhydre.
Une dissolution, môme concentrée, de cet acide ne trouble ni les dissolutions de chaux, de baryte et de strontiane, ni les dissolutions d’acétate neutre et d’azotate de plomb.
La composition de l’acide pyrotartrique est représentée par la formule
C"’H“0“, 2IIO.
Acide pyruvique. (Éq. = 88.)
§ 679. Cet acide s’obtient en soumettant l’acide tartrique à la distillation au bain d'huile et ayant soin de ne pas dépasser la température de ai 5 à aao degrés. On recueille dans le récipient adapté à la cornue un liquide dont l’odeur légèrement empyreumatique rappelle en outre celle de l’acide acétique qui l’accompagne en proportion plus ou moins considérable, ainsi que nous l’avons vu précédemment. Ce liquide, de couleur jaune,
ACIDE l’YRUVIQÜE. 35y
possède une saveur acide et brûlante et la consistance de l’acide sulfurique.
Pour en retirer l’acide pyruvique, on le sature par du carbonate de plomb récemment précipité. Celui-ci se dissout d’abord sans résidu, mais bientôt la liqueur se trouble et laisse déposer de petits cristaux grenus qui finissent par la remplir entièrement. On continue l’addition du carbonate jusqu’à ce qu’il ne se dégage plus d’acide carbonique, et l’on abandonne la masse pendant vingt-quatre heures dans un lieu froid; on jette alors le précipité sur un filtre, et on le lave avec une petite quantité d’eau froide dans laquelle il se dissout en faible proportion, tandis qu’elle entraîne l’acétate de plomb. Le sel de plomb, débarrassé des produits étrangers, étant décomposé par l’acide suifhydrique, donne de l’acide pyruvique pur par l’évaporation.
§ 680. L’acide pyruvique pur est un liquide sirupeux, incristallisable, sans odeur à froid, présentant une odeur acide et piquante à chaud. Sa saveur âcre et acide laisse un arrière-goût d’amertume. L’eau, l’alcool et l’éther le dissolvent en toutes proportions.
L’acide pyruvique, en s’assimilant 2 atomes d’hydrogène, se transforme en acide lactique, ainsi que l’exprime l’équation
c’iro'-t- ir= C'iro».
Le brome, dans son conlactavec l’acide pyruvique, donne naissance à des résultats intéressants signalés par MM. Wislicenus, Ph. de Clermont, Wichelhaus, et étudiés dans ces derniers temps, avec un très-grand soin, par M. Grimaux.
Lorsqu’on mot ces deux corps en présence, en évitant toute élévation de température au moyen d’un mélange réfrigérant, il se forme un produit d’addition très-instable qui se détruit graduellement, à la température ordinaire, en répandant des vapeurs d’acide bromhydrique. Ce composé, représenté par la formule
C«IPBr’0“,
no serait autre, suivant M. Wislicenus, que l’acide dibromoluctiquc.
En chauffant l’acide pyruvique avec du brome, il se formiq
ACIDB CITRIQUE.
suivant MM. Ph. de Clermont et Wickelhaus, un dérivé dibromé représenté par la formule
C'H’Br’O».
M. Grimaux s’est procuré récemment cet acide, ainsi qu’un dérivé tribromé, en chauffant, dans un ballon muni d’un réfrigérant ascendant, un mélange de brome et d’acide pyruvique étendu de son poids d’eau. L’acide pyruvique est-il en léger excès, on obtient Vacidc dibmmé; dans le cas contraire, c’est V acide tribromé qui prend naissance.
Ces deux acides cristallisent parfaitement bien. Le premier fond entre 8g et 91 degrés; le second à 104 degrés. Tous deux se décomposent sous l’influenCe de la chaleur.
Il suffit de porter à l’ébullition une solution aqueuse d’acide tribromopyruviquc pour en amener très-promptement la destruction. Il se dédouble, dans cette circonstance, en bromoforme et acide oxalique, ainsi que l’indique l’équation
C“HBr’0”-^irO’= C‘H’0’‘-hC’HBr^
En raison de cette facile décomposition, la solution de cet acide réduit facilement les sels des métaux des deux dernières sections.
M. Wichelhaus considère l’acide pyruvique comme un acide acétonique, moitié acide et moitié acétone ; telle est aussi l’opinion de M, Grimaux.
