CHAPITRE TROISIÈME
Les trusts et les syndicats industriels, les procédés des fondateurs^ les succès et les échecs.
Les trusts et les syndicats, comme la plupart des phénomènes économiques, sont le résultat, non pas d'une cause unique, mais de causes diverses*. L'existence du protectionnisme peut en 'faciliter la naissance, mais il est des trusts qui ont été constitués en dehors de l'action de tarifs douaniers élevés; l'on rencontre un assez grand nombre de groupements ou de fusions d'entreprises concurrentes en Angleterre. Ce phénomène, qui préoccupe et agite l'opinion publique dans la plupart des pays, répond au besoin des producteurs d'adoucir la concurrence entre eux-mêmes en s'entendant sur le prix de vente, sur le débouché; l'entente est plus facile lorsqu'il s'agit de certains produits se fabriquant par grandes masses, de certaines matières premières dont la production est entre les mains de maisons ou de compagnies puissantes; mais il est à remarquer qu'il n'y a pas de règle absolue et que, suivant les
pays, il est des branches dans lesquelles les syndicats n'arrivent pas à se former, de même que l'on en remarque dans des branches qui livrent des produits achevés. Les trusts et les syndicats ont été facilités par la tendance à la concentration des capitaux, que l'application de plus en plus considérable de la société par actions a préparée.
Il importe de réunir le plus de données possibles sur les syndicats et sur les trusts. Nous croyons donc faire œuvre utile en présentant à nos lecteurs une série de renseignements sur l'état de la question en Angleterre, que nous emprunterons à l'ouvrage de M. Macrosty sur les Trusts et l'Etat, au 18° volume de la Commission industrielle des Etats- Unis, à l'étude de M. Robert Donald sur les Trusts et le commerce britannique.
On trouve les arguments en faveur des trusts dans les prospectus qui accompagnent l'émission des actions et obligations de ces corporations nouvelles, car pour les mettre sur pied il faut absolument — à de rares exceptions près — recourir au public : c'est notamment le cas, dès qu'il s'agit de fusionner les entreprises et qu'on ne se borne pas à des traités d'alliance, à des ententes entre elles. Voici donc les motifs mis en avant : éviter la concurrence ruineuse qu'entraîne la vente au-dessous du prix de revient, prévenir un excès de production en appréciant mieux l'offre et la demande, faire des économies sur les frais généraux en centralisant l'administration, en organisant mieux l'achat, la
vente, la distribution, sur les frais d'annonce et de commis-voyageurs, arriver à spécialiser le travail des usines, à créer des types, profiter de tous les progrès techniques, de toutes les inventions, etc.
Il convient de faire remarquer que, jusqu'ici, les entreprises qui ont le mieux réussi dans cet ordre d'idées sont celles qui pratiquent Y intégration industrielle, qui embrassent l'intégralité de la production ou qui exercent un monopole national (grâce à l'accession de la presque totalité des fabricants) ou qui ont une portée internationale (comme /. et P. Coats, comme la Borax Consolidated). Nous aurons l'occasion de voir que tout groupement n'a pas été heureux et qu'il y a de gros insuccès à enregistrer.
