‹ TruandaillesChapitre 8 sur 13 · nm:s i"ii.li:s · texte numérisé non relu

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Ah! comme elles vojjniaient doucement, en eiïel, les pauvres filles, bercées par la traînante mélodie! Comme elles voguaient à pleines voiles, non pas vers les rives de France, mais vers les rives plus brillantes encore des îles d'oubli, sur une mer caressante aux flots de rêve! Comme elles s'y abandonnaient en toute béatitude, voui, voui!

Et les sous pleuvaient, et même des pièces Dlanclies, autour du beau nautonier, ondin de cette mer suave; et plus d'une aurait voulu suivre le sou qu'elle jetait, et aller rejoindre, elle aussi, le chanteur à la voix de Sirène qui semblait, du fond de son puits, crier à toutes ces amoureuses :

— Venez, venez; dans ma retraite, vous trouverez des palais en cristal et en or, et des couronnes éternellement vertes, et le bonheur et l'amour qui ne se fanent jamais.

Car voilà ce qu'elles entendaient, bien sûr, les infortunées, en écoutant le chanteur, à travers les vagues et doux souvenirs de leur enfance, les songes féeriques des vieilles légendes crues autrefois. C'est cela qu'elles comprenaient, dans les niaises pa-

rôles de la romance. Certes, certes, cela et pas autre chose. Comment en douter, à voir le rose frais et si jeune qui s'épanouissait sur leurs joues en innocences printanières, et la tendre flamme qui palpitait comme une veilleuse mystique dans leurs yeux redevenus en ce moment des yeux de fillettes?

Mais fillettes vite grandies, hélas! combien précoces, et en qui tout de suite revivaient les femmes qu'elles étaient, pauvres vendeuses d'amour toujours en quête d'amour à acheter, elles aussi !

Et c'est pourquoi, dès la seconde romance, parfois plus tôt, de ces yeux enfantins partait un regard concupiscent. Le nautonier de rêve, l'ondin des contes de fées, il s'évanouissait avec la fugitive fumée des souvenirs d'enfance, vaguement réapparus, et le chanteur reprenait sa vraie figure, d'artiste et de cabotin qu'elles avaient envie de se payer.

Et les sous et les pièces blanches pleuvaient de nouveau, avec des sourires engageants, de raccrocheuses œillades, et même des pst pst, dont les gazouillis bientôt innombrables transformaient la cour aux quatre

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