Manteufel, Ibid., t. XXXIII, nov. 1909, p
DOURINE 581
rieur liés à l'existence de foyers de ramollissement de la moelle, les longues périodes afébriles qui suivent les poussées du début.
Les caractères spéciaux à la dourine ne sont pas constants (les plaques cutanées, par exemple, manquent généralement chez l'âne) et peuvent être considérés, chez le cheval, comme en rapport avec la lenteur de la marche de la maladie; dans les cas à marche rapide, ils font défaut. Nocard (voir supra) a pu tuer des chevaux en 4, 6 et 8 semaines et la courbe de leur température était identique à celle qui caractérise le surra ou le nagana; Watson, au Canada, a observé des faits analogues. D'autre part, nous avons vu que les chevaux ne succombent qu'en près d'une année à diverses trypanosomiases.
Chez les Equidés, la dourine se comporte donc comme un nagana atténué. On peut en dire autant pour ce qui concerne son action sur les animaux de laboratoire, tels que le chien, le lapin, le rat et la souris. Le cas du lapin est particulièrement net à cet égard : les lésions oculaires, génitales et cutanées des lapins dourinés rappellent à s'y méprendre les mêmes lésions chez les lapins naganés ou cadérés; seulement, la marche de la maladie, dans le premier cas, est beaucoup plus lente; dans le nagana, l'animal ne survit jamais plus de 2 mois à l'inoculation, tandis que le lapin dourine peut vivre plus de 6 mois, porteur des lésions caractéristiques, et peut même guérir.
Un certain nombre d'auteurs, à la suite de Nocard, ont insisté sur ce que la dourine, au contraire des autres trypanosomiases, n'infecterait pas les Singes et les Ruminants. Nous avons vu qu'en réalité on obtient des résultats positifs en inoculant le Tr. equiperdiim aux mammifères en question. La dourine est simplement peu pathogène pour ces espèces animales.
Pour ce qui concerne l'étiologie, la dourine est tout à fait à part. Chez elle seule, la contagion se fait par le coït. Mais cela peut être dû simplement à une adaptation du trypan. à traverser les muqueuses saines. Le fait bien certain que les mouches n'ont aucun rôle dans la propagation de la dourine peut tenir à l'absencs d'insectes favorables dans les pays à dourine, ou à l'existence de parasites trop rares dans le sang des animaux dourinés. Il serait intéressant de savoir ce que deviendrait cette étiologie dans un pays à tsétsés, par exemple.
Les expériences suivantes parlent nettement en faveur de 1 individualité de la dourine.
Nocard {Biologie, A mai 1901, p. 466j a inoculé de nagana deux de ses chiens solidement immunisés contre la dourine, en même temps qu'un témoin. Tandis que le témoin résistait 14 jours, les 2 chiens réfractaires à la dourine succombaient en 11 jours.
582 TRYPANOSOMES ET TKYPANOSOMIASES
Plus lard, Lignières * a fait une expérience analogue en inoculant le trypan. du caderas à deux chiens immunisés contre la dourine. Ces chiens ont succombé au caderas en 1 mois 1/2 environ, alors que leurs témoins résistaient 2 mois environ.
La comparaison s'imposait surtout avec les virus algériens des chameaux et des chevaux qui ont été identifiés au Tr. soiidanense et que Ion pouvait considérer comme un virus de dourine modifié par adaptation au dromadaire. L'évolution du Tr. equiperdum chez la souris rappelle d'assez près celle des diverses variétés du Tr. soudanense.
Nous avons vu au chapitre qui traite du Tr. soudanense que la chèvre guérie de dourine (dont nous faisons connaître l'histoire p. 574), s'est infectée avec le Tr. soudanense (origine taher) de la même façon qu'une chèvre neuve.
De tous ces faits, nous pouvons donc conclure à l'individualité de la dourine.
Diagnostic. — La dourine présente dans la plupart des cas des caractères cliniques assez manifestes pour que le diagnostic en soit relativement facile. Mais, dans un certain nombre de cas, par exemple au début d'une épizootie, le diagnostic microbiologique est utile, surtout si l'on se trouve en présence de baudets chez lesquels les symptômes cliniques sont toujours discrets.
