‹ Trucs et truqueurs; altérations, fraudes et contrefaçons dévoiléesChapitre 9 sur 26 · MAGNIFIQUE MOBILIER A VENDRE · texte numérisé non relu

MAGNIFIQUE MOBILIER A VENDRE

Tapisseries, oi)jets d'art.

Meubles anciens de style.

« Encore un truc de marchand ! », se diiramalcur en lisant. Cependant, à tout hasard, il se rend à l'adresse indiquée. Il trouve un appartement encombre de meubles, dont une très jolie femme vient lui faire les honneurs. Après une conversation un peu prolongée, il est rare qu'il distingue très bien l'ancien du moderne. Il achète des meubles dont il n'a nul besoin et donne asile dans sa galerie aux reproductions modernes qu'un marchand avait eu l'idée de recommander aux beaux yeux de cette courtière interlope.

Le procédé classique, vieux comme le commerce de la curiosité, et qui, pour cela peut-être, réussit neuf fois sur dix, consiste à envoyer l'objet en nourrice dans quelque château de province où se sont vendues jadis de belles pièces anciennes. Le maître du logis, M. d'Argentcourt, plus ou moins atteint de ce mal que Panurge appelait « impécuniosité », consent, moyennant une forte commission, à prêter aux marchands son nom et ses lambris historiques pour authentifier des ébénisleries toutes fraîches sorties de l'atelier. Avec une telle provenance, on achète les yeux fermés.

Bien plus, les musées eux-mêmes se laissent

prendre au truc, lémoiii la stalle de Cluny dont le souvenir cuisant n'est pas encore oublié dans le monde où passa la tiare.

Lhistoire vaut la peine d'être contée. Elle consolera peut-être quelques victimes, ce qui ne maufjue pas d'arriver chaque fois que l'on trouve en défaut la science officielle.

En l'an de grâce 1890, vivait à Orléans un sculpteur sur bois nommé Caillot, qui s'était fait une spécialité de la reconstitution des meubles. Il en fournissait toute la région. Le conservateur du château de Blois lui-même en commandait pour décorer ses salles désertes, et plus d'un marchand parisien en enlevait au passage les spécimens les mieux réussis.

Un jour, un des apprentis de la maison vint à Paris, et, comme de juste, s'empressa de visiter nos musées où il savait trouver de bons modèles à étudier. Baquin parcourait les salles, en admirant, comme ils le méritent, ces merveilleux bois sculptés du moyen âge et de la Renaissance, lorsqu'un meuble lui arracha un cri de surprise.

— Tiens, la stalle du patron !

Il s'approcha. Pas de doute. C'était une superbe stalle du xv« siècle, telle qu'on en voit dans le chœur de certaines cathédrales. Il la connaissait bien, car il y avait travaillé quelques années auparavant.

De retour à Orléans, il ne manqua pas d'aviser M. Caillot de sa découverte. L'honnête sculpteur, incapable de se faire le complice d'une mystification malhonnête, écrivit au conservateur pour l'avertir. Il ajouta qu'il avait pris, pour établirsachayèrea haut dossier du vieux bois de charpente et une trappe de cave. On réunit la commission. On scruta la

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slalle sur tous les assemblages. La conclusion unanime fut en faveur de la parfaite aullienlicilé de Toeuvre d'un liucliicr du temps. Pour un peu plus, on aurait traité l'auteur de la lettre de « fumiste ».

Cette fois, c'en était trop. L'artiste Orléanais se récria. Il raconta l'incident sous le sceau du secret à un journaliste de son pays. Trois jours après, la slalle truquée faisait le tour de la presse, et la commission mandait ^L Caillot à Paris.

Ce ne fut pas long.

Il enleva deux vis, et, sous une pièce cachée, il montra aux yeux ébahis des conservateurs récalcitrants sa marque à froid et la date de fabrication du siège. Impossible de douter plus longtemps. Il ne restait plus qu'à chercher la fdière des pérégrinations de la slalle.

L'enquête révéla que la stalle avait été achetée 600 francs à M. Caillot, par un antiquaire de Paris. Celuici l'avait glissée, on ne sait trop à l'aide de quelles complicités, dans le grenier d'un vieil hôtel du faubourg Saint-Germain. Dûment authentiquée, elle avait été présentée à Cluny et vendue 9 000 francs.

Le marchand rendit l'argent et reprit son meuble. Mais les médisants prétendent qu'il le revendit un mois après à un Russe, avec deux mille francs de bénélice, comme ayant appartenu au musée de Cluny.

i OBJETS DE VITRINE, BIJOUX, ARGENTERIE, ORFÈVRERIE RELIGIEUSE ET ÉMAUX

Les cages à bijoux. — Le Minotaiire de la mode. — Bijoutiers de Montmartre. — Bijoux pseudo-mérovingiens. — Un fermait répuljlicain. — Strass et caillou du Rhin. — Le celluloïd complice. — Joyaux populaires. — Un mot de Cellini. — Camelots de villes d'eaux. — Poursuites en correctionnelle. — Made in Germany. — Chez les Kabyles. — Orfèvrerie religieuse. — La loi de séparation. — Thomas and (W — Médaillons du château de Madrid. — Une châsse limousine. — Porte-lumière reconstitué. — Reslrictionmentale. — D'après Phiiippotaux. — Creux révélateurs. — La coupe du baron Pichon. — Les émaux d'Odessa. — La tiare pontiCcale.

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