I. Mode de propagation du Tr. gambiense
A. La mouche tsétsé connue sous le nom de Glossin.a palpalis EST l'agent ordinaire DE PROPAGATION DU Tr. GAMBIENSE. —
Il suffit de jeter un coup d'oeil sur les cartes de la répartition de la maladie du sommeil et de Gl. palpalis, dans l'Afrique intertropicale (voir p. 679 et p. 681) pour constater que la répartition de la maladie correspond exactement à celle de la glossine; l'extension des zones à Gi. palpalis est seulement plus grande que celle des zones où la maladie du sommeil est endémique, ce qui s'explique facilement car la glossine ne devient capable de donner la maladie que lorsqu'elle a pu s'infecter en suçant le sang de malades atteints de trypanosomiase et heureusement la Irypanosomiase n'existe pas dans toutes les régions où se rencontre la Gl. palpalis K
1. J.-G. THO.MSON, Annals of trop. med. a. parasitol.. février 1912.
2. C.-M. Wenyon, Joiirii. of trop. med. a. hyg., 1" juillet 1912.
.3. L'étude des glossines et des autres mouches piquantes fera l'objet d'un chapitre spécial à la fin de ce volume.
On a cité quelques exceptions à la loi de coexistence de la trypanosomiase humaine et de G/, palpalis; ces exceptions ne sont qu'apparentes, en général.
Un foyer de trypanosomiase a été découvert dans le district de Kisiba (rive ouest du lac Victoria), dans une région où la Gl. palpalis n'a pas été rencontrée, mais l'enquête a démontré que les hommes infectés avaient été travailler dans l'Ouganda; à la vérité, quelques femmes également infectées n'avaient pas quitté le Kisiba; nous reviendrons sur ce fait et sur l'explication qui a été proposée par R. Koch.
Dans la région N.-E. de la Rhodésia, des cas assez nombreux de trypanosomiase ont été notés chez des indigènes de la vallée de la Luangwa dans laquelle l'existence de GL- palpalis n'a pas été constatée, mais on peut dire que cette exception confirme la règle puisqu'il s'agit d'infections produites par un trypanosome d'une autre espèce que Ti\ gambiense, qui a pour agent de transmission, comme nous le verrons, les Gl. moj^sitans.
Le rôle de la Gl. palpalis dans la transmission de la trypanosomiase humaine a été établi par des recherches expérimentales nombreuses et très précises. Ce rôle n'est pas purement mécanique; /'/•. gainbiense évolue dans le corps de Gl. palpalis, de même que Jlsemamœba malariœ dans le corps des Anophèles, ce qui permet de comprendre que, parmi lés mouches piquantes, et même parmi les Glossina, Gl. palpalis ait le privilège presque exclusif de transmettre la maladie.
Dans un travail paru au mois d'août 1903, Rruce et Nabarro signalent qu'un singe (variété à face noire) a été soumis, à partir du 13 mai 1903, aux piqûres de nombreuses tsétsés prises au voisinage d'Entebbe (Ouganda) et que des trypan. se sont montrés le 27 mai dans le sang de ce singe.
Les expériences citées dans le Rapport de Bruce, Nabarro et Greig (novembre 1903), ont porté sur cinq cercopithèques '. Les singes ont été piqués un grand nombre de fois par des Gl. palpalis qui, au préalable, avaient piqué des nègres atteints de la maladie du sommeil; au bout de deux mois environ, les trypan. ont apparu dans le sang des singes. Il faut dire que l'expérience réussit quelquefois quand elle est faite avec des mouches qui ont vécu en liberté et qui n'ont pas été nourries intentionnellement sur des malades; les mouches vivant en liberté ayant, dans l'Ouganda, de fréquentes occasions de s'infecter en piquant des individus et peut-être aussi des animaux atteints de trypanosomiase.
En 1905, Gray et Tulloch appellent l'attention sur la multipli-
1. D. Bruce, D. Nabarro et E.-D.-W. Greig, Sleep. Sickn. Commission of the R. Soc. Rep. n" IV, nov. 1903.
cation rapide du Tr. gambiense dans le tube digestif de la Gl.palpalis '.
Des G/, palpalis étaient gardées 24 à 48 heures après avoir été capturées; elles étaient alors nourries sur des singes infectés avec Tr. gambiense et ensuite, tous les deux jours, sur des singes non infectés. D'après Gray et Tulloch, le nombre des trypan. s'accroît très rapidement; déjà 24 heures après qu'une Gl. palpalis s'est nourrie sur un singe infecté, on trouve dans son tube digestif des trypan. en grande quantité et, au bout de 42 jours, si l'on prend soin de nourrir la mouche sur un animal non infecté, les trypan. sont encore très nombreux.
Sur 200 mouches capturées, et nourries sur des singes normaux, 2 contenaient des trypan. en grand nombre dans leur intestin, comme les mouches nourries sur des singes infectés.
Les flagellés du tube digestif des glossines sont souvent du type Leplomonas; les formes de multiplication par bipartition égale ou inégale sont communes, ainsi que les rosaces dans lesquelles les parasites sont réunis par leur extrémité postérieure.
Gray et Tulloch ont trouvé des trypan. dans les glandes salivaires des glossines infectées. Ils ont essayé sans succès d'infecter des singes en leur inoculant le contenu du tube digestif des glossines. alors même que les flagellés y abondaient.
D'après R. Koch, les formes de développement des trypan. existent souvent en très grand nombre dans l'estomac des mouches tsétsés, de GL fasca principalement; on ne les trouve jamais dans les glandes salivaires, mais, en pressant la base de la trompe, on fait sortir souvent une gouttelette de liquide très riche en trypanosomes*.
Koch décrit deux formes de trypanosomes du tube digestif des glossines. Tune trapue avec noyau ovalaire, l'autre mince avec noyau allongé, qu'il considère comme des formes sexuées; il décrit encore d'autres aspects du développement des trypan. Les inoculations avec le contenu du tube digestif des glossines infectées ont eu des résultats négatifs.
Les conclusions auxquelles R. Koch était arrivé dans cette première série de recherches ont été critiquées par Novy, et par Minchin, Gray et Tulloch.
Novy a fait observer qu'on trouvait souvent dans le tube digestif, chez les glossines comme chez les culicides, des flagellés qui n'avaient rien à voir avec les trypan. pathogènes et il a décrit sous le nom de Tr. Gragi un des trypan. trouvés chez les glossines'.
1. A.-G.-H. Gray et F.-M.-G. Tclloch. Reports of the Slecp. Sickn. Commission of Ihe R. Soc, Rep. n" vi, août 1005.