Ensemble
19.414.497 Le solde dos bénéfices, qui sera appliqué à augmenter le fonds d'amortissement et de réserve, aux nouvelles constructions 33.841 .568
Ce bilan, avec tous les détails statistiques que les Américains se complaisent à étaler, a été publié à Paris dans quelques journaux ; cette publication qui remplissait toute la quatrième page, était une dépense de luxe, car il n'existe guère d'intéressés actionnaires ou obligataires en France* M. Man-
chez a fait sur ce bilan quelques observations qui méritent d'être retenues :
« Ne nous plaignons pas d'une circonstance qui nous permet une courte investigation, en attendant un jugement définitif qu'il serait téméiaire de porter dès aujourd'hui, sur une entreprise ne fonctionnant que depuis le 1er avril 1901.
t Pour qu'une affaire industrielle réalise des conditions de sécurité susceptibles de tenter l'épargne, elle doit, tout à la fois, faire un chiffre élevé d'affaires comparativement à son capital et faire ressortir un rapport élevé entre ce chiffre d'affaires et ses bénéfices. Ces deux conditions étant réunies, l'industrie peut, pendant les années heureuses, doter largement ses réserves et ses amortissements, traverser aisément les périodes de crise et assurer à ses actionnaires une rémunération à peu près constante, t Or, nous lisons dans le rapport du Trust de l'acier que, pour un capital-actions et obligations de 1,360 millions de dollars, il n'a pu réaliser que 560 millions de recettes brutes, soit environ 41 0/0 du capital. Et encore, ce chiffre comprend-il les ventes faites entre ses diverses usines, qui ne constituent pas de réelles recettes. » C'est un chiffre particulièrement faible pour une entreprise métallurgique et, pour le démontrer, nous nous contenterons de citer celui réalisé pendant l'exercice 1901-1902 — le plus mauvais des dernières années pour les sociétés métallurgiques françaises, par l'une d'entre elles, la Société des acié-
ries de Longwy dont les ventes réelles ont atteint 25 millions de fiancs avec un capital de 20 millions, soit 125 0/0. Ainsi d'un côté, 125 0/0 en pleine crise, de l'autre côté 41 0/0 en pleine prospérité et ce dernier chiffre est majoré du chef des recettes brutes provenant des ventes d'une usine de la société à l'autre.
« La première des conditions énoncées plus haut n?eet donc certainement pas observée. Voyons la seconde. Les bénéfices totaux provenant de ceux qui ont été réalisés sur les ventes brutes et de quelques autres recettes accessoires, ont atteint 133 millions de dollars, soit 24 0/0 du chiffre d'affaires. Mais il faut d'abord en déduire :
« 1° Le fonds de dépréciation et de renouvellement du matériel doté de 25 millions de dollars, soit 2,5 0/0 seulement du capital actions ;
« 2° L'intérêt et l'amortissement du capital obligations, qui exige 18 millions de dollars.
« Ces prélèvements obligatoires étant faits (et il est à peine besoin de faire ressortir la faiblesse de la somme consacrée aux amortissements) le bénéfice distribuable, dont il faut encore * mettre une partie en réserve, est de 90 millions de dollars, soit de 16 0/0 du chiffre d'affaires.
« Nous avons précisément sous les» yeux une publication officielle du gouvernement de Washington, le Bulletin of the department of Labor qui donne des statistiques de prix d'un certain nombre de matières premières. Si nous y cherchons les prix
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de la fonte d'affinage et des billettes d'acier, nous voyons que ces prix étant représentés par 100 pour la moyenne de la période de 1890-1899 prise comme terme de comparaison, ont été, en 1902, respectivement de 158,8 et 142,1. Et nous trouvons des différences comparables pour les autres produits fabriqués par le trust : fer en barres, rails, tôle, etc.
t Ainsi, il suffirait que les prix de vente fussent ramenés de 16 0/0 au-dessous des prix actuels, ce qui les laisserait très au-dessus de la moyenne de la dernière décade du siècle dernier, pour que disparussent non seulement le dividende de 4 0/0 attribué aux actions privilégiées, après que les actions ordinaires ont touché un dividende de 7 0/0, mais aussi le dividende de ces derniers.
« Une telle réduction de 16 0/0 sur les prix de vente n'est nullement impossible, nous venons de le montrer. Il ne faut pas oublier que le trust de l'acier ne groupe que 65 0/0 environ des producteurs, qu'il n'est donc pas sans concurrents et que cette concurrence se fera sentir au premier signe de lassitude du marché. En outre, le trust a -pu, jusqu'à présent, écouler toute sa production à l'intérieur du pays et à l'abri des droits de douane. Il arrivera fatalement un jour où, pour une partie, elle devra chercher un écoulement à l'étranger aux prix très bas de concurrence des Anglais et surtout des Allemands*
c Ces considérations nous semblent devoir dicter
la plus extrême réserve aux capitalistes. Et, en toute apparence, cette nécessité a été comprise de l'autre côté de l'Océan, si nous en jugeons par le nombre relativement faible des actionnaires du trust : 32,000 pour les actions de préférence et 27,000 pour les actions ordinaires, ce qui représente par actionnaire un capital moyen de 80,000 fr. pour les premières et de 92,000 francs pour les secondes. »
Voici les résultats du premier semestre 1903 comparés à ceux de la même période de 1902.
Recettes nettes
Changements
Fonds d'amortissement des
compagnies subsidiaires...
Dépréciation et réserve
Totaux
Solde
Int. Oblig. 5 00
Amortissement des oblig
Totaux
Solde pour dividendes
Dividende privil
Dividende ordinaire
Autres dividendes
Totaux
Surplus
Les ordres inscrits au carnet des commandes à la fin de juin 1903 étaient de 4,666,578 tonnes contre 5,410,719 tonnes au 1er avril 1903 et 4,741,993 au 30 juin 1902.
A la fin du premier semestre 1903, la situation générale de l'industrie sidérurgique était bien moins bonne aux Etats-Unis. La grande rareté de l'acier a complètement cessé, la production de la fonte continue à augmenter, les stocks ont grandi et commencent à peser sur le marché, les prix ont tendance à fléchir.
M. Byron W. Holt a fait ressortir que le Steel Trust était à la fois un prince et un mendiant. Il a un capital de 1,400 millions de dollars ; il contrôle de plus un certain nombre d'entreprises (Bethlehem Steel Co, Cambria Steel Co, American Bicycle Co, American Can Co, etc.), qui représentent bien une centaine de millions de dollars* La production annuelle est de 400 millions de dollars, les bénéfices du premier exercice ont dépassé 110 millions, les salaires s'élèvent à plus de 150 millions. La Steel Corporation reçoit indirectement de l'Etat une subvention de 70 à 80 millions de dollars par an. Voici le tableau que donne M. Holt :
Tableau