Nous renvoyons à ce qui concerne la recherche du parasite pour les conseils à suivre en pareil cas; on y verra que le parasite est surtout présent dans la sérosité des œdèmes, mais que son existence est souvent difficile à constater aussi bien par l'examen microscopique que par l'inoculation aux petits mammifères.
En raison de ces difficultés de diagnostic microbiologique, la méthode suivante, préconisée par Lange ^ et vérifiée par Zwick et Winkler serait, d'après ces expérimentateurs susceptible de rendre des services. Elle est basée sur la propriété, découverte par Lange, que possèdent les sérums des animaux infectés de déterminer l'agglutination macroscopique d'une émulsion bien homogène de trypanosomes.
Lange saigne des rats, souris ou cobayes, fortement infectés, dans l'eau salée citratée à 1,5 p. 100. Le mélange est centrifugé et les trypan. sont recueillis. On en fait une émulsion dans l'eau physiologique et on ajoute un peu de formol pour la conservation (5 à 10p. 100 d'un mélange de 15 de formol et de 85 d'eau physiologique).
Une telle émulsion peut être conservée de 4 à 8 semaines. Pour l'emploi, on ajoute, à un certain nombre de gouttes d'émulsion, du
1. Lignières, Riv. Soc. med. argent., t. X, 1902, p. 112-114 du tirage à part.
2. Lange, Verein.f. Mikrob., Dresde, 8-10 juin 1911. Centralbl. f. Bakter., I. Befer., t. L, sept. 1911, p. 171 du supplément.
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sérum à des dilutions diverses; on porte à 37° et on laisse agir 6 à 12 heures et même plus.
Un sérum normal ne doit pas précipiter Témulsion à une dilution supérieure à 1 p. 50 ou 1 p. 100; généralement même, à 1 p. 10 à 20, les résultats sont négatifs, mais il convient toujours d'employer des sérums normaux témoins quand on veut faire un diagnostic par celte méthode.
Sur un lot de 11 sérums de chevaux remis à Lange, cet observateur a diagnostiqué la dourine dans trois cas. Deux chevaux étaient en effet infectés et leur sérum était actif à de très fortes dilutions 1 : G 400 et 1 : 12 000; le Bravait été traité 3 ans auparavant par Tarsénophénylglycine.
D'après Uhlenhuth, on peut, par cette méthode, faire des diagnostics précoces, alors que l'animal ne présente pas encore de symptômes et qu'on ne trouve pas de trypan. dans son sang.
Le sérum collectif de o chevaux dourinés de Winkler et Wysschelessky * agglutinait à 1 : 10 000. Le sérum de 50 chevaux, sains ou infectés de maladies variées, agglutinait seulement entre 1 : 20 et 1 : 50
La réaction n'est pas strictement spécifique. Ainsi ce sérum qui agglutinait le Tr. equiperdum à 1 : 10 000 agglutinait le 7'/*. Brucei à 1 : 200. Il n'est peut-être pas sans intérêt de consigner le fait ici, car, à défaut de la l'* espèce, on pourrait opérer avec un autre trypan. plus facile à conserver sur les animaux de laboratoire.
Wysschelessky et Winkler ont essayé aussi le diagnostic de la dourine par la réaction des précipitines. Ils emploient un extrait obtenu par agitation des trypan. pendant 1 à 3 jours avec des perles de verre, centrifugation et enfin filtration sur Berkefeld. La précipitation (par superposition de l'antigène et du sérum) est immédiate et très nette avec les sérums spécifiques; elle apparaît également, mais plus lentement, avec le sérum normal. Gomme pour l'agglutination, la réaction n'est pas strictement spécifique.
Pronostic. — Les vétérinaires qui ont observé la dourine dans l'ancien continent, sont à peu près tous d'accord pour déclarer que, dans la maladie naturelle des équidés, la terminaison est fatale au bout d'un temps plus ou moins long; il y a parfois des périodes de rémission pouvant faire penser, à tort, à une guérison. La dourine de l'Amérique du Nord serait moins grave et même, d'après Watson, la mortalité ne dépasserait pas 30 p. 100.
En dehors des Equidés, il n'existe pas d'espèce animale chez laquelle l'infection à Tr. equiperdum soit fatalement mortelle. Le pronostic dépend, en grande partie, du virus utilisé (voir §3).
