‹ Trucs et truqueurs; altérations, fraudes et contrefaçons dévoiléesChapitre 19 sur 26 · DENTELLES · texte numérisé non relu

DENTELLES

La dentelle est une parure divine. Injustement dédaignée par les élégantes du siècle passé, voici que la mode, capricieuse et ironique, ramène ses tissus diaphanes, rappelant le givre ou la nervure gothique et servante estomper de leur fin réseau les lignes un

peu sévères du costume féminin. La somptueuse Irlande, le triste Chantilly, le Venise avec ses l'euillages, et îa Valenciennes aux mailles solides, carrées, régulières, transparentes, toutes ces merveilles légères, décoratives, qu'on dirait tissées de fds d'araignée, retrouvent aujourd'hui de zélées adoratrices.

Hélas! faut-il le dire? Les fées de l'aiguille dont les doigts agiles faisaient, pour la joie de nos aïeules, naître le& exquises dentelles de Burano, d'Alençon et de Bruxelles, les magiciennes du fuseau qui présidaient à la venue au monde des frêles Bruges et des Malines impondérables, ne sont pour rien dans les toilettes de nos élégantes.

Telle grande dame qui rougirait de mettre ou de porter des fourrures de lapin, un collier de fausses perles, se pare de faux Clianlitiy et de faux Irlande sans s'en trouver gênée le moins du monde.

D'ailleurs, les grands couturiers ne veulent pas de vraies dentelles, encore bien moins de dentelles anciennes, et ces oracles ayant parlé, nos jolies brebis de Panurge de la mode obéissent et se taisent « sans murmurer », comme le grognard de feu Scribe.

Les raisons de M. Dimanche sont pourtant faciles à deviner !

Bien que nos tyrans du costume aient habitué leur clientèle à des prix dépassant les plus coûteux objets d'art, il y a limite à tout, même aux notes des princes du ciseau. Cinquante francs de dentelles ajoutées à une robe augmentent la facture de cinq cents francs. "N^oyez à quel total on arriverait avec des garnitures à 500 ou 1 000 francs le mètre ! Il serait nécessaire de prendre sur le bénéfice de 1 000 pour 100 que tout habilleur qui se respecte se réserve pour la façon, ou il faudrait vendre la robe un prix si exorbitant que

les clientes réduiraient ensuite leurs dépenses. De plus, une garniture aussi précieuse ne se coupe ni ne se taille ; elle doit être employée telle quelle. Enfin nos princes de la grande couture voient dans le port de la dentelle un obstacle à leur « inspiration » et surtout un encouragement pour la cliente à faire resservir à plusieurs costumes la belle et coûteuse garniture, au détriment de nouvelles acquisitions.

Ne trouvez-vous pas que cet ostracisme a comme un air de finesse cousue de fil blanc ?

Pour vous, mesdames et chères lectrices, qui soumettez la mode à vos charmes au lieu de suivre ses caprices en esclaves, vous adorez les vieilles dentelles, fluides et aériennes, et vous avez mille fois raison. Seulement vous avez peur de vous tromper et d'être trompées. Vous attendez quelques conseils avant de vous lancer à la chasse des points précieux et des passements délicats.

Eh bien ! rassurez-vous. Dans la poursuite à laquelle vous allez vous livrer, vous avez à craindre l'imitation, — c'est-à-dire la dentelle mécanique, facile à reconnaître — mais vous n'avez pas à redouter, pour le moment, du moins, la concurrence de dentelles à la main modernes. Le prix n'y est pas encore.

Tenez, voici des chilîres irréfutables.

En 1905, deux cols et manches en vieux point de Venise à la rose font à Thôtel Drouot 1 4G0 francs, un grand volant et un devant de robe en point de Bruges, 1000 francs. En 1906, un volant au point de V^enise de l'époque Louis XIV aux Armes d'Autriche

et au chiffre de la famille royale de France, donnée à Marie-Anloinelle à roccasiou de son mariage, fut adjuge 7 000 francs. Il mesurait 3 m. 35 ! En 1907, un grand voile d'application d'Angleterre a valu 6 100 francs, et seize mètres du môme travail, 3 000 francs seulement. Deux grandes quilles en point de Venise à grand relief, un grand col, une aube en guipure de Flandres, de 3 m. 30 de long-, une pointe en dentelle de Flandres n'ayant pu atteindre la demande de 25000 francs, ont été adjugés à 18 100 francs péniblement.