Chauffé avec de l’urée à 100 degrés, il donne lieu à une vivo réaction, dont les produits sont en ce moment l’objet d’une étude approfondie de la part de M. Grimaux.
La composition de l’acide pyruvique est représentée par la formule
Ce produit est à l’acide lactique, dans la série des acides à 6 atomes d’oxygène, ce qu’est l’acide acrylique à l’acide propionique dans la série des acides à 4 atomes d’oxygène.
Acide citrioue. (Êq. = 192.)
§ 681 . L’acide citrique, découvert par Scheele, en 1784, dans le jus de citron, se rencontre à l’état libre dans les groseilles, les
ACIDB CITRIQUE.
framboises, les cerises, les oranges, et dans les baies de beaucoup d’autres végétaux; c’est ordinairement du jus do citron qu’on l’extrait. A cet effet, on exprime le suc do ces fruits qu’on abandonne à lui-même jusqu’à ce qu’il éprouve un commencement de fermentation; on lo débarrasse ainsi de la matière mucilagineuse qu’il tient en suspension, et l’on obtient finalement un liquide clair. Ce dernier, traité par de la craie, puis sursaturé par de la chaux vive, fournit un sel calcaire insoluble, qu’on purifie par des lavages à l’eau; on le décompose ensuite par un léger excès d’acide sulfurique ; on sépare enfin au moyen du filtre une dissolution d’acide citrique que l’on concentre par l'évaporation pour obtenir des cristaux.
On peut également retirer une grande quantité d’acide citrique des groseilles à maquereau; il est avantageux pour cela de les cueillir avant leur maturité. On en exprime le suc que l’on fait fermenter comme précédemment et qu’on traite ensuite successivement par la chaux, puis par l’acide sulfurique.
§ 682. L’acide citrique cristallise en prismes rhombo'i'daux ; sa saveur fortement acide est plus agréable que celle de l’acide tartrique ; on le distingue facilement de ce dernier en ce qu’il ne précipite pas la potasse et qu’il ne forme de précipité dans l’eau de chaux que lorsqu’on fait bouillir la liqueur.
Il est très-soluble dans l’eau. Suivant qu’on le fait cristalliser à froid par évaporation spontanée, ou par ébullition et refroidissement, il affecte des formes différentes. L’alcool le dissout en forte proportion, à chaud. L’éther no le dissout pas sensiblement.
Une dissolution d’acide citrique abandonnée pendant longtemps à l’air se couvre de moisissures comme celle d’acide tartrique.
Lorsqu’on chauffe l’acide citrique cristallisé dans une cornue, ce corps commence par fondre, il entre ensuite en ébullition et abandonne de l’eau sensiblement pure. Bientôt après il se manifeste des nuages blancs, ainsi qu’une odeur vive et spiritueuse, due à la présence de l’acétone ; il se dégage en môme temps une certaine quantité d’oxyde de carbone. Si l’on arrête la décomposition à cette époque, on trouve dans la cornue un produit qui présente l’identité la plus parfaite avec un acide extrait de VAco- C. Ch, org. — II. 3i
ACIDE CITRIQUE
nituni napellus, auquel on a pour cette raison donné le nom A’ acide aconitique. Élève-t-on davantage la température, on voit apparaître des vapeurs épaisses qui se condensent en stries huileuses sur les parois du récipient et se concrètent bientôt en une masse cristalline ; cette seconde phase se caractérise par un dégagement d’acide carbonique. Il se forme, dans cette circonstance, un nouvel acide auquel on donne le nom d’acide itaconique. Ce dernier se dédouble à son tour par des distillations successives en eau et en acide vitraconique anhydre.
L’acétone et l’oxyde de carbone, dont nous avons signalé la formation, no se produisent qu’en assez faible proportion.
La formation de ces différents produits peut s’expliquer au moyen des équations suivantes :
Ac. citrique
Acide
desséché.
aconitique.
Acide
Ac. itaconique
aconitique.
cristallisé.
1P0=-hG‘«H‘0'’.
Acide
Ac. citraconique
itaconique.
anhydre.
L’hydrate de potasse transforme l’acide citrique en un mélange d’oxalate et d’acétate de potasse sous l’influenco d’une température d’environ 200 degrés.
