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LES CINTRES

L'Opéra et les machines. — La scèae. — Les cases à décors. Chiffres comparatifs. "— Les mais à échelons. — Trappilloiis de costières. Les changements d'afliche. — L'encombrement du matériel. — Six étages de corridors de service. — Structure. — Les trois grils. — Les pannes en treillis du grand comble. — Trois étages de tambours. — Les magasins. — Aveu

mélancolique.

Si la comédie et la tragédie, ces deux formes dramatiques, s'accommodent d'une mise en scène réduite, au besoin, à sa plus simple expression, le type dramatique et musical, auquel fut attribué le nom d'opéra, a toujours été accompagné d'un déploiement de pompes et de richesses théâtrales.

Lorsque d'Italie l'opéra vint se produire en France, il fut accompagné de cortèges, de décors et de machines. Montglat dit, en parlant des représentations italiennes à Paris (1047) : « Cette comédie durait plus de six heures. Elle était fort belle à voir pour une fois, tant les changements de décoration étaient surprenants. » Le mot « opéra » n'avait pas encore conquis droit de cité dans la langue, et la recommandation toute particulière de ce genre de spectacle résidait dans la mention spéciale de l'emploi des machines.

Les traditions, à cet égard, se sont conservées, et l'opéra n'a cessé de demander secours aux efforts combinés du machiniste et du décorateur, sans oublier l'aide également précieux du costumier. C'est la réunion de tou^ les arts qui se rattachent au théâtre. On pourrait croire que ce luxe de mise en scène nuit à l'effet musical, si l'on prêtait

Toreille aux critiques qui se sont déchaînées contre la splendeur du spectacle. On se rappelle que Gastil-Blaze avait décoré de l'épithète pittoresque d'opéra-Franconi les opéras de Meyerbeer et d'Halévy, montés à grands renforts de cortèges, de machines, de défilés, d'exhibitions de chevaux, etc.

Les musiciens eux-mêmes ne sont pas de l'avis de Castil- Blaze, et pour parler de l'un d'eux, et non des moindres, de Wagner^ on sait quelles furent les exigences du maître allemand à l'égard de la mise en scène de ses opéras.

L'Opéra de Paris est en mesure, par ses dimensions, de réaliser les conceptions des poètes et de traduire, sans les rapetisser, les évocations grandioses de l'histoire, les rêves fantastiques des mythologies.

La scène s'ouvre sur la salle par un cadre architectural .qui mesure 16 mètres de large sur 14 de haut.

Ce cadre peut être réduit, comme sur toutes les scènes, par l'avancement des draperies ou manteaux d'Arlequin, et par l'abaissement de la draperie supérieure ; mais comme les décorations représentant des intérieurs de petites dimensions sont très rares à l'Opéra, les draperies sont presque toujours placées à leur maximum de reculement.

Du mur de cadre au mur du lointain, on compte 26 mètres de profondeur et 29"", 87 en ajoutant la saillie du proscenium. Le mur du lointain est percé d'une baie de 9"°, 50 de large, qui s'ouvre sur une galerie profonde de 6 mètres. L'ouverture et la galerie pourraient être utilisées dans de certains cas, et la profondeur du décor, mis sous les yeux du public, atteindrait alors 35", 87.

A droite et à gauche de la scène s'élèvent des colonnes de fonte qui montent jusqu'au gril, en portant les corridors de service. Ces colonnes sont accostées de cloisons métalliques, à jour, composées de gigantesques croix de Saint-André, qui s'appuient sur les cheminées de contrepoids, formant ainsi de vastes cases où se logent les châssis et parties de décoration en service. Entre les deux rangées de colonnes, de la cour au jardin, on mesure 32", 30.

L'espace attribué aux évolutions dramatiques et à la plantation des décors est donc de 32™, 30 sur 21)'", 87, en comptant l'avant-scène.

Voici les dimensions des principales scènes de l'Europe, comparées à celles du nouvel Opéra. La première colonne indique la largeur du cadre; la seconde, la largeur du plancher au nu des cases; la troisième, la profondeur de la face au lointain; la quatrième, la surface de la scène.

Théâtre Pierre (Saint-Pétersbourg). . . 15 50

Théâtre Alexandra (Saint-Pétersbourg). 17 20

Herr Majesly (Londres) 11 73

Opéra de Berlin 12 40

Opéra de Munich 13 50

Carlo Felice (Gênes) 12 70

Grand Théâtre de Turin 13 50

Scala (Milan) 15 n

San Carlo (Naples) 15 90

Grand Théâtre de Bordeaux 1 1 60

Ancien Opéra (rue Le Pelelier) . ... 13 20

Nouvel Opéra 16 »

A l'Opéra incendié de la rue Le Peletier, l'ouverture du cadre était de 13°',20, sa hauteur de 13"", 80, et la pente de scène de 1/24, un peu plus de 0",04 par mètre. Les dessous descendaient à 10 mètres; ils ont 15 mètres de profondeur au nouvel Opéra.