1. Wysschelessky et Winkler, Berlin, tierdrztl. IVoch., 21 décembre 1911.
Les infections que Ton a pu jusqu'ici déterminer chez les Ruminants ont été plus ou moins légères et se sont toutes terminées par guérison.
§ 7. — Traitement.
En 1903, Nocard et Leclainche s'exprimaient ainsi : « La médication arsenicale a seule quelque efficacité ; Trélut obtient déjà de bons effets avec Tacide arsénieux (3 à 6 gr. par jour^, associé ou non à Tessence de térébenthine ou au fer réduit (6 à 9 gi'.)- Biaise recommande aussi l'acide arsénieux ou Tarséniate de soude associé à Tarséniate de strychnine.
« Arkharigelsky et Novikoff guérissent des étalons dourinés avec les injections sous-cutanées d'arsénite de soude ou d'acide cacodylique. »
Marchai * a aussi préconisé le traitement au cacodylate de soude.
Par l'association acide arsénieux-trypanrot, Laveran - a guéri 2 chiens dourinés : l'un d'eux a été guéri rapidement; l'autre a dû subir 6 traitements.
Dès le début des essais de traitement des trypanosomiases par l'atoxyl, Uhlenhuth et ses collaborateurs de l'Office sanitaire allemand (/. c.) ont utilisé ce médicament pour le traitement de la dourine. Après quelques essais favorables avec les rats et surtout les souris, ils ont opéré avec des lapins, des chiens, des chevaux.
Les lapins, très tolérants vis-à-vis de l'atoxyl, ont pu être traités à fortes doses répétées (les doses sont en général voisines de 5 cg. ; mais on peut donner jusqu'à 20 et 30 cg. i et les résultats ont été excellents. Un tableau porte sur 22 lapins traités à diverses périodes de l'infection, depuis la période d'incubation (traitement dit préventif) jusqu'à la maladie à son acmé (2 avaient, en plus des symptômes ordinaires, de la kératite avec hypopyon et iritis). Chez tous, les symptômes de dourine ont disparu. 4 de ces animaux ont succombé à des infections intercurrentes, très probablement guéris. Des 18 autres, 1 seul a rechuté (après 8 mois de guérison apparente!) : une souris sur 10 inoculées avec le sang de ce lapin s'est infectée; les auteurs pensent que ce lapin était devenu un « porteur de trypanosomes ». Les 7 restants ont été sacrifiés; on n'a pu avec eux infecter aucun animal sensible; leur guérison remontait à un temps variant de 3 mois (exception) à plus d'une année.
Les pommades ont donné d'aussi bons résultats que les injections.
Avec les chiens, les résultats ont été moins satisfaisants, en raison
1. Marchal, Rec. méd. vélér., 1.5 avril 1903, p. 230, et io avril 1904, p. 231.
2. Laveran, C. /?- Acad. Sciences, t. GXLI, 10 juillet 1905, p. 91.
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de la sensibilité de ces animaux à Tatoxyl. Seul un animal paraissait avoir été débarrassé définitivement de ses trypan. ; mais les troubles oculaires ont suivi leur cours jusquà cécité complète. Ce chien a rechuté; son affection oculaire s'est transformée en panophtalmie et l'animal a succombé infecté et avec méningite purulente d'origine oculaire.
Enfin, un cheval a été traité à l'atoxyl avec un succès relatif au début; le traitement a dû être interrompu après injection de 23 gr. du médicament; il y a eu rechute; un nouveau traitement a paru remettre l'animal en bon état; mais le cheval a succombé brusquement avec des convulsions et de fortes hémorragies intestinales.
Rennes ', à Alfort, paraît avoir guéri un premier cheval par lassociation atoxyl-mercure ; mais l'animal a succombé à l'intoxication mercurielle.
Un autre cheval, traité par l'association atoxyl-émétique, a été guéri en deux mois par des injections, alternant à 3-4 jours d'intervalle, d'atoxyl (4 gr. sous la peau) et d'émétique (3 gr. dans la veine); il a reçu en tout 32 gr. d'atoxyl et 21 gr. d'émétique. Deux mois après la fin du traitement, 2 litres de sang du cheval n'infectent pas 3 chiens, alors qu'avant le traitement, 3 ânes ont été infectés par le même cheval (une forme aiguë, deux formes chroniques). Réinoculé 6 mois après le début de l'expérience, le cheval a contracté une nouvelle infection.