Les procédés pour la constitution des trusts, sous forme de compagnies par actions englobant un nombre plus ou moins grand d'entreprises existantes, diffèrent en Angleterre de ce qu'ils peuvent être aux Etats-Unis. Sans être parfaite, sans assurer la protection efficace des actionnaires, la législation anglaise impose cependant des règles qui garantissent, dans une certaine mesure, la publicité, qui empêchent la fondation d'être faite sous le boisseau ou dans des conditions semblables à ce qxie permet la législation de l'Etat de New-Jersey. On sait le rôle important qui incombe à ce qu'on appelle le « promoter » l'initiateur, le lanceur de l'affaire. Pendant longtemps, l'idée d'une entente entre les concurrents, d'une fusion de leurs établis-
sements, est partie des intéressés eux-mêmes. Plus récemment, depuis trois ou quatre ans, les choses se sont modifiées : les financiers ont trouvé qu'il y avait une branche d'industrie spéciale à exploiter, et ce sont des individus n'appartenant pas à la branche même de production qui se sont entremis pour amener les groupements, les amalgamations. D'après l'enquête américaine sur les trusts (vol. XVIII), les principaux agents, dans cet ordre d'idées, ont été des « chartered accountants », c'està-dire les comptables professionnels, qui se chargent de la vérification des comptes, de la revision des livres pour les compagnies et aussi pour les particuliers. Ils auraient contribué à amener la constitution d'un assez grand nombre de trusts, en Angleterre; au courant des affaires, ils seraient allés trouver les concurrents et leur auraient expliqué les avantages de la combinaison. Aux Etats- Unis, le promoter se fait donner personnellement l'option, par les divers établissements, destinés à se fondre dans le trust, afin de pouvoir les acquérir à un prix déterminé en espèces. Sur cette base, il organise la nouvelle compagnie, choisit le premier conseil d'administration et les directeurs, s'entend avec un syndicat de banquiers pour garantir la prise ferme d'une partie tout au moins du capital et, après cela, il offre aux propriétaires des établissements, qui cèdent leurs affaires, d'être payés, soit en espèces soit en titres. On donne généralement une action privilégiée et une action ordinaire de
100 dollars par 100 dollars d'actif, Faction privilégiée représente la valeur actuelle de l'estimation, l'action ordinaire qui escompte l'avenir dédommage le cédant pour la valeur du fonds de commerce, pour les plus-values ultérieures auxquelles il renonce. En outre, aux Etats- XJnis,il y a de nombreux exemples d'estimations faites arbitrairement, sans le concours d'experts ; le promoter fixait le prix d'achat arbitrairement, sur ce qu'il croyait une base raisonnable, acceptable aux vendeurs. On ne connaît pas de cas d'une e3timation inférieure à la valeur réelle : les majorations ont prédominé.
En Angleterre, on a laissé aux vendeurs la faculté ou de céder l'affaire sur la base d'une estimation faite par des taxateurs considérés comme indépendants et estimant la valeur de l'entreprise en exploitation, ou de céder sur la base de la capitalisation du bénéfice d'un certain nombre d'années antérieures, bénéfice résultant de la comptabilité de l'entreprise, après examen par des accountants.
La législation anglaise exige que les contrats concernant l'achat du fonds (usines, outillage, terrains, brevets, etc.) soient déposés dans les bureaux du « Registrar of joint stock companies » où le public peut en prendre connaissance. De même les exigences de la loi en ce qui concerne le prospectus sont assez rigoureuses, elles ont été renforcées par la loi qui est entrée en vigueur le 1er janvier 1901 : les Américains regardent ces exigences comme d'une sévérité exceptionnelle.
Cependant le promoter trouve moyen de ne pas initier les gens à ses» opérations, ou bien en gardant le chiffre d'acquisition secret jusqu'à la conclusion définitive avec les différents intéressés ou bien en achetant pour une somme déterminée sans spécification détaillée.
Malgré toutes les précautions prises par le législateur anglais, il n'a pas empêché et il n'empêchera pas de majorer la valeur des apports. La respectabilité des experts et des comptables n'est même pas une garantie, car le promoter peut arranger les chiffres plus ou moins habilement; les1 principes d'administration n'ont pas été les mêmes dans toutes les entreprises fusionnées, les unes ont pu amortir davantage que les autres; le calcul des bénéfices peut être forcé. Il arrive qu'on convienne d'abord du prix en bloc et qu'on cherche ensuite à le justifier par des artifices de comptabilité.
On apprend bien que le fondateur a payé une somme déterminée, mais il est des accommodements, des arrangements, et il est parfois très difficile de savoir ce que les vendeurs ont touché en réalité, de connaître le bénéfice de la promotion, qui sera payé par les futurs» actionnaires. La nouvelle législation exige toutefois des éclaircissements sur les commissions perçues pour garantir la souscription.
