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Ayant plus de commandes qu'elle n'en pouvait exécuter, l'industrie américaine a, naturellement, peu recherché les exportations ; au contraire, elle a importé, en quantité considérable, toute espèce d'articles de fer et d'acier depuis les matières premières jusqu'aux objets manufacturés.
Au milieu de cet essor prodigieux, un homme du métier a examiné l'opportunité d'une réduction des droits qui frappent aux Etats-Unis les produits de fer et d'acier (1). Oh se souvient comuien le développement des exportations américaines de ce genre d'articles», coïncidant avec celui des exportations de charbon avait alarmé l'Europe en 1900. La production américaine a été colossale, mais elle ne suffit pas à une consommation plus colossale encore.
Les besoins aux Etats-Unis ont été énormes, si énormes que les importations n'ont pas eu d'effet déprimant sur le marché des Etats-Unis dont les cours sont de 60 à 80 0/0 plus élevés que dans la période de dépression 1893-1897 et de 30 à 40 0/0 plus hauts que la moyenne des vingt dernières années. La fonte de fer indigène (n° 2 foundry pig
(1) Voir dans la Korth American Bcriew l'article intitulé ShaU we reduce the Iron and Steel Tariff. M. Archer Brown est administrateur de plusieurs importantes sociétés de hauts fourneaux, de mines de houille et de fer et membre d'une des principales maisons du commerce des fers aux Etats-Unis, la maison Rogers Brown and Co, par les mains de laquelle passent, dit-on, 30 0/0 des fontes américaines de toute sorte.
iron), dans les grands centres de l'Est comme de T Ouest des Etats-Unis, a valu 21 dollars (109 fr.), les rails d'acier 28 dollars (145 fr.) à Pittsburgh. Le droit sur la fonte est de 4 dollars (20 fo. 72), sur les rails de 6 dol. 72 (34 fr. 81) la tonne. Or la fonte anglaise (Middlesboro n° 3) vaut 11 dol. 50 la tonne aux hauts fourneaux du district de Cleveland, et le prix du fret jusqu'à la côte américaine de l'Atlantique est d'environ 2 dollars. De la fonte allemande de meilleure qualité que la précédente rendue à Anvers ou à Rotterdam ne revient pas à plus de 14 dollars, et le fret est également de 2 dollars. En dépit du droit, les fontes étrangères ont pu se vendre meilleur marché que les fontes américaines sur tout le littoral de la frontière canadienne, à la Nouvelle-Orléans» et même à une certaine distance à l'intérieur.
Dans la grande hausse des prix qui s'est produite depuis cinq ans les ouvriers ont trouvé, non sans raison, qu'ils devaient avoir leur part et non seulement les ouvriers qui travaillent directement le fer et l'acier, mais les mineurs de houille, mais les employés de chemins de fer et les transports par chemins de fer ont eux-mêmes renchéri. De cette hausse des salaires, il est résulté que les prix de revient des fontes, fers et aciers se sont élevés de 40 à 50 0/0 depuis 1898. La part des salaires dans ces prix de revient est, en effet, très considérable, plus même qu'elle ne paraît au premier abord. Voici comment se divisent, d'après M. Archer
Brown, les 14 dollars du prix de revient brut d'une tonne de fonte à Pittsburgh : minerai de fer, 7 dollars ; coke, 3 dollars ^ chaux et matières diverses, 1 dollar ; main-d'œuvre 1 doll. 25 ; réparations, impôts et divers, 0 doll. 75 ; la part- de la main-d'œuvre ne serait ainsi que de 11 0/0 ; « mais, dit M. Brown, poussons l'analyse plus loin. Quelle est la part de la main-d'œuvre dans le prix du minerai, — en laissant de côté le profit des Sociétés minières? Tout, sauf les redevances, mettons 0 doll. 25 par tonne. Quelle est la part de la maind'œuvre dans le prix du coke? Tout, sauf encore la part des redevances payées par les houillères, c'est-à-dire 0 doll. 10 par tonne. La chaux et le reste se réduisant de même pour les 9/10M en main-d'œuvre. Hernie le coût du transport qui entre dans le prix des matières premières représente de la main-d'œuvre pour 60 ou 70 0/0. Si nous poussions cette analyse à ses dernières limites, nous trouverions ainsi que la totalité du prix d'une tonne de fonte (en laissant de côté tous les profits) se réduit au prix de la main-d'œuvre, sauf la part des taxes, des intérêts, des redevances et des assurances. Tous ces derniers chapitres réunis varient de 5 à 10 0/6 au grand maximum. L'analyse complète du prix d'une tonne de rails d'aciers dé construction fait ressortir les mêmes résultats. Quand l'échelle des salaires commence à s'élever, l'augmentation que le maître de forges consent à ses propres ouvriers, n'est qu'une fraction insigni-