L'Opéra était installé rue Richelieu lors de l'assassinat du duc de Berry, et le monument fut démoli après la mort de ce prince. Le cadre de scène mesurait 13"\60, les dessous s'enfonçaient à 10", 70. Ils étaient fréquemment inondés.

Lors du concours pour le nouvel Opéra, le programme imposé aux candidats donnait au cadre une ouverture de 14 mètres et une profondeur de 32 mètres h la scène.

Le plancher est divisé en dix plans. La rue mesure, entre les axes des costières, 1"',09; les trappillons, toujours entre les axes des costières, 0'",49. Les costières ont 0'",04

de large. La rue, assez étroite, car il faut déduire de la première cote l'épaisseur des chapeaux de ferme, permet le passage d'un bâti de 0™,90; la fausse rue fournit un 'passage de 0"',28, déduction également faite de l'épaisseur des chapeaux de ferme. Les rues et les fausses rues sont plus étroites que dans la p-énéralité des théâtres, ce qui, joint à la pente assez rapide du plancher, près de 0",05 par mètre, aide à la perspective de la décoration et aux effets de profondeur.

La reculée des trappes de la rue est à 7", 50 de l'axe, à droite et à gauche, c'est-à-dire que les trappes mobiles, disparaissant sous les planchers fixes de la cour ou du jardin, peuvent découvrir une longueur de 15 mètres. Les planchers des fausses rues ou trappillons sont à tiroirs, c'està-dire qu'ils glissent à droite et à gauche sur la feuillure ménagée au sommet du chapeau de ferme. Ils découvrent un espace de 17 mètres de long, représentant la largeur maxima des fermes.

Nous avons parlé précédemment des chariots qui roulent dans le premier dessous. Ces appareils servent de supports aux mùts qui soutiennent les châssis. Ces mâts sont formés d'une pièce de sapin de 0",17 de large sur 0"',10 d'épaisseur à la base, mais qui va en s'amincissant jusqu'au sommet ; la longueur est de 10 mètres. Le mât est traversé par une série de broches en fer formant échelons; cet appareil est considérablement plus lourd que le mât à chantignolles, en usage sur une quantité de scènes.

C'est tout au plus si un homme arrive à le sauter, c'està-dire à dégager la lame de fer qui lui sert d'emplanture, et qui se place dans la cassette du chariot. Pour le replacer dans un autre chariot, le concours de deux hommes est nécessaire, non pas seulement à cause du poids, mais pour éviter la chute de cet appareil, dont les suites pourraient être redoutables.

Les moindres châssis de TOpéra s'élèvent à 10", 50 de haut; quand il s'agit de dégager une guindé, ou de replacer une frise qui se retrousse, le machiniste est forcé de grim^

i;OPÉRA DE PARIS.

per en haut du mât. On conçoit que ce mât doive oflrir une résistance suffisante, en même temps qu'une facilité d'ascension. C'est ce qui a déterminé le machiniste constructeur de la scènerie à adopter des mâts à échelons de fer, en dépit du poids considérahle qu'ils offrent à la manœuvre.

Fig'. 5'i. — La scène de l'Opéra.

Les ouvertures béantes des costières sont peu propices aux évolutions du corps de ballet. Chaque représentation se solderait par un chifTre considérable d'entorses et de foulures, si l'on ne bouchait soigneusement ces périlleux traquenards. Jadis, et ce jadis n'est pas éloigné de nous, on voyait les jeunes élèves de la danse, porteurs de fragments de tasseaux, taillés en biseaux, qui s'adaptaient dans

la costière. Cette manœuvre s'effectuait sous les yeux du public, tout naïvement et tout bonnement. On n'y prenait pas garde.

A l'Opéra, les trappillons de costières montent du dessous, sans que les spectateurs puissent remarquer le mouvement. Les trappillons de costières sont maintenus par des broches qui traversent les chapeaux de ferme.

La scène est limitée par le mur de cadre, en assises réglées de 1 "",50 d'épaisseur.

Le mur du lointain est de construction identique et de même épaisseur. Il est percé dans l'axe de la scène d'une baie de 9"°, 50 de large, qui se ferme après la représentation, au moyen d'un rideau fer plein. De hautes portes,, très allongées, à droite et à gauche, servent à l'entrée et à la sortie des décors. Elles sont également closes par des portes métalliques. D'ailleurs toutes les issues de communication entre la scène et les dégagements extérieurs sont toutes munies de battants en fer et en tôle.

Le mur plein du lointain n'est pas le mur pignon percé d'une vaste baie, dont la clef est ornée d'une tête gigantesque de Minerve, et qu'on aperçoit du boulevard Haussmann.

Ce mur pignon est à 6 mètres en reculement du mur du lointain, qui lui est parallèle.