Lorsqu’on chauffe légèrement un mélange d’acide sulfurique au maximum de concentration et d’acide citrique desséché, de l’oxyde de carbone pur se dégage. Ghauffe-t-on plus fortement, il se produit de l’acide carbonique, en même temps qu’on perçoit l’odeur spiritueuse de l’acétone. Lorsqu’on chauffe l’acide citrique avec de l’acide sulfurique et du peroxyde do manganèse ou du bichromate de potasse, on obtient de l’acide formique, accompagné d’un abondant dégagement de gaz carbonique.
L’acide nitrique étendu n’attaque pas à froid l’acide citrique ; à l’ébullition, il le transforme en acide oxalique ; il se produit
ACIDi; CITRIQUE.
en même temps de l’acide acétique et de l’acide carbonique.
Le chlore gazeux n’est absorbé que lentement par une dissolution concentrée d’acide citrique. Si l’on opère à la radiation solaire, l’absorption est beaucoup plus rapide. Dans cette circonstance, il ne se dégage pas d’acide carbonique, et l’on obtient une huile pesante qui, agitée avec de l’eau et refroidie, se prend en une masse de cristaux.
L’action du chlore sur les dissolutions des citrates de potasse et de soude fournit des résultats différents. Il se dégage des acides chlorhydrique et carbonique, en même temps qu’il se dépose une huile qui présente la composition et les propriétés de \' acétone pentachlorée .
Le brome se comporte d’une manière analogue. Dans ce cas, la matière huileuse est remplacée par une belle substance cristalline, désignée par M. Cahours sous le nom de bromoxaforme, et que M. Grimaux vient d’identifier avec \ acétone pentabromée .
La formation de cette substance est accompagnée de celle d’une proportion assez notable de bromoforme.
Le bromoxaforme, traité par une lessive de potasse étendue, donne du carbonate et du formiate ; une dissolution alcoolique d’ammoniaque employée en petite quantité le transforme en dibromacétam ide .
Le perchlorure de phosphore, en éliminant O’ qui se trouvent remplacés par CP, transforme l’acide citrique en acide oxychlorocitrique; il se dégage en même temps de l’acide chlorhydrique. On peut séparer l’acide oxychlorocitrique du chloroxyde de phosphore, qui prend naissance en même temps au moyen du sulfure de carbone, qui dissout le premier seulement. L’évaporation du liquide à une température inférieure à loo degrés laisse pour résidu l’acide pur.
L’acide citrique est employé comme rongeur dans les fabriques de toiles peintes. On s’en sert pour précipiter la carthamine, matière colorante rose contenue dans les fleurs du carlhame. Les pharmaciens l’emploient pour la préparation des limonades. Enfin, mélangé en petite proportion avec du sucre et des matières aromatiques, il sert à faire des limonades sèches.
La composition dd l’acide citrique anhydre est représentée par
la formule
ACIDB ACOMTIQUE.
CMP O";
celle de l’acide desséché, par
CMPO" = CMPO", 3110.
Enfin la formule de l’acide cristallisé est
C’H'»0"* = CMP0", 3H0 + 2H0.
Chauffé à une température inférieure à loo degrés, l’acide citrique perd a équivalents d’eau : on ne saurait lui faire perdre les autres sans en opérer la destruction.
L’acide citrique est un acide tribasique, susceptible de former trois séries de sels, dont la composition peut être représentée par les formules suivantes ;
C’H‘0", (MO-*-aHO) = CMPM 0•^
C’H'^O", (aMO-+-IIO) = CMPM’O”,
C’H‘0", 3M0 =^CMPftrO".
Les citrates alcalins sont très-solubles dans l’eau ; il en est de même de ceux de magnésie, de zinc, de fer, de cobalt, de nickel, etc. Les citrates neutres de baryte, de stronliane et de chaux y sont au contraire très-peu solubles.
Acide aconitiqüe. (Éq. = 174 .)
§ 683. Cet acide, trouvé dans plusieurs aconits à l’état de sel de chaux, se rencontre également dans certaines espèces de prêles, ce qui lui fait aussi donner le nom à'acide équisétiqiie . Ces deux acides, identiques entre eux, le sont également avec l’acide qui se produit dans la décomposition de l’acide citrique par la chaleur. Ce mode de préparation, qui est le plus commode, le fournissant en outre en plus fortes proportions, c’est toujours à lui qu’on a recours toutes les fois qu’on veut le préparer en quantités un peu considérables.