Nous sommes loin, très loin du prix de revient, au temps où les courtisans de Louis XIV payaient une paire de manchettes 15 000 livres et où le cardinal de Rohan, troublant les dévolions des dames, officiait à Versailles avec une aube de 30 000 écus! Un artisan de Chantilly faisait alors un mètre de dentelle dans son année. Pour certains bonnets, il ne pouvait produire plus de 35 cenlimètn^s par an ! Essayez donc un peu de faire confectionner à Arg^entan, à Bayeux, à Luxeuil ou dans la Haute-Loire, quelques mètres de ces dessins-là ! En payant 4 francs des ouvrières, qui gagnaient à l'origine 0 fr. 20, vous verrez à quels jolis chiffres vous arriverez !

D'ailleurs, nous avons des points de comparaison. En 1855, la ville d'Alençon ayant exécuté une robe toute entière au point du pays. Napoléon III l'acheta 200 000 francs et l'impératrice en fit faire un rochet qu'elle envoya au pape. Le voile de mariée offert, en 1880, par la ville de Bruxelles à la princesse Stéphanie, coûta 45 000 francs. Le rochet en point à l'aiguille, dédié à Léon XIII par le diocèse de Bayeux et de Lisieux, dessiné par M. Lefebure et exécuté dans ses ateliers, fut payé 50000 francs. J'ignore le prix.

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da voile de mariée de M"** Boni de Caslellane, mais jejnrerais bien qu'il dépassait encore ces prix.

Vous voyez que tant que la curiosité, cette habile faiseuse de hausses, n'aura pas donné une valeur outrée aux vieilles dentelles, elles échapperont à la contrefaçon. On les revendrait moins cher comme objets anciens qu'elles ne coûteraient à faire exécuter comme neuves.

Recueillez donc, pendant qu'il en est encore temps, ces réseaux si fins qu'on les dirait tissés avec les fils de la Vierge qui flottent dans l'air. Si vous n'en trouvez pas l'emploi dans votre toilette, gardez-les précieusement dans vos tiroirs. Oubliez-les dans vos coffrets. C'est un trésor pour l'avenir, ces réserves d'antan!

Est-ce à dire, mesdames, que Ton ne cherchera pas a vous tromper? Bien au contraire, mais vous pourrez aisément déjouer toutes les ruses si vous savez distinguer la dentelle à la main de la dentelle mécanique.

On copie aujourd'hui presque toutes les dentelles; pointsdeVenise, de Bruxelles, de Bruges, d'Argentan, d'Angleterre, d'Alençon, de Baveux, de Marly, points coupés, fils tirés, craponne, duchesse, blonde, tout est refait.

Les dessins, bien ombrés, souvent très artistiques, sont exécutés avec tous les perfectionnements qui s'introduisent sans cesse dans la fabrication.

Cependant, les produits les plus soignés du métier n'arrivent pas au fini et à la beauté des dentelles à la main. Regardez de près.

Vous trouverez la même différence qu'entre un

cachemire de l'Inde et un cachemire français. Bien plus, la divergence sera plus sensible encore, car l'action irrégulière de la main de Touvrière s'exerce ici à la fois sur les fils déchaîne et sur les fils de trame. Elle saute pour ainsi dire aux yeux.

Examinez donc une dentelle de près. Si elle est ancienne, les mailles du réseau ne seront pas symétriques, mais tantôt rondes, tantôt ovales, tantôt déformées à droite, tantôt à gauche, tantôt en bas, tantôt en haut. Si elle est mécanique, le réseau tout entier gardera, au contraire, la régularité géométrique. Même remarque pour le dessin. La main de la dentellière n'arrive jamais à reproduire deux motifs exactement semblables, tandis que le métier, opérant mécaniquement, avec une force toujours la même, donne aux fils une tension égale et, par conséquent, un dessin régulier.