fiante du prix de revient ; mais le prix d'extraction du charbon augmente peut-être de 0 doll. 40 à 0 doll. 60 la tonne, les salaires des ouvriers employés à la fabrication du coke sont accrus en proportion et voilà déjà le prix de revient du combustible augmenté de 50 0/0. Les mineurs de fer se font augmenter d'autant ; lesi prix de transport par chemin de fer et par eau s'élèvent ; les matières accessoires subissent l'effet des mêmes causes jusqu'à ce qu'enfin tout l'ensemble des matières premières coûte moitié plus cher ; les prix doivent alors être relevés d'autant pour le consommateur. Voilà précisément ce que nous avons vu au cours de la dernière année. »
Quelles sont, pour l'avenir, les conséquences de l'inflation générale des prix et surtout de celle des prix du fer et de l'acier? Tout d'abord, les prix s'étant accrus de moitié, le capital de roulement de l'industriel doit s'accroître d'autant, ce qui n'est pas sans inconvénients financiers. Mais, de plus, c il en résulte une grande élévation du coût de tous les travaux où entrent le fer et l'acier : hautes constructions, navires, voie et matériel de chemins de fer, lignes électriques, machines, matériel d'usines, etc. Tôt ou tard, les travaux neufs se raréfient à cause de la cherté des prix. La consommation se ralentit. On sollicite alors les commandes. Les prix de vente baissent et ils n'ont pas à baisser beaucoup pour tomber au-dessous des prix de revient, artificiellement relevéa.Alors vient
la réaction; on retourne sur ses pas; on réduit les salaires; on ferme les usines pour reprendre la marche quand la main-d'œuvre et les transports ont fait les concessions nécessaires; et, enfin, il faut refaire lentement un marché en partant d'un niveau très bas. Toute cette histoire nous est familière; mais doit-elle nécessairement se reproduire? Est-il surprenant que, à chaque fois que reviennent de pareils événements, les hommes intéressés d'une manière permanente dans l'industrie cherchent à prévenir des fluctuations anormales dans l'avenir? »
Il semble, assurément, à l'auteur de l'article dont nous venons de citer quelques passages, que, au niveau actuel des prix, les Etats-Unis marchent à une catastrophe, d'autant que ce niveau paraît en passe de s'élever encore. De toutes parts, des mines, des forges, des chemins de fer, surgissent des demandes de nouvelles élévations de salaires et, cependant, ceux-ci sont deux fois et demie à trois fois plus élevés, dit M. Brown, que sur le continent européen, et largement doubles de ceux qu'on paye en Grande-Bretagne. Un bon mineur, dans la région de Connelsville (d'où vient le meilleur charbon à coke) ou dans la Virginie de l'Ouest, peut gagner de 500 à 750 francs par mois ; plus les fournitures en nature qui montent à 125 francs par mois, un mineur ordinaire, 375 francs par mois (toujours en dehors des fournitures en nature). Yoilà pour les ouvriers stables travaillant huit heureB
par jour. Toutes les Compagnies minières ont une catégorie de mineurs qui, en dehors des fournitures en nature, ne gagnent que 125 à 200 francs par mois. Les manœuvres, employés aux mines, sont payés 7 fr. 50 par jour. Dans les forges, les puddleurs se font 30 à 35 francs dans les villes de l'Est ; les mouleurs de fonte rarement moins1 de 13 f r. 75, et, parfois, jusqu'à 20 francs ; les hommes employés aux hauts fourneaux, 7 f r. 50 à 11 fr. 25 par jour ; les manœuvres de tout genre, 7 fr. 50 à 8 fr. 75. Dans les mines de fer du Lac Supérieur, un bon mineur arrive rarement à moins de 250 fr., souvent 300 francs par mois,
La supériorité contestable de la main-d'œuvre américaine ne compense pas sa cherté actuelle. « On peut aujourd'hui, dit la North American Review, construire un haut fourneau et monter une aciérie en Allemagne ou en Angleterre pour la moitié du prix que des travaux semblables coûteraient aux Etats-Unis ». Dans ces conditions, si bien doué que soit le pays pour la richesse de ses ressources naturelles et la facilité des transports, il ne peut lutter sur les marchés du dehors avec des concurrents étrangers ; il faut donc que l'industrie américaine se cantonne sur le marché intérieur.
