CHAPITRE PREMIER
HISTORIQUE. — APERÇU DE LA RÉPARTITION DES TRYPANOSOMIASES SUR LE GLOBE
Nous comprenons sous le nom général de Trypanosomes des organismes appartenant à la classe des Flagellala de l'embranchement des Prolozoa, caractérisés par un corps fusiforme plus ou moins allongé, avec, à l'extrémité antérieure, un flagelle dont le point de départ est dans la moitié postérieure du corps et qui se prolonge le long de celui-ci en constituant le bord épaissi d'une membrane ondulante.
Les Trypanosomes bien caractérisés actuellement connus ont pour habitat normal le sang des Vertébrés.
A côté des Trjpan'osomes, on trouve dans le sang des poissons d'eau douce d'autres organismes flagellés avec une membrane ondulante qui borde le corps sur toute sa longueur et un flagelle à chaque extrémité. Ce sont les Trypanoplasmes.
Xous joindrons leur histoire à celle des trypanosomes.
Nous désignons sous le nom de Trypanosomiases les maladies humaines ou animales produites par certains trypanosomes.
Tout le monde s'accorde pour faire remonter à Valentin (de Berne), en 1841, la découverte du premier trypanosome, qu'il observa dans le sang de la truite, Salmo fario; en réalité, il est fort possible que Valentin ait vu un trypanoplasme. Les années 1842 et 1843 virent paraître trois travaux de Gluge (de Bruxelles),
Lavkran o: }iIksnil. — Trypanosomes et Trypanosoniiases. 1
Mayer (de Bonn), Gruby (de Paris) sur les trypanosomes des grenouilles. C'est pour ces organismes de la grenouille que Gruby créa le nom de Trypanosoma (de xpuTiavov, tarière, et (rwaa, corps).
De 1843 à 1880. notre connaissance des trypanosomes a fait très peu de progrès. Ils sont revus et réétudiés à diverses reprises dans le sang des Batraciens ( Wedl 1850, Chaussât 18o0, Ray-Lankester 1871, Riittig 1875), de Poissons divers (Remak 1842. Gros 1845, Berg 1845, Chaussât 1850). 11 est possible que Gros et Wedl en aient vu chez les Oiseaux, mais le fait est douteux.
Gros en 1845 les découvre dans le sang du mulot et de la taupe; Chaussât en 1850 dans le sang du rat noir. Mais l'attention n'est réellement attirée sur les trypanosomes de Mammifères que par le travail de Lewis sur les parasites du sang des rats de l'Inde, paru en 1878. La raison en est surtout que cette découverte a précédé de peu celle du premier trypanosome réellement pathogène.
C'est un fait qui, au premier abord, étonne, de constater que le premier trypanosome pathogène n'a été connu qu'en 1880, c'est-àdire quarante ans après la découverte de Valentin. Mais il convient de note)' que les maladies à trypanosomes sont des maladies essentiellement tropicales; on conçoit donc que leur étude n'ait été entreprise que dans le dernier quart du siècle dernier.
De 1880. date de la découverte par Evans' du trypanosome du surra des Equidés et des Camélidés de l'Inde, à 1894, date de la découverte par Bruce du trypanosome du nagana des Equidés et des Bovidés du Zoulouland, l'étude n'a encore porté, à part quelques expériences de reproduction expérimentale du surra, que sur les trypanosomes non pathogènes.
Noti'e connaissance de ces divers trypanosomes s'est enrichie par les travaux de Lewis (1884), Crookshank (1886), Danilewsky et Chalachnikov (1888), sur les trypanosomes des rats, — de Danilewsky (1888) sur ceux des Oiseaux, — de Danilewsky (1885), Chalachnikov, Mitrophanov (1883). sur ceux des Batraciens et des Poissons. Les plus importants d'entre ces travaux sont certainement ceux de Danilewsky qui étudiait en même temps les hématozoaires endoglobulaires des Reptiles et surtout ceux des Oiseaux, si voisins de l'hématozoaire du Paludisme. Mais cette connaissance se bornait aux divers aspects que présentent les trypanosomes à l'état vivant et, pour certains d'entre eux, â quelques détails sur leur mode de division longitudinale, égale ou inégale, simple ou multiple. Il est juste d'ajouter que Danilewsky a fort bien vu la division,
1. Il n'est pas sans intérêt do faire remarquer que la publication de celte découverte, faite le 3 décembre 1880, a suivi d'une semaine environ celle de l'IIémalozoaire du Paludisme (23 novembre 1880).
en un grand nombre de petits éléments, de gros trypanosomes, tels que ceux des grenouilles, lorsqu'ils sont sortis des vaisseaux.
On trouvera un résumé de l'état de la science vers la fin de cette période dans l'article publié par l'un de nous le 1" mars 1892 ', dans le but de mettre en relief l'intérêt de ces recherches sur les trypanosomes; dans son esprit, elles devaient être poursuivies de pair avec celles sur les hématozoaires endoglobulaires, du type de l'hématozoaire du paludisme.
Dans ces quinze dernières années, notre connaissance des trypanosomes a progressé à pas de géant. Au point de départ de ce mouvement considérable, il est juste de placer deux travaux.
D'abord, le remarquable mémoire de Bruce sur le Nagana du Zoulouland qui a paru in extenso en 1897 et qui établissait avec la dernière évidence le rôle d'un trypanosome dans cette maladie et en même temps en éclairait l'étiologie (rôle des mouches tsélsé; le gros gibier, réservoir du virus); de plus, c'est par Bruce que le premier trypanosome pathogène a été introduit dans les laboratoires d'Europe, où il a donné lieu à d'innombrables recherches qui ont fait considérablement progresser nos connaissances.
Il faut citer ensuite le travail de Rabinowitsch et Kempner, paru en 1899, et consacré au trypanosome des rats. Pour la première fois, l'étude cytologique des trypanosomes est abordée. Les auteurs montrent qu'on n'obtient des résultats appréciables qu'en employant les mômes méthodes qui venaient de réussir si bien avec les hématozoaires endoglobulaires, méthodes où l'on fait agir un mélange colorant, convenablement combiné, d'éosine et de bleu de méthylène-. Certes, Rabinowitsch et Kempner ne sont pas parvenus du premier coup à des résultats inattaquables, et les travaux de l'année 1900, de Wasielewski et Senn d'abord, de nous-mêmes ensuite, ont amené des corrections dans l'œuvre morphologique de Rabinowitsch et Kempner. Mais à ces savants revient incontestablement le mérite d'avoir ouvert la voie dans l'étude cytologique des trypanosomes.
Leur apport dans les questions d'immunité et de sérothérapie mérite aussi d'être signalé ici.
INous avons été, croyons-nous, les premiers à donner une étude cytologique précise des trypanosomes pathogènes, à décrire en détail et avec figures à l'appui, leur mode de division longitudinale et égale. Les faits que nous avons établis ont été confirmés de toutes paris et étendus soit par nous-mêmes, soit par d'autres,