Voyez ensuite les fds. Autrefois, on les filait à la quenouille et au fuseau, on bs dévidait au rouet. Ils présentaient quelques irrégularités, mais ils arrivaient à une finesse poussée jusqu'à l'extrême. Aujourd'hui, on emploie des procédés expéditifs. La régularité du travail est parfaite, mais on n'obtient pas la même finesse. Il y a un point où la machine est obligée de s'arrêter. A force d'étirer le fil, il se briserait.

Quand on vous présente une pièce d'une certaine dimension, faites attention aux raccords. Le travail de la dentelle à la main était trop long et trop minutieux pour qu'une seule ouvrière pût faire à elle seule un morceau complet. Le dessin d'ensemble, partagé en petites bandes de dix à vingt centimètres, pas. sait en des vingtaines de mains guidées par la carte sur laquelle courait leur aiguille. Tous les motifs

terminés, a la raboutisseuse » les mettait bout à bout pour en former un ensemble, comme pour les anciens cachemires de l'Inde.

Le métier mécanique, lui, ne connaît pas d'interruption. C'est un tissu suivi et continu qui peut s'allonger sans cesse, comme une étoffe tissée.

A ces remarques, qu'une longue habitude pourra seule vous permettre de rendre fructueuses, ajoutez l'épreuve du toucher. La véritable dentelle, avec une grâce sans apprêt, garde une élasticité que ne connaît point l'imitation. Au chiffonner, elle est moelleuse, souple, savonneuse. Lorsqu'on le tient, elle procure aux doigts une sensation agréable, bien différente de celle rcche et sèche du produit mécanique.

Calais, le grand centre des dentelles françaises d'imitation^ exporte annuellement plus de quatrevingt millions de ses produits. Un simple faubourg de la ville, Saint-Pierre, qui comptait en 1825 trois mille habitants, en possède aujourd'hui cinquante mille.

Certes, notre amour-propre national doit se réjouir d'une telle prospérité. Mais, dans ces millions de dentelles, quelle mine inépuisable pour les aigrefins qui veulent tromper l'acheteur naïf!

On patine les points modernes avec de l'eau oxygénée, du permanganate de potasse, du thé, cent ingrédients divers. On découpe l'intérieur pour imiter les jours variés de la vraie dentelle, et on encolle le morceau par un apprêt très ferme, pour l'empêcher de se défiler. On simule des déchirures, de faux raccommodages. On met des pièces à l'aide de débris

empruntés à de vieux passements. Les taches de rouille se font avec de l'acide qui brûle les fils par place. Enfin, pour obtenir ce ton indéfinissable des vieilles dentelles, conservées pendant des siècles au fond d'une armoire, et l'aspect un peu cotonneux que donne l'usure, on les fait bouillir longtemps dans l'eau, puis on les fait sécher, sans les apprêter, à un soleil ardent. L'opération, plusieurs fois renouvelée, simule l'usure à merveille.

La Grèce et l'Italie se sont fait une spécialité des fausses dentelles. Les pays frontières tels que la Belgique, l'Allemagne et l'Espagne, fabriquent aussi de pseudo-vieux points. C'est surtout pour éviter des droits de douane et faire concurrence aux produits français que les étrangers maquillent artificiellement leurs envois. On a saisi, l'an dernier, à la frontière de l'Est, à la suite de réclamations multiples, de nombreux colis mensongèrement déclarés. Une seule de ces expéditions consistait en plusieurs sacs de pommes de terre, — • ô Parmentier, quel abus on fait de ton nom ! — remplis de fausses vieilles dentelles, et pesant plus de 150 kilos 1

Pour finir, une jolie histoire, arrivée à un notable spécialiste anglais, renommé pour son habileté à découvrir les vieux points, et son adresse non moins grande à les vendre un très gros prix.