Yakimoff ' a voulu étendre à quatre étalons dourinés la méthode de traitement par le trypanrot et les préparations arsenicales (acide arsénieux et arsénite de soude) qui lui avait réussi chez les chiens. Même au cours du traitement, il y eut des rechutes et l'auteur n'a obtenu aucune guérison. Avec l'atoxyl, il a eu de bons résultats.
En 1907, il a pu traiter huit chevaux dourinés et en 1908, dix. Il a dû d'abord déterminer quelles doses d'atoxyl peuvent être injectées; il a reconnnu qu'il fallait tenir grand compte de la sensibilité individuelle des animaux; en général on peut donner 5 à 6 gr., mais on peut quelquefois atteindre 9 gr. (8 à 12 mgr. par kg.).
L'atoxyl était donné en injections sous-cutanées en deux séries de 20 à 30 jours chacune, séparées par un intervalle de 15 jours. Il y a action très nette sur tous les symptômes de la maladie et sur l'état général de l'animal.
Dans la série de 1907, traitée uniquement à l'atoxyl, cinq animaux paraissent avoir totalement guéri ; deux autres avaient conservé quelques symptômes nerveux (à noter que l'un d'eux est devenu aveugle; sans doute du fait de l'atoxyl); le dernier a rechuté. Celui-ci,
1. llENN'ES, Bull. Soc. centr. méd.vétér., 30 avril l'JU'J, p. 139.
2. Yakimoff, Bull. Soc. Path. exot., t, IV, février 191i, p. 115.
soumis, en 1908, à un traitement combiné atoxyl-a. arsénieux, n'a pas guéri.
De cinq chevaux traités en 1908 par Tatoxyl seul, quatre ont guéri. Pour cinq autres chevaux, au traitement à l'atoxyl sous la peau, était ajouté, au cours de la première série d'injections, l'absorption d'acide arsénieux yje/* os. Tous ont paru guéris (encore un cheval est devenu aveugle); mais le traitement n'a pas réussi pour le cheval de l'année précédente, qui avait été adjoint à la série.
Pour ce cheval et un autre de la série 1908 à latoxyl pur, un nouveau traitement a été institué : atoxyl dans les veines, sublimé dans les muscles. Chacun d'eux reçut 30 injections d'atoxyl et 27 de sublimé; en général les injections alternaient de jour en jour, avec pause tous les cinquièmes jours, et interruption de quelques joijrs au milieu du traitement. Ce traitement paraît avoir eu raison de la maladie.
Yakimofî fait la remarque intéressante que les deux étalons, qu'il a été si difficile de guérir, provenaient du même haras. Leur virus était évidemment peu sensible à l'atoxyl et une race résistante a dû se constituer assez vite.
Yakimoff termine son mémoire par divers plans de traitement de la dourine, soit avec l'atoxyl seul, soit par l'association atoxylsublimé.
Si l'atoxyl est employé seul, Yakimoff conseille de faire deux traitements, à 15 jours d'intervalle, chacun d'eux consistant en 10 injections d'atoxyl, pratiquées de 3 jours en 3 jours. On peut ou bien commencer par la dose de 3 gr. et aller graduellement à 5 gr., ou bien faire l'inverse.
Le traitement mixte atoxyl-sublimé peut être pratiqué de deux façons : atoxyl sous la peau et sublimé dans la veine, ou bien atoxyl dans la veine et sublimé dans le muscle. Dans chaque cas, il y a toujours deux traitements à 15 jours d'intervalle. Dans le premier cas, on administre l'atoxyl comme s'il était employé seul, et le lendemain de chaque injection d'atoxyl, on donne une dose de sublimé qui croît de 0 gr. 2 à 0 gr. 35. Dans le second cas, on part de 0 gr. 5 d'atoxyl pour finir à 3 gr.
Monod avait annoncé, en juin 1908, la guérison, par l'atoxyl, d'un étalon douriné. L'affirmation était prématurée : un an plus tard, un trypan. a été trouvé dans un œdème du fourreau ; néanmoins, les inoculations de sang pratiquées, à diverses reprises, sur des lapins restèrent sans résultat et l'étalon, non traité pendant les deux années qui ont suivi sa guérison apparente, n'a présenté que de légers symptômes de dourine. Monod pense que les trypan. ont perdu, sous l'influence de l'atoxyl, une grande partie de leur virulence.