L’acide aconitiqüe se présente sous la forme de croûtes mamelonnées, dont il est impossible de déterminer la forme. L’eau , l’alcool et l’éther le dissolvent en forte proportion.
ACIDE ITACONIQUB.
Lorsqu’on le chauffe, il prend une couleur ambrée, fond et bout vers i6o degrés. Il se décompose alors en acide carbonique et en acide itaconique qui distille, et qu’on peut facilement condenser dans un récipient refroidi. Ces caractères distinguent nettement l’acide aconitique des acides fumarique et maléique, qui présentent la même composition centésimale.
L’aconitate de chaux mis en suspension dans l’eau avec du fromage pourri se transforme, surtout aux températures de l’été, en acide succinique.
La composition de l’acide aconitique est exprimée par la formule
C’est un acide tribasique, comme l’acide citrique, et susceptible de former comme lui trois séries de sels.
§ 684. Lorsqu’on fait agir l’amalgame de sodium sur une dissolution d'acide aconitique, celui-ci fixe 2 équivalents d’hydrogène et se transforme en un acide qui présente l’identité la plus parfaite avec un autre acide obtenu postérieurement par M. Maxwell Simpson, par l’action réciproque de la potasse caustique et du tricyanure d’allyle et désigné par lui sous le nom d’acide carhallylique.
La génération de cet acide dans les circonstances que nous venons d’indiquer peut s’exprimer au moyen des deux équations
C'^H^O” -ir- = C”H*0‘%
Ac. acooUiqne. Ac. carballylique.
C‘ H‘ ( C’ Az)^ -H 3 ( K HO’ ) + 3 H’ 0’ = 3 Az H’ - 1 - C^K’ 0* ».
Tricyaaore d’allyle. Carballylate
de potasse.
Acide itaconique. (Éq. = i3o.)
§ 683. Ce composé prend naissance, ainsi que nous l’avons vu précédemment, lorsqu’on soumet à la distillation l’acide aconitique. Le produit distillé se solidifie par le refroidissement; on exprime les cristaux qu’on purifie par une ou deux cristallisations.
ACIDE ITACONIQUE.
On obtient un produit Irès-pur en maintenant pendant quelque temps en vase clos, entre lao et i 3 o degrés, une dissolution concentrée d’acide citraconique. L’évaporation de la liqueur fournit des octaèdres rhombiques, brillants, agglomérés en croûtes dures. Sa forme primitive est le prisme droit rhomboïdal. Il est inodore et possède une saveur fortement acide.
Il exige 17 parties d’eau pour se dissoudre à 10 degrés, 12 seulement à 20 degrés, et une quantité beaucoup moindre à la température de l’ébullition. Il est très-soluble dans l’alcool, l’éther le dissout assez bien.
La distillation le dédouble en eau et en acide citraconique anhydre.
L’amalgame de sodium ajouté par petites portions à une dissolution d’acide itaconique le transforme, suivant M, Kekulé, en acide pyrotartrique, par suite de la fixation de 2 molécules d’hydrogène.
11 s’assimile i molécule d’acides chlorhydrique, bromhydrique et iodhydrique, en produisant de l’acide pyrotartrique monochloré, monobromé ou monoiodé.
Il s’unit pareillement à 2 molécules de brome, en donnant naissance à de \' acide pyrotartrique dibromé.
Il fixe aussi 2 molécules de chlore en produisant un acide analogue au précédent qui cristallise en beaux prismes.
Les équations suivantes rendent parfaitement compte de ces phénomènes :
Acide itaconique. Acide pyrotartrique.
-r- Br^ == C'»H«B^ O»,
Acide itaconique. Acide pyrotartrique dibromé.
C'^irO^ -h BrH = C">H’BrO*.
Acide itaconique. Acide pyrotartrique monobromé.
L’acide nitrique étendu ne le transforme pas en acide mésaconique, ce qui établit entre lui et son isomère, l’acide citraconique, une différence très-nette.
L’itaconate de soude en solution très-étendue absorbe l’acide hypochloreux et se change en acide itatartrique.
ACIDE CITRACONIQUE. 36 ']
La composition de l’acide itaconique est roprésent('‘e par la formule C'H'O*, H’O’,
C’est un acide bibasiquc, capable de former deux séries de sels représentées par les formules
C'Ml'O", (MO f- HO) C’H'MO’,
C‘“H‘0“, 2 MO - rC’H'M’O*.