L'espace qui les sépare est occupé, au niveau de la scène, par un large couloir. Aux étages supérieurs, le même emplacement forme de vastes magasins. A droite et à gauche de la scène, et sous les corridors de service, sont disposées les cases à décors, ou tas^ compartiments délimités par des cloisons à jour. Ces cloisons sont formés d'étrésillons; les unes sont en fer, le plus grand nombre en bois. D'ailleurs les cloisons séparatives de la scène et des magasins sont en bois, et M. Ch. Garnier, dans l'ouvrage Le Nouvel O'pèra^ explique qu'il a eu recours à cette matière, car le temps et l'argent lui manquaient pour recourir à des matériaux incombustibles. C'est là une disposition assez vicieuse à laquelle il serait urgent de remédier au plus tôt.

L'OPKRA DE PARIS. 199

Les cases à décors sont remplies de châssis pressés et la place manque. Le cahier des charges oblige la direction à monter un ouvrage en triple; c'est-à-dire que le même rôle doit être distribué à trois artistes jjour obvier aux indispositions possibles.

Si deux artistes sont atteints par la maladie, il en reste un troisième qui chantera le rôle, à moins d'une malechance absolue.

Cette précaution était prise pour parer aux changements d'affiche. Un changement d'affiche détermine nécessairement la modification du matériel. Si un opéra a été affiché, les rideaux, les plafonds sont équipés au cintre, les fermes, les bâtis dans le dessous ; les praticables sont rangés à proximité. C'est ce qu'on appelle la mise en état, et c'est un travail considérable, lorsqu'il faut surtout amener le matériel du magasin situé rue Richer. Un opéra en cinq actes nécessite le voyage de quinze à vingt chariots. Qu'on ajoute à cela l'équipe des rideaux et des plafonds qui s'attachent à dix fils, et à autant de faux fils; l'équipe des fermes boulonnées sur les lourdes cassettes des dessous qu'il faut déplacer et ajuster de nouveau. Tout cela est à la merci du gosier d'un chanteur, si le rôle n'est pas établi en double ou en triple. En dépit de cette précaution, les changements inopinés d'affiche se reproduisent assez souvent.

Aussi, par la force des choses, le matériel finit par encombrer le théâtre. Le cahier dos charges accordait à la direction le droit de conserver six opéras montés sur le théâtre. M. Ch. Garnier, dans l'ouvrage cité plus haut, établit que l'Opéra, dans les premières années de l'exploitation, contenait déjà onze opéras complets, cinq de plus que n'en accorde le cahier des charges. Le chiffre n'a certainement pas diminué depuis, et voilà pourquoi les cases qui bordent les murs de cour et de jardin sont-elles pleines à déborder, sans préjudice des autres parties du théâtre où s'accumule le matériel.

L'observateur placé sur le sol du théâtre aperçoit, en levant les yeux, un vide noir insondable où brillent dans la

journée quelques sections de herses allumées. On distingue Yaguement des toiles pendantes, des lignes minces et rigides, celles des premiers ponts volants. A droite et à gauche s'allongent des corridors de service, dont on reconnaît à peine Tamorce.

La cote moyenne, prise du plancher du théâtre jusqu'audessous du plancher du gril, est de 35 mètres. Pour faciliter le service dans cet espace, il a fallu multiplier le nombre des corridors : on compte cinq étages de corridors, plus un étage inférieur supplémentaire qui a été construit après coup, ce qui porte à six le nombre des services.

Ce pont supplémentaire a été disposé pour l'éclairage par projections. Le premier service normal était trop élevé, aussi ce pont supplémentaire est-il appelé pont Dubosc, du nom de l'ingénieur qui, lors de l'ouverture du nouvel Opéra, dirigeait la lumière électrique. Ce mode d'éclairage n'avait pas pris l'extension qu'il a acquise maintenant. Le pont Dubosc est en partie double, car il se répète à la cour et au jardin. Il sert encore au service des projections dans certains effets scéniques. Nous citerons un exemple connu de tous : le rayon de soleil, passant au travers d'un vitrail colorié qui, dans Téglise de Fan-st, éclaire les premiers plans du théâtre, où Marguerite vient s'agenouiller.

Ce pont est à 11 mètres du sol ; il est muni d'un jeu de tambours pour teinter la lumière des herses. Les herses, éclairées aujourd'hui par des lampes à incandescence, ont conservé, à peu de chose près, la forme des anciennes lierses à gaz. Elles se composent d'une tige portant des ampoules de verre relevées, au-dessus desquelles s'étend un réflecteur. Dans la partie qu'on nomme la dossière, sont logées des feuilles de gélatine teintées successivement en bleu et en rouge. La gélatine, très*mince, est fixée sur un filet de chanvre à mailles larges, qui lui donne de la souplesse et de la résistance. Un mouvement imprimé aux palettes du tambour, amène alternativement la gélatine bleue ou la gélatine rouge devant les lampes, en formant écran. La lumière se colore, mais avec une déperdition

en oc o

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