IIeckenboth, Ann. Inst. Pasteur, t. XXIV, 1910, p
^18 TRYPANOSOMES ET TIIYPANOSUMIASES
nombre des trjpan. reste stationnaire pour augmenter ensuite, et la souris succombe quelques jours après le témoin. Plus rarement les trypan. disparaissent du sang pour peu de temps et Ton a encore une survie de courte durée. Ces légères exceptions se manifestent irrégulièrement dans la série des passages; elles n'indiquent nullement un retour de la race à sa sensibilité initiale au médicament et elles s'expliquent sans doute par des particularités individuelles des souris infectées.
Ayant fait passer leurs virus sur rats blancs, Mesnil et Brimont constatèrent que les trypan. redeviennent, chez ce nouvel hôte, sensibles à l'atoxyl : la dose thérapeutique d'atoxyl débarrasse le rat de ses parasites dans les 24 heures, parfois même définitivement. Même en renforçant sa résistance par de nouveaux contacts, chez la souris, avec Tatoxyl, le virus reste sensible à ce médicament chez le rat; la sensibilité est diminuée, les trypan. mettent parfois 48 heures à disparaître de la circulation, la rechute est la règle au bout de 3 à 6 jours.
Néanmoins, la différence est tout à fait frappante dans la façon dont se comporte le virus chez la souris où Fatoxyl est généralement sans effet, et chez le rat, où il débarrasse le sang de ses trypan. pendant plusieurs jours. Conservé chez le rat pendant plus de ■40 passages, couvrant une durée de près de cinq mois, il s'y conserve sans changement ni pour l'action de l'atoxyl chez le rat, ni pour son action chez la souris où la résistance du trypan. reparaît.
De pareils faits ont été constatés, indépendamment, à Liverpool, par Moore, Nierenstein etTodd', d'une part, Breinl et Nierenstein^ d'autre part.
Les premiers ont vu qu'une race résistante à l'atoxyl chez la souris, ne l'est plus chez le rat et, réciproquement, qu'une race résistante chez le rat, ne l'est ni chez la souris ni chez le chien. Breinl et Nierenstein ont. reconnu qu'on produit assez facilement (en moyenne après 3 mois et demi de traitement) des races résistantes à l'atoxyl chez les ânes. Une pareille race, portée chez le rat, s'est montrée faiblement résistante au premier passage, plus du tout au second. Reportée sur âne après 14 passages par lapins, cobayes et rats, elle s'y est montrée à nouveau résistante.
Breinl et Nierenstein croyaient d'abord qu'une race ne manifeste sa résistance que chez l'espèce animale dans laquelle elle a été créée. Tel n'est pas l'avis de Mesnil et Brimont qui ont obtenu leur race en portant sur souris un trypan. qui montrait une certaine résistance à l'atoxyl chez le cheval. De suite ce trypan. a manifesté sa
1. MooKE, Nierenstein ot Todd, Ann. of trop. Mcd. a. Parasit., t. III, juill. 1908.
2. Breinl et Nierenstein, Deutsche inediz. Woch., 1908. n° 27, et Ann. of trop. Med a. Par., t. III, nov. 1909, p. 395.
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résistance maxima chez la souris, alors que cette résistance a encore pu être augmentée chez le cheval. De plus, cette race, résistante chez la souris, Test aussi chez le chien et chez le cobaye. Dans une seconde publication, Breinl et Nierenstein ont été moins absolus dans leur conception.
En tout cas, un fait est acquis. Une race résistante chez une espèce donnée reste résistante même après un grand nombre de passages par une ou plusieurs espèces chez lesquelles la résistance ne se manifeste pas ou se manifeste incomplètement. Il faut nécessairement en conclure que la résistance est une propriété biologique liée au trypanosome : cette propriété apparaît d'une façon concrète dans les expériences in vitro avec les races résistantes à l'éraétique. Étant donnée l'importance du milieu-hôte, il faut dire, pour être exact, que la race est résistante dans un organisme donné.
11 doit donc y avoir participation de l'organisme pour la manifestation de cette résistance. Levaditi a cherché à montrer que cette notion s'accordait particulièrement bien avec sa conception de l'albumine arséniée (v. p. 204), forme sous laquelle l'atoxyl'agirait dans l'organisme. L'albumine étant propre à l'espèce animale, on conçoit qu'un trypan., vacciné contre l'albumine souris -h As, ne le soit plus contre l'albumine rat -h As, en tout cas au même degré. Mais comment se fait-il qu'il le soit, dans les expériences de Mesnil et Brimont, contre les combinaisons où entrent les albumines du cobaye ou du chien qui doivent être plus différentes de celle de souris que l'albumine de rat? De plus, la différence de résistance suivant l'espèce animale existe, bien qu'à un moindre degré, avec les races résistantes à l'émétique, et il s'agit dans ce cas d'un médicament qui paraît n'avoir pas besoin de la participation de l'organisme pour manifester son action.
