CHAPITRE XXIV
INFECTIONS DUES AU TRYPAN. DIMORPHON»
Agent pathogène : Tr. dimorphon, Laveran et Mesnil, 1904.
§ 1. — Historique. Répartition.
Dutton et Todd, au cours de l'expédition entreprise en 1902 dans le but d'étudier la trypanosomiase humaine, découverte l'année précédente par Dutton en Gambie, observèrent dans le sang de 8 chevaux de Gambie des trypan. qu'ils étudièrent sur place d'abord, puis en Angleterre où quelques-uns des virus furent rapportés^.
A la fin de 1903, Dutton et Todd, par l'intermédiaire de M. Annett, nous firent remettre un rat inoculé avec un trypan. d'origine cheval. Nous étudiâmes à notre tour ce virus et, à la suggestion de Dutton et Todd, le décrivîmes sous le nom de Tr. dimorphon^. Nous appelions en même temps l'attention sur les différences morphologiques importantes que révélaient la description et les figures des savants de Liverpool et nos observations.
En raison des progrès réalisés dans l'étude des trypanosomiases africaines, il ne saurait y avoir de doute maintenant que Dutton et Todd ont eu entre les mains plusieurs trypanosomes distincts. En se reportant à leur planche en couleurs (pi. I), on reconnaît, dans les figures VI et viii, le Tr. dimorphon tel que nous l'avons fait connaître, et dans les figures vu, ix et x, le Tr. Pecaudi, caractérisé plus tard par Laveran. Il est fort possible que Dutton et Todd aient observé aussi Tr. Cazalboui; mais, comme les Rongeurs sont réfractaires à ce trypan., le virus a été plus rapidement perdu.
1. Dans notre 1" édition, l'étude de ces infections a figuré sous le titre, devenu impropre, de Trypanosomiase des chevaux de Gambie.
2. Dutton et Todd, Liverpool Sch. of trop. Med., mém. XI, 1903.
3. Laveran et Mesnil, C. R. Acad. Se, t. GXXXVIII, mars 1904, p. 732, et l" édition de ce Traité, p. 199.
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Cette question de la nomenclature des agents des trypanosomiases animales de Gambie a donné lieu à des discussions. Montgomery et Kinghorn ont voulu réserver le nom de Tr. dimorphon aux formes vues par Dutton et Todd (ce qui est inadmissible puisque la pluralité spécifique ne fait pas de doute) et appeler Tr. confusum l'espèce décrite par nous. Bruce et ses collaborateurs ont proposé d'englober, sous le nom nouveau de Tr. pecorum, le Tr. dimorphon, le Tr. congolense et quelques autres formes vues dans d'autres régions, opinion également inacceptable ^
En fait, le nom Tr. dimorphon, publié par nous pour la première fois, doit servir à désigner celle des espèces de Gambie rapportées par Dutton et Todd, que nous avons étudiée et qui a été isolée de l'étalon VI-. L'existence de cette espèce en Gambie vient d'être confirmée par le travail de Yorke et Blacklock^; Tr. dimorphon se trouvait seul dans le sang d'un poney ; chez un autre poney, il existait associé au Tr. Cazalboui.
Depuis 1904, le Tr. dimorphon a donné lieu à un certain nombre de travaux; les plus nombreux portent sur sa répartition géographique; d'autres ont traita son étude expérimentale : morphologie, action pathogène, traitement, différenciation avec les formes voisines. On en trouvera les résultats principaux au cours de ce chapitre.
Les infections dues au Tr. dimorphon s'observent sur toute la côte occidentale d'Afrique, du Sénégal jusqu'à l'embouchure du Niger, sinon plus au sud.
Au Sénégal, son existence a été signalée cliez un mouton de la région des Niayes par Thiroux, Wurtz et Teppaz * (les cas signalés précédemment par Thiroux et Teppaz^ doivent être rapportés, en grande partie, sinon en totalité, au Tr. Pecaudi).
En Casamance, au sud de la Gambie anglaise, Bouet et Roubaud ont reconnu la présence du Tr. dimorphon chez des chevaux et quelques Bovidés. Dans la Haute-Gambie, Tr. dimorphon s'observe chez les bovidés, les moutons, les cabris, le chien''.
En Guinée française, d'après G. Martin, les infections à Tr.
1. MoNGOMERY ct KiNGHORN, Lancet, 2.J sept. 1909 (analyse critique de Mesnil in Bull. Inst. Pasteur., 1909, p. 997); — Bruce, Hamerton, Bateman et Mackfe, Proc. Roy. Soc, B.. t. LXXXII, 1910, p. 468; — Laveran, Bull. Soc. Path. exot., t. III, 1910, p. 518.
2. Nous devons éliminer de ce chapitre tous les faits d'observation ou d'expérience, signalés par Dutton et Todd. mais obtenus avec des virus certainement différenls du Tr. dimorphon. C'est par exemple le cas du cheval I qui était manifestement infecté de Tr. Pecaudi; son sang a servi aux savants de Liverpool à infecter la plupart de leurs animaux d'expérience.
3. Yorke et Blacklock, Ann. of trop. Med. a. Par., t. V. 1911, p. 413, et t. VI, 1912, p. 107.
4. Thiroux, Wurtz et Teppaz, Ann. Inst Pasteur, t. XXII, 1908, p. 561.