On possède quelques détails sur* les bénéfices des intermédiaires : la commission payée, lors de la création cle la liritish Cotton and Wool Dyers Association a été de 2 1/2 0/0 ; lors de la création de la
Calico Printers9 Association, 2 0/0. Ces commissions doivent couvrir les frais préliminaires jusqu'à la répartition des actions, non compris les droits de timbre et d'enregistrement* Pour ces deux grandes affaires, l'intermédiaire a été M. Ernest Crewdson (de la maison Jones Crewdson et Youatt, accountants, à Manchester). Ces commissions sont inférieures à ce que prennent les Américains, mais lorsqu'il s'agit d'entreprises représentant £ 4,750,000 et 9,200,000 de capital, on trouve qu'elles sont amples.
D'après les renseignements recueillis dans l'enquête américaine, la proportion d'eau dans le capital, c'est-à-dire la majoration injustifiée, ne dépasserait guère 20 0/0 au maximum en Angleterre; elle est inférieure à ce que l'on fait en Amérique, mais elle est suffisante pour souvent rendre difficile la rémunération des capitaux. Par un phénomène bizarre, mais fréquent, celle-ci tombe parfois brusquement dès que le trust fonctionne.
Nous avons dit que les ententes des producteurs sont plus faciles dans les pays où le protectionnisme existe, mais qu'on les rencontre également en Angleterre, avec cette différence essentielle, c'est qu'elles sont plus tolérables pour le consommateur. Privés de l'appui artificiel de droits de douane, les syndicats anglais sont exposés à plus de vicissitudes.
Les deux plus anciens, le Sait Union (union des propriétaires de salines) et YUnited Alkali Company, n'ont donné que des déboires à leurs action-
naires; il est vrai quelles ont été chargées d'un capital très considérable, que la première a commis la faute de trop relever les prix, et que la seconde a souffert de la concurrence étrangère et de l'adoption de procédés nouveaux et meilleurs par ses rivaux. La Sait Union, dont le capital a été réduit de £ 4,200,000 à 2,400,00 £, n'a pas distribué de dividende depuis 1897, après avoir payé 20 0/0 au début, les actions de £ 10 valent 15/8; Y United Alhali Company, dont le capital est de £ 8,420,550, avec lequel on a payé des entreprises estimées £ 0,851,000, n'a pas» davantage distribué de dividende depuis longtemps.
XJn autre type d'entente, d'un ordre en apparence supérieur, comportant le concours des ouvriers, a été imaginé par un fabricant de lits . en métal, M. Smith, de Birmingham; c'est ce qu'on appelle" les Alliances de fabricants. M. Smith, qui est une sorte d'apôtre, soutient que personne ne doit produire ni vendre sans bénéfice; faire le contraire, c'est commettre un acte immoral et criminel. D'après M. Smith, lorsqu'on veut s'entendre, il faut d'abord calculer le prix de revient; c'est difficile, car beaucoup de fabricants eux-mêmes» seraient embarrassés pour l'établir. Sur la base de ce prix de revient particulier, il faut établir le prix commun qui comporte des concessions.
Au prix de revient, on ajoute le bénéfice convenu. Afin de donner une sanction à cette alliance, on conclut le contrat que voici avec les ouvriers :
on s'engage à n'employer que des ouvriers affiliés aux Trade-TJ nions; ces ouvriers, à leur tour, promettent de ne travailler que pour les membres de l'Association. Les salaires sont majorés de 10 0/0, une échelle de salaires, déterminée par certaines conditions, est arrêtée, un bureau de conciliation formé. Si un fabricant manque aux engagements qu'il a pris vis-à-vis du syndicat, ses ouvriers sont avertis, ils le quittent et sont payés à l'aide d'une cotisation perçue sur les membres demeurés fidèles, en proportion du nombre d'ouvriers. IL. Smith est d'avis qu'on peut s'entendre aisément avec les concurrents étrangers, ou à défaut leur faire une guerre méthodique. Le côté faible des Alliances, c'est qu'il faut se fier à la loyauté des adhérents, qui n'est pas toujours entière : en apparence, on vend au prix convenu, mais on livre 13 articles au lieu de 12, on donne des commissions supplémentaires. L'Alliance entretient un corps d'agents secrets pour surveiller les membres. Les fabricants de lits ne furent pas tous des modèles de bonne foi, l'Alliance mit les défaillants à l'index, rappela les ouvriers, mais les dépenses de chômage se trouvèrent être très lourdes, et le syndicat ne put teniiv Le 13 août 1900, à une réunion de la Bedstead Manufacturers9 Association, on reconnut que les maisons en dehors de l'arrangement étaient au nombre de 16 sur 35, et qu'en attendant une reconstitution du syndicat, il y avait lieu de supprimer toute restriction concernant les prix de vente; les
salaires des ouvriers, qui avaient haussé de 40 0/0, rebaissèrent*. Cet insuccès a fait beaucoup de bruit. L'exemple de M. Smith avait provoqué la constitution d'arrangements analogues dans beaucoup de branches qui ont leur siège à Birmingham.