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Au cours des années 1908-1911, Monod a traité en tout 21 étalons dourinés. Quelques cas ont été traités soit par l'atoxyl seul (comme le 1"), soit par l'orpiment seul. Mais, Monod a été amené à donner la préférence à la médication associée, en accordant le rôle principal à Tatoxyl (à la dose de 5 gr. sous la peau) et en alternant son administration avec celle du trisulfure d'arsenic (à la dose de 30 gr. en bols) ou de Témétique (1 gr. 75 dans la veine) ou des deux à la fois. Dans les derniers cas traités, Monod s'en est tenu à cette association. Chaque traitement comprend deux séries séparées par un repos de 10 jours. Chaque série se compose de 5 doses d'atoxyl et 5 du médicament associé ; on administre une dose alternée tous les deux jours.
Sur les 21 animaux, un est mort, au cours du traitement, d'une afl'ection étrangère à la dourine; deux autres sont morts intoxiqués par le trisulfure d'arsenic. Tous les autres sont guéris. D'aucuns ont été remis en service comme étalons, d'autres conservés entiers ou castrés ont été versés dans des corps de troupes et y font un excellent service*.
Au cours de ces dernières années, l'arsénophénylglycine a été essayée de divers côtés. Zwick et Fischer ont traité à plusieurs reprises, à la dose de 5 cgr. par kg., un cheval infecté depuis longtemps; l'amélioration a été passagère. Un autre cheval, qui a reçu 3 injections, paraissait guéri.
Watson, après avoir employé l'atoxyl seul ou associé à d'autres médicaments, sans résultats concluants', a expérimenté avec l'arsénophénylglycine; les premiers résultats sont encourageants.
A l'Ecole Vétérinaire de Bucarest, l'arsénophénylglycine a donné d'excellents résultats dans le traitement de la dourine ^
L'arsénophénylglycine a été employée à la dose de 3 à -4 cgr. par kg. (la dose de 5 cgr. est mal supportée), en solution au 10" donnée dans la veine jugulaire. 9 étalons et 2 juments ont été guéris.
(Chaque animal traité et guéri a reçu trois doses d'à. ph. gl., à intervalles de 15 jours, et 1/2 ou 1/3 de dose, 4 ou 5 jours après la première.
Cette petite dose ainsi donnée est très importante. Riegler et A. Ciuca avaient constaté en effet que le cheval se sensibilise après la première injection à tel point que la deuxième injection donnée 10-12 jours plus tard à dose entière, occasionne des phénomènes très graves, rappelant l'anaphylaxie sérique chez le cheval, qui ont amené la mort en cinq minutes de deux chevaux. Avec la petite dose
1. Monod, Bull. soc. méd. véiér., 30 nov. 1909, p. .500, et documents inédits.
2. L'existence de guérisons spontanées dans la dourine canadienne rend particulièrement difficile l'interprétation des résultats.
3. PoPESCO, Thèse Ecole super. Méd. Vétér. de Bucarest, mai 1911.
intermédiaire, ces accidents sont évités. Les injections, ainsi pratiquées, ne produisent plus que quelques phénomènes bénins, qui ne durent pas plus d'une demi-heure; il est bon de promener le cheval 15 minutes après l'injection.
Dès la première injection, les plaques cutanées et les œdèmes aigus du fourreau disparaissent définitivement. L'animal redevient vif, le poids augmente; il en est de même du nombre des hématies et du taux de l'hémoglobine. Jamais on ne voit de trypan.
Un étalon qui a reçu de l'a. ph. gi. et du trypanbleu à la dose de 2 cgr. 5 par kg. a également guéri.
§ 8. — Prophylaxie.
Prévention. — Nous rappellerons d'abord que c'est avec le trypan. de la dourine que. pour la première fois, l'action protectrice du sérum d'un animal à infection chronique a été reconnue (Rouget). L'auteur se servait du sérum de lapins ou de chiens devenus cachectiques; l'infection aiguë des souris était transformée en infection subaiguë ou chronique, cette dernière pouvant se terminer par guérison.