Il avait confié aune exposition récente un rochet en point de France qui avait fait primer d'admiration

les fabiicanls les plus compétents. Trois mois durant, la dentelle merveilleuse avait fait l'ornement de la vitrine d'honneur. Puis, le moment de la clôture arrivé, on l'en avait tirée pour la remettre à son propriétaire. On s'aperçut alors qu'elle était couverte de taches.

Grand émoi !

L'exposant refuse de reprendre l'objet, et veut se îaire payer la dentelle 40 000 francs. On fait venir des experts. Ils examinent la pièce, recherchent la nature des taches, interrog-ent les gardiens, donnent leur langue au chat et sont sur le point de renoncer à leur enquête, quand l'un d'eux, plus avisé, arrache la tenture qui servait de fond à la vitrine :

— Voilà la coupable ! s'écrie-t-il. Cette étoffe contient du soufre. Elle a fait noircir les fds de la dentelle qui ont dû être blanchis au blanc de céruse. Faisons faire l'analyse.

On porte la dentelle au laboratoire. En effet, les fils avaient été préparés au blanc de plomb, qui noircit au contact de l'acide hydrosulfurique. Or comme sous Louis XIV ce mode de blanchiment n'était pas en usage, il en fallut conclure que, dans la dentelle, la matière était beaucoup plus jeune que le dessin.

On fit entendre au particulier qu'il serait sage de ne pas insister pour obtenir des dommages et intérêts.

LA TÎAÎIE

L'année de la tiare. — En Tauiide. — Les fouilles d'Olbia.

— Deux compères adroits. — Les voyages de la tiare. — L'aréopage du Louvre. — Un achat de 200.000 francs. — Premiers bruits fâcheux. — Elina. — Devant le juge d'instruction. — Un joyeux fumiste. — Entrée en scène de Rodolphe Rouchomowsky. — Adsuin qui feci. — Un ciseleur prodigieux. — Comment fut fabriquée la tiare. — Un sarcophage lilliputien. — Le jugement de Salomon. — Interwiew de M. Clermont-Ganeau. — Les déductions. — Les expériences. — Rouchomowski recommence son travail.

— Saïtapharnès aux Arts décoratifs.

L'an de grâce 190.3 marquera dans les fastes de la cm'iosiLé. Nous aurons désormais l'année de la tiare comme celle de la guerre ou de l'éruption du Mont Pelé. Dans vingt-cinq ans, elle servira de point de repère à la mémoire affaiblie des vieux amateurs pour fixer la date d'un achat ou d'une heureuse trouvaille.

— C'était l'année de la tiare, diront-ils.

La tiare! Se peut-il qu'après avoir passionné le monde entier, soulevé des discussions acharnées entre savants, experts, critiques d'art, conservateurs de musées, accaparé pendant trois mois les journaux des deux hémisphères, occupé même la tribune du Parlement, un silence si complet se soit fait sur cette ex-

traordinaire aventure artistique? Ce n'est pas encore Toubli, mais tant d'événements se sont succédé depuis, tant de questions troublantes ou ridicules ont passionné l'opinion publique — ce suffrage universel des badauds — que la tiare n'est plus qu'un mot vague, un symbole, une entité, synonyme de truquage colossal et de bévue de science officielle. A chaque découverte d'un faux dans un musée, on dit bien toujours: « C'est une nouvelle tiare! » Mais déjà les journalistes qui écrivent le mot et les lecteurs qui le lisent ne se rendent plus compte de ce qu'il représente ni du concours inouï de mystifications, d'impudences et d'imprudences qu'il rappelle.

J'ai sur ma table le paquet des journaux et des revues qui en ont parlé. On y discute esthétique, archéologie, philologie, épigraphie, ethnographie et môme zootechnie. C'est effrayant : la guerre russojaponaise a fait couler moins d'encre. Dédale, qui construisit le labyrinthe de Crète, n'aurait pu trouver rien de plus compliqué. L'article du jour dément l'article de la veille, celui du lendemain lance l'affaire sur une piste opposée. Les personnages surgissent on ne sait d'où. Il y a des X mystérieux, véritables mythes de la fable. Bref, c'est un imbroglio, aussi difficile à démêler qu'un roman d'aventures ou une pièce à tiroirs.