Dans l'industrie textile, notamment dans quelques spécialités de la filature, la première impulsion a été donnée par la grande entreprise de coton à coudre, /. et P. Coats, Limited. C'était une vieille maison, fondée en 1830 et qui étendit ses opérations aux Etats-Unis en 1842. En 1884, elle fut convertie en société anonyme dont les actions étaient entre les mains de membres de la famille; en 1890, les actions furent offertes en souscription, le capital étant de £ 3,750,000 actions, £ 2,000,000 obligations. Le bénéfice moyen des sept années précédentes avait été de £ 426,000. Quatorze mille souscripteurs couvrirent quatre fois le montant émis, les vendeurs conservaient la troisième partie du capital. On fonda aussitôt après un bureau central de vente, auquel fut confiée la représentation de quatre maisons /. et P. Coats, Clarke et Comp, Chadwick et Comp, Jouas Brook et Comp. En 1895, la société Coats acheta la maison Kerr et Comp, de Paisley et, en 1896, elle absorba les trois maisons associées avec elle pour la vente, en portant le capital de 5,000,000 à 10 millions; les actions de £ 10 furent émises à £ 50. La circulaire annonçant la fusion fit valoir l'avantage de la concentration, l'économie de gestion, de distribution et la possibi-
lité de relever raisonnablement les prix. La Compagnie agrandie posséda 16 fabriques, 60 succursales, 150 dépôts, comprenant, en dehors des Etats- Unis, une fabrique en Russie, une autrje au Canada et employant 5,000 ouvriers. Il demeurait indépendantes 20 maisons en Angleterre, 40 sur le Continent, deux grandes et plusieurs petites aux Etats- Unis.
La concurrence continua entre oelles-ci et Coats, jusqu'à ce qu'en 1897 quinze maisons (dont une française) formèrent, au capital initial £ 2,750,000 (dont 2 millions en actions), YEnglish Sewing Cotton Company. Les vendeurs reçurent £ 555,400, J. et P. Coats souscrivant £ 200,000 d'actions pour avoir de l'influence dans la nouvelle combinaison.
Bientôt après, on acheta Alexandre, de Glasgew, Ardern, de Stockport. UEnglish Sewing Cotton Cy s'intéressa pour £ 130,000, J. et P. Coast pour £ 744,000, dans Y American Thread Company, qui absorbait 13 maisons et avait un capital de £ 3,720,000. La Compagnie américaine a pris à son tour à 36 shillings, 125,000 actions émises par YEnglish Sewing Cotton, dont le capital actuel est de 3 millions. Ces trois entreprises, étroitement unies, semblaient dominer le marché, mais en 1899 la Société J* et P. Coats vendit la moitié des actions qu'elle avait de YEnglish Sewing Cotton et cela par suite de dissentiments; elle se plaignait de la concurrence irrégulière qui lui était faite en Espagne. Mais le poids du capital de la plus grande des trois
entreprises était irrésistible. UEnglish Sewing CoU ton capitula et remit ses ventes à l'agence centrale fondée par Coats, quelques années plus tôt. Coats, afin d'avoir une action sur les producteurs de matière première, les filateurs de lin, s'intéressa dans la Fine Cotton Spinners and Doubler* Association, créée par 31 entreprises en 1898 au capital de £ G millions; les fabriques et le stock furent évalués à £ 4,127,000, dont les vendeurs reçurent le tiers en actions et obligations. Depuis lors, 10 autres entreprises ont été absorbées, dont une à Lille. Une mine de charbon a été achetée en 1899; le capital émis actuellement est de £ 6,650,000.