D'après Watson, le sérum d'équidés affectés de dourine chronique, protège, pendant un temps plus ou moins long, les équidés sains contre une inoculation virulente. Le sérum était donné à doses croissantes allant jusqu'à 300 ce.
Rabinowitsch et Kempner ont "fait l'intéressante constatation que les rats immunisés contre le Tr. Lewisi ont un sérum actif sur le Tr. equiperdum. Uhlenjiuth, Hiibener et Woithe, qui ont confirmé le fait, ont constaté exceptionnellement qu'un rat, infecté de Tr. Lewisi, ne contractait, du fait du Tr. equiperdum, qu'une infection chronique susceptible de guérison.
C'est surtout avec le Tr. equiperdum que Braun et Teichmann ont réalisé leurs expériences de vaccination de souris et de lapins avec des trypan. du sang de rats, isolés par centrifugation, desséchés, et gardés au contact du toluène. Nous en avons parlé au chapitre ix (voir p. 225) et au chapitre du nagana (voir p. 468), ce qui nous dispense d'y insister ici.
Immunité. — Les animaux en puissance de dourine (chevaux ou animaux d'expérience) ont une certaine immunité locale, car, font remarquer Schneider et Buffard, « ils ne manifestent aucun phénomène réactionnel au point d'inoculation, si on leur inocule de nouveau des quantités considérables du parasite ».
« Quelques chiens, dit Nocard, après avoir été extrêmement malades, ont fini par se rétablir et, depuis, ils se sont montrés com-
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plètement immunisés; ils supportent sans le moindre malaise des doses énormes de sang ou de sérosité dourinique très riche en parasites. » {Soc. de Biologie, i mai 1911, p. 466.)
Nous avons vu que les Ruminants, guéris de leur infection, ont une immunité solide. Il en serait de même, en règle générale, des chevaux canadiens guéris spontanément (Watson).
Police sanitaire. -— La prophylaxie de la dourine est a priori très facile à réaliser. Il n'est même pas utile, comme pour les autres maladies à trypanosomes, de supprimer les animaux atteints. Il suffit de les mettre dans Timpossibilité de propager la maladie. La castration de tous les étalons dourinés s'impose; dans les pays où sévit la maladie, elle est exigée par la loi. Pour les juments, il est prudent d'exiger l'abatage. En Algérie, en territoire civil, les maires ou les administrateurs ont le droit d'exiger cet abatage.
Mais, pour appliquer les lois et règlements concernant la dourine, il est nécessaire de savoir faire le diagnostic de cette maladie. Or si, chez les chevaux, le diagnostic est généralement facile quand la maladie est à la période d'état, il est souvent difficile à la période de début; il est toujours difficile chez l'âne,
A cet égard, le diagnostic microbiologique pourra rendre les plus grands services : examen microscopique des sérosités d'œdèraes et, si cet examen est négatif, inoculation au chien d'une quantité aussi grande que possible de la sérosité ou, à son défaut, du sang de l'animal suspect.
Par de simples visites sanitaires, on a pu jusqu'ici protéger la France contre l'invasion de la dourine qui peut lui être apportée de l'Algérie ou de la Navarre, où la maladie est endémique. Les animaux suspects sont écartés définitivement de la reproduction.
En Algérie, la question de la prophylaxie de la dourine est beaucoup plus complexe. « Le baudet est le propagateur de l'afTection, le véhicule du trypan., et l'ânesse l'agent conservateur. C'est le baudet « rouleur », faisant la saillie clandestine, que l'on retrouve à l'origine de toutes les explosions de dourine. Dans les régions d'industrie mulassière, il contamine les juments qui lui sont présentées. Si ces juments ne sont pas fécondées par le baudet, ce dont on s'aperçoit au mois de mai, elles sont conduites malades, mais offrant des symptômes peu visibles, aux étalons de la remonte qui s'infectent à leur tour. Ainsi s'explique l'habituelle apparition de la dourine, dans les haras de l'Etat, vers la fin du mois de mai ou dans la première quinzaine de juin, c'est-à-dire dans le dernier mois de la monte » (Schneider et BufTard).
Le problème à résoudre est donc difficile : empêcher les saillies clandestines, faites, en dehors des marchés, par les baudets non déclarés.