3" Par rapport à l'espèce originelle et à ses autres variétés. — Nous avons vu que, dans une période de courte durée qui suit la guérison d'un animal trypanosome par un médicament, cet animal présente l'immunité pour le trypan. en question. Nous avons vu aussi que celte immunité ne s'étendait pas à Vespèce entière, que certaines variétés pouvaient infecter un animal guéri d'une infection par une autre variété. Les races résistantes sont dans ce cas, ainsi que l'a très bien montré Ehrlich. Elles diffèrent ainsi entre elles et aussi de l'espèce souche. Une souris infectée par une race résistante et guérie (naturellement par un médicament d'une autre catégorie chimique), est réfractaire, pendant un certain temps, à la niême race, mais est sensible à la race originelle ainsi qu'aux autres races résistantes.
Mais les races résistantes n'ont nullement perdu leurs caractères d'espèce en ce sens que si Ton emploie la méthode d'immunité active croisée, à laquelle nous avons été amenés, par toutes nos recherches,
à attacher une importance primordiale pour l'identification des espèces, on constate que les races résistantes se comportent exactement comme les races normales : Mesnil a vu, à propos du surra des caprins et des recherches d'immunité, qu'on pouvait se servir indifféremment de races résistantes ou non. On peut citer à l'appui de la même idée les expériences de Laveran * avec le nagana Werbitzki (comparable à beaucoup d'égards à une race résistante) ; les expériences d'immunité croisée avec le nagana souche ont mis en évidence l'identité des deux trypan.
On a donc en définitive des races stables, qui ne sortent pas du cadre de l'espèce, mais qui présentent des caractères assez tranchés pour qu'on ait, croyons-nous, le droit de parler d'espèces secondaires.
Nous rentrons donc dans une question de Biologie générale et il n'est pas sans intérêt de préciser la genèse de ces races. Le problème doit d'ailleurs être étendu aux races résistantes aux sérums et même à diverses toxines, telles que celle du subtilis.
Deux opinions ont été émises. Ehrlich, dès le début de ses recherches, a parlé de transmission de caractères acquis. A propos des races résistantes aux sérums et à la toxine du subtilis, Levaditi a soutenu la thèse d'une simple sélection d'individus naturellement résistants et il s'est appuyé sur les faits, constatés au laboratoire d'Ehrlich et aussi par lui-même, de la formation de ces races par contact in vitro, qui peut ne durer que quelques minutes, du virus et du sérum, par exemple; mais il a dû reconnaître qu'un passage par l'organisme vivant était souvent nécessaire pour affermir la race.
Même si cette conception est exacte pour les races résistantes en question, on ne saurait la généraliser. Qu'il y ait, au début de la formation d'une race résistante, sélection individuelle, personne ne le contestera; mais il nous paraît non moins certain qu'il y a aussi acquisition de caractères. Un seul exemple le prouvera : voici un sérum de cynocéphale qui, à la dose de 1/10 ou de 1/4 ce, guérit toutes les souris naganées; Lebœuf arrive à rendre le trypan. résistant à 2 ce. ; où sont, parmi les trypan. que 1/4 ce. faisait toujours disparaître, ceux qui résistent plus tard à t ce?
On a donc, avec les races résistantes, un exemple très net de transmission de caractères acquis, en dehors, bien entendu, de la cause agissante. Pour les anti-lamarckiens, on n'aurait pas le droit de dire que cette transmission est héréditaire.
1. Laveran, Bull. Soc. Path. exot., t. IV, avril et mai 1911, t. V, février 1912.
§ 3. — Radiotliérapie .
On sait que diverses matières colorantes jouissent de propriétés pholodynamiques, c'est-à-dire qu'elles augmentent beaucoup l'activité chimique des rayons lumineux et en particulier qu'elles les rendent capables de détruire rapidement des cellules vivantes, des bactéries par exemple. Voulant rechercher si ces actions pouvaient être de quelque utilité dans le traitement des maladies à hématozoaires tels que les trypanosomes, Busk et v. Tappeiner • ont examiné d'abord ce que devient l'activité in vitro de ces matières colorantes lorsqu'elles ont été introduites pendant quelques heures dans le sang des animaux.