L'industrie de la teinture a suivi, après» avoir employé d'abord le système de l'Alliance de M. Smith.
En décembre 1898, il se crée la Bradford Dyers Association avec un capital-actions de £ 3 millions (deux tiers émis) et 1 million en obligations, elle embrasse 22 entreprises avec 7,500 ouvriers, les neuf dixièmes de l'industrie de la teinture à Bradford, depuis lors quatre autres maisons du Lancashire y sont entrées, le capital actuel est de £ 4,225,000. Une autre combinaison analogue, comprenant 46 maisons et portant le nom de British Cotton and Wool Dyers* Association, a été formée au capital de £ 3,750,000; une entente s'établit entre la nouvelle Compagnie et celle de Bradford qui ont des ateliers de teinture pour leur fabrication. Mentionnons YEnglish V civet and Cord Dyers* Association, créée en 1899 avec un million de
capital et comprenant 11 maisons, la Yorkhshire Indigo Scarlet and Colour Dyers, avec £ 550,000 et 11 maisons, VUnited Indigo and Chemical Company, représentant la fusion des huit fabricants d'indigo, au capital de £ 250,000.
Arrivons à l'industrie de la laine : en 1893, les peignages de laine de Bradford ébauchèrent une entente qui no se maintint pas; de® efforts répétés arrivèrent à créer, avec 38 maisons», la Yorkshire Woolcombers Association, au capital de £ 3 millions en actions et obligations.
li9 Association des Calico Printers, formée en 1899, est au capital de £ 6 millions actions, £ 3,200,000 obligations; elle comprend 37 entreprises d'impression avec 830 machines et 13 maisons de commerce; le prix d'achat a été fixé à £ 8 millions, dont 2,6G1,000 payées en actions et obligations. Il y est entré 85 0/0 de la production anglaise. Elle a une rivale dans la Bleachers' Association, créée en 1900, dont le capital est de £ 6,791,000. Elle comprend 53 sociétés et maisons, £ 3,720,000 représentent l'estimation des usines et de l'outillage; on a donc payé une forte somme pour les fonds de commerce, les brevets, etc. Nous rencontrons encore la Linen Thrcad Company (1898) qui a des intérêts en Ecosse, en Irlande, aux Etats- Unis, en Allemagne. En 1899, 3 grandes fabriques de linoléum de Kirkcaldy se sont fusionnées sous la raison de Barry Ostlere and Shepherd, au capital de 1 million; une usine leur appartient à Rouen.
Les fabricants de tissu élastique dans différentes villes ont fusionné et créé une compagnie au capital d'un million; les maisons de dentelles de Nottingham, à quelques exceptions près, ont formé une compagnie au capital de 1 million et se sont entendues avec les maisons restées indépendantes.
L'industrie du velours n'a pas réussi à former une grande entente, cependant on trouve YUnited Velvet Cutters Association au capital de £ 140,000 (5 maisons), YEnglish Fustian Manufacturing Company au capital de £ 500,000.
Les fabricants de machines pour laver et peigner la laine ont créé la Textile Machinery Association au capital de £ 500,000.
Le président de la Chambre de commerce de Manchester, dans un discours prononcé en 1900, constate que, depuis 1898, 13 branches tenant de loin ou de près à l'industrie textile ont donné lieu à des groupements ou à des fusions, 296 maisons ont été absorbées, le capital nominal des associations nouvelles est de £ 37,500,000.