590 TIIYPANOSOMES ET TRYPANOSOMIASES
Si la dourine devient, comme il y a lieu de Tespérer d'après les faits enregistrés, une maladie curable, la police sanitaire pourra être modifiée, Monod propose : 1° que le traitement des animaux atteints soit autorisé à condition de les laisser soumis jusqu'à guérison à la surveillance du service sanitaire; 2° que les étalons traités et guéris puissent être conservés comme géniteurs.
Monod estime qu'un étalon peut être utilisé pour la monte s'il n'a montré aucun symptôme de dourine pendant les 6 mois qui suivent la cessation du traitement et si des injections sous-cutanées de 40 ce. de sang faites à des lapins dans les 3 mois qui précéderont la monte, à raison d'une injection par mois, restent sans résultat.
Appendice.
« Maladie de Soemedang » (Java).
Nous empruntons au Traité de Nocard et Leclainche (t. II, p. 584-o8o) les détails suivants sur cette maladie.
« En février 1900, Hubenet découvre sur les étalons du haras de l'Etat, à Soemedang, une affection transmise par le coït aux juments indigènes et ressemblant au surra (qui, comme nous l'avons vu, existe dans d'autres régions de Java) et surtout à la dourine. Un cheval affecté, envoyé au laboratoire de Weltevreden, fait l'objet des recherches de de Does^ La « maladie de Soemedang » est caractérisée par des engorgements des organes génitaux, consécutifs à un coït infectant, accompagnés en général d'un catarrhe purulent de la muqueuse. Les œdèmes s'étendent sous l'abdomen et atteignent le poitrail. Des taches blanches se montrent sur la peau, au pourtour des orifices génitaux et sur le périnée. Des tumeurs œdémateuses arrondies (urticaire) sont constituées par une infiltration du tissu conjonctif sous-cutané. Il se produit ensuite une atrophie progressive des muscles, accompagnée de parésie du train postérieur. Si la maladie progresse, il survient de la paraplégie complète et les malades succombent. La terminaison par la mort est la règle chez l'étalon; mais la guérison des juments n'est pas rare. Les seules lésions rencontrées, en dehors des localisations génitales, consistent en un ramollissement de la moelle épinière, entourée, au niveau de la région lombaire, par un dépôt gélatineux qui infiltre aussi le nerf scialique.
« La sérosité sanguinolente recueillie dans les œdèmes des organes génitaux contient quelques rares trypan. ; mais ceux-ci n'ont jamais
1. J. De DoES, Boosaardige dekziekte in het Soemedangsche, 111° Rapport. Veeartsenijkundige Bladen voor Nederlandsch-Indië, t. XIV, 1901, p. 20-43.
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pu cire découverts dans le sang. Les parasites ne diffèrent pas de ceux du surra, quant à leur aspect.
« Les lapins inoculés sous la peau (1/4 à o ce. de sérosité) succombent, très amaigris, après 13 à 25 jours; on note seulement de la conjonctivite catarrhale et, parfois, de la parésie à Tapproche de la mort. Les trypan. n'ont pu être décelés dans le sang en aucun cas; cependant l'inoculation du sang d'un malade, à dose massive (3 ce), peut tuer un autre lapin. Le chien, inoculé sous la peau ou par scarifications, ne présente aucun accident pendant 4 à 6 semaines'.
« Deux cobayes, injectés sous la peau avec 1/2 ce. du sang, sont restés indemnes. La souris blanche paraît aussi peu sensible. De Does estime que la « maladie de Soemedang » diffère à la fois du surra et de la dourine. En ce qui concerne la distinction avec la dourine, seule discutable, Fauteur fait remarqeur que Taffection de Java est loin d'être toujours mortelle; l'hyperesthésie lombaire et la voussure du dos font défaut; l'engorgement des ganglions lymphatiques manque aussi presque toujours ; les suites de l'inoculation aux animaux sont dissemblables. De Does pense qu'il s'agit d'une variété évolutive voisine de la dourine. Cette conclusion, imposée par les indications données, gagnerait à être appuyée sur des rechercher expérimentales plus complètes et plus précises. »
1. « Les dix chiens inoculés ont tous succombé à une infection massive par les- Ankylostomes (?). »