‹ Trucs et truqueurs; altérations, fraudes et contrefaçons dévoiléesChapitre 17 sur 26 · TAPIS · texte numérisé non relu

TAPIS

Place aux tapis, à ces magnifiques mosaïques de laines bouclées en Orient et en Extrême-Orient, où tous les pays musulmans ont laissé comme un reflet des Mille et une Nuils !

Hélas ! si on ne les contrefait pas encore en Europe (rimitation parfaite coûterait trois fois plus cher qu'on ne pourrait la vendre), des ateliers, dirigés par des Européens, refont grossièrement en Perse, au pays d'Abbas-le-Grand, les modèles du xvi^ siècle, à grand renfort de procédés mécaniques et de teintures chimiques.

Voyez les catalogues illustrés ! Allez dans les grands magasins parisiens et demandez à voir les tapis du Daghestan, du Khorassan et de la Turquie d'Asie. Vous serez édifié !

Inimitables également les somptueux tapis brodés d'Espagne, dont M. Pierpont-Morgan possède une si merveilleuse série, bien qu'on ait émis des doutes sur la provenance royale de la collection. Il paraîtrait, en effet, que, lors de la restauration des Bourbons, ces tapis furent retrouvés au grand complet, la République espagnole ayant respecté les richesses dynastiques. S'il en est ainsi, les marchands auraient allégué une origine illusoire pour séduire leur riche client. Mais M. Pierpont-Worgan se console. Il possède des pièces hors de pair, et il ne serait pas, en tout cas, le premier aux yeux de qui on aurait fait briller l'étiquette de châteaux en Espagne.

Comme dernière information, constatons que les acrobates du tapis brodé savent trop bien qu'il n'y a plus de Pyrénées. Ils exploitent la France à l'instar de

leur propre pays. Une avenlure récenle vient de le prouver.

La scène se passe à la douane, devant un nnagnillque tapis en velours, semé de fleurs de lys en relief. L'objet vient des Castilles et la tradition dit qu'il recouvrait les marches d'un trône. Cependant, le use, toujours soupçonneux, fait une enquête pour savoir s'il doit ou non l'exempter des droits qui frappent les marchandises modernes :

— Ce tapis est antérieur au xviii'^ siècle et doit passer en franchise, dit l'expert de l'importateur. C'est, à n'en pas douter, da pur Louis XIII.

— C'est du pur xix^ siècle, réplique M. Fernand Roger, l'expert-conseil des douanes aui a le coup d'œil rapide du détective. Cela saule aux yeux, ajoute-t-il.

— Pas le moins du monde.

— Vous allez bien voir.

Il tire un canif de sa poche, le passe sous une fleur de lys, la soulève légèrement et attire délicatement à lui... quoi ? Des épreuves d'imprimerie de Paul et Virginie, qui servaient de bourre et donnaient du relief à la fleur brodée.

Ne doutez pas du trait. Il vient de m'èlre conté par M. Roprer lui-même.

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