L'industrie de la houille représente pour le Royaume-Uni un capital de £ 100 millions; elle est répartie entre des maisons très puissantes, de grandes sociétés, qui sont habituées à discuter en commun les questions de salaire, les questions commerciales. Cependant jusqu'ici il n'y a pas eu de tentative en vue de créer des syndicats» qui ait réussi. Sir George Elliot avait conçu un projet dans ce sens, mais si plausibles que parurent
ses arguments, il ne parvint pas à faire prévaloir ses idées : il insistait sur les avantages de toute sorte et au point de vue d'une exploitation plus rationnelle et d'une meilleure organisation de la vente. Pour fusionner toute l'industrie houillère, il lui fallait £ 110 millions dont un tiers en obligations; calculant sur un prix de vente- de 7 sh. 3 pence la tonne, il prévoyait 10 0/0 de dividende au minimum, avec un intérêt de 5 0/0 pour les obligations. Il proposait de partager le bénéfice supérieur à 15 0/0 de dividende entre les actionnaires1, les ouvriers et le consommateur. Il y aurait un conseil de direction central, élu par les conseils de district. D'autres suggestions ont été faites, notamment pour créer une compagnie unique de vente. Un membre du Parlement, M. Thomas, a élaboré un plan pour régler la production et le prix de vente du charbon du pays de Galles; il a rencontré beaucoup d'appui auprès des ouvriers et chez un grand nombre de propriétaires de mines, mais le projet n'a pas abouti. En 189G, sir J. Joicey et Cie ont acheté les mines de lord Durham et produisent 4 millions 1/2 de tonnes avec 12,000 ouvriers ; en 1900, s'est créée la Lewis Merthyr Consolidated Colite ris Cy, dans la vallée de Rhondda, qui produit 750,000 tonnes.
Il en a été autrement pour la vente du charbon. Huit grandes maisons qui vendent à Londres 5 millions de tonnes par an, se sont fusionnées avec un capital de £ 2,800,000, sous la raison sociale
W. Cory and Sons, Limited. La flotte de steamers et d'allèges représente £ 311,000, sans compter 2,560 wagons de chemins de fers Le bénéfice de la Compagnie comme distributrice est de 10 pence par tonne (1896). Trois ans plus tard, il y a. eu la fusion du commerce de gros de Rickett Smith and Company avec le commerce de détail de W. Cory and Sons; ces derniers conservaient le commerce de gros et nommaient quatre administrateurs de la nouvelle société. Le capital nominal était de £ 1,500,000 (dont £ 900,000 émises). La première Compagnie (Cory) a un commerce de charbon venant par mer, la seconde par terre. A Bradford, huit maisons faisant les 9/10 du commerce local, se sont unies sous le nom de Bradford Coal Mercitants9 and Consumers* Association, au capital de £ 250,000. La Bradford Dyers* Association a souscrit 50,000 actions et nomme deux administrateurs. Dans l'industrie du fer et de l'acier, il s'est formé des ententes pour régler le prix, ententes qui n'ont été parfois que de courte durée, qui se sont dissoutes et qu'on s'est efforcé de reconstituer, comme celle des fabricants de tôles d'acier pour chaudières, comme celle des Associations anglaises et écossaises de fabricants de tubes. L'industrie du fer présente d'autre part, un grand nombre de maisons ou de Compagnies très puissantes en 1899, dans l'industrie du fer, 3 avec chacune au moins £ 500,000 de capital, dans celle des machines, 24 représentant un capital total de près de £ 15 millions.