Acide citraconique. (Éq. = i3o.)
§ 686. Ce composé s’obtient en faisant digérer avec de l’eau l’acide citraconique anhydre, ou en l’abandonnant pendant longtemps au contact de l’air humide. Obtenu de la sorte, il cristallise en prismes à quatre pans, tronqués sur les arêtes et terminés par une face unique. Il se dissout facilement dans l’eau, l’alcool et l’éther. La distillation le sépare de nouveau en acide citraconique anhydre et en eau. Il fond à 8o degrés.
L’acide nitrique fumant réagit vivement sur l’acide citraconique. 11 se forme, dans cette circonstance, une huile pesante qui se concrète en une masse cristalline que l’alcool dédouble en deux produits crislallisables, doués de solubilités différentes, auxquels M. Baup a donné les nom d’eidyte et de tljslite.
Si l’on remplace l’acide nitrique fumant par de l’acide nitrique étendu, l’action est beaucoup plus calme; l’acide citraconique se transforme alors en un acide isomère auquel on a donné le nom à’acide tnésaconique ; ce dernier se présente sous la forme de fines aiguilles peu solubles dans l’eau froide, qui se subliment sans altération.
Lorsqu’on chauffe doucement l’acide citraconique avec de l’acide sulfurique au maximum de concentration, il se dégage de l’oxyde de carbone pur ; élève-t-on davantage la température, la masse noircit et l’on voit apparaître de l’acide sulfureux. La liqueur étendue d’eau, puis saturée par du carbonate de plomb, fournit un sel à réaction acide, d’une saveur astringente et nauséabonde, qui se dépose par l’évaporation sous la forme d’une poudre cristalline, insoluble dans l’alcoo , mais très-soluble dans l’acide nitrique.
ACIDE CITRACOMQCE.
Lorsqu’on mêle du perchlorure de phosphore avec de l’acide citraconique anhydre, il se produit une vive effervescence. Le mélange soumis à la distillation fournit un liquide qui contient du chloroxyde de phosphore et du chlorure citraconique. On sépare ce dernier par la rectification, en mettant à part ce qui distille entre 176 et 180 degrés.
C’est un liquide incolore, limpide, qui se transforme au contact de Pair en acide chlorhydrique et en acide citraconique hydraté.
§ t)87. Lorsque, dans une dissolution concentrée d’acide citraco nique, on verse du brome par petites portions, la couleur de ce corps disparaît et la température s’élève d’une manière très-sensible. L’acide absorbe ainsi % molécules de brome et donne naissance au composé
C"’Il'’Br*0“,
qui est l’isomère de l’acide itaconique dibromé. Maintenu pendant quelques instants en ébullition avec une solution étendue de potasse strictement nécessaire pour le saturer, il se dédouble à la manière de l’acide malonique et de son homologue l’acide isosuccinique en acide carbonique et en un nouvel acide qu’on peut séparer en versant un acide minéral dans la dissolution alcaline; ce produit se dépose peu à peu sous la forme d’une huile dont la composition est représentée par la formule
eiI‘Br’0'.
Cet acide, isomère de l’acide dibromobutyrique, se dédouble au contact d’une solution de potasse bouillante en acides chlorhydrique et crotonique monobromé, ainsi que l’exprime l’équation
C'irBr’O’ = HBr + C*H‘BrO‘.
Acide monobromocroloniqne.
Suivant M. Cahours, à qui l’on doit ces observations, l’acide monobromocrotonique pourrait, par l’action successive du brome et de la potasse, donner naissance aux deux séries suivantes :
G“H”Br’0', C'U'Br’O’,
ClPBr’OS CfFBr=0‘,
C'H’Br‘0', C'H’Br‘0‘,
ACIDE MfiSACOMQUE. 36 g
analogues à celles que nous présente la liqueur des Hollandais bromée.
Le facile dédoublement de l’acide dibromocitraconique en acide carbonique et en un isomère de l’acide dibromobutyrique, celui, non moins facile, des acides malonique et isosuccinique en acides acétique et propionique avec dégagement d’acide carbonique laissent espérer qu’on pourra réaliser la synthèse de ces produits à l’aide de la méthode qui a permis d’opérer la transformation du phénol en acide salicylique. Des essais, que j’ai tentés dans cette voie, me permettent d’espérer qu’il sera peutêtre possible de réaliser ces vues.
