‹ Trucs et truqueurs; altérations, fraudes et contrefaçons dévoiléesChapitre 13 sur 26 · ORFÈVRERIE RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

ORFÈVRERIE RELIGIEUSE

Vous loucherez une légilimc indemnité, un gros prix de ce qui, en somme, est votre bien. Les objets sacrés appartiennent au culte et non à l'Etat.

Ces insinuations, ces appels à la révolte, firent-ils trébucher la dignité sacerdotale? Dans un premier interrogatoire, le sieur Thomas a-t-il dit la vérité? Il avait bien savonné la pente. Y fit-il glisser quelques inconscients, comme il la prétend ? Certains desservants, sollicités par ce chemineau de Tart, outils dispersé des trésors dont ils avaient la garde ? Lo troc devenant une œuvre pie, des photographies arrivèrent- elles dans les grandes officines "des truqueurs belges ou parisiens ? Des copies modernes vinrent-elles prendre ensuite la place des objets séculaires ? Y eut-il un vol aérien des icônes vers des régions inconnues, des départs précipités au delà de la Manche ou de l'Atlantique? Pour l'honneur du clergé des petites paroisses, nous hésitons à croire que des curés prévaricateurs, se soient laits les auxiliaires des agents attitrés d'un trust gigantesque.

Ce qui est certain, c'est que, pour aller plus vite en besogne, les écumeurs des églises ont qui'té le truquage pour passer au cambriolage. C'est ainsi qu'ils se sont audacieusement approprié la châsse d'Ambazac, le trésor du musée de Guéret, le reliquaire de Solignac, la statue de saint Beaudine, la Vierge de laSauvetat, la colombe eucharisliipie de l'église de Lagucnne. Ils ont opéré dans beaucoup d'autres endroits, sans oublier ma petite commune de Collettes où ils ont trié, brisé et mutilé tout ce qui n'était pas en matière précieuse. Maisces actes de déprédation, ces vols et ces pillages avec le concours d'une automobile et à l'aide d'outils achetés àNew-Haven, ne rentrent pas dans notre sujet. Si.

nous stigmatisons les maquillages des faussaires, nous ne racontons pas les exploits des chevaliers de la pince monseigneur. Nous n'écrivons pas les nouveaux mémoires de Rocambole. Bornons-nous à déplorer que, dans cette spécialité, Antoine Thomas, tonnelier de son état, médecin malgré lui et trop souvent ravageur de sacristies, se soit préparé pour l'avenir une réputation légendaire. Mieux eût valu, pour lui, ne pas avoir, dans les feuilles, la gloire éphémère des vedettes sensationnelles. Thomas est sous les verrous. On ne connaît que ses premiers aveux, la justice informe. La parole est au parquet de Limoges. Attendons les révélations curieuses de l'instruction.

Il faut bien le reconnaître, les inventaires ont fait beaucoup jaser. La Vierge en marbre de Commeny a-t-clle été réellement descellée, remplacée par sa congénère en plâtre ; puis, ramenée dans sa niche par la gendarmerie qui mit un terme à son escapade ? Rien de surprenant que les anecdotes aillent leur train, plutôt du domaine du conte que de la réalité. Comme dit le psaume, omnis homo mendax. Il ne faut donc pas trop ajouter foi au singulier profit que certains aigrefins ont su tirer de la séparation. Aussi je ne vous donne l'histoire qui suit que pour ce qu'elle vaut.

A Tépoque où la Chambre discutait l'abolition du Concordat, un quidam de la brocante proposa de déposer 'dans une chapelle, pour la vénération des fidèles, une main reliquaire en argent enrichie d'émaux et de pierreries. Il va sans dire que, récemment fabriquée, les ossements qu'elle contenait étaient aussi récents que le reste. INIoyennant une large offrande, le conseil de fabrique accepta aisé-

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ment. Il délivra même à ravance une déclaration de propriété. Songez donc ! quelle félicité célesteo ur les marguilliers de soustraire honnêtement une relique de grand prix à l'avidité du fisc et de se gaudir coram populo de sa piteuse déconvenue !

Accompagné d'un huissier et son reçu à la main, le mystificateur se présenta, le jour de l'inventaire, pour revendiquer son bras. Après avoir reconnu la régularité de son titre, le receveur donna l'exeat. Peu de temps après, ainsi revêtue de tous les sacrements, la bienheureuse relique fut revendue, avec preuves à l'appui, comme provenant de l'église de***.

Revenons aux restaurations. Où commencentelles, où finissent-elles?

Les plus belles collections en sont les victimes.

Un marchand bien connu avait acheté à Francfort un fragment d'argent du xiii« siècle qu'il ne pouvait arriver à identifier. Il s'en fut consulter l'orfèvre C, qui lui dit :

— Mais vous, avez là un morceau de chandelier d'autel du xni« siècle !

— Vous croyez ? Eh bien ! complétez-moi le chandelier tout entier.

L'orfèvre exécuta la commande. On reconstitua le chandelier. Rien n'y manqua, patinage, bosselure, oxydation, et M. Fould, alors ministre, acheta l'objet une vingtaine de mille francs. Viollet-le-Duc le fit graver dans son Dictionnaire du mobilier. Or, à quelque temps de là, tout se découvrit. La « réparation » fut trouvée sinistre. Le vendeur dut reprendre l'objet. On ignore le sort du porte-lu-

mière, mais la gravure figure tuujours dans VioUel-

le-Duc.

Dans le legs Rotscliild, au Louvre, raonstrances, pixides, baisers de paix, ont été si réparés, si complétés, si rafistolés, qu'on a, pour certains, osé émettre des doutes sur leur authenticité.

Du reste, on ne peut que rester très effrayé quand on contemple, au musée des Arts décoratifs, les admirables reproductions faites par la maison Cliristofle du calice avec sa patène en argent du xii^ siècle, qui est au Louvre, et du chef en cuivre argenté et doré de Saint-Etienne de Muret qu'exhibe le trésor de l'église de Saint-Sylvestre (Haute-Vienne).

Et la vierge d'argent du marchand viennois ! Son histoire n'est-elle pas légendaire ? Elle arriva à Paris dans le plus piteux élat. Le premier collectionneur lui fit mettre une tète, le second, une couronne et un sceptre enrichis de pierreries, le troisième, un enfant Jésus qui présente un fruit à sa mère. Aujourd'hui, la sainte statuette fait lornement d'un musée.

Et les chasses du Kensington ? Etaient-elles fausses ? élaicnt-ellcs réparées ? Bien fin qui le dira, car les artisans d'art qui exécutent de tels prodiges, quand vous les consultez, sont d'un mutisme et d'une discrétion absolus. C'est la restriction mentale du père Sanchez, interdite par les théologiens mais préconisée par Escobar.

ÉMAUX l'EINTS ET CHAMPLEVÉS

Ont-ils étoile la façade du château de Madrid, ces huit médaillons ovales émaiilôs par Pierre Gourtoys,

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