Beaucoup de ces entreprises possédaient les différents éléments de leur industrie, mines de fer et de houille, fours à coke, fabriques de briques réfractaires, hauts fourneaux, laminoirs, etc.; on trouve cette intégration industrielle, qui représente la concentration sous une forme spéciale chez Bell Brothers, Limited, chez Pease et Partners, Limited, dans la Weardale Steel Coal and Coke Company, qui construit en outre des wagons et chemins de fer. On connaît la puissante fabrique de vis et d'écious de Nettlefolds, qui a formé en 1902, avec deux autres maisons, la Compagnie Guest lie en and Nettlcfolds au capital de £ 4,530,000. En 1897, Armstrong and Company ont absorbé Whitworth and Company portant le capital à £ 4,210,000, en 1899, ils prennent un intérêt dans la Compagnie Robert Stephenson et Compagnie, qui construit des navires. Viclers et Compagnie, fabricants» de plaques de blindage, achètent en 1899 la Naval Construction and Arm-ament Company, et plus» tard Maxim Nordenfeldt Guns and Ammunition Company, leur capital total a été porté de £ 3,750,000 à 6,450,000 et la raison sociale est Vickers Sons and Maxim, En 1899, la Thames Iron Works Shipbuilding and Engineering Company absorbe l'usine de machines de John Penn and Sons,le capital est de £ 900,000; John Broivn et Compagnie, de Sheffield, fabricants de plaques de blindage, d'articles pour la marine, propriétaires de mines de charbon et de fer achètent la Clydebank Enginec-
ring and Shipbuilding Company. Le capital nominal de John Brown and Co est porté à £ 2,500,000. La South Durham Steel and Iron Company résulte de la fusion de deux entreprises, elle possède un capital de £ 950,000, emploie 5,000 ouvriers. Il nous semble inutile de poursuivre rénumération de ces fusions d entreprises» similaires. Dans la fabrication des tubes, en Ecosse, les deux grands établissements de Stewart et Menzies, et de Wilson se sont réunis, Bolchow Vaughan and Co, au capital de £ 3,150,000, et ont acheté sur leurs bénéfices de l'exercice précédent, la North Shelton Mine et 6 hauts fourneaux de la Shelton Iron Steel and Coal (1).
Nous avons déjà indiqué en commençant l'échec de la Sait Union; dans l'industrie chimique, après une lutte qui avait fait baisser les prix de 50 0/0, 12 grandes Compagnies forment en 1899, la Borax Consolidated, au capital de £ 2,400,000, qui exerce une influence sur le marché international. Il y a aussi la puissante compagnie par actions Brunner Mond and Co (produits chimiques), avec un capital de £ 3,000,000 q\ii a absorbé de plus petits concurrents.
(1) En 1902, Vickers Maxim ont acheté un intérêt dans W. Beardmoreand Co, qui avaient inauguré la fabrication d'une nouvelle plaque de blindage, et absorbé PElectric and Ordnance Accossories Company, la Wolseley Tool and Motor Car Company. Ils ont ajouté à leur fabrication celle du petit matériel de guerre, des appareils électriques et des automobiles.
La British Oïl and Cake Mills Company (huileries et fabriques de tourteaux), au capital nominal de £ 2,250,000, comprend 17 entreprises anciennes; lors de la création, on a réservé des actions aux anciens clients.
Les fabricants de papier pour tentures murales, au nombre de 31, ont créé la Compagnie Wall-paper Manufacturer*, au capital de £ 4,200,000; par une entente avec 3 maisons indépendantes, ils contrôlent 98 0/0 de la production. A l'exception de 4 petites maisons payées en espèces pour £ 74,000, les autres ont accepté des actions et des obligations.
Les fabricants de savon (Sunlight Soap, Monkey Brand), ont créé une société au capital de £ 2 1/4 millions, qui a des usines à Mannheim et en Suisse, en dehors de celles en Grande-Bretagne et en Amérique. Curtis et Harvey représentent la fusion de 8 entreprises fabriquant des poudres de guerre, de chasse et mines. Les Associated Portland Cernent Manufacturera Limited (juin 1900), résultent de la fusion de 27 entreprises, situées principalement sur la Tamise; le capital est de £ 8,000,000; grâce à une entente avec 4 maisons indépendantes, et avec les marchands de ciment, l'influence du groupement est considérable, mais les résultats assez piètres.
Dans l'industrie extractive des pierres et du granit, nous rencontrons Bath Stone Fvims (1887) £ 250,000, — Rowley Régis Granité Quarries (1900), Leeds Fireclay Co (1890), £ 1,000,000.