Or cela est-il compatible avec sa prospérité? Quelques-uns paraissent le croire ; mais ce n'est pas l'avis de M. Archer Brown ni, dit-il, de la grande majorité des métallurgistes américains. La consommation des Etats-Unis a été tout à fait
exceptionnelle, pendant quelques années, ils ne peuvent continuer longtemps à absorber 18 millions par an de tonnes de fonte, 40 0/0 de la production du monde. Or ils se sont outillés pour produire cette quantité ; il leur faut donc un marché extérieur. Leurs prix de revient actuels le leur interdisent ; il est donc indispensable de les réduire et comme les charges de main-d'œuvre en constituent de beaucoup la majeure partie, il faudrait que les ouvriers consentissent à quelques sacrifices. Ceux-ci ne seraient d'ailleurs que momentanés, car l'industrie, plus solidement établie sur la base beaucoup plus large d'un marché universel, ne subirait plus de crises aussi fréquentes ni aussi intenses ; le travail serait ainsi beaucoup plus assuré, les salaires plus stables et, en définitive, supérieurs, si l'on considère une série d'années, ce qui est l'essentiel.
Il est intéressant de voir un industriel américain déclarer que ce vaste et toujours croissant marché des Etats-Unis est trop étroit, que seul le marché mondial peut assurer à l'industrie une stabilité suffisante, et conclure en définitive à l'abandon de la protection pour le système des traités de commerce. Ce que nous venons de voir pour l'industrie métallurgique, ajoute M. Pierre Leroy- Beaulieu, auquel nous empruntons l'analyse de l'étude de M. Archer Brown, s'appliquerait d'ailleurs à plus d'un autre, et notamment à l'industrie textile.
Uunrest of labor, l'agitation ouvrière a été un des phénomènes de l'année 1902, qui a été marquée par la grève des mineurs d'anthracite, comme 1901 l'avait été par celle des ouvriers de l'acier. Quelques grandes Compagnies, comme VU. S. Steel Corporation, la Compagnie du Pennsylvania Raïlroad ont cru prudent d'augmenter de 10 0/0 les salaires de leur personnel.
En dehors de la grève de l'anthracite, dont nous faisons l'historique, il y eut un grand nombre de grèves moins sérieuses : les chemins électriques à trolley ont été particulièrement affectés.
La grève de l'anthracite a mis en présence, d'une part, des corporations puissantes, dominées par les grands financiers, et autour desquelles se sont groupés les propriétaires de mines, et de l'autre, l'union des mineurs dirigée par son président Mitchell. Il y a eu, comme dans la grève des aciéries en 1901, une question de puissance, une question d'égalité entre syndicat de patrons et syndicats d'ouvriers. Les grandes compagnies de chemins de fer qui manipulent plus de 80 0/0 de la production d'anthracite en 1901, méritent d'être mises en lumière, car c'est entre elles et les ouvriers que la lutte a été engagée, et comme elles subissent l'influence de
M. Morgan, on comprend l'importance du rôle joué par celui-ci.
La région de l'anthracite en Pennsylvanie est traversée par neuf lignes de chemins de fer, appartenant toutes à des compagnies qui, directement ou indirectement, sont engagées dans l'extraction et la vente de l'anthracite. La constitution de l'Etat de Pennsylvanie défend, il est vrai, d'accorder des concessions de mines et de transport à la même compagnie, mais les conditions de l'exploitation et du marché ont rendu nécessaire, dit-on, identité d'intérêt entre l'extraction et le transport, afin d'éviter des gaspillages inutiles, de permettre une meilleure utilisation du produit. Les chemins de fer et les compagnies dont ils dépendent ont donc étendu de plus en plus leur action, et réduit le nombre des exploitations indépendantes. Les compagnies de chemins de fer dont la charte de concession est postérieure aux lois interdisant le cumul, ont tourné la difficulté en créant des compagnies minières qu'elles contrôlent ou elles dépendent elles-mêmes de Security holding corporations, qui possèdent le contrôle des mines. C'est ainsi que le Lehigh Valley Railway possède toutes les actions de la Lehigh Valley Coal Company, que les actions du Philadelphia et Reading Railway appartiennent à la Reading Company qui contrôle d'une manière analogue la Philadelphia and Reading Coal avec Iron Company. Les partisans de cette concentration
de la propriété des mines et des chemins de fer prétendent que le développement du Railway Mining a fait abolir beaucoup de procédés peu économiques et introduire des machines et des méthodes plus efficaces.