Je vais pourtant essayer de fixer cette mémorable épopée pour l'édification de nos arrière-neveux, puisqu'elle se présente à nous sous une tournure picaresque, je lui en conserverai les allures. Mais j'en dégagerai l'affabulation. M'inspirant des procédés en usage chez les maîtres du genre, je vais donner à mon récit impartial des sous-titres suggestifs et captivants. Il y aura un prologue: en Tauride et,

cinq parties: les mystères du Louvre, Elina, Rouchomowski, le jugement de Salomon.

Je frappe les trois coups. La toile se lève. Attention ! Je commence.

EN TAUPJDE

En entrant au musée impérial de l'Ermitage, on est ébloui par d'incomparables objets, la plupart en or, d'une beauté d'exécution, d'une souplesse de style absolument uniques. Ils proviennent des fouilles exécutées dans la région du Bosphore, dans les ruines des villes grecques de Crimée ou de l'ancienne Chersonèse, dans les sépultures barbares qui abondent sur les bords du Don. A côté de cet entassement de merveilles, on ne voitplus rien, ni les antiquités étrusques ou romaines, ni les statues, ni les vases antiques, dignes cependant des plus beaux musées de l'Europe. Le visiteur n'a d'admiration que pour ces fabuleux bijoux qui donnent une si haute idée du génie grec dans les arts appliqués.

Pour conserver aux musées impériaux d'aussi précieuses découvertes, les fouilles en Russie sont étroitement surveillées. Mais comment interdire aux paysans les coups de pioche clandestins ? Comment empocher les marchands de colporter leurs trouvailles et les amateurs de les acheter ? Des antiquaires réalisèrent des bénéfices sérieux. Le succès les alléchant, ils utilisèrent les moindres débris trouvés dans cette Tauride mystérieuse où Gluck fit gémir la touchante Iphigénie. Puis, comme il arrive toujours, après avoir réparé, reconstitué et complété, ces bons

marchands enarrivèrent à créer de toutes pièces. Un véritable atelier d'orfèvrerie néo-grecque, où les faussaires collaboraient avec des érudits expérimentés et des épigraphistes compétents, s'établit dans la Russie méridionale.

Un des premiers produits de cette singulière manufacture fut un plat d'argent au repoussé, représentant, dans le creux, une scène de sacrifice, et sur le marli, une frise de palmettes en forme de coquilles. Offert à Rome, vers 1894, au comte Tyszkiéwitcli, il lui parut suspect. L'amateur en refusa l'acquisition.

Peu à peu, cependant, les industriels se perfectionnèrent. Mettant à profit le Corpus des inscriptions d'Olbia, pillant les planches de nombreux ouvrages d'archéologie, ils firent voir le jour à des objets plus remarquables. Un masque d'or, avec dédicace de Pantaclès, fils de Cléoinbrotos, un diadème, reproduisant le dessin d'un vase antique, plusieurs paires de sandales en or, furent achetés par le musée de Cracovie, sans compter les bijoux de petites dimensions, bracelets, bagues, boucles d'oreilles, vendus à divers amateurs. En peu de temps, s'écoulèrent ainsi quatre cent mille roubles de néo-orfèvrerie. Le coup de maître fut une couronue murale, ornée de neuf médaillons représentant des tètes de divinités, un vaisseau, un aigle sur un dauphin, des lions déchirant un cerf, avec une dédicace à Achille Pontarque par Kallinicos. L'éminent historien Curtius, qui conservait, en 1895, à Berlin, la collection des antiques, s'y laissa prendre et l'acquit pour le compte du musée. Mais, reconnue fausse avant même de prendre place dans les vitrines et, après une discussion mémorable à la Société archéologique de Berlin, la couronne fut renvoyée à son pays d'origine.

On savait tout cela à Paris, dans le monde savant. Sur tout ce qui arrivait de la Russie méridionale planait une défiance légilinie. Cependant, moins d'une année après, un marchand viennois présentait au musée du Louvre un lot de bijoux provenant de la région suspectée. Les conservateurs les accueillaient avec enthousiasme.

Le roman de la tiare commençait.

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