Dans le commerce de détail, dans la distribution des produits, les exemples de concentration abondent : Joseph Burton ans Sons, D. Hughes Evans and Co, Cooper and Johnson, etc. Dans le commerce du tabac, il y a eu des mouvements analogues de concentration et, à côté de cela, des efforts d'organisation professionnelle pour régler les prix de vente et assurer un bénéfice raisonnable (20 à 25 0/0) aux débitants.
Un des épisodes qui ont fait le plus de bruit à la fin de Tannée 1901 et au commencement de 1902 a été la lutte entre Y American Tobacco Trusl et les fabricants anglais de cigarettes ; Y American Tobacco Trust voulut exploiter le marché anglais, et il fit des ouvertures à plusieurs maisons anglaises en vue d'un arrangement qui lui permît de prendre pied en Angleterre; ces ouvertures furent re jetées. Le trust américain se rabattit sur Ogdens. Limited, de Liverpool, célèbres par leurs annonces. Les actionnaires acceptèrent les 50 shillings par actions de 20 shillings, offerts par les yankeesrç d'autre part, les fabricants anglais se sentant menacés, créèrent Y Impérial Tobacco Company of Gréai Britain and Ireland, avec un capital actions ci obligations de 17,500,000; celle-ci comprend Wills, Lambert et Buttler, Player, en un mot les plus grands fabricants indigènes. La lutte commença, les deux adversaires promirent monts et merveilles aux débitants et baissèrent les prix. La joie du consommateur a été courte, car la paix fut signée dans
les derniers jours de septembre. Ulmpérial Tobacco rachète Ogdens aux Américains, en échangeant les actions d'Ogdens contre les siennes»; les Américains obtiennent une division des débouchés : les Etats- Unis, Cuba, Porto-Rico, les Philippines leur sont réservés. Pour le reste du monde, les deux rivaux forment une compagnie commune au capital de £ 6 millions. Le siège en sera à Londres; l'objet est de fusionner le commerce d'exportation des deux trusts : Y American et Y Impérial. Il Teste de puissantes maisons qui n'ont pas voulu entrer dans la combinaison. On prétendit à Londies que T American Trust du tabac avait perdu 40 millions sur ses opérations en Angleterre (1).
M. Macrosfty a compilé divers tableaux concernant les groupements industriels anglais, qui sont intéressants. Nous en détachons les données concernant le capital, le nombre des cédants, le nombre des administrateurs, les dividendes distribués depuis 1897, par quelques-unes des principales corporations :
(1) L' Impérial Tobacco Company, dans le fort de la lutte, couvrit dans une même journée une page entière de plus de cent journaux anglais, d'un appel pathétique au public britannique : « Les Américains, dont le marché est fermé par des tarifs prohibitifs aux marchandises britanniques, ont déclaré leur intention de monopoliser l'industrie du tabac de ce pays. Il appartient au public britannique do décider si la main-d'œuvre, le capital et le commerce britanniques doivent être subordonnés au système amériricain des trusts monopolisés. » Cette annonce, dont nou* donnons un extrait, coûta plus de 7,000 livres.
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Le tableau suivant concerne des compagnies puissantes), qui font de l'intégration, de la concentration en profondeur.
COMPAGNIES
Arrnstrong Whitworth . .
Shell transport and trading
Vickers Maxim
Stewart et Mcnzics....
Thames Iron Works . . .
John Brovn
Duiham Steel and lron.
France Kenwick
Guest Keen et Nettlcfolds
Capital art uni
D1VIDENDES
Les colonnes de dividendes indiquent déjà par l'absence de chiffres que beaucoup de ces affaires n'ont pas été brillantes.
Yoici les cours que donne YInvestor's Monthly Manual :
Tableau
Sait union, action do 10 £. ...
United Alkali, action de 10 £.
J. et p. Coats, action de £...
Action priv. ordin. de 10u £..
English Sowin^. action do 1 £.
Fine Cotton Spinners, action
de 1 £
Bradford Dyers, action de 1 £.
Bradford Coal Merch, action
de 1 i