‹ TruandaillesChapitre 7 sur 13 · BONNES FILLES · texte numérisé non relu

BONNES FILLES

Tous les vendredis, régulièrement, vers onze heures du matin, il arrivait dans la cour, posait à ses pieds son feutre mou, préludait sur sa guitare par quelques accords plaqués, puis entonnait sa romance d'une voix ronde et grasse.

Et bientôt, sur les quatre façades de caserne des hautes et mornes bâtisses entre lesquelles la cour faisait fond de puits, les fenêtres une à une s'ouvraient, et à chaque fenêtre apparaissait une fille, qui en peignoir élégant, qui en honnête camisole, d'aucunes la gorge et les bras nus, toutes accourues au saut du lit, les cheveux ra-

massés à la diable, les yeux s'écarquillant éblouis du jour brutal, le teint plombé et les paupières encore lourdes du labeur nocturne.

Et sur ces pauvres faces, si dolentes au réveil, un rayon s'allumait et comme une r.urore se mettait à fleurir, tandis que le chanteur continuait sa romance, pourtant bien banale, barytonnéc de quel accent à la fois vulgaire et prétentieux, avec des ports de voix pleurards, des roulades gargouillantes et de savonneux roucoulements l'a'fjneuluiuh.

C'était la Vahedes adieux, ou le Tonps des cerises, vous savez! Et c'était encore :

M.iis qii<; lc< binn-.Tn-.iin;lies

Siiillenl toutes hiaii-i i-ncli-s, Ou i|u*a I pritit. mits v.tcIissj le jj'iizou,

Ross je t'ai-ai-aimc

Toujours (le luù-c-cuie, Car pour l"aino;ir il n'est pa-a-as ile saison.

Et aussi la Neige an blanc cortège, et Dans les setiliers pleins cV allégresse^ et On ne meurt pas d'amour, et

Vers les rives de Fran-iance, Voguons en chantant, Voui, voui, voguons doucement !..

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