ORFÈVRERIE RELIGIEUSE
Mais la penle était dangereuse. Comme toujours, après vous avoir complété, on a cherché à vous imiter. Les émailleurs limousins, élèves de saint Éloi, qui alluma les fours de Solignac, ont laissé de dignes continuateurs. Vos rangs se sont grossis de tant de recrues, que vous êtes plus nombreux, ô trésors d'orfèvrerie religieuse ! que vous n'étiez aux plus beaux siècles de foi.
La loi de séparation de l'Église et de l'État a eu la plus singulière répercussion sur le mobilier artistique des églises, couvents, monastères et collégiales. Bien avant sa promulgation, les bruits les plus étranges de confiscation, d'expropriation, de spoliation à main armée, circulèrent dans les journaux du monde religieux. Ce fut un cri d'alarme qui retentit douloureusement sous les arceaux des vieilles basiliques.
Songez donc quelle somme énorme représente ce patrimoine d'objets d'art dispersés dans toute la France et classés ou non par les Monuments historiques ! La Vierge dorée d'Amiens n'a-t-elle pas trouvé marchand à 800 000 francs ? Une église de village dans la Côle-dOr ne possède-t-elle pas deux torchères en bois du xyiii"^ siècle, estimées l'an dernier 120000 francs? Le retable en bois du Crotoy n'a-t-il pas provoqué l'offre de la construction du clocher de l'église ? La Vierge de Germain Pilon, au Mans, ne vaut-elle pas un million ? Le reliquaire du Puy, 200 000 francs? A Notre-Dame de Paris, Tétole et la chasuble de Thomas Becket ont preneur, en Angleterre, pour quatre millions, et l'admirable trésor de Conques, exposé en 1889, a alléché un syndicat qui
a offert de l'autel portatif plus d'un million, et î'î l'ensemble, vingt millions au comptant I
Dois-je passer sous silence le grand exode des saintes reliques chez les brocanteurs? Le scandale vient d'éclater, et je ne puis parler que des premières révélations. On sailpeu encore^ mais on saura tout, quand ce livre aura paru. Je n'écris donc qu'un prologue. Le drame se dénouera en justice.
Le chef de l'association Thomas and C° s'est constitué prisonnier. Voici la substance de ses premières déclarations. Tantôt il cherchait, par une circulaire autographioe et signée Dubois, à ébranler les consciences fragiles; tantôt, abrégeant les délais, il se présentait dans les presbytères avec un thème préparé à l'avance :
— Monsieur le curé, disait-il, la loi de séparation est une iniquité, les inventaires sont le prélude d'une véritabl'e spoliation. Assisterez- vous à la consommation de votre ruine ? Ne protesterez- vous pas contre un vandalisme impie ? Votre église possède des objets précieux. Les laisserez-vous détourner deleuralïeclation sacrée? C'est votre droit et votre devoir d'user de représailles, je vousoffremes services. Je suis l'agent attitré de riches antiquaires étrangers. Je vous propose un moyen légitime de vous défendre. Je m'engage à vous remplacer par des copies parfaites les originaux de vos trésors. Croyez-le, la science des antiquaires est grande {sic). Nul de vos fidèles ne pourra s'apercevoir de la substitution, pas môme le receveur de l'enregistrement qui ne posscde aucune compétence artistique. L'échange se fera i-ur place.