La composition de l’acide citraconique, isomère de l’acide itaconique, est exprimée par la formule
C’a» O* = C'^H^O', H’OL
Acide hésaconique. (Éq. = i 3 o.)
§ 688. Ce composé s’obtient en maintenant pendant une demiheure environ à une température voisine de l’ébullition une dissolution étendue d’acide citraconique avec le sixième de son volume d’acide nitrique ordinaire. La réaction, qui est fort calme, se manifeste par le dégagement de petites bulles gazeuses. La liqueur abandonnée au refroidissement laisse déposer de petites masses cristallines d’apparence porcelanique, dont la proportion augmente par l’évaporation des eaux mères.
Purifié, cet acide se présente sous la forme de 6nes aiguilles réunies en masses feutrées. Peu soluble dans l’eau froide, il se dissout abondamment dans l’eau bouillante.
L’alcool et l’éther le dissolvent également. 11 fond à 208 degrés en un liquide limpide qui cristallise par le refroidissement. Il distille sans altération et se sublime déjà avant de fondre.
En présence de l’amalgame de sodium, l’acide mésaconique dissous dans l’eau se transforme, comme ses isomères, en acide pyrotartrique.
Il s’unit également soit à 2 molécules de brome, soit à i molécule d’acide bromhydrique, en donnant naissance, dans le pre-
ACIDE MÜCIQDE.
mier cas à de l’acide dibromopyrotartrique, dans le second à de l’acide monopyrotarlrique.
Isomère des acides i laconique et citraconique, l’acide mésaconique est représenté par une formule identique
= C'n'O”, ll’0^
ÂCIDE MUCIQÜE. (Éq. = 210.)
§ 689. L’acide mucique, dont on doit la découverte à Scheele, s’obtient par l’action réciproque de l’acide nitrique et du lactose, de la dulcoso et des matières gommeuses.
Le mode le plus commode de préparation consiste à chauffer I partie de lactose avec 4 à 5 parties d’acide nitrique du commerce étendu de son poids d’eau. Dès que l’effervescence cesse, on arrête l’ébullition, et bientôt l’acide mucique se dépose par le refroidissement. Dans le cas où la transformation ne serait pas complète, on reprendrait le produit par une dissolution de potasse qui dissoudrait l’acide mucique seul ; on le précipiterait ensuite de cette solution au moyen de l’acide chlorhydrique. Dans cette opération, il se formerait, suivant M. Liebig, une certaine proportion d’acide tartrique.
§ 690. A l’état de pureté, l’acide mucique est une poudre blanche cristalline, croquant sous la dent, dont la saveur est faiblement acide. Il est très- peu soluble dans l’eau froide, plus soluble dans l’eau bouillante, complètement insoluble dans l’alcool.
Lorsqu’on le faitbouillirpendantlongtemps aveede l’eau, qu’on évapore le liquide et qu’on reprend le résidu par de l’alcool, on obtient par l’évaporation de ce dernier un acide isomérique, observé par MM. Laurent et Malaguti. Ce produit, qui cristallise en feuillets rectangulaires très-bien définis, a reçu le nom à'acûle pnramucique. Ces deux variétés jouissent des mêmes propriétés chimiques et donnent des produits identiques dans leur contact avec les réactifs.
L’acide sulfurique concentré dissout l’acide mucique en se colorant en rouge. Il se produit un acide sulfoconjugué.
ACIDE MUCIQUE. 37 I
Chauffé avec de l’acide sulfurique et du peroxyde de manganèse, il donne naissance à de l’acide formique. f
L’acide nitrique bouillant le transforme en un mélange d’acides racémique et oxalique.
Soumis à la distillation sèche, l’acide mucique ou son isomère se décompose en acide carbonique , eau et en un acide volatil de composition plus simple, auquel on a donné le nom A'adde pjrrotnucique. C’est ce qu’établit l’équation suivante :
CnipoQie sipo» - H C=0‘ + C"’H‘0^.
Acide mucique. Acide pyromucique.
Fondu avec de l’hydrate de potasse, l’acide mucique se dédouble en acides acétique et oxalique, ainsi que l’exprime l’équation