Des nombreuses substances essayées, seules l'éosine et l'érythrosine ont donné, chez les animaux injectés, des sérums longtemps colorés et actifs : trypan. et paramécies sont tués dans les mélanges eu une à trois heures à la lumière, alors qu'ils survivent au moins vingt-quatre heures à l'obscurité.
L'action de la lumière sur des animaux inoculés de Tr. Brucei et injectés d'éosine et d'érythrosine a été étudiée sur des souris, des rats ou des lapins. Les animaux, préalablement dépilés dans la région dorsale à l'aide du sulfhydrate de calcium, étaient exposés, dans une cage de fil de fer, à la lumière solaire filtrée par une solution de sulfate ferreux qui arrête presque totalementl'infra-rouge. Il est indispensable d'assurer autour de l'animal une bonne circulation d'air.
Les résultats obtenus avec les lapins ont été nuls; ils ont été plus favorables avec les rats et les souris. On peut empêcher la maladie d'éclater en traitant les animaux aussitôt après l'inoculation des trypanosomes : les trypan. sont injectés sous la peau du dos qui est dépilée, la couleur (0 ce. 1 d'une solution à 2 p. 100 pour une souris de 30 grammes) sous la peau du ventre; l'insolation dure soixantesept heures; des témoins sont placés dans l'obscurité. On ne voit jamais dans ce cas les parasites apparaître dans le sang des animaux insolés. Les trypanosomes doivent être détruits alors qu'ils sont encore en petit nombre et dans la région d'inoculation. Lorsque le traitement est fait vingt-quatre heures après l'inoculation, on n'obtient plus aucun résultat appréciable.
Les auteurs en concluent qu'il ne faut guère s'attendre à ce qu'on puisse utilement employer les propriétés photodynamiques des
1. Busk et von Tappeiner, Deutsch. Arch. /. klin. Mediz., t. LXXXVIl, 1906, p. 98. — Nous utilisons ici une analyse de ce travail faite par H. Mouton dans le Bulletin de VInstitut Pasteur.
matières colorantes dans les itialadies à hématozoaires : le pouvoir photodynamique des substances actives est trop diminué par le plasma el les doses utilisables sont trop voisines des doses toxiques.
De Nobele et Gœbel S après avoir constaté que les rayons de Rongten n'ont aucune action in vitro sur les trypan., ont cherché si la radiothérapie exerçait quelque action sur la marche du nagana expérimental chez le cobaye, la souris et le lapin.
Les résultats ont été absolument négatifs, quelles que soient la période et la durée des interventions et bien que les doses des rayons X, absorbés par les animaux, aient toujours été supérieures aux doses maxima compatibles avec l'intégrité de la peau et même avec la vie de ces animaux.
Les auteurs concluent : « Il est illusoire, semble-t-il, d'espérer obtenir des résultats favorables, dans la maladie du sommeil, d'un traitement radiothérapique, comme Mense ^ l'a pensé. »
Edm. et Et. Sergent"^ ont soumis des rats naganés, injectés ou non, au pi'éalable, avec de la fluorescéine, à l'action des rayons X au laboratoire du D'" Sabouraud. Une légère et passagère diminution du nombre des trypan. du sang périphérique, suivait, à quelques heures de distance, la radiothérapie appliquée au moment de l'acmé de la courbe d'infection. Au contraire, le même traitement, appliqué pendant l'incubation, a régulièrement amené une mort plus prompte que chez les témoins.
Enfin Lôwenthal et von Rutkowski ^ n'ont eu que des insuccès avec le Tr. Lewisi chez le rat.
A, Essais d'immunisation. — Il était indiqué de rechercher des procédés d'immunisation contre les trypanosomes. Sans parler du Tr. Lewisi ni des trypanosomes non pathogènes voisins qui sont immunisants, certains animaux, les bovidés, les caprins, les ovines qui résistent souvent aux infections produites par des trypano somes pathogènes acquièrent, après guérison naturelle, une immunité solide contre ces trypanosomes. On pouvait donc espérer, étant donnés surtout les beaux résultats qui ont été obtenus dans l'immunisation d'autres maladies de l'homme ou des animaux, qu'ici
1. De Nobele et Gôebel, Arch. d'Electr. méd., n° 176, 1903 et Ann. Soc. de Méd. de Gand, t. LXXXVI, p. 52.