Central of New Jersey.
Delaware et Hudson
— Lackhawanna.
— Susquehanna.
Eric
Lehigh Valley
New- York Ontario
Pennsylvania
Reading
Capital
Milles
Capital
Actions
Millions
Obligations
Millions
Anthracite transporté en 1901
Quantité
Millions 4e Iomci
Proportion du total
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De 1890 à 1900, les quantités d'anthracite transportées ont progressé de 35 millions 8 de tonnes à 45,1, soit de 25, 7 0/0, tandis que le franc de toute sorte a progressé de 270 millions 5 à 373 millions 1, soit de 55 millions 1 0/0. On voit que le trafic général a augmenté beaucoup plus rapidement*
L'histoire du transport de l'anthracite se caractérise par une série d'efforts pour restreindre la concurrence des producteurs. La capacité des mines dépasse les quantités que la demande peut absorber à des prix rémunérateurs, — on a donc traversé des
périodes de concurrence acharnée, notamment après les quatre faillites du Reading Railway. Il a été extrêmement difficile de faire observer les ententes survenues, il y a eu des difficultés provenant de la législation. En 1901, les prix ont été très stables, il semblait qu'on eût neutralisé les pires difficultés des anciennes années. Il s'était établi des relations étroites entre des compagnies rivales sans qu'on fût arrivé cependant à une consolidation complète des intérêts; le Reading avait acheté la majorité des actions du Central of New-Jersey; des rapports avaient été créés avec le Lackhawanna, qui, jusque-là, était un facteur de trouble. Le Pennsylvania Railroad occupe une position indépendante, le Susquehanna est une, dépendance de Qoxe Brothers, qui sont de grands propriétaires de mines, les compagnies du New-York Ontario, du Delaware et Hudson sont relativement indépendantes. Les neuf compagnies de transport d'anthracite comptent 107 administrateurs, mais ces 107 postes sont occupés par 88 personnes, il y a donc des relations entre les compagnies. Un administrateur siège dans quatre compagnies, six dans trois, quatre dans deux. Ainsi sur les neuf membres du conseil du New-Jersey, trois sont du Lackhawanna, trois de YErie, quatre du Reading, cinq du Lehigh Valley, George Baer, président du Reading et du Central of New-Jersey, appartient en outre au Lehigh Valley; George Baker, président de la First National Bank of New-York, appartient au Lehigh Valley, au Cen-
tral of New-Jersey, au Lackhawanna; Chauncey Depew, président du New-York Central, est membre du Conseil du Delaware et Hudson, du New-York Ontario, Fahnestock, vice-président du First National Bank et du Central of New-Jersey, du Lackhawanna, Steele, de la maison Morgan, siège au conseil du Reading, du Lehigh Valley, du Central of New- York, de YErie.
Les recettes brutes de ces neuf compagnies ont été en 1900 de 232 millions 1, les dépenses de 143 millions 1 (04,4 0/0), les impôts 3 millions 7, l'intérêt sur la dette fondée 20 millions 9, les autres charges fixes 40 millions 5, les dividendes payés par le Central of New-Jersey, le Delaware et Hudson, le Susquehanna-, le Lackhawanna et le Pennsylvania, 11 millions 6.
En 1899, les exploitants indépendants tentèrent un suprême effort pour s'affranchir de la pression exercée sur eux par les compagnies de chemins de fer, en groupant leurs intérêts dans la Pennsylvania Coal Company qui fut achetée en 1901 par M* Pierpont Morgan et revendue à YErie Railway.
La production de l'anthracite, qui représente aujourd'hui le quart du charbon entrant aux Etats- Unis, a subi une progression moins rapide que celle des charbons bitumineux; elle a rétrogradé comme le montre le tableau suivant (millions de tonnes).
Périodes
Anthracite (1)
Houille
Proportion de l'anthracite
Diverses causes ont concouru à ce résultat. L'une des principales a été les nombreuses grèves dont la région des anthracites a toujours été le théâtre. Beaucoup de consommateurs ont été amenés par là à substituer la houille à l'anthracite, et après Tavoir fait par nécessité, ils s'y sont tenus pour ne pas changer les nouvelles habitudes prises. Le marché s'est restreint de plus en plus pour l'anthracite; il s'est réduit surtout à la consommation domestique des grandes villes de l'Est. Et même encore là le gaz et le coke, qui sont des produits dérivés de la houille deviennent des compétiteurs de plus en plus sérieux pour l'anthracite.
Les intérêts des ouvriers sont représentes par l'association des United Mines WorJcers, qui com-
(1) Anthracite
Production en tonnes millions
Valeur en dollars millions
Valeur moyenne par tonne dollars
Nombre do personnes employées
Nombre de journées de travail
Tonnage moyen par an et homme
— — jour el homme
prend les ouvriers mineurs de l'anthracite et les ouvriers mineurs des charbons bitumineux. Il y a une certaine concurrence entre les deux. De plus, il existe entre les mineurs proprement dits et les ouvriers leurs aides, des différences de situation; il en résulte un défaut d'unité qui a augmenté les difficultés de M. Mitchell.
Au mois de mars 1902, les délégués des United Mine Workers, réunis à Shamokin, avaient demandé, en faveur des mineurs d'anthracite, la journée de huit heures et une échelle uniforme pour le district anthraciteux tout entier. Les patrons, disposés à maintenir l'augmentation de 10 0/0 sur les salaires acceptée en 1900, consentaient à se rencontrer avec leurs ouvriers, mais ils refusaient de faire une distinction entre les ouvriers unionistes et ceux qui ne faisaient pas partie de l'Union. Ils posaient comme condition que le travail durant les pourparlers ne serait pas entravé. L'entente ne put s'établir dans une première réunion et, de part et d'autre, un ajournement d'un mois fut accepté. Durant ce mois, l'exploitation devait se poursuivre et l'intervention conciliatrice de la National Civic Fédération semblait devoir être accueillie pour le cas où l'accord direct entre les intéressés ne sortirait pas de leur délibération (1).
(1) Les Compagnies refusèrent toute concession, 147,000ouvriers abandonnèrent le travail, en donnant quinze jours aux compagnies pour prendre les mesures de sécurité; au
Les patrons furent d'avis qu'une réduction à huit heures ne serait pas en rapport avec les exigences de la demande des anthracites, en outre qu'il n'y avait pas lieu de soumettre à un corps étranger les points en litige. Pour accepter cette intervention, il eût été nécessaire que les United Mine Workers se trouvassent dans des conditions égales à celles présentées par les patrons; or, ils n'offraient aucune responsabilité légale.
Les demandes des ouvriers avaient été : la journée de huit heures, 60 cents par tonne de charbon, la pesée exacte (jusqu'ici pour 2,700 livres de charbon extrait, l'ouvrier était crédité de 2,200 livres seulement), enfin reconnaissance de l'Union.
Les conférences entre les propriétaires et les mineurs, arrangées par l'intermédiaire de la National Civic Fédération, n'ayant pas% donné de résultat, le comité exécutif des « Anthracite Mine Workers » prescrivit le 9 mai une grève temporaire qui commencerait le 12 mai et continuerait jusqu'à la décision à prendre par les ouvriers à une convention convoquée le 14 mai à Hazleton. Le 15 mai, la convention par un vote de 4G1 1/4 contre 349 3/4 (la base de la représentation était 1 voix par 100 mi-
bout de ce temps, les mécaniciens, pumpmen etc., allèrent rejoindre leurs camarades.
Les Compagnies avaient levé un corps de 5,000 hommes pour défendre leurs propriétés, elles essayèrent de reprendre le travail avec des ouvriers indépendants, mais sans grands succès. Même la mobilisation de toute la milice de Pennsylvanie ne produisit pas d'effet.
neurs) approuva la grève qui affectait 145,000 ouvriers. Afin d'exercer une pression plus grande encore sur les propriétaires, ordre fut donné aux mécaniciens, chauffeurs et pumpmen de quitter leur travail le 2 juin, l'intention étant de laisser les mines s'emplir d'eau. Le district n° 17 des United Mine Work ers, qui embrasse les mineurs de charbon bitumineux de Virginia et de West Virginia votèrent également le 24 mai la résolution de suspendre le travail le 7 juin, à moins qu'il ne fut fait droit à leurs demandes de salaires plus élevées.
L'ordre donné aux mécaniciens, chauffeurs, hommes des pompes de quitter le travail le 2 juin fut relativement bien obéi, mais néanmoins les compagnies prirent en général la mesure d'empêcher les inondations intensives qu'on redoutait pour les mines. Plus tard les « non union fire bosses » quittèrent en nombre considérable. Le 18 juin, le président Mitchell convoqua une convention nationale pour le 17 juillet de tous les mineurs du pays appartenant à YUnited Mine Worlers, afin de décider ai les mineurs des mines de charbon bitumineux devaient se joindre à la grève.
A la demande du président Roosevelt, M. Carrol Wright, V. S. Commissioner of Labor procéda à une enquête sur la grève.
La convention générale des United Mine Wor- Icers, tenue le 17 juillet, décida que la grève des mineurs d'anthracite ne devait pas être étendue
aux mines de « bituminous coal », mais qu'au lieu de cela, les mineurs de celles-ci devaient donner une assistance pécuniaire aux grévistes. Les grévistes résistèrent à des tentatives de reprendre le travail aux mines d'anthracite; il y eut des émeutes et du sang versé à Shenandoah. La grève du charbon en Virginie affecta sérieusement le Chesapeake and Ohio, moins le Norfolk and Western.
Au mois d'août, les grévistes dans les régions d'anthracite manifestèrent de mauvaises dispositions et les régiments de milice, sur la scène des troubles, durent intervenir souvent pour protéger les « non-union meu » peu nombreux qui travaillaient. M. J. P. Morgan était rentré après un long séjour en Europe. Il refusa d'intervenir. Une entrevue avec M. Abraham S. Hewitt, publiée le 20, dans laquelle il déclara que les aspirations et les revendications des mineurs, si elles étaient accordées, détruiraient le droit inhérent à tout individu de vendre son travail dans un marché libre, attira une grande attention.
En septembre la grève continue. Les sénateurs Kay et Penrose, de Pennsylvanie, vinrent à New- York et une grande pression politique fut exercée sur les propriétaires, mais sans résultat : les actes de violence augmentant, il fallut mobiliser davantage de troupes.
En octobre, l'entente put être enfin faite avec les grévistes, après une grève qui avait commencé le 12 mai. Par suite de l'accroissement des vio-
lences, le gouverneur de Pennsylvanie jugea nécessaire d'appeler sous les armes toute la milice de l'Etat (10,000 hommes). La situation paraissait extrêmement sombre. Le président Eoosevelt avait appelé à Washington les présidents des chemins de fer et les représentants des ouvriers, en vue d'un effort commun pour amener un arrangement, et il échoua. Il insista alors auprès de M. Mitchell pour obtenir la reprise immédiate du travail s'engageant en échange à nommer une commission d'enquête et à user de son influence pour amener le Congrès à en adopter les conclusions. Cet appel aussi avorta. Le charbon se vendait 25 dollars la tonne au détail, et encore était-il difficile d'en avoir, même à ce prix. Mais, le lundi 13 octobre, tard dans la nuit, M. Morgan se rendit à Washington et au nom des compagnies de charbon, il plaça sous les yeux de M. Roosevelt une déclaration annonçant que les compagnies étaient disposées à soumettre les questions en litige à une commission de cinq personnes dont chacune posséderait des qualifications distinctes et spéciales. Cette proposition, modifiée par le président des Etats-Unis, fut acceptée par le président des United Mine Worlcers, M. Mitchell, sauf ratification à une convention des mineurs, convoquée pour le 20 octobre à Wilkesbarre. La convention siégea deux jours et, par un vote unanime, accepta la proposition. Le travail fut repris le 23 octobre. La commission comprend G. Gray, comme juge de la Cour; E. Parker, comme
ingénieur des mines des Etats-Unis; T. Watkins, comme expert en extraction et vente du charbon; général Wilson (du génie); Clark, grand chef de Tordre des conducteurs de chemins de fer comme représentant des ouvriers; Tévêque de Peoria, Spalî ding et M. Carroll Wright, commissaire du tra-
! vail.
De mai à fin octobre, la production de l'anthracite a été de 20 millions 8 tonnes en 1900, 27 millions 2 en 1901, 4 millions 1 en 1902.
On estima la perte résultant de la grève à 140 millions de dollars, dont 28 millions représentent le salaire des ouvriers, 52 millions, la vente des compagnies minières pendant cinq mois d'été, 12 millions le transport non effectué par les chemins de fer, 3 millions les frais de police, de mobilisation, d'entretien des milices, 5 millions les pertes du commerce local»
La commission, nommée pour étudier et résoudre le conflit entre patrons et ouvriers des mines d'anthracite a travaillé consciencieusement ; elle a recueilli de nombreux témoignages et entendu notamment du côté des ouvriers, MM. John Mitchell, président des United Mine Worlcers, l'avocat Darrow, Lloyd, économiste; du côté des patrons MM. Haer, président de la Pennsylvanie! and Reading Company, et lex sénateur Wolverton, conseiller de cette Compagnie.
La commission se prononce pour une augmentation de 10 0/0 sur le taux des salaires qui étaient
payés le 1er avril 1902, une diminution d'une heure de travail (les mineurs travailleront neuf heures, les mécaniciens, chauffeurs huit heures). Les méthodes en vigueur pour le paiement du charbon extrait seront conservées, excepté si elles» sont modifiées par consentement mutuel ; une échelle mobile des salaires est introduite à dater du 1er avril 190o (1 cent d'augmentation de salaire par 5 cents de hausse du prix à New- York, au-dessus de 4 dollars 50 la tonne). La commission décide qu'on ne pourra refuser d'employer une personne pour raison d'affiliation ou de non affiliation à une association ouvrière. Elle refuse de déclarer qu'une entente est nécessaire avec les United Mine Workers of America, cette association n'étant partie à l'affaire soumise à l'arbitrage ; la reconnaissance de cette organisation semble à la commission en dehors de sa compétence. La décision arbitrale doit demeurer en vigueur jusqu'au 31 mars 1906.
Nous sommes arrivés à la fin de notre étude sur les groupements américains. Nous n'avons eu, cette fois encore, d'autre ambition que celle de réunir des notes et des documents. Le 5 janvier 1900, M. Paul Leroy-Beaulieu, parlant à la Société d'économie politique, exprimait l'avis qu'il ne fallait pas prendre au tragique tous les trusts dont on nous épouvantait et c est aussi l'avis de M. Henri
Germain. Il ne fallait pas se laisser effrayer par toutes ces exagérations si habituelles en Amérique, ni accepter pour argent comptant ces sommes énormes groupées, dit-on, par les syndicats de producteurs. Quand on examine froidement les résultats de ces syndicats, on constate qu'ils n'ont pas toujours les effets écrasants dont on parle ; pour ne prendre que le trust sur les pétroles, par exemple, on peut constater que les prix de ce produit, depuis la constitution du syndicat, ont eu bien des fluctuations, bien des hauts et des bas. Il ne faut pas confondre les trusts avec les manœuvres de certains spéculateurs audacieux. On se rappelle la campagne hardie entreprise il y a quelques années par le jeune Leiter sur les blés, campagne qui aboutit en fin de compte à un échec.
L'économie politique ne peut guère louer les trusts, bien qu'il lui soit, d'autre part, assez difficile de les condamner, car ils résultent, en somme, de \ l'action même de la liberté. Lorsqu'on les con-
damne, on peut aisément leur trouver des circonstances atténuantes. En particulier, on peut reconnaître qu'ils sont susceptibles d'aider au progrès lorsqu'ils font tomber entre les mains des plus capables l'exploitation d'une industrie.
Un professeur d'économie politique a été jusqu'à préconiser 1' « étatisation » des industries susceptibles de trusts. Mais on peut se demander quelle serait, avec un pareil système, l'influence de la bureaucratie, dont l'action déprimante est presque
partout reconnue. Il est bien difficile de trouver un remède radical contre les trusts. On a voulu les interdire, et les législations des Etats de l'Union américaine abondent en lois qui sont toujours restées inefficaces. Il n'y a guère qu'un remède à oe mal, c'est la liberté, avec un marché universel, c'est-à-dire avec des tarifs de douane libéraux.
La loi de substitution, par le jeu naturel des phénomènes économiques, peut aussi contribuer à régulariser le mécanisme industriel et commercial.
En somme, il ne faut pas chercher à lutter directement contre les effets des trusts, dont les combinaisons peuvent même parfois rendre des services momentanés, dans un pays où les producteurs se trouveraient découragés par l'insuffisance des prix de vente des produits. Mais il faut s'efforcer de rendre impossibles leurs excès en supprimant les erreurs de législation et de tarification douanière surtout, qui